‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 648 sur 881 · ARNOLPHE · texte numérisé non relu

ARNOLPHE

Hé ! la chose sera de ma part réciproque. Mol.

En troisième lieu , mutuel désigne une action ,, un sentiment, quelque chose d'initiative, spontané ; et réciproque , une action , un sentiment , qui est en retour , en revanche d'un autre , action faite, sentiment voué pour rendre la pareille. L'amour, la haine, les services, les secours, les dons mutuels sont spontanés et se trouvent se correspondre sans qu'on les ait fait se correspondre. L'amour, la haine, les services, les secours, les dons sont réciproques , lorsqu'on se les rend , soit par reconnaissance , par revanche ou par un engagement quelconque. L'amour mutuel naît de lui-même de part et d'autre; l'amour réciproque est dans chacun en considération et en conséquence de ce qu'il est dans l'autre. J. J. Rousseau parle de a deux amants qu'un mutuel attachement unit et dont aucun droit ne proscrit l'engagement réciproque. » « Trois choses forment une alliance : choix mutuel, engagement réciproque, société commune. » Bourd. Quand des époux ou des amis se font une donation mutuelle, c'est tout spontanément, de leur plein gré , sans y être obligés par aucun contrat , et non par réciprocité , par échange.

Enfin, réciproque suppose une sorte d'égalité, et pour ainsi dire une réaction égale à l'actio n « La peine de se quitter fut égale , et les larmes bien réciproques. » Laf. Bien réciproques, c'està-dire pour le moins égales. Des devoirs mutuels paraissent être de nature différente, et des devoirs réciproques des devoirs de même nature. Tels sont, d'une part, les devoirs mutuels du souverain et des sujets (Acad.), ceux d'un père et d'un fils (Id.) , et, d'autre part , les devoirs réciproques de l'amitié.

NAIN ; — PYGMEE , MYRMIDON ; — RAGOT , NABOT. Homme de petite taille.

Nain, en latin nanus, en grec vàvo;, est le mot ordinaire, celui de tous les styles. Il s'applique à une personne d'une taille remarquablement au-dessous de la moyenne. « J'avais fait connaissance avec un petit licencié biscayen.... Il était si petit qu'on l'aurait pu prendre pour un nain. » Les.

La géante paraît une déesse aux yeux (d'un amant) ;

La naine, un abrégé des merveilles des cieux. Mol. Boileau dit qu'il ne sait pas

D'un nain faire un Atlas ou d'un lâche un Hercule.

Pygmée et myrmidon , tous deux d'origine grecque , ont désigné d'abord des peuples , et quelquefois ils conservent encore cette significa-

tion, pygmée surtout. <x C'est aux sources du Nil que les anciens envoyaient les grues combattre les pygmées , sorte de petits hommes , dit Aristote, montés sur de petits chevaux , et qui habitent des cavernes. j> Buff. « On prétend qu'il existe dans les montagnes du Tucuman une race de pygmées de trente-un pouces de hauteur. » Id. Devenus noms appellatifs , pygmée et myrmidon ont cela de particulier, qu'ils ne s'emploient que familièrement, mais en termes de littérature, ou au moins dans un genre où la familiarité n'a rien de populaire et de bas. Ils diffèrent l'un de l'autre de plusieurs façons.

1° Comme les Pygmées étaient des peuples fabuleux , et les Myrmidons un peuple de la Thessalie dont on exagérait seulement la petitesse,

pygmée se dit plutôt quand il est question d'hommes imaginaires , et myrmidon en parlant d'hommes réels : notre esprit se forge des idées de pygjnées (P. R.); Paracelse soutient que les pygmées , les faunes , les satyres et les nymphes ont été engendrés par la chimie (J. J.); mais à l'égard d'une personne existante on dira : ce n'est qu'un myrmidon. — 2° Pygmée- vient du grec rcuYFW qui signifie coudée , les Pygmées ayant été supposés avoir une coudée de hauteur. Myrmidon a été fait de pwpijurô, fourmi. Par conséquent, myrmidon renchérit sur pygmée : le myrmidon n'est pas seulement un tout petit homme , c'est comme un insecte ou un vermisseau. Les Lilliputiens de Swift sont des pygmées , si on veut faire entendre que ce sont des êtres fictifs; on les appellera des myrmidons si on a égard à leur extrême petitesse. D'une petite condition s'élever à une grande fortune, c'est de pygmée devenir géant (S. S.); un médiocre avocat est un pygmée auprès d'un grand orateur (d'Al.). Mais pour marquer le dernier degré de la petitesse, c'est de myrmidon qu'il faut se servir. « J'ai repris Corneille ; nos auteurs sont des myrmidons en comparaison. » Dudeff. Sganarelle dit à don Juan dans le Festin de Pierre : <* C'est bien à vous, petit ver de terre, petit myrmidon que vous êtes (je parle au maître que j'ai dit) , c'est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes révèrent ! » Mol. — 3° Pygmée est beaucoup plus usité au propre que myrmidon, parce qu'on a plus souvent occasion de se figurer des hommes d'une coudée que des hommes gros comme des fourmis : quand vous êtes au sommet d'une tour, les hommes qui sont au pied vous paraissent des pygmées (Volt.).

Ragot et nabot témoignent par leur terminaison seule qu'ils sont familiers , mais d'une familiarité commune , vulgaire, qui n'est relevée par aucun souvenir classique : aussi se trouvent-ils rarement dans les livres.

Le ragot est comme une rave , latin rapum , sorte de gros navet rond , large et aplati ; et le nabot ressemble au navet , latin napus , qui est court comme la rave, mais non pas „comme elle, développé dans le sens de la largeur. Le ragot joint donc la grosseur à une petite taille, a L'Allemand auprès de qui j'étais était un petit ragot , grassouillet et rond comme une boule. » Ham. Le nabot , au contraire , est court sans être gros : il n'est pas plus haut que ma botte , ou c'est un courte-botte, voilà tout.

NATION , PEUPLE. Les plus grandes sociétés dans lesquelles les hommes se partagent.

Nation vient du latin natio , formé de nasci , naître, d'où dérivent aussi naissance et nature. Peuple, latin populus , a pour racine le grec 710- Xù;, beaucoup, plusieurs, d'où ont été tirés d'abord rtofaç, ville, et 7ro>tx£ta, gouvernement. La nation est une société d'hommes de même race qui ont une naissance ou une origine commune , qui descendent d'un même père; c'est comme une grande famille. Le peuple est une multitude d'hommes rassemblés en un même lieu , qui n'ont de commun que le pays qu'ils habitent tous, et

les lois auxquelles ils sont tous assujettis ; c'est comme une grande assemblée.

Ce qui fait la nation, comme la race, c'est la communauté de langue, de traditions, de culte de coutumes , et de certaines qualités naturelles , l'humeur, le caractère, l'esprit. Ce qui fait le peuple , comme l'assemblée , c'est la réunion en un même lieu et l'obéissance aux mêmes règlements. La Grèce se composait de plusieurs peuples qui se gouvernaient chacun à sa manière. Mais aie même langage, les mêmes mœurs, les mêmes sacrifices , le même culte , tout cela contribuait à unir ces petits peuples grecs en une seule et puissante nation, et à y conserver le même esprit , les mêmes principes, le même zèle pour la liberté , et le même amour des arts et des sciences. » Roll.

De là une différence des plus remarquables. Des hommes appartenant à la même nation peuvent ne pas appartenir au même peuple, c'est-àdire peuvent se trouver placés à une grande distance les uns des autres et vivre sous un tout autre gouvernement. Ainsi les Anglais et les Américains des Etats-Unis sont de la même nation, quoiqu'ils forment deux peuples différents. « Lorsque ces nations (les Goths et les Huns) , qui s'étaient assemblées en corps d'armée , se furent dispersées en peuples, elles s'affaiblirent beaucoup.^» Montesq. « Les peuples de la Perse, de la Turquie , de l'Arabie , de l'Egypte et de toute la Barbarie peuvent être regardés comme une même nation qui s'est extrêmement étendue. » Buff. -— Bien plus , des hommes d'une nation peuvent ne faire partie d'aucun peuple, n'être pas réunis en corps de peuple , mais se trouver épars, disséminés, sans habitation et sans lois communes. Tels sont les Polonais : leur nation subsiste et subsistera tant qu'ils conserveront leur langue, leur religion, leurs traditions et leurs mœurs nationales; ils n'existent plus comme peuple. « Pour qu'une nation soit rassemblée en corps de peuple , il faut un temps prodigieux. » Volt. « Le peuple, qui n'était pas même peuple, c'est-à-dire les nations dispersées qui n'avaient jamais fait un corps, ni d'État, ni de religion, s'assemblent et sont tout à coup un peuple bien-aimé. » Fén. — Au contraire, les hommes qui composent un peuple non-seulement ne sont pas sans habitation fixe et sans lois , mais encore ont la même habitation et les mêmes lois ; en sorte que les peuples, comme on le voit par les exemples qui viennent d'être cités, sont des corps, des États. « Ce qui peut assurer le bonheur des peuples et des États. » Mass. « Un peuple, dit Cicéron, est une certaine réunion d'hommes qui s'assemblent, en se soumettant aux mêmes lois , et pour leur utilité commune. » Du reste , comme les hommes d'une même nation, les Anglais et les Américains des États- Unis, par exemple, peuvent appartenir à des peuples différents , ainsi les hommes d'un même peuple peuvent appartenir à des nations différentes. Sous le premier empire , le peuple français comprenait bien des nations différentes; et encore aujourd'hui , limité comme il l'est , il présente des éléments empruntés à diverses nations,

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

aux Gaulois , aux Germains , aux Juifs. « Dieu a ramassé son peuple de toutes les nations.» Boss. « Écoutez , dit Mentor, ô peuples assemblés de tant de nations ! » Fén.

Mais les deux mots ne sont pas toujours aussi différents l'un de l'autre. Au lieu de s'appliquera des hommes épars et sans lois, ou bien qui habitent loin les uns des autres et obéissent à d'autres lois, le mot nation se prend souvent dans le sens particulier de peuple, pour désigner un Etat, un corps politique , une société d'hommes qui vivent dans le même pays et sous les mêmes lois. Aussi dit- on également, quoique moins proprement, que des hommes vivent en corps de nation (J.J.). La nation française, la nation anglaise.

Alors, la différence est, sinon tout à fait la même, au moins analogue. C'est par rapport à son naturel , à ses qualités ou à ses défauts , à son génie, à ses coutumes, à ses préjugés qu'on considère la nation, et ce qu'on regarde surtout dans le peuple, c'est la manière dont il est régi. Chaque nation a ses coutumes , ses mœurs (Acad.), et chaque peuple son gouvernement. Voltaire a fait un ouvrage intitulé . Essai sur les mœurs et l'esprit des nations; dans son Esprit des lois, Montesquieu examine à chaque instant les constitutions des peuples. Nation est un terme ethnographique (eQvo;, nation, et ypàcpsiv, décrire); peuple est un terme de publiciste : on visite , on fréquente les différentes nations (Acad.) , les nations étrangères (Id.), pour s'instruire de leurs usages; on compare les diverses formes de gouvernement despeuples, pour arriver à connaître la meilleure. Ma nation, dans la bouche de tous les hommes, même des rois , signifie la société politique à laquelle j'appartiens par ma naissance, par ma langue, par mon génie ; mon peuple ne peut être dit que par un roi , et désigne la société que ce roi gouverne. Les Hébreux étaient la nation juive eu égard à leurs mœurs et à leur caractère national ; ils étaient le peuple de Dieu eu égard à leur gouvernement théocratique. — Quelles sont, à consulter l'Académie, les qualités qu'on attribue uniquement à une nation? Ce sont celles qui dépeignent son naturel , son humeur, son es^ prit , son génie : une nation est grave ou spirituelle ; elle a tels ou tels défauts. Et les qualifications ordinaires des peuples les représentent relativement à ce qu'ils sont sous le rapport politique ou social principalement : un peuple pasteur , agricole , navigateur , nomade , bien ou mal gouverné (J. J.); ou bien quant à ce qu'ils sont devenus ou à ce qu'ils ont fait : un peuple éclairé, corrompu, discipliné;

Chaque peuple à son tour a brillé sur la terre.

Volt.

ou bien quant au temps où ils se sont formés : un peuple ancien ou nouveau. Une nation est belliqueuse , et un peuple guerrier. Deux nations ont été de tout temps jalouses l'une de l'autre , et deux peuples sont en guerre. Deux nations incompatibles, les Français et les Anglais, par exemple , peuvent être , pour leurs intérêts et par la communauté de leurs principes de gouvernement, deux peuples alliés. — On appelle nation

une certaine classe d'hommes qui ont des qualités communes : « La nation des auteurs est un peu vaine et glorieuse. » Les. Peuple , dans cette acception étendue, ne rappelle que l'idée primitive de multitude. « Platon, Socrate, Aristide...; enfin , pour le dire en un mot , les Grecs ont eu un peuple de philosophes , de grands capitaines , de législateurs , d'habiles artistes. » Volt.

Une seconde différence , conforme à la précédente , c'est que la nation est une société plus étroite que le peuple. Les membres d'une nation n'ont pas seulement même pays et mêmes lois , mais aussi même langue , mêmes droits , même génie et mêmes mœurs; on dirait une seule race ou une seule famille. Telle est la nation française, surtout depuis sa grande révolution de 1789. On dit bien le peuple d'Alger , mais non pas la nation d'Alger ou algérienne. Dans les pays où les Juifs sont seulement tolérés , et non comptés comme citoyens , ils font partie du peuple sans faire partie de la nation. Il en est de même des réfugiés politiques par rapport aux nations qui les accueillent : ils n'y entrent point comme membres , ils ne sont pas nationaux , ils restent étrangers ; mais ils sont compris dans le peuple , puisqu'ils résident dans le pays, qu'ils y sont protégés, et, au besoin, jugés.

Une troisième différence tient . au sens étymologique de peuple. C'est que ce mot porte les idées sur les individus ; au lieu que celui de nation, tout collectif, fait considérer comme un seul homme la société qu'il désigne. Les peuples profitent ou souffrent des alliances et des traités, et les alliances et les traités se font de nation à nation, a Un prince est véritablement roi, quand l'amour des peuples le proclame. » Mass. a Vous portez deux nations dans votre sein , disait Dieu à Rébecca. » Boss.

Une quatrième différence , c'est que le mot nation, se prenant d'une manière collective et sans faire songer aux individus , exprime généralement une société plus étendue que le mot peuple , qui s'emploie bien distributivement pour désigner une partie dans la nation. Ainsi , dans une même nation, on distinguera le peuple des villes et celui de la campagne, « C'est la campagne qui fait le pays , et c'est le peuple de la campagne qui fait la nation. » J. J. « C'est vous seul, grand Dieu, qui avez établi la multitude de ces peuples et des nations. » Mass. a Louis XIV réunit encore une fois sous la race auguste des Francs les peuples et les nations (le jour où il donna un roi à l'Espagne). » Id. « Elevé sur cette montagne, je vois cette multitude infinie dépeuples et de nations.'» Boss. a Le sénat était le recours et l'asile des rois, des peuples, des nations.» Roll. «Je tremble toujours qu'on ne parvienne à la fin à découvrir quelque secret qui fournisse une voie plus abrégée pour faire périr les hommes, détruire les peuples et les nations entières. » Montesq. — Peuple signifie souvent, dans la nation, un ordre particulier , celui qui se compose de la multitude : le peuple et le sénat , un homme du peuple.

NATUREL , CONSTITUTION , COMPLEXION , TEMPÉRAMENT. Ensemble des qualités bonnes

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