MONTRE, PARADE, ÉTALAGE, OSTENTATION
Faire montre, parade, étalage, ostentation d'une chose , c'est l'exposer ou la mettre en vue.
La montre est une apparence par laquelle on indique ce qu'on tient, ce qu'on possède, ou ce qu'on est : nous faisons montre de toutes sortes de choses, bonnes ou mauvaises, riantes ou tristes , solides ou vaines. On fait montre de courage (Boss. , Mass., Roll.). « Quand un discours naturel peint une passion ou un effet , on trouve dans soi-même la vérité de ce qu'on entend , qui y était sans qu'on le sût , et on se sent porté à aimer celui qui nous le fait sentir; car il ne nous fait pas montre de son bien, mais du nôtre.» Pasc. « Ces prêtres auraient honte d'aller dans les assemblées du clergé faire montre de leur oisiveté et de leur ignorance. » Mass. « Le bonheur des pécheurs n'est qu'une vaine montre, qui cache les remords les plus cruels. » Id. oc Les enfants , les pauvres ne les ont que pour faire montre de leur misère. » Boss. « Je ne m'étonne pas si nous n'avons de la piété que la montre et quelques froides grimaces. » Id. a Périclès songea donc à faire montre de la puissance des AthéniSns. » Cond.
La parade est une montre de choses brillantes plutôt que bonnes et solides , dont on est paré . orné , plutôt que pourvu. Ce mot annnonce une action toujours volontaire , affectée , et inspirée par la vanité, « Fier de sa noblesse , jaloux de sa beauté , le cygne semble faire parade de tous ses avantages. » Buff. « On n'entend jamais un chrétien humble faire parade de ses bonnes œuvres, vanter ses prétendus exploits, étaler en de longs récits les affaires où il a eu part. » Bourd. « Il ne faut point tant faire parade de ces trésors d'iniquité que vous vous appropriez , de ces brillants équipages, de ces superbes édifices, de ces somptueux repas, et de tout ce faste. » Id. « On fait parade du luxe jusque dans l'Église , et on le mène en triomphe aux yeux de Dieu mêjie. » Boss. « Vous aimez mieux, ma sœur, que le monde vous oublie , ou même qu'il vous méprise , que de tirer parade,' et vanité du mépris que vous avez pour lui. » Id. « C'est écrire l'histoire en bel esprit ; et qui veut trop faire parade de son esprit ne réussit qu'à le montrer , ce qui est bien peu de chose. » Volt. « Je n'aime point à faire parade de ces sortes de petits triomphes. » J. J. « Elle fait parade de sa beauté , de
ses pierreries; faire parade de beaux sentiments.» Acad. — Quand vous faites montre d'une chose, on sait que vous l'avez, qu'elle est en vous; quand vous faites parade d'une chose , vous voulez qu'on admire en vous quelque chose de distingué, de glorieux : «Saint Jean-Baptiste ne veut pas qu'on l'admire : il ne fait pas parade, comme les pharisiens, d'une sévérité outrée.» Mass.
L'étalage est la montre d'une chose qu'on déploie, qu'on expose dans toute son étendue. Ce mot se rapporte à la quantité, et non à la beauté : un grand étalage. « On les mariera ; on ne trouvera point un grand étalage de toilette. » Sév. On fait étalage d'érudition (J. J., d'Al.), l'érudition étant une chose qui se mesure. « Les hommes vains confondent l'érudition et l'étalage avec l'étendue du génie. » Vauv. « La conversation de Lisias est un étalage perpétuel de son érudition et de son éloquence. » Id. « Sages du siècle, taisez-vous; ou si, pour flatter votre orgueil, vous faites en de longs et vains discours le pompeux étalage de cette science profane dont vous êtes adorateurs , parlez tant qu'il vous plaira : ce n'est point à vous que Benoît aura recours. » Bourd. « Si l'on imprime la lettre en question, il y faut ajouter des choses essentielles : cela peut tenir lieu d'un programme dont je n'aime point l'étalage. » Volt, a Un précepteur pourvoit son disciple d'un acquis de facile étalage , et qu'on puisse montrer quand on veut.... Quand il s'agit d'examiner l'enfant, on lui fait déployer sa marchandise ; il l'étalé , on est content, puis il replie son ballot et s'en va. » J. J. « Cette brochure renferme un grand étalage d'érudition. » Acad.
Ostentation , selon la valeur de sa désinence est subjectif, c'est-à-dire qu'il a rapport, non pas à la chose, comme les trois mots précédents, mais à la personne ou au sujet , à son action , au sentiment qui l'anime. On fait montre , parade , étalage par ostentation, «, La chair du cygne est noire et dure , et c'est moins comme un bon mets que comme un plat de parade qu'il é- ait servi dans les festins chez les anciens , et par la même ostentation chez nos ancêtres. » Buff. « Tout devient honorable d'après de grands modèles; et souvent l'ostentation toute seule nous jette dans des excès auxquels l'inclination se refuse. » Mass. « Jamais prince ne fut plus éloigné de l'ostentation et de la fausse gloire. » Id. « Le démon a inspiré aux Vaudois le même orgueil (qu'aux manichéens), la même ostentation de leur pauvreté prétendue apostolique. » Boss. « Il disait que dans une femme l'ostentation des richesses, le goût de la dépense, la prodigalité , n'avait sur l'avarice que l'avantage de répandre ce qu'on n'aurait pas su donner. » Marm. « Je n'estime pas que l'on puisse donner une idée plus juste de l'ostentation, qu'en disant que c'est dans l'homme une passion de faire montre d'un bien ou des avantages qu'il n'a pas. » Labr. ail est tout plein d'ostentation.» Acad. — Montre, parade, étalage, tout relatifs à l'état des choses, n'expriment ni une p-ssion, ni un vice, ni une manière d'agir, ni quoi que ce soit qui regarde les personnes.