‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 650 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

il faut nécessairement. « II faut souffrir... Oui, il est nécessaire de souffrir pour expier nos fautes.»

FÉN

Quand il faut implique une obligation, c'est avec on doit qu'il est facile à confondre. Il s'en distingue en ce qu'il marque , non pas un devoir proprement dit, mais une obligation de convenance ou d'utilité, en ce qu'il est l'expression d'un conseil plutôt que d'un précepte. Lorsqu'on ne fait pas ce qu'il faut , on est imprudent , on déplaît, on échoue dans ses démarches, on se prépare des regrets ; lorsqu'on ne fait pas ce qu'on doit , on est coupable , on viole les règles de la religion, de la morale ou de l'honneur, on se prépare des remords, « Mentor disait à Télémaque : Il faut être toujours prêt à faire la guerre , pour n'être jamais réduit au malheur de la faire...- Il ne faut s'attirer l'envie de personne.... On doit se sacrifier pour rendre les hommes bons et heureux. » Fén. Pour réussir dans le gouvernement d'un royaume , * il faut savoir précisément quel est le but de la vie humaine , et quelle fin on doit se proposer en gouvernant les hommes.» lu.— Il faut hurler avec les loups (àgad.); on doit révérer les choses saintes (Mol.). — H est avantageux , expédient , à propos ou séant de faire ce qu'il faut; c'est un loi, une action moralement bonne ou juste, de faire ce qu'on doit.

NÈGRE , NOIR. Nom donné aux hommes ou à la race des hommes qui sont couleur d'ébène , et la plupart originaires de certaines contrées de l'Afrique.

Les deux mots ont la même étymologie , le latin niger. Les Portugais , qui les premiers découvrirent la côte occidentale de l'Afrique, appelèrent negro le peuple de couleur noire répandu sur la plus grande partie de cette côte , et le pays, Nigritie. Aujourd'hui encore les nègres sont particulièrement les hommes qui viennent de cette contrée directement ou par leurs ancêtres; au lieu qu'on nomme noirs les nègres originaires d'une autre partie du monde , des îles qui avoisinent l'Asie , par exemple, a Les peuples anthropophages , suivant Marco Paolo , sont d'abord les habitants d'une petite île auprès de Geylan , peuplée de noirs. » Volt, a Les noirs de Manille et des autres îles Philippines ont les cheveux crépus comme les nègres d'Angola. » Buff.

Ou bien les noirs, quoique peut-être Africains d'origine , sont des espèces de nègres , des nègres peu noirs, très-basanés seulement. Buffon distingue avec soin les nègres proprement dits, les noirs de la Nigritie, qui sont tous d'un noir très-foncé , d'avec les noirs qui habitent la partie orientale de l'Afrique , et qui ne sont pas aussi entièrement noirs. « On trouve les vrais nègres, c'est-à-dire les plus noirs de tous les noirs , dans les terres occidentales de l'Afrique , et , au contraire, on trouve les Cafres, c'est-à-dire des noirs moins noirs dans les terres orientales.... Les habitants des côtes orientales de l'Afrique et de l'île de Madagascar, quoique plus ou moins noirs , ne sont pas nègres.... Les Hottentots ne sont pas de vrais nègres , mais des hommes qui , dans la race des noirs , commencent à se rapprocher du

blanc, comme les Maures dans la race blanche commencent à s'approcher du noir.... Les Foules ne sont pas tout à fait noirs comme les nègres.... Les hommes blafards sont différents des blancs , des noirs-nègres, des noirs-cafres , des basanés, des rouges, etc.» Voltaire a senti la même différence : « Le fleuve Zayre est bordé d'une multitude innombrable de nègres.... Ensuite, si vous remontez à Sofala , à Quiloa , à Montbasa , à Mélinde , vous trouvez des noirs d'une espèce différente de ceux de la Nigritie , des blancs et des bronzés. »

