‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 643 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

aéré , tempère , mitigé , modifié devient tel ou tel ; ce qui est adouci ne cause plus de douleur, ne choque plus, n'offense plus. On adoucit l'amertume (Corn.) , la rudesse (Bon.. , Mol.) , l'aigreur (Bourd., Mass., Volt.), le caractère ou l'humeur (Bourd., Volt.), la peine ou les peines (Bourd., Fén., Mass.), les afflictions (Labr.), les inquiétudes (Mol.) , les infortunes (J. J.) , les souffrances (Pasc). « Ces exercices si propres à faire des gens durs et sauvages avaient besoin d'être tempérés par d'autres qui pussent adoucir les mœurs, m Montesq. a Un homme dont il ne fallait que tempérer la violence et adoucir l'humeur pour en faire un très-bon mari. » Marm. « Le premier soin de Numa devait être de^ travailler à adoucir et à apprivoiser les esprits. » Roll. « N'appréhendez pas mon joug, il est doux; ni mon fardeau, il est léger. Le saint amour que j'inspire adoucit tout; il rend tout agréable et aisé. » Boss.

Du Dieu qui nous cTéa la clémence infinie, Pour adoucir les maux de cette courte vie , À placé parmi nous deux êtres bienfaisants... : L'un est le doux Sommeil, et l'autre est l'Espérance.

Yolt.

Mitiger semble équivaloir à adoucir, car ii vient de mitis , doux , comme adoucir de dulcis , doux. Mais , au lieu que dulcis veut dire doux , agréable , mitis se prend pour doux , mou , tendre, flexible. C'est pourquoi adoucir reste seul subjectif, et mitiger se dit, dans une acception très-restreinte, pour assouplir une règle ou une loi. Une loi adoucie est moins rude; une loi mitigée est moins roide , moins inflexible ; elle est relâchée. — D'ailleurs, mitiger, mitigare, n'est pas du langage commun : il annonce une diminution de rigueur, qui n'est pas l'effet de la bonté, de la tolérance ou de la facilité d'un supérieur, comme pourrait être un simple adoucissement, mais l'effet d'un changement opéré régulièrement par l'autorité compétente. « On appelle ordres mitigés ceux dont la règle primitive a été adoucie par une règle nouvelle. » Roub. Un socinien ou rigide ou mitigé (Boss.); des républicains rigides , des républicains mitigés ( Vûlt. ). ce Ces hérétiques se mitigeaient quelquefois à l'égard du mariage : on le permettait à un garçon qui épousait une fille. » Boss. ce Les mitigations de Mélanchton avaient mené peu à peu les luthériens des excès de Luther contre le libre arbitre à ceux des demi-pélagiens qui l'outraient. » Id. a Qu'on rende à la discipline son austérité, sa vigueur ; que la faveur ne se mêle point d'en mitiger les lois sévères. » Marm. a II est vraisemblable que le pouvoir de Charlemagne dans Rome était fort mitigé pour ne pas trop choquer les Romains. » Volt, «c II était permis d'appeler à César pour mitiger une peine, mais non pour l'aggraver. » Id. « Cette sentence fut mitigée et changée en un exil perpétuel. » Roll. « Ayant une collection considérable d'estampes dont les droits, exigés à la rigueur, auraient passé mes ressources , je les priai de tâcher de faire mitiger le droit. » J. J.

Modifier a une signification toute aussi spéciale. Il ne s'emploie qu'en parlant des expres-

sions, et c'est les restreindre, en diminuer le sens , le rendre moins étendu. On modifie proprement une proposition. Selon l'Académie, on dit aussi mitiger une proposition. Nous n'en avons jamais trouvé d'exemple. Du reste , quand même cela se dirait, ce ne serait toujours qu'en parlant de doctrines morales d'une austérité outrée , au lieu que modifier est aussi d'usage quand il est question de toute autre chose. « Le plénipotentiaire est vif et grand parleur, pour dire plusieurs choses indifférentes qui se modifient ou qui se détruisent les unes les autres. » Labr. a Quand Dieu veut seulement menacer, il ajoute toujours à ses menaces des conditions qui en suspendent l'effet et qui les modifient. » Bourd. ec Tertullien se trompait dans la première proposition , ne la prenant pas au sens orthodoxe qui la modifie. » Id. « Il aurait dû modifier son assertion. » Buff. « La harangue du premier président se terminait par demander que l'édit des monnaies fût envoyé au parlement pour le modifier. » Marm. ce Vous commencez, pour rendre ma proposition plus dure , par supprimer charitablement le mot toujours , qui ncn-seulement la modifie , mais qui lui donne un autre sens. » J. J. a Modifier les clauses d'un traité. » Acad. — Mitiger une loi ou une peine regarde la loi ou la peine elle-même qu'on rend moins sévère ; la modifier se rapporte plutôt aux termes qui l'expriment.

MOLLESSE, NONCHALANCE. Défaut qui consiste à agir d'une manière lâche, languissante, peu ou point animée.

La mollesse est objective , relative à l'effet ou à l'action , et non à l'agent ; la nonchalance est subjective, relative au sujet ou à l'agent dont elle constitue une qualité mauvaise. On fait une molle résistance ; on a l'humeur nonchalante. On dit un nonchalant , c'est une sorte de caractère ; par la raison contraire , on ne dit pas de cette façon absolue un mou. Se battre mollement, c'est y aller demain morte; se battre nonchalamment, c'est y mettre du laisser aller, de l'abandon.

Il n'y a dans la mollesse que de la faiblesse, qu'un manque de fermeté ou de vigueur, ce L'assoupissement de la mollesse. » D'Ag. ce Agir avec vigueur, parce que c'est Tordre de Dieu qu'on ne fasse rien mollement. » Boss. ec La mollesse et le relâchement d'un côté , et de l'autre le fanatisme , sont les effets de cette illusion. » Id. « La mollesse est une langueur de l'âme qui l'engourdit et qui lui ôte toute vie pour le bien.... Il faut une foi mâle et vigoureuse qui gourmande cette mollesse.... L'homme mou ne saurait s'assujettir de suite au travail ni se contraindre longtemps , ni s'appliquer courageusement à se corriger. C'est le paresseux de l'Écriture , qui veut et ne veut pas , à qui les mains tombent de langueur dès qu'il regarde le travail de près. » Fén. ec II règne encore dans vos lettres un ton de mollesse et de langueur. » J. J. ce La mollesse et l'inutilité des tentatives pour défendre Capoue pendant que les Romains l'attaquaient avec une vigueur incroyable. » Roll. ec Par là (des délices continuelles) l'esprit et le corps contractent une faiblesse, une mollesse qui les rend incapables de tout effort. » Id. — Mais dans la nonchalance il

SYNONYMES A RADICAUX DIVERS

y a de plus que dans la mollesse un peu de^ négligence , ne se chaloir de rien ayant signifié anciennement ne se soucier ou ne s'inquiéter de rien. « Nonchalamment est un vieux mot pour lequel on dit négligemment, peu soigneusement. » Vaug. « Il laisse ses affaires en désordre par nonchalance. *> Acad. « Si toute notre prévoyance ne peut rendre notre vie heureuse, combien moins notre nonchalance! » Vauv. « Numa voulait que ses citoyens n'assistassent pas au service divin et aux prières publiques négligemment et avec nonchalance et distraction , mais qu'ils abandonnassent toutes leurs occupations pour vaquer à celle-là avec une application entière* » Roll. Un soldat bien récompensé Le gardait (ce mort) avec vigilance.

Il était dit par ordonnance Que si d'autres voleurs, un parent, un ami , L'enlevaient, le soldat, nonchalant, endormi, Remplirait aussitôt sa place. Laf.

On dit la mollesse d'une tentative (Roll.) , et la nonchalance du salut (Pasc). On regrette pour le succès d'une entreprise qu'une personne ait de la mollesse; on lui reproche d'avoir de la nonchalance. « Il faut avoir oublié ses péchés, ses obligations.,., pour faire nonchalamment et avec mollesse et indifférence une aGtion aussi importante. y> Boss. Voilà le mot : la nonchalance eon> prend la mollesse et l'indifférence. L'homme mou est incapable d'effort; le nonchalant, d'effort et de soin.

Aussi nonchalance se met-il hien après mollesse comme y ajoutant quelque chose , il y ajoute une idée d'insouciance. « Le salut ne se fait point avec mollesse et nonchalance. » Boss. « Démosthène rejette sur la mollese des Athéniens et sur leur nonchalance la cause de leurs désastres. r> Roll. « Antoine , par mollesse et par nonchalance , ne se hâta pas d'entrer en action. » Id. « Après s'être assuré de la mollesse , de la nonchalance , de la timidité de la classe aisée et paisible , ce parti cessa de dissimuler. » Marm.1.

MOMENT, INSTANT. Noms qu'on donne aux plus petites parties du temps.

Mais un moment, quoique court, Test encore moins qu'un instant. «Vous épouser! qu'à cela ne tienne, dans ce moment, dans Vinstant; je ne demande pas mieux, je vous jure; et je voudrais déjà que cela fût fait. » Volt. En un moment , c'est-à-dire en peu de temps ; en un instant , c'est-à-dire en un clin d'œiL

Le moment se représente comme un espace de quelque étendue : on y conçoit une succession, suivant l'étymologie du mot, momentum pour movimentum , mouvement : dans un moment de disette (Vert.), c'est-à-dire durant une disette. Vinstant , ce qui est instant , suspendu au-dessus , ce qui presse ou menace , est, au contraire,

\ . Girard a comparé ensemble mou et indolent , qui se ressemblent beaucoup moins que mou et nonchalant. En effet la mollesse, comme la nonchalance, se rapporte à la volonté et consisté dans un défaut de nerf, dans Une certaine incapacité d'effort; au lieu que Yindolence se rapporte à la sensibilité et consiste à n'être pas accessible aux impressions , susceptible d'être ému.

quelque chose d'inétendu , et répond au latin punctum, un point, qui se disait dans le même sens. « Notre existence est un point, notre durée un instant , notre globe un' atome. » Volt.

L'heure d'un rendez -vous d'ordinaire s'étend,

Et n'est pas resserrée aux bornes d'un instant.

Mot.

Moment se prend quelquefois dans le sens général de temps, abstraction faite de toute idée de brièveté : au moment que, c'est-à-dire lorsque; bien employer ses moments , c'est-à-dire ses loisirs ou les différentes parties de sa vie; avoir de bons moments, c'est être bon par intervalles , sans que la longueur de ces intervalles soit déterminée. Au contraire , instant emporte toujours l'idée d'un temps extrêmement court.

La campagne avec vous me semblera riante ;

Les jours m'y paraîtront seulement des instants.

Dest.

« Tous les temps ne sont qu'un instant , comparés à la durée de Dieu , qui est éternelle. » Labr. « Il ne faut pas compter les années du monde ; le nombre des grains de sable de la mer ne leur est pas plus comparable qu'un instant. » Montesq. « On peut toujours concevoir un temps plus grand sans dernier , et un moindre sans arriver à un instant et à un pur néant de durée. » Pasc. « L'indivisible est un zéro d'étendue. On trouvera un pareil rapport entre le repos et le mouvement, et entre un instant et le temps, car toutes ces choses sont hétérogènes à leurs grandeurs. » Id.

« J'ai senti palpiter mon cœur à chaque papier que j'ôtais (de dessus ton portrait) , et je me suis bientôt trouvé tellement oppressé, que j'ai été forcé de respirer un moment sur la dernière enveloppe.... 0 ma Julie , qu'il est prompt, le magique effet de ces traits chéris ! Non , il ne faut point un quart d'heure pour le sentir ; 'une minute , un instant suffit pour arracher de mon sein mille ardents soupirs. » J. J. « 0* délices, vous avez disparu comme un éclair. Cette éternité de bonheur ne fut qu'un instant de ma vie. Le temps a repris sa lenteur dans les moments de mon désespoir, et l'ennui mesure par longues années le reste infortuné de mes jours. » Id.

Le moment se considère bien d'une manière concrète, en rapport avec les événements qui s'y passent : un beau (Volt., J. J.), un heureux (Acad.), un délicieux (J. J.) moment; un auteur a des moments admirables (Acad.); moment seul signifie une bonne occasion , un temps opportun ou favorable. Vinstant se considère d'une manière abstraite, et ne reçoit des faits aucune qualification. On arrive en un instant au triste moment de la mort. « Rappelez ce moment terrible (de la mort). Vous y viendrez ; et , quelque loin qu'il puisse être , ce sera demain , et vous y arriverez en un instant. *> Mass. « Quelque sage et quelque heureux qu'on soit , on a toujours quelque fâcheux moment qu'on ne saurait prévoir ; il ne faut souvent qu'un instant pour changer la face entière des choses qu'on croyait le mieux établies. » G-ir.

MONDE , UNIVERS. L'assemblage des êtres ; le ciel , la terre et ce qui y est contenu.

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