DEUXIÈME PARTIE
mente est une tempête spontanée , ou considérée uniquement par rapport à la mer qu'elle tourmente, qu'elle agite, qu'elle met en confusion. « Les volcans anciennement submergés, avec les contrées qui les portaient , excitent sous les eaux des tempêtes si terribles , que dans une de ces tourmentes arrivées aux Açores, le suif des sondes se fondait par la chaleur du fond de la mer. » Buff. « On dit que la mer est courroucée , pour dire qu'elle est fort agitée, et qu'il y a une grande tourmente. » Vaug. « Cette mer sans cesse battue par la tourmente, c'est la vie. » Marm. « La tourmente annonce que la mer a conçu les vents dans son sein. » Id. — Au figuré , bourrasque veut dire un accès d'humeur. « Je n'ai jamais été follement prodigue que par bourrasque. » J. J. Et tourmente désigne une agitation interne , une sorte de fermentation. « Dans tous les lieux où le peuple a coutume de s'assembler les jours de fête, la fermentation fut extrême. Le Palais-Royal était rempli d'une foule a°itée, comme les flots de la mer le sont dans la tourmente. » Marm.
ORGUEIL, SUPERBE, AMOUR-PROPRE, MOR- GUE. Opinion trop avantageuse de soi-même. L'Académie définit ainsi tous ces mots et ne paraît mettre entre eux aucune différence bien nette. Cependant chacun d'eux a une nuance particulière qui doit empêcher de le confondre, nonseulement avec ses synonymes indiqués ici, mais encore avec tous ceux qu'on pourrait lui comparer, comme présomption, vanité, suffisance, etc. (voy. l'article suivant).
Orgueil est le terme général, commun, de tous les styles.
Auprès d'elle est l'Orgueil qui se plaît et s'admire.
Volt.
Le mot orgueil a toutefois son idée propre. Le primitif, quel qu'il soit, d'où il dérive, doit signifier l'enflure ; car il y a le plus grand rapport entre l'enflure et l'orgueil. S'enfler est synonyme de s'enorgueillir ; on dit bien enflé, gonflé, bouffi d'orgueil, et dans ces façons de parler on ne saurait substituer à orgueil aucun de ses synonymes, a L'orgueil est une enflure du cœur par laquelle l'homme s'étend et se grossit en quelque sorte en lui-même , et rehausse son idée par celle de force, de grandeur et d'excellence. » Nie. « L'orguei l enfle la bonne opinion qu'on a de soi.» Marm. 11 fait que nous sommes pleins de nousmêmes , pleins de l'idée et du sentiment de nos qualités , de nos perfections , au point d'en être comme enflés, au point même de ne pouvoir nous contenir et de crever : on crève d'orgueil (Acad.). Cette double image caractérise suffisamment l'orgueil.
Superbe , substantif, ne diffère pas essentiellement d'orgueil: c'est la traduction exacte, et, pour ainsi dire , le calque de superbia , nom de l'orgueil en latin. Autrefois on l'employait communément , quoiqu'il eût été condamné par Vaugelas , et on le trouve encore à la place d'orgueil dans Corneille et dans Pascal. A présent , il n'est guère usité que dans une des parties de notre langue qui se sont le plus lentement affranchies
tion. Et encore là même, c'est presque toujours un archaïsme , ou un terme dont on se sert par dérision, a On est obligé , chez les chrétiens , de croire les contradictions pour humilier la superbe de l'esprit. » Volt, « Les jésuites étaient si orgueilleux qu'ils ne voulaient pas qu'on blâmât leur orgueil. D'où leur venait ce péché de la superbe ? » Id. « Toujours de l'orgueil, notre frère ! toujours de la superbe! ne vous corrige rez-vous jamais? » Id. — Cependant, le mot superbe étant tout latin pourrait être conservé pour représenter l'orgueil au suprême degré, et par exemple, celui d'un souverain absolu , tel que Louis XIV ou Grégoire VIL C'est le sens que lui donne Saint- Simon. « M. du Maine et son parti connaissaient jusqu'à quelle faiblesse la tendresse et la superbe du roi l'avaient jeté pour ses bâtards.... On sentira jusqu'à quel point Mme la duchesse d'Orléans était possédée du démon de la bâtardise , et que la superbe , poussée jusqu'au fanatisme , était devenue sa suprême divinité.... Rien ne blesse tant la superbe des rois que.... La superbe de la prétendue infaillibilité du pape l'empêcherait toujours de souffrir que d'autres attentassent à interpréter ses condamnations. » a J'ai pris ces jours-ci votre édition des Mémoires de Grammont ; j'ai relu l'épître dédicatoire , elle m'a fait monter la superbe à la tête. » Dudeff. On dirait très-bien aussi la superbe épiscopale.
V amour-propre est une passion, et même, à vrai dire , la source de toutes les passions. Aussi en garde-t-il les caractères lorsqu'il est pris dans le sens de l'orgueil et qu'il lui ressemble le plus. C'est un orgueil sensible, irritable, susceptible, qui fait qu'on s'offense aisément, « H m'écrivit une lettre; je ne daignai pas y répondre. Il sentit le dédain caché sous ce silence; son amour-propre en fut blessé vivement. » J. J. « Dieu prend plaisir à punir notre orgueil par notre orgueil lui-même , en se servant de notre amour-propre pour nous faire souffrir, quand, par un excès de délicatesse et de sensibilité dont notre orgueil est le principe , nous ne voulons rien souffrir. » Bourd. « Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions. » Laroch. a Ménager Y amour-propre de quelqu'un. » Mass. — D'autre part, c'est un orgueil aveugle qui nous jette dans des illusions sur ce qui nous regarde , et qui , par suite , nous rend ridicules aux yeux des autres. « L'amour-propre est fertile en illusions. » J. S. * L'amour-propre nous aveugle d'ordinaire.... C'est le plus grand des flatteurs. » Laroch. « Un amour-propre aveugle. » Roll. a La conversation tomba sur les effets ridicules de l'amourpropre. » Les.
La mouche et la fourmi contestaient de leur prix : 0 Jupiter, dit la première ,
Faut-il que Y amour-propre aveugle les esprits !
Laf.
Elle avait souhaité d'apprendre quelque trait, Qui lui fit Yoir, entre autre chose ,
L'amour-propre donnant du ridicule aux gens.
Id.
DORIItE.
Son esprit (de Tartufe) est rusé , Et peut-être à surprendre il sera malaisé.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS