DEUXIÈME PARTIE
Or la multitude confuse ou tumultueuse est proprement la foule.
Là , sur une charrette une poutre branlante Vient menaçant de loin U foule qu'elle augmente... Aussitôt cent chevaux dans lk foulé appelés De l'embarras qui croît ferment les défiles.
Boil.
« On ne peut douter que des gens ainsi exercés (les Grecs) n'eussent de grands avantages sur cette foule de barbares pris indifféremment, et menés sans choix à la guerre. » Montesq. « Un prince pieux se démêle toujours de la foule des autres ^rinces dans la postérité. » Mass. « Il est tres- *in<mlier qu'à Borne , au milieu d'une si grande multitude , les tribuns n'ont jamais tenté de faire passer de leur chef un seul plébiscite. Qu'on juge cependant de l'embarras que causait quelquefois la foule par ce qui arriva du temps des Gracques, où une partie des citoyens donnait son suffrage de dessus les toits. » J. J. « Les débiteurs , poursuivis jusque dans la place par leurs créanciers , y trouvent un asile assuré dans la foule. » Vert. « G. Graccbus fut joindre Flaccus, qui s'était mis à la tête de son parti : il ne trouva 4ans cette foule du peuple qu'une multitude sans .ordre. » Lu.
Presse indique une réunion d hommes presses les uns contre les autres , ne pouvant sans gène et même sans péril tenir ensemble dans le lieu où ils sont. « J'ai entendu la passion de Mascaron. J'avais grande envie de me jeter dans le Bourdaloue ; mais l'impossibilité m'en a ôté le goût : les laquais y étaient dès le mercredi , et la presse y était à mourir. » Sév. « En 1720, le peuple manquant de pain et d'argent, se précipitant en foule aux bureaux^de la banque , pour échanger en monnaie des billets de dix livres, il y eut trois hommes étouffés dans la presse. » Volt. « Courez vite chez le médecin demander une potion pour rassurer une femme qui a pensé accoucher dans la presse. » Begn. On a de la peine à distinguer quelqu'un dans la foule , tant la confusion est grande; on a de la peine à fendre la presse, tant les hommes y sont étroitement serrés. « J'étais un jour dans l'antichambre du roi. J'aperçus dans la foule don Gaston de Cogollos.... Nous fendîmes la presse, et nous sortîmes du palais. » Les. — Lorsque foule se prend, non plus pour multitude tumultueuse , mais , comme presse , pour multitude compacte , il dit moins que presse. Se tirer de la presse, c'est sortir d'une position dangereuse , au lieu que se tirer de la foule , c'est seulement sortir d'embarras ou bien se distinguer , par ses talents , d'une multitude où tous les hommes sont pêle-mêle et au même niveau. La foule empêche de circuler librement; la presse comprime, opprime, étreint, met les jours en danger. Dans une traduction de la Mort de César de Shakespeare, Artémidore dit à Porcia :
Les sénateurs, préteurs, courtisans, demandeurs, Font une telle fouie, une si grande presse, Qu'en ce passage étroit ils pourraient m'étouffer.
Volt.
2° Concours , affluence.
Concours représente l'action simultanée de
personnes qui accourent , qui se rendent vers un même endroit. Affluence donne l'idée d'une suite de personnes qui s écoulent sans interruption vers un hut, ainsi que les eaux d'une rivière.
La différence entre ces deux mots consiste donc en ce que le concours a lieu dans une occasion , accidentellement, et Vaffluence d'une manière durable, continuellement, pendant des années.
Une foire, un spectacle, une fête attirent un grand concours; une ville reçoit une grande affluence d'étrangers. Il se fit un grand concours de peuple le jour où Jésus-Christ fit son entrée à Jérusalem (Boss.); Ninette et Baslien (deux pièces de Favart) firent une fortune prodigieuse, et pendant des années Vaffluence publique ne l'épuisait pas (Lah.).
« A la porte du me nastère il y avait un grand concours de personnes. Que de monde! dit Léandro Perez. Quelle cérémonie assemble ici tout le peuple?» Les. a Bien ne rend plus hospitalier que de n'avoir pas souvent besoin de l'être : c'est Vaffluence des hôtes qui détruit l'hospitalité.» J. J.
« En un instant la nouvelle de la mort de Caton se répandit dans la ville ; et aussitôt ce fut un concours incroyable, et des trois cents , et de tout le peuple d'Utique, autour de sa maison. » Boll. « Les agréments de cette manière de vivre augmenteront Vaffluence dans les villes. » Cond.
MUTUEL, RÉCIPROQUE. Ces mots s'emploient en parlant de deux ou plusieurs choses, de deux ou plusieurs personnes, pour marquer entre elles une certaine correspondance ou corrélation.
Ils viennent tous deux du latin, mutuus et reci- « procus, qui ne paraissent pas différer par leurs radicaux. Ce qu'il importe uniquement de considérer, c'est la particule initiale re de reciprocus. Re signifie une seconde action , une répétition , un retour vers le point de départ. Yoy. Ire partie page 107.
D'abord mutuel semble mieux convenir quand il est question d'état, et réciproque quand il s'agit d'action.
€ Il y a entre les œuvres et la foi une alliance mutuelle. » Bourd. <' Les parties d'un corps ont entre elles une mutuelle correspondance. » Mal. « Dieu unit étroitement ses ouvrages les uns avec les autres pour leur mutuelle conservation. » Id. <* Il se trouve des relations mutuelles entre les trois personnes divines. » Boss. « Qui a fait cette union ou société mutuelle de mon âme et de mon corps? » Fén. Suivant Descartes, l'union de l'âme et du corps , qui n'agissent réellement pas l'un sur l'autre , « ne consiste que dans une espèce de concert et de rapport mutuel entre les pensées de l'une et les mouvements de l'autre. » Fén. , Mal. a II y a des esprits qui se conviennent mutuellement l'un à l'autre. » Bourd. — Mais on dit des plaintes réciproques (La^r. , Bourd.), des promesses réciproques (Boss.), des mouvements réciproques (Mal.), des prétentions réciproques (Fén.), une communication réciproque (Id.); traitement, accusation, influence réciproques (Acad.). — a Un petit nombre de gens doux
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
et paisibles, unis par des besoins mutuels et par une réciproque bienveillance. » J. J. « En morale , tout est fondé sur une seule vérité de fait , sur le besoin mutuel que les hommes ont les uns des autres , et sur les devoirs réciproques que ce besoin leur impose, » D'Al. * Aces liens la sagesse éternelle a joint la force irrésistible des besoins mutuels et des offices réciproques. » Marm. a Qu'est-ce que l'amour du Père et du Fils, si ce n'est la troisième personne , et le Dieu amour , le don commun et réciproque du Père et du Fils , leur lien, leur nœud, leur mutuelle union?» Boss. Entre l'âme et le corps il y a dépendance mutuelle et action réciproque ou réciprocité d'action.
En second lieu, si les deux mots se rapportent à des actions, mutuel représente une action multiple simultanée, et réciproque une alternative, une sorte de va-et-vient bien distinct. « Il y a entre le mari et la femme jouissance ou possession mutuelle.* Boss. ,J.J. Deux personnes s'embrassent ou se donnent la main mutuellement, c'est-à-dire des deux parts à la fois , sans que l'action de l'une soit comme une réponse à celle de l'autre. « La justice et la paix se sont mutuellement baisées comme deux sœurs.» Bourd. « Les cérémonies de la religion sont des marques par lesquelles les hommes sont convenus de s'édifier mutuellement. » Fén. a Sur le Calvaire Jésus et Marie se percent de coups mutuels. » Boss. <x Quels regards mutuels entre Marie et son fils qui expire 1 » Mass. — Réciproque donne l'idée d'une action et d'une réaction bien distinctes; en sorte que les deux termes agissent évidemment l'un aussi bien que l'autre , ou même l'un après l'autre , chacun à son tour, de son côté ou pour sa part. « Seigneur, dit l'âme pénitente , le retour sera réciproque, de vous à moi et de moi à vous. » Bourd. « Vous vous êtes engagé à Dieu, et Dieu s'est engagé à vous réciproquement. » Id. « Ces deux amis s'apprirent réciproquement quelques nouvelles littéraires. » Montesq. « Ces gens se sont promis de s'admirer réciproquement. » Labr. « L'attache devient réci-
proque. » Bourd. Estime ( J. J. ) , bonne foi (Bourd.), convention (Montesq. ), confiance (Bourd.) réciproque. « Les amitiés qui ne sont pas réciproques ne peuvent être durables. »
ACAD