‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 649 sur 881 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

ou mauvaises, manière d'être propre et distinctive de chacun.

Naturel seul se dit proprement au moral et en parlant des qualités de l'âme ; les trois autres se prennent au physique et se rapportent aux qualités du corps. Un enfant d'un bon naturel a de bonnes dispositions intellectuelles et morales, est heureusement né ; un enfant d'une bonne constitution, d'une bonne complexion, d'un bon tempérament a un grand fonds de santé, est disposé à n'être pas malade. Comme le moral dépend en partie du physique, on dit très-bien que la constitution, la complexion ou le tempérament influe sur le naturel (Buff.).

En outre , naturel ne se prend qu'au moral, et constitution qu'au physique; il n'est donc pas possible de les confondre. Mais comme complexion et tempérament, appliqués d'abord proprement au physique, ainsi que constitution, s'emploient bien ensuite au moral, ainsi que naturel , la difficulté est de les distinguer de constitution d'abord, puis de naturel, et enfin de marquer les différences qui les séparent l'un de l'autre.

1° Constitution, — complexion, tempérament.

Constitution représente plutôt le bon état extérieur et visible du corps , la conformation des membres solide et capable de résister aux fatigues , une santé robuste. « Le corps humain tire ses véritables agréments de sa bonne constitution. » Roll. « Sa vie unie , réglée , et le calme des passions lui ont conservé une constitution si saine et un air si frais qu'il paraît à peine avoir quarante ans. j» J. J. « Les crânes des Égyptiens, plus durs que les pierres, montraient la robuste constitution qu'une nourriture frugale et de vigoureux exercices leur donnaient. » Boss. Complexion et tempérament désignent l'état de santé intérieur, celui que les médecins s'attachent à connaître et à corriger , quand il y a lieu , celui qui dépend de la nature et du mouvement des humeurs. En médecine , où ces mots sont le plus usités, on reconnaît diverses sortes de complexions et de tempéraments qu'on dénomme suivant l'humeur qui y domine. Ensuite, quoique la constitution s'affaiblisse avec l'âge, elle semble moins susceptible de variations et d'altérations. D'ailleurs, c'est une circonstance considérable et de grande conséquence pour l'application , que constitution , à la différence de complexion et tempérament , n'indique aucune influence morale. « La constitution de Louis XIY était si bonne qu'il fit toujours deux grands repas par jour sans altérer sa santé ; ce fut la bonté de son tempérament qui fit l'égalité de son humeur.»

2° Naturel, — complexion , tempérament.

Naturel exprime les qualités du caractère, les dispositions naturelles au bien ou au mal, ou même la trempe d'esprit, les talents. Complexion et tempérament ne signifient que l'humeur, que les mouvements de la sensibilité , lesquels s'estiment par leur degré de force ou de vivacité, et non par leur rapport au bien ou au mal. Quand on est d'un naturel doux, on ne commet point de cruautés ; quand on est doux par complexion

ou par tempérament , on n'est pas emporté , fougueux, passionné. Il y a des naturels, mais non pas des complexions ni des tempéraments, vertueux, vicieux, bienfaisants. De plus, les qualités du naturel sont représentées par 'ce mot comme innées dans l'âme et comme naturelles , ce qui fait qu'on les oppose souvent aux qualités acquises par l'éducation , par l'habitude , ou aux qualités qu'on affecte. Ces mêmes qualités, désignées par complexion et par tempérament, sont indiquées comme dépendant du corps ou du sang , comme on dit.

3° Complexion, tempérament.

La synonymie est très-étroite entre ces deux mots, au physique et au moral. Les médecins doivent connaître la complexion ou le tempérament de leurs malades ; ils reconnaissent plusieurs espèces de complexions ou de tempéraments. De même au moral, nous sommes encl ns à telle ou telle passion par complexion ou par tempérament.

Complexion, latin complexio, de cum plexus, plié avec , ensemble , exprime un certain assemblage , une certaine union de tous les systèmes et appareils organiques. Tempérament , de temperare, mêler, adoucir, annonce un mélange de choses violentes qui ont besoin de se corriger et se corrigent l'une par l'autre. Les deux mots font concevoir une proportion entre les éléments du corps, surtout entre les parties liquides, c'est-à-dire les humeurs.

Mais tempérament donne de plus l'idée d'une certaine force ou violence attribuée aux éléments, et cette idée reste comme caractéristique du mélange lui-même. On dira donc plutôt un tempérament chaud, bouillant (Acad.), et, au contraire, une complexion bilieuse; un tempérament fort, et une complexion délicate. Avoir du tempérament, c'est être fort, vigoureux. « Vous alléguez la faiblesse de votre complexion , pour vous dispenser du jeûne , et vous vous livrez à des plaisirs si fatigants , qu'il n'est qu'un heureux tempérament qui puisse ne pas se sentir de ces désordres. » Mass. <* On forme ainsi le tempérament aux mêmes choses qui le détruisent quand on l'y soumet déjà tout formé.... Un lit mollet fond et dissout le corps pour ainsi dire. De là résultent souvent la pierre ou d'autres incommodités, et infailliblement une complexion délicate qui les nourrit toutes. » J. J. a. Ne regardez pas tellement ces noirceurs comme une suite de votre complexion mélancolique, que vous oubliiez cependant qu'il y a une main suprême et invisible qui conduit tout , et se sert du tempérament qu'il a donné à chacun , pour nous mener où il veut. » Boss.

Au moral, tempérament signifie passion en général, fougue, emportement, a Retenir les saillies du tempérament. » Mass. « La valeur n'est-elle qu'une fierté de tempérament?» Id. « Les exercices violents où se plaisait Charles XII lui formèrent de bonne heure une constitution vigoureuse capable de soutenir les fatigues où le portait son tempérament. » Volt. Au contraire, complexion marque une inclination douce, une faiblesse qui ne se produit pas au

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

dehors 'par des éclats , par des saillies : corn- ! plexion amoureuse , triste, gaie (Acad.). « Suivant vous , l'amour de la retraite et du silence est chez les dévots l'effet de leur complexion plutôt que de leur piété. » Pasc. « L'on a des chagrins et une bile que l'on ne se connaissait point ; Ton se voit une autre complexion. » Labr. Un homme d'un tempérament amoureux est toute autre chose qu'un homme d'une complexion amoureuse.

NATUREL, SIMPLE, NAÏF. Ces mots servent à qualifier une manière de paraître , de parler ou d'écrire exempte de recherche. « Le duc du Maine avait l'air le plus naturel, le plus simple, quelquefois le plus naïf. » S. S. « Je ne fais pas de doute que les règles du raisonnement , étant les véritables , ne doivent être simples, naïves , naturelles. » Pasc.

Mais le naturel exclut proprement l'affectation; la simplicité , l'art ; la naïveté , la réflexion.

Le naturel exclut l'affectation , et la simplicité l'art. Ce qui est naturel peut être orné, brillant , magnifique ; seulement tout y est conforme à la réalité , et sans exagération. Ce qui est simple , au contraire , n'est soutenu ni par l'éclat ou la hardiesse des figures , ni par le pathétique des mouvements; il y règne une grande sobriété. a Pour faire entendre que le crédit d'un ministre diminue, Mme de Sévigné dit que son étoile pâlit. Cette figure n'est-elle pas heureuse et sans affectation? son style n'est presque jamais simple, mais il est toujours naturel. » Suard. — Le naturel est plus essentiel que la simplicité ; car l'emphase et l'enflure ne conviennent jamais, au lieu qu'il y a des genres dans lesquels on peut et on doit employer tout le coloris, toutes les richesses de l'élocution , toutes les fleurs du lan-