Les idées accessoires de nègre se tirent de ce qui est particulier aux noirs de la Nigritie , de leur conformation , de leur naturel , et surtout de l'état servile où ils ont été réduits, du trafic infâme et de l'usage inhumain qu'en ont fait les Européens dans leurs colonies. Traiter comme un nègre , faire travailler comme un nègre. « L'auteur du testament du cardinal Albéroni propose de cultiver les terres espagnoles par des nègres. » Volt. « Sous Auguste , on regardait les Juifs du même œil que nous voyons les nègres, comme une espèce d'hommes inférieure. » Id. « Autrefois les Russes se vendaient eux-mêmes comme les nègres. » Id. Mais noir est uniquement relatif à la couleur. « On appelle cette partie de Madras la Ville-Noire , parce qu'en effet les noirs y sont les plus nombreux. » Volt. « Il y a à Madagascar une grande quantité d'hommes de couleur olivâtre ou basanée ; ils proviennent apparemment du mélange des noirs et des blancs. » Buff. a Ilpa^ raît qu'il y a autant de variétés dans la race des noirs que dans celle des blancs.

NET , BLANC , PROPRE. Qui n'est pas sale , qui est sans ordure , sans souillure , sans tache.

C'est ce que signifie précisément et simplement net , formé du latin nitidus , poli , luisant , pur. Un objet net n'est couvert ou mêlé d'aucune matière étrangère qui le salisse. « Quant aux attaches trop grandes pour un directeur , il faut les laisser tomber. C'est la crasse et la rouille de cette vie , qui se trouve toujours sur les visages et sur les vaisseaux les plus nets; de sorte qu'il faut tous les jours se purifier. » Boss. « Tenir son corps net de toute souillure. » Id. « Plus on est net , plus on doit éviter de se souiller , dans le désir d'être rangé avec ceux dont il est écrit : qu'ils sont sans tache devant le trône de Dieu. » Id. « Tous ces marbres sont nets et purs , ne contiennent point de galets ni de productions marines dont la figure soit apparente. » Buff.

Blanc équivaut à net, si ce n'est qu'il s'applique exclusivement aux choses blanches, aux choses qui sont de la couleur du lait et de la neige , au linge, par exemple. Et quand net se dit aussi de ces mêmes choses , il les représente plutôt sous le point de vue négatif, comme n'étant altérées ou salies par rien, et blanc les fait considérer sous le point de vue positif, comme ayant toujours leur couleur essentielle. Une assiette nette est nettoyée, lavée, déchargée de ce qui était dessus et la ternissait ; une assiette blanche a , en conséquence de cette exemption ou de cette purification , la couleur qu'elle doit avoir, « Se vêtir de fin lin net et blanc. » Boss.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

Propre diffère de la même manière et de net et de blanc. A l'idée qui lui est commune avec l'un et l'autre il ajoute celle d'arrangement et celle de fin. CëTqui est propre est approprié, ajusté, disposé pour.

Le repas était propre et très-bien ordonné. Volt. « A la bonne nourriture on doit joindre la propreté. Il faut que le linge soit blanc , la vaisselle bien écurée, les salles où l'on mange balayées régulièrement , et chaque chose toujours rangée à sa place. » Roll. On dira mieux d'une chose simple qu'elle est nette ou blanche , et d'une chose composée qu'elle est propre : «La robe du chevreuil est toujours propre , son poil net et lustré ; il ne se roule jamais dans la fange. » Buff. Une chambre est nette quand elle a été balayée; elle est propre quand elle a été faite, quand tout y a été rangé, mis en ordre. —Avoir les dents nettes, une chemise bien blanche, un habillement très-propre, c'est souvent dans le monde une condition de bon accueil.

Et quant à l'idée de fin ou d'usage , propre la suppose aussi évidemment : ce qui est propre est propre à , convenable pour, a Ce qui doit occuper le soldat, c'est le soin de ses armes, afin qu'elles soient toujours propres et en bon état.» Roll. Vous dites à une personne qu'elle n'a pas les mains nettes, absolument; et, s'il s'agit de toucher à une chose qui peut être salie par l'attouchement , vous dites d'une manière relative : Prenez garde , vous n'avez pas les mains propres. La blanchisseuse vous .rapporte votre linge blanc ; il ne devient propre que quand chaque pièce est raccommodée, repassée, pliée et disposée convenablement eu égard à l'emploi qu'on en doit faire ; et , lorsque vous voulez vous en servir dans telle ou telle vue , vous prenez , non pas du linge blanc, mais du linge propre, c'est-à-dire propre à cela.

NOMMER, APPELER. Désigner une personne ou une chose par un mot.

Mais ce mot est toujours un nom, un nom propre quand on nomme ; et quand on appelle , ce peut être un qualificatif. On dit appeler quelqu'un par son nom (ce qui est proprement le nommer); on peut donc l'appeler autrement. <x Comment la nommez-vous? dis-je au Biscayen. elle se fait, dit-il, appeler madame la marquise. » Les. Le roi de France, nommé Louis XII, a été appelé le père du peuple. Le premier empereur romain , nommé Octave , fut appelé Auguste par la flatterie , quand il eut usurpé la souveraineté. On peut appeler , et on a appelé monstre le second empereur romain, nommé Tibère. Nommer quelqu'un philosophe, ou Yappeler philosophe, ce n'est point la même chose ; d'une part , c'est le mettre au rang des savants auxquels est donné le nom de philosophes, et, de l'autre, c'est le traiter de philosophe ou de sage, « Jean de Montigny , premier président du parlement de Paris , fut appelé le Boulanger par le peuple reconnaissant des secours qu'il lui avait procurés dans une disette. Après lui, sa famille se nomma1 Le Boulanger. x>Roub. Un homme, nommé Pierre, ! Jean, Léon, est appelé par quelqu'un impie, J ignorant, barbare.

D'autre part, nommer, comme nom, indique une désignation établie et usitée; appeler, au contraire , exprime une désignation libre et arbitraire. « Il y a trois signes dans le zodiaque qu'on nomme, l'un Bélier, l'autre Taureau, l'autre Capricorne, et qu'on eût pu aussi bien appeler Eléphant , Crocodile et Rhinocéros. » P. R. « C'est assez d'entendre nommer certaines pratiques pour en concevoir du dégoût. Eh bien, laissez le nom , mais retenez la chose ; il importe peu, du reste, comment vous Y appellerez. » BouRn. « On a nommé le duc de Valentinois le cardinal Valentin, à cause de l'archevêché de Valence , en Espagne , qu'il possédait : il se fit depuis appeler César, et fit mettre à ses étendards cette devise ambitieuse : Ou César ou rien. » Boss. a Les Phéniciens donnaient à Dieu le nom à'El : c'est de là qu'ils ont nommé Babel , la porte de Dieu, la ville appelée par nous Babylone. » Volt.cc Ce pic, nommé palalaca par les insulaires, est appelé par les Espagnols herrero, ou le forgeron , à cause du grand bruit qu'il fait en frappant les arbres à coups redoublés. » Buff.

NONOBSTANT , CONTRE , MALGRÉ , EN DÉPIT. Ces prépositions servent à exprimer que le sujet du rapport est ou agit sans qu'il puisse en être empêché par la chose ou la personne que signifie le complément. Vous faites une action nonobstant, contre, malgré telle chose, ou en dépit de telle chose.

Nonobstant , non obstante , telle chose ne faisant pas obstacle , est le terme générique , celui qui désigne purement et simplement l'idée commune. N'étant pas spécial comme les autres , il a une acception plus étendue , et se dit très-bien , par exemple , en parlant de l'état , pour marquer qu'une chose est, quoiqu'une autre soit, qui semblerait devoir être incompatible avec elle, ce Nonobstant des qualités éminentes , nous sommes misérables et impuissants. » Boss. a Ces eaux, nonobstant leur fluidité, sont des masses pesantes. » Fén. ce Nonobstant ces petits désordres pour la diction, tout est noble, vif et touchant dans les apôtres. » Id. — Ce mot convient bien aussi en fait d'événements qui ont lieu, quoique d'autres ne semblassent pas les annoncer.

Chez ces gens pour toujours il (le follet) se fût arrêté , Nonobstant la légèreté A ses pareils si naturelle. Laf.

a On croit que , nonobstant le bruit qui a couru que M. de Mende refusait Alby, il le prendra.» Sév. ce Encore que notre âme, au sortir du corps, doive être jugée en dernier ressort, il a plu à Dieu que, nonobstant ce premier arrêt, nous ayons encore à craindre un examen au jugement dernier. » Boss. — Enfin, quand il s'agit d'actions, nonobstant représente le sujet seulement comme ne songeant pas , ne faisant pas attention , n'ayant pas égard à la chose exprimée par le complément. « J'aime toujours M. le duc de Bourgogne, nonobstant ses défauts les plus choquants. » Fén. ce Larcins que les juges puniraient nonobstant cette nécessité grave. » Pasc.

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