DEUXIÈME PARTIE
primer la conduite. Mais marche, qui est un radical pur , se prend d'une manière générale et tout abstraite pour marquer la simple direction ou le cours des actions , la route qu'elles prennent. Démarche et allure , au contraire , ne sont pas indicatifs, mais caractéristiques : ordinairement usités au pluriel dans cette acception , ils font concevoir la conduite matériellement , quant à sa nature , comme bonne ou mauvaise , comme digne de louange ou de blâme. Marche se dit de beaucoup de choses idéales ou considérées idéalement , à l'égard desquelles ne convient ni démarche ni allure. Observer, étudier la marche des passions, des affaires , de la nature, du cœur ou de l'esprit humain, d'un gouvernement, é'une langue , de la poésie , des événements. Et ^sque. le mot marche se rapporte aussi à la onduîte d'un homme , il n'en détermine pas les caractères essentiels comme ses deux synonymes, mais il en marque seulement le sens ou le cours , la vitesse , l'assurance , et la qualité d'être plus ou moins aperçue, en un mot tout ce qui regarde la forme et non le fond : une marche tortueuse , rapide, incertaine, cachée.
Quant à allure et à démarche , l'un signifie quelque chose d'habituel , l'autre quelque chose d'accidentel : on a , on prend une allure ou des allures; on fait une démarche ou des démarches- Étudier les allures et les habitudes (Buff.), les allures et les mœurs (Id.) des animaux; les Romains avaient les yeux ouverts sur les démarches (Boss. , Montesq.), c'est-à-dire sur les entreprises des rois, leurs alliés. — Ensuite, allure, à cause du peu de noblesse de sa terminaison , s'entend plutôt en mauvaise part ; mais non pas toujours et absolument, comme le veut l'Académie, ce Depuis quinze jours il a pris des allures convenables. » Volt. — Enfin, allure a quelquefois le sens général et formel de marche, dont il diffère alors , et comme moins noble , comme moins facile à interpréter favorablement , et comme exprimant l'effet ou le résultat d'une habitude contractée , une routine. « Le vers de cinq pieds, qui a pour ainsi dire une allure familière, semble se prêter plus que tout autre au style marotique. » Lah. «D'anciennes traditions , des préjugés forment des mœurs publiques et une sorte de routine et d'allure qui se font respecter jusque par le souverain. » Gond.
MARI, ÉPOUX; — FEMME, ÉPOUSE. Ces mots désignent, les deux premiers un homme qui s'est lié à une compagne par le nœud conjugal , les deux autres la compagne à laquelle un homme s'est ainsi associé.
D'abord la différence entre mari et époux est aussi simple qu'évidente. Mari, de mas, maris, un mâle , se dit dans l'ordre physique ou sous le rapport physique ; c'est un terme qui en s'éloignant de son origine en a fait perdre le peu de délicatesse, mais sans se charger néanmoins d'aucune idée d'affection ou de devoir. Les Latins se servaient de maritus en parlant des animaux , pour signifier un mâle. La femme n'a pas le pouvoir de son corps , ce pouvoir appartient au mari (Boss.). « Dans la résurrection, parmi ceux qui seront jugés dignes du siècle à venir, ni les
hommes ne prendront des femmes , ni les femmes des maris : ainsi , pour conserver un tel peuple , il ne faudra ni de génération ni de mariage. » Id. « Autrefois on était pendant toute sa vie le mari de sa femme , bonne ou mauvaise : même table, même demeure, même lit. » Labr. « Sophie n'avait plus ce goût décidé pour la vie privée et pour la retraite.... Moi-même je n'étais plus son Emile, je n'étais que son mari.» J. J.Mais époux , de sponsus , promis ou fiancé , représente dans l'homme uni à une femme le point de vue supérieur de la moralité ou du droit : ce n'est pas l'union des sexes qu'il indique , c'est celle des cœurs , avec la foi jurée , l'égalité des droits et la réciprocité des devoirs. Montaigne a dit finement en ce sens : « C'est trahison de se marier sans s'épouser. » « L'effet de cette société mutuelle (du mariage) doit être une union des cœurs si parfaite , que pour un époux l'on soit disposée à se détacher de tout. » Bourd. Une femme dit, mon mari, sans rien ajouter, c'est le mot ordinaire ; mais elle emploie rarement époux sans y joindre uneépithète, telle que celle de cher, de digne, de fidèle, a Quoi.! c'est vous, mon mari, mon cher épouxl » Volt. «Que ditesvous de la Saint-Géran , qui vient de partir avec son gros mari ?... Voyez quelle fatigue pour ne pas quitter ce cher époux. » Sév. ce A qui faut-il déguiser mes plus secrètes pensées? à M. de Wolmar , à mon mari , au plus digne époux dont le ciel eût pu récompenser la vertu d'une fille chaste ! » J. J.
Mari est moins noble qu'époux; il n'est pas , comme celui-ci , du haut style ni applicable au figuré en termes d'Écriture, ce Mme de Maintenon, n'osant porter les armes d'un tel époux (Louis XIV), supprima celles de son premier mari (Scarron). » S. S.
0 ciel ! que d'aimables caresses D'un époux ( Jupiter sous les traits d'Amphitryon) ardemment chéri !
Et que mon traître de mari (Sosie) Est loin de toutes ces tendresses !
(Cléanthis dans Amphitryon). Mol.
a Dans ces cinq lettres on voit que cet époux , qui se donne pour si sévère, n'était qu'un plat mari , honteux de sa très-honteuse conduite. » Beaum. a Le sieur Kornman dit que ses lettres étaient sévères , celles d'un époux irrité. Et moi je prouve, en les montrant, qu'elles sont les lettres d'un mari honteux de sa conduite et de ses indignes projets. » Id.
Entre femme et épouse même rapport d'opposition. Femme est le mot commun : ce Les femmes, dans les climats chauds , cessent de bonne heure d'être belles et fécondes. » Volt. Épouse est un terme relevé, de choix, qui annonce le rang, quelque qualité excellente , ou les sentiments distingués dont une femme est l'objet, ce Le rang oVépouse et de mère m'élève l'âme et me soutient. » J. J. ,
Dans la tragédie de Sophonisbe de Voltaire, Masinissa s'écrie :
Arrêtez.... Sophonisbe est ma femme.
A quoi Lélie répond :
Sachez que Sophonisbe, à nos chaînes livrée,
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
De ce titre d'épouse en vain s'est honorée. Un peu plus loin Masinissa dit encore :
Dieux que ma femme implore,
Donnerea-vous la force à mon âme égarée
De me souiller du sang d'une épouse adorée ? Dans le Télémaque , l'auteur met ces mots dans la bouche du jeune héros : a Si jamais les dieux me rendent mon père , et qu'il me permette de choisir une femme , Antiope sera mon épouse. » Fén. « Le père de Samson crut qu'il allait être lui-même frappé de mort avec sa femme , parce qu'ils avaient vu le Seigneur. Mais son épouse , sainte et éclairée , condamna sa défiance. » Mass. Dans les pays où la polygamie est permise , toutes les femmes d'un même homme ne sont pas d'ordinaire élevées au rang de ses épouses, a Caribert donna trois indignes rivales à sa femme Ingeberge, et toutes trois eurent le nom à'épouses. » Volt.
Dans le langage commun époux et épouse ont un air d'affectation qui fait qu'on évite de s'en servir.
MARQUER, INDIQUER, DÉSIGNER. Donner lieu de connaître.
Marquer enchérit sur indiquer et sur désigner sous le rapport de la précision et de la certitude.
La marque fait reconnaître, l'indice met seulement sur la voie , et le signe donne seulement à entendre. On donne à une personne des marques d'estime, et non pas seulement des indices ou des signes d'estime. Dans ses Éléments de littérature, Marmontel dit à l'article Comique : «.Comme je n'ai fait qu'indiquer cette division dans l'article Comédie , je vais la marquer davantage dans celui-ci. » Et pour ce qui concerne l'opposition de marquer et de désigner, Condillac dit dans son Dictionnaire que « marquer à une personne ce qu'elle doit faire , c'est le lui désigner expressément. »
On marque d'une manière distincte , en faisant remarquer parmi les autres. Le cadran marque les heures ; on marque dans un livre un passage qui a frappé ; on marque les particularités d'une histoire, les temps, les lieux, les personnes, leurs paroles. Mais on indique en enseignant, en montrant du doigt (index) de quel côté est l'objet, le chemin à suivre pour le trouver , en aidant ou en apprenant à connaître. V index d'un livre indique la division et la place des matières ; une carte vous indique votre route , des écriteaux indiquent des objets à vendre. En marquant une chose vous la tirez du milieu des autres et la mettez immédiatement sous les yeux-, en indiquant une chose vous ne faites que donner sur elle des renseignements , que guider dans la recherche de cette chose ou de ce qui s'y rapporte. — Le baromètre marque les degrés de pesanteur de l'air ; mais il ne fait qu'indiquer les variations du temps, a II ne faut pas mépriser les idées obscures ou confuses , ni rejeter du discours les termes qui y répondent , parce que , d'un côté , ils marquent un effet manifeste hors de l'objet; et, de l'autre , ils nous indiquent ce qu'il faut chercher dans l'objet même. » Boss.
Désigner veut dire aussi conduire à connaître , faire connaître indirectement : c'est indiquer.
mais indiquer par des signes, des expressions, des symboles. Les mots désignent et on désigne par les mots, les mots sont des signes; le signalement désigne la personne ; les pavillons différents désignent les nations-, les Égyptiens désignaient l'éternité par la figure d'un serpent qui se mord la queue; sans nommer une personne, on la désigne par une peinture significative, dont tout le monde entend le sens.
Une girouette marque la direction du vent et indique le beau temps ou la pluie; il se peut aussi que par sa forme emblématique elle désigne l'état ou le goût dominant de la personne qui l'a fait placer sur sa maison.
1° MATIÈRE, SUJET:— 2° CHAPITRE, ARTI- CLE, POINT. Ce dont on traite ou dont on parle, ce dont on s'occupe ou dont il est question dans un écrit, dans un ouvrage, dans une dispute, dans un discours ou une conversation.
Matière et sujet se disent d'un tout, de ce à quoi se 'rapporte tout un livre, tout un traité, toute une pièce , toute une discussion , tout un entretien. Chapitre, article et point annoncent, au contraire, une division, quelque chose de partiel ou de particulier. Un homme qui écrit ou qui parle traite telle matière ou tel sujet; et, quand il en vient à tel chapitre , à tel article ou à tel point, il fait ceci ou cela, il se montre tel ou tel , fort ou faible, ignorant ou instruit. D'ailleurs, matière et sujet sont seuls employés en parlant d'une œuvre d'art ; ils désignent ce que façonne l'artiste ou l'ouvrier , ce à quoi il donne une forme : quand vous composez, vous cherchez à vous rendre maître de votre matière ou de votre sujet. Le chapitre, l'article et le point ne sont pas ainsi quelque chose qu'on manie et qu'on transforme , mais ce sont comme des chefs auxquels ce qu'on dit est relatif : nous reviendrons sur ce chapitre , sur cet article ou sur ce point.
1° Matière , sujet.
Matière est général et vague; sujet, spécial et précis. En effet qu'est-ce que la matière? La substance ou le fond de tous les corps. Et le sujet, subjectum, ce qui est dessous? La portion de matière qui est actuellement sous la main du travailleur. On dit sans article , en matière de , et avec l'article , c'est-à-dire d'une manière déterminée , au sujet de.
Qu'un ouvrage roule sur telle matière , cela indique le genre d'objet auquel il a rapport; on dit qu'il traite de tel sujet , quand on veut marquer positivement ce qui en est l'objet particulier. Le sujet est la matière propre d'un discours ou d'un écrit. On appelle ignorance du sujet, et non de la matière , le sophisme qui consiste à perdre de vue la chose précise qui est en question. Que de gens n'oublient, sur la matière dont ils parlent, que leur sujet! Un professeur donne des leçons sur telle matière, la philosophie, l'histoire , le droit , et dicte à ses élèves des sujets de composition. Les vérités de l'Évangile sont la matière des sermons; un sermon a pour sujet quelqu'une de ces vérités. Parmi les matières des sermons on distingue des sujets plus favorables à l'éloquence. « Dans l'éloquence
de la chaire les matières sont grandes, mais usées et triviales.... Il y entre des sujets qui sont sublimes ; mais qui peut traiter le sublime ? » La.br.
Condillac propose une distinction analogue à la précédente. La matière , suivant lui , est plus étendue que le sujet : outre ce qu'on a principalement en vue de traiter , de faire connaître , elle comprend toutes les choses subordonnées ou voisines qu'on ne touche que pour développer le sujet. Le sujet d'un éloge est le personnage qu'on entreprend de célébrer; la matière d'un éloge, c'est aussi ce qu'on y joint , ce qu'on dit accessoirement pour relever le sujet .
Simonide avait entrepris
L'éloge d'un athlète; et, la chose essayée,
Il trouva son sujet plein de récits tout nus.
Les parents de l'athlète étaient gens inconnus ;
Son père, un bon bourgeois; lui, sans autre mérite: Matière infertile et petite. Laf.
Enfin matière, à la différence de sujet, fait considérer la chose dont il s'agit comme éloignée, comme n'étant pas présentement en œuvre ou sous la main de l'ouvrier, ou comme quelque chose à quoi il tient peu, qui l'attache peu. « J'aurais bien d'autres choses à dire sur ce sujet; mais comme j'ai déjà traité de cette matière dans ma ixe satire, il est bon d'y renvoyer le lecteur. •» Bon. « Il semble que , pour nous rendre inexcusables, le caprice du sort ait pris plaisir à nous offrir les matières les plus illustres et des sujets véritablement dignes de la plus sublime éloquence. » D'Ag. « En rentrant je vis que la conversation avait continué sur le même sujet, mais d'un autre ton, et comme sur une matière indifférente. » J. J. « Je suis déjà trop loin de ces sortes de matières (littéraires) pour pouvoir en parler avec justesse.... J'aime à rêver, mais librement, en laissant errer ma tête, et sans m'asservir à aucun sujet. » Id.
2° Chapitre , article , point.
Le chapitre est proprement la division d'un livre , il est plus ou moins long. V article est la division d'un compte ou d'un traité , il est plus ou moins important. Chapitre a rapport au discours, à l'action de dire; article, aux choses dites , à ce qui est contenu dans le discours. On cause , on passe légèrement ou on ne tarit pas sur certains chapitres; on a tort ou raison, on est d'accord avec les autres ou on ne plaisante pas sur certains articles. « Si je te disais le nom de toutes celles qu'il a épousées en divers lieux , ce serait un chapitre à durer jusqu'au soir. » Mol. « L'irréligion était le seul crime auquel Louis XIV ne pardonnait point ; tout était sérieux pour lui sur cet article. » Mass. Molière parlant à sa muse , lui recommande de louer Louis XIV , et ajoute :
Sur ce chapitre on n'est jamais à sec. Mais dans Amphitryon , Cléanthis menace Sosie d'user de la liberté qu'il lui a donnée d'être infidèle , et à cela Sosie répond :
Ah! pour cet article-lk j'ai tort.
Je m'en dédis.
Nous reviendrons sur ce chapitre, il n'est pas
épuisé; nous reviendrons sur cet article, il est essentiel.
Le point ressemble à Y article : il regarde , non pas les paroles, les propos, le fait de parler des choses , mais les choses mêmes , leur vérité , leur importance. Seulement il n'est pas fixe, arrêté, comme Yarticle; aussi dit-on plutôt un article de foi , et un point de théologie à discuter. « Est-ce une hérésie de douter si Jansénius soutient cela? Est-ce un article de foi qu'il faille croire sur peine de damnation? Et n'est-ce pas un point de fait pour lequel il serait ridicule de prétendre qu'il y eût des hérétiques dans l'Église? » Pasc. Quand les deux mots se disent de choses encore incertaines , problématiques et débattues , le point diffère de Yarticle en ce qu'il est moins étendu, réduit à une simple question. « Condé était savant dans nos mystères, mais surtout pour la discussion des points et des articles que les hérétiques nous contestaient. » Bouru.
MAUVAIS, —DANGEREUX, NUISIBLE, PER- NICIEUX, MALFAISANT. Epithèthes défavorables, dont on se sert pour imputer un défaut.
Mauvais est le contraire de bon; il en a toute la généralité. Ce qui est mauvais pèche ou laisse à désirer sous quelque rapport que ce soit. Un mauvais livre , par exemple , sera ainsi qualifié , quoique innocent du reste , parce qu'il s'y trouvera des fautes de style ou de goût. Dangereux , nuisible , pernicieux et malfaisant ont une signification plus restreinte, ils indiquent quelque chose de mauvais, c'est-à-dire de fâcheux, de propre à causer un tort , une perte , une ruine. Un homme a-t-il de mauvais sentiments, c'est un homme à blâmer ou à plaindre ; mais un homme dangereux , nuisible , pernicieux ou malfaisant est un homme à craindre. Bossuet dit avec beaucoup de justesse que le péché est contraire à Dieu comme mauvais, comme opposé au bien, à la justice, et qu'il est contraire à l'homme comme nuisible, comme préjudiciable à notre bonheur. — Que si mauvais se prend aussi dans l'acception particulière à ses synonymes, il en diffère en ce qu'il représente l'idée commune sans aucun accessoire.
Dangereux implique l'idée d'un doute. La chose dangereuse n'est pas positivement mauvaise, elle peut l'être , elle court risque de l'être. Une position dangereuse est délicate , un peu plus que suspecte ; on y est menacé de quelque malheur : il faut s'y conduire avec circonspection. Dans le danger on est exposé, on court une chance, mais rien de plus; on peut s'en tirer, à la rigueur.
Nuisible et pernicieux annoncent des qualités décidément mauvaises, qui doivent inspirer plus que de la défiance, a Sans cet examen , nos vertus mêmes nous deviennent nuisibles, ou du moins dangereuses. » Fén. a Fuir le monde et ce que vous savez être dans le commerce du monde ou pernicieux ou seulement même dangereux. »
BOURD.
Mais si nuisible et pernicieux disent plus que dangereux, parce qu'ils supposent un mal certain, pernicieux, à son tour, renchérit sur nuisible
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
par le degré , parce qu'il exprime un mal plus grand. En effet, ce qui est nuisible est propre à nuire, désavantageux, capable de causer des inconvénients , des désagréments , des contrariétés, de susciter des embarras; ce qui est pernicieux , du latin pernicies , ruine , destruction , est propre à faire périr, c'est quelque cbose de mortel , de délétère ou une source féconde de maux. « Epictète, en combattant la paresse, mène à l'orgueil , et pourrait être nuisible à ceux qui ne sont pas persuadés de la corruption de toute justice qui ne vient pas de la foi. Montaigne est absolument pernicieux, de son côté, à ceux qui ont quelque pente à l'impiété et aux vices.» Pa=c. « Il y a bien de la différence entre un livre qui contient des erreurs nuisibles et un livre pernicieux. » J. J. Une trop forte contention d'esprit est nuisible à la santé : a Amusezvous un peu par les livres , sans application nuisible à la santé. >< Fén. Mais les plantes vénéneuses sont pernicieuses pour la santé : J. J. Rousseau dit quelque part au sujet des terribles effets du napel : « Cette plante a souvent causé des accidents à des enfants et à d'autres gens qui ignoraient sa pernicieuse vertu. » — Ensuite , nuisible, comme utile son contraire, s'emploie de préférence pour ce qui regarde le corps et les affaires-, au lieu que pernicieux, comme salu taire auquel il est opposé, convient tout aussi bien pour le moins quand il est question de l'âme et de ce qui s'y rapporte. Le vin est nuisible à certaines personnes (Labr.) ; on dit un exemple ou un écrit pernicieux , une maxime pernicieuse. a Ils croient qu'on manquerait de cbarité si on ne leur découvrait pas les choses nuisibles à leui santé et à leur vie.... Qu'ils considèrent combien la morale que vos casuistes répandent de toutes parts est honteuse et pernicieuse à l'Église. » Pasc.
Malfaisant, qui fait mal ou le mal, se distingue par l'idée d'action. L'être malfaisant ne contient pas un principe mauvais, comme l'objet nuisible ou pernicieux, il agit, il se comporte d'une manière mauvaise. Aussi ce mot se dit-i ; proprement de l'homme et de ses dispositions. de son humeur, de son caractère, de ses passions, ainsi que de certains autres agents ifun ordre supérieur ou inférieur à l'espèce humaine Homme ou naturel malfaisant (Acad.), activité malfaisante (J. J.), divinités malfaisantes (Fén., Roll.), animaux malfaisants (Laf., Buff.). a Satan, cet esprit malfaisant, se remue continuellement avec ses complices pour persécuter les fidèles. » Boss. « Charopus étant d'un caractère brouillon et malfaisant attaquait et harcelait sans cesse les chefs de la nation. » Roll. Non; je hais tous les hommes :
Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants;
Et les autres, pour être aux méchants complaisants.
«Voltaire n'a jamais cru qu'au diable, puisque son Dieu prétendu n'est qu'un être malfaisant qui selon lui ne prend de plaisir qu'à nuire. » J. J. « La prévoyance éternelle a placé à côté de diverses plantes nuisibles des simples salutaires, et dans la substance de plusieurs animaux mal-
faisants le remède à leurs blessures, s Id. - Sans doute l'épithète de nuisible se donne quelquefois à un genre d'animaux, aussi bien que celle de malfaisant; mais ce n'est pas dans le même cas ni dans le même sens exactement. L'animal nuisible est capable de nuire, sans nuire effectivement dans le moment où on parle, ou son action de nuire est faible, peu apparente! « Il n'est pas à présumer que ces loups et ces ours (de la Grande-Bretagne) y soient venus à la nage, ni que les hommes aient transporté ces animaux nuisibles. » Buff. On dit des insectes nuisibles (Buff.) plutôt que des insectes malfaisants. L'animal malfaisant exerce présentement sa rage, sa cruauté, ou le mal qu'il fait est frappant , remarquable , immédiat, « En Egypte les hommes ont lutté très-longtemps contre les espèces malfaisantes. » Buff.
Et mon esprit enfin n'est pas plus offensé De voir un homme fourbe, injuste, intéressé, Que de voir des vautours affamés de carnage , Des singes malfaisants et des loups pleins de rage.
Mol.
Et si, de son côté, malfaisant s'applique aussi abusivement aux choses , c'est à celles qu'on considère comme actives, comme produisant sur la santé des effets sensiblement mauvais.'» Dans ces malachites le cuivre conserve encore quelquesunes de ses qualités malfaisantes.» Buff. «L'estomac s'irrite et se soulève contre ce qui lui est pénible ou malfaisant. » Marm.
1° MAUVAIS, MÉCHANT; — 2° MALICIEUX, MALIN. Qui n'est pas moralement bon. ,
Mauvais et méchant ont rapport à l'effet : un homme mauvais ou méchant est à craind-re; une chose mauvaise ou méchante est telle, qu'on n'en peut faire us3ge. Malicieux et malin ont rapport à la cause : un homme malicieux ou malin est fin, mordant, enclin et habile à se divertir aux dépens des autres; une chose maligne a une vertu, une influence, une action nuisible. — Ensuite, le mauvais et le méchant font le mal d'une manière ouverte et directe, en ennemis déclarés; au lieu que le malicieux et le malin emploient la finesse , la ruse , et non pas la force. Néron a été le plus mauvais ou le plus méchant des hommes; le démon, pour séduire nos premiers parents, se servit d'artifices, de ruses malicieuses , et, dans l'Écriture , il est appelé le Malin.
1° Mauvais , méchant.
Le mauvais l'est par instinct ou par nature : un mauvais fond, un mauvais cœur, un mauvais caractère, « C'était un grand seigneur dont le fond n'était pas mauvais. » Volt. « Les pécheurs ne haïssent Dieu que parce qu'ils jugent librement et faussement qu'il est mauvais. » Mal. a Les juges de l'inquisition présument toujours l'accusé coupable , apparemment parce qu'ils croient les hommes mauvais. » Montesq. Mais le méchant commet des méchancetés, nuit de fait, avec réflexion et parce qu'il le veut. « Lépidus était le plus méchant citoyen qui fût dans la république, toujours le premier à commencer les troubles , formant sans cesse des projets funestes. » Montesq.