DEUXIÈME PARTIE
lieu , comme celle de nourrir, par intussusception, par l'introduction d'aliments ou de matières étrangères que les animaux s'assimilent , mais d'une autre manière, de celle, en particulier, qui se trouve signalée dans ce passage de Buffon : a Edwards imagine que les pingouins passent l'hiver dans des cavernes de rochers et qu'ils y restent dans un état de torpeur, sustentés par la graisse dont ils sont abondamment chargés. ■»
NOUVEAU, NEUF, FRAIS , RÉCENT. Qui n'est ■ pas vieux , qui n'est pas depuis longtemps.
Ce qui est nouveau vient de paraître pour la première fois ; ce qui est neuf vient d'être fait et n'a point encore servi; ce qui est frais est intact, sain ; ce qui est récent vient de se passer tout à l'heure. On dit une mode nouvelle , un habit neuf, un œuf frais , un fait ou un exemple récent. La chose nouvelle n'était pas connue ; la chose neuve n'est pas usée ; la chose fraîche n'est pas altérée ; la chose récente n'est pas ancienne.
Une invention est nouvelle, une expression neuve. Nouveau est plutôt théorique, neuf pratique : un livre, nouveau par l'originalité des pensées , est neuf par le tour qu'on a su leur donner. D'un autre côté, on a la mémoire encore toute fraîche d'un événement tout récent : « Saint Jean , saisi par la mémoire encore toute fraîche de tant de caresses récentes (de Jésus-Christ) , meurt de langueur au pied de la croix. » Boss.
Plus d'une fois , un général habile a fait avancer tout à coup, au moment décisif, de nouvelles troupes qui apportaient un courage tout neuf (Roll.) et des forces toutes fraîches (Id.), avec le désir de venger une injure récente.
Un homme nouveau dans le monde ou dans les affaires s'y montre pour la première fois , y fait sa première apparition, ou est le premier de son nom qui s'y fait remarquer ; un homme qui y est neuf n'en a pas l'usage ou la pratique. On dit d'un homme qu'il est frais , quand il n'a rien perdu de sa vigueur, qu'il est bien conservé, brillant de santé. Récent ne s'applique pas aux hommes, non plus qu'aux choses, il est réservé pour ce qui se fait ou arrive !.
NUL, AUCUN. Termes d'exclusion : pas un.
Nul, ne ullus , ne unus , pas un, pas un seul, contenant déjà par lui-même un élément négatif, nie essentiellement. Mais aucun, aliquis unus,
\. Moderne est une qualification moins étroite en quelque sorte : on s'en sert en parlant, non pas de ce qui est tout nouveau ou tout récent, mais de ce qui appartient seulement aux derniers siècles par opposition aux choses très-anciennes ou aux choses de l'antiquité. « Je vois aussi (dans les croisades) un Castellane; mais celui-ci n'est pas si ancien, il est moderne; il n'y a que cinq cent vingt ans qu'il faisait aussi une très-grande figure. » Sév. « La faiblesse de craindre les comètes n'est pas moderne , elle a eu cours dans tous les siècles , et Virgile a dit qu'on ne les voyait jamais impunément. » Bcssy. « Oui, tout cela prouve que le gouvernement égyptien est beaucoup plus ancien que les nôtres. Mais ce gouvernement était moderne en comparaison des peuples asiatiques. » Volt.
quelqu'un, est originairement affirmatif et a besoin d'être accompagné d'une négation pour devenir synonyme de nul. Vous dites : Cela est de nulle conséquence (Acad.), de nulle considération (Cond.) , de nul usage (Mal. , P. R.) ; mais avec aucun vous êtes obligé d'ajouter une négation : cela n'est & aucune conséquence , d'aucune considération, d'aucun usage. — D'autre part, il est des cas où aucun , conformément au sens primitif , signifie encore quelque ou quelqu'un , au lieu de pas un, pas un seul.
De vous faire aucun mal je n'eus jamais dessein.
Mol.
Prenons garde qu'aucun ne nous vienne surprendre. Id.
a II y en a d'aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents. » Id.
En cave on se transporte :
Aucuns des vins sont approuvés. Laf.
Nul nie donc davantage, plus fortement. En disantsans nul doute, sans nulle exception , vous excluez plus positivement que si vous dites sans aucun doute, sans aucune exception. Le fini n'a nul rapport avec l'infini (Pasc); les temps et les mœurs homériques n'ont aucun rapport aux nôtres (Volt.) : nul, c'est-à-dire pas le moindre; aucun, c'est-à-dire pas beaucoup. Un homme négatif, inflexible, n'a nul égard ; un homme, dans telle occasion, n'a eu aucun égard. Ne faire nul cas, a bien plus de rigueur que, ne faire aucun cas. Nous ne soupçonnons pas même ce dont nous n'avons nulle idée ; nous nous représentons mal ce dont nous n'avons aucune idée. — Nul convient mieux dans l'ordre nécessaire des idées , pour signifier ce qui doit être ; et aucun , dans l'ordre contingent des faits , où on rapporte ce qui a eu lieu. Voltaire dit à propos de la parabole du roi, qui, ayant invité des convives aux noces de son fils , charge de fers celui qui était venu sans la robe nuptiale : « Nul homme assurément ne doit en prendre le droit de mettre au cachot son voisin , qui serait venu souper chez lui sans avoir un habit de noces convenable; et je ne connais dans l'histoire aucun prince qui ait fait pendre un courtisan pour un pareil sujet. »
Nul s'emploie bien seul dans un sens absolu, pour personne , sans rapport à un nom exprimé.
Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis.
Mol.
a Nul ne doit croire qu'il en sait plus que les autres. « Volt, a Nul n'est ambitieux par raison, ni vicieux par défaut d'esprit. » Vauv. Il désigne alors de la manière la plus précise et la plus propre au style énergique des sentences, l'universalité des hommes. Mais aucun est toujours relatif : il est accompagné d'un nom ou en rappelle un qui vient d'être énoncé immédiatement : aucun auteur, aucun soldat; ces philosophes sont trop abstraits, aucun n'a le talent de se faire comprendre, je n'en approuve aucun. Quel barbarisme,-si on disait : Je n'en approuve nul l C'est que aucun est seul relatif, seul propre à représenter un nom antécédent.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
OBÉISSANCE, SOUMISSION. L'une et l'autre consistent à se conformer à ce que les autres veulent. , . ,
Vobéissance regarde la conduite, la soumission les sentiments. On obéit aux ordres de quelqu'un , c'est-à-dire qu'on les exécute -, on se soumet à la volonté de quelqu'un ou à une autorité , c'est-à-dire qu'on s'y tient dévoué ou respectueusement attaché. « Les vérités qui sont propres à rendre les hommes doux , humains , soumis aux lois , obéissants aux souverains , intéressent l'État, et viennent évidemment de Dieu.» Volt. Bossuet écrit à l'abbesse d'un couvent : « Prenez un soin particulier de vos filles qui sont à recevoir : faites-leur promettre d'entrer dans un esprit de soumission particulière , et de se gouverner par la règle et Y obéissance , et non point par les exemples. » a Cet orgueil secret poussa Adam à s'émanciper de Vobéissance due à son souverain et à son Dieu.... Il y a des lois si vénérables que nous ne pouvons presque nous départir de l'attachement respectueux et de la soumission qu'elles exigent de nous. » Bourd. Vobéissance est prompte ou exacte; la soumission est humble, parfaite ou entière. « Les mages n'ont été grands que pour faire paraître une obéissance plus prompte et une soumission plus entière. » Bourd. Par une feinte obéissance on fait semblant d'exécuter ce qui est commandé ; par une feinte soumission on en impose sur ses dispositions intérieures. On peut prescrire Vobéissance , mais seulement prêcher ou persuader la soumission ; les sentiments ne se prescrivent point : « Il n'y a aucune secte de religion qui ne prescrive Vobéissance et ne prêche la soumission. » Montesq.
La volonté n'a pas nécessairement de part à Vobéissance ; ce mot n'exprime que le fait matériel, à moins qu'on n'ajoute formellement que c'est dans un esprit de soumission qu'on obéit. a Dieu veut que nous obéissions à l'Église avec une entière soumission de cœur. » Bourd. « C'est par son obéissance héroïque , par sa parfaite soumission aux ordres de Dieu que Marie fut élevée à la maternité divine. » Id. — a Rien de plus rare qu'un entier assujettissement de la volonté. Qu'est-ce souvent que aotre obéissance ? une obéissance de politique , une obéissance de respect humain, une obéissance de contrainte, une obéissance d'habitude, une obéissance d'artifice.» Îd. a Seigneur, je recevrai toujours vos ordres avec soumission , et j'y attacherai mon cœur. » Id.— Dans son Abélard , M. de Rémusat dit d'Héloïse : « Elle vécut , puisqu'on le voulait , paisiblement, saintement, elle asservit et sacrifia sans résistance toutes ses actions à ce que réclamaient d'elle le ciel et son amant ; mais inconsolable et indomptée , elle obéit et ne se soumit pas , elle accepta tous ses devoirs sans en faire beaucoup de cas , et son âme n'aima jamais ses vertus. »
Telle est la différence principale ; les suivantes en dérivent.
Vobéissance peut être forcée, a Les animaux sans raison , qui n'ont pas été domptés, obéissent d'une obéissance forcée qui leur laisse toute leur férocité. » Mass. La soumission est toujours volontaire , quelque puissants que soient les motifs qui y déterminent; elle étouffe toute révolte intérieure et supprime les murmures.
Obéissance exprime plutôt un fait particulier , et soumission une disposition générale et constante. On connaît Vobéissance d'Isaac (Mass.). « Certains maris débonnaires ne servent dans leur famille qu'à montrer l'exemple d'un silence timide et d'une parfaite soumission. » Labr. a Les Pères de l'Église , après s'être efforcés de persuader aux enfants une humble et fidèle soumission , ont été les premiers aies décharger de toute obéissance , dès qu'il était question d'embrasser un état où leur salut devait être en danger. » Bourd.
Vobéissance est moins étendue que la soumission; elle n'est qu'active et ne consiste jamais qu'à agir selon la volonté d'autrui. La soumission est aussi passive ; elle n'assujettit pas seulement la liberté d'agir, mais aussi les mouvements du cœur et ceux de l'esprit ou de la réflexion : elle fait souffrir avec patience, recevoir avec résignation, certains maux; et, d'autre part, elle nous fait renoncer à nos propres lumières pour en suivre d'autres avec docilité , celles de la foi par exemple.
Enfin, Vobéissance est plutôt objective et a rapport à celui qui commande : un conquérant range les peuples sous son obéissance. La soumission est subjective et se rapporte davantage à celui qui reçoit les ordres : des peuples conquis viennent présenter leur soumission au vainqueur.
OBLIGER , CONTRAINDRE , FORCER , VIOLEN- TER, NÉCESSITER. Tous ces verbes expriment des actions qui attaquent la liberté de quelqu'un ou y sont contraires.
Entre obliger et forcer la différence est palpable. Ce qui oblige lie, fait un devoir; ce qui force emporte d'assaut ou comme d'assaut. On doit faire , on ne peut guère moralement se dispenser de faire ce à quoi on est obligé ; il faut qu'on fasse , il est physiquement et absolument impossible de ne point faire ce à quoi on est forcé. L'obligation restreint l'indépendance; la force détruit ou supprime la liberté. « Aristagore parcourut l'Ionie où il obligea tous les tyrans , par son exemple , par son crédit et peut-être aussi par la crainte d'y être forcés malgré eux , à renoncer à leur autorité. » Roll. « Artaxerxe victorieux ne put obliger les dix mille à poser volontairement les armes, ni les y forcer. » Boss. «Gaston de Foix (gouverneur du Milanez) put bien forcer le clergé à célébrer, et le peuple à se taire ; mais il ne put point les obliger à avoir pour