La naïveté exclut la réflexion. C'est, suivant La Motte , « l'expression fidèle et non réfléchie de ce qu'on sent. » Elle se trouve surtout dans la bouche des enfants , de cet âge qui ne réfléchit point encore , à qui les mots échappent , qui en dit plus qu'il ne croit, et parfois qu'il ne faudrait; ou bien elle tient de l'enfant, elle est enfantine, badine, familière, touchante, douce, gracieuse ou risible. « Louer la grâce, le tour, l'élégance de Lafontaine, les charmes naïfs de son style et de son badinage. » Vauv. « La première scène du Devin est d'une naïveté touchante. » J. J. «On dit à une personne les choses les plus dures et les plus piquantes de la manière , à ce qu'il semble , la plus douce et la plus naïve. » Bourd. « De Thou , écrivant en latin , ôtait aux paroles de Henri IV cette naïveté familière qui en fait le charme , et qu'on ne peut traduire. » Volt. « Les grâces ne s'acquièrent point; pour en avoir il faut être naïf. » Montesq. « Les grâces naïves de l'enfance. » Acad. « On trouve tout naïf dans un enfant qui ne s'en doute pas. » Sév. a Le grand, le sublime n'est point naïf, et ne le peut être ; car le naïf emporte de soi-même je ne sais quoi de petit, ou de moins élevé. » Bouh. « Lorgnant du coin de l'œil ce rôti , je ne pus m'abstenir de lui faire aussi la révérence , et de lui dire d'un ton piteux : Adieu,

rôti. Cette saillie de naïveté parut si plaisante , qu'on me fit rester à souper. » J. J.

NAVIRE, NEF. Du latin navis ; vaisseau, bâti- , ment pour aller sur mer.

a. L'usage a préféré navire à nef. » Labr. L'Académie disait d'abord : « Nef n'a plus d'usage ' qu'en poésie où même il est vieux, et seulement au singulier. » L'édition de 1835 porte simplement : « Nef n'est plus d'usage qu'en poésie : sur sa nef vagabonde. »

Que nef, dans le sens de navire , ait totalement disparu de la prose depuis plus de deux siècles, c'est une chose connue de tout le monde. Qu'il ait continué quelque temps à se dire encore en vers et dans toutes sortes de vers , c'est un autre fait non moins constant.

Il (Pompée) devait mieux remplir nos vœux et notre attente ,

Faire Yoir sur ses nefs la victoire flottante. Corn.

Dans la tragédie d'Achille, par Lafontaine, on lit:

Ilion , qui bornait ses Yœux à se sauver, S'est rendu l'attaquant : celte superbe ville Prétend brûler nos nefs en présence d'Achille. Mais à présent est-il vrai qu'en général nef soit encore admis en poésie, comme semble l'indiquer l'expression nef vagabonde, qui se trouve dans une ode de J. B. Rousseau?

Cependant la nef vagabonde Au milieu des nymphes de l'onde Vogue d'un cours précipité.

La vérité est qu'il choquerait dans la poésie sérieuse , dans un poërae héroïque , dans une tragédie, et peut-être même dans une ode. Là il est vieux et désormais désusité , que ce soit ou que ce ne soit pas une perte regrettable. Il ne convient plus qu'à la poésie légère ou badine , avec ou sans l'es pithète vagabonde. Ainsi Scarron et Voltaire s'en servent à propos , le premier dans YÉnéide travestie, le second dans la Pucelle. Regnard a même dit en prose dans une de ses comédies les plus libres, la Naissance d'Amadis: a Bonjour, accorte et gente Dariolette ; quel bon vent a poussé la nef de tes appas à la rade de mon espérance ? »

NÉCESSAIRE (IL EST), ON DOIT, IL FAUT. Ces mots marquent une certaine exigence , signifient qu'une chose ne peut pas ne pas se faire ou être faite.

Il est nécessaire annonce une nécessité ; on doit, un devoir. Il est nécessaire d'être sage pour être content de soi-même (Acad.) , est une remarque par laquelle on signale une exigence naturelle ou de la nature des choses; on doit être sage, est un précepte par lequel on impose , au nom de la raison ou de la conscience, une obligation à un être libre et moral. — « H est nécessaire d'aimer pour vivre heureusement. » Mol. On doit aimer son prochain comme soi-même.

Il faut est également propre à exprimer une nécessité et une obligation.

Quand il exprime une nécessité , sa synonymie avec il est nécessaire est assez étroite. Il en diffère cependant en ce qu'il indique un simple besoin, c'est-à-dire une nécessité moins essentielle et moins indispensable. Il est nécessaire revient à

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