DEUXIÈME PARTIE
diant. On est orgueilleux , mais non pas superbe , dans toutes les conditions. D'autre part, on peut être orgueilleux sous les apparences de l'humilité ; mais on n'est superbe qu'avec ostentation , à visage découvert , et le front levé. « La cour superbe de Vienne. » S. S. « Le plus parfait des anges avait été le plus superbe. » Boss. « Voyezmoi cette femme dans sa superbe beauté, dans son ostentation, dans sa parure. » Id. « La mort confond et réduit en poussière les plus superbes monarques, comme les derniers de leurs sujets.» Id. « Le pharisien est le plus superbe de tous les hommes. » Bourd.
.... Dans un des parvis , aux hommes réservé , Cette femme superbe (Atbalie) entre le front levé.
Rac.
J'ai vu plus d'un héros , subjugué par sa flamme, Superbe avec les rois, faible avec une femme.
Volt.
J'étais jeune et superbe , et nourri dans un rang Où l'on puisa toujours l'orgueil avec le sang.
(OEdipe). Id.
2° Suffisant, présomptueux et avantageux ont entre eux la plus grande ressemblance; car ils dénotent tous trois une même sorte d'orgueil, celle qui consiste à s'en faire accroire , à se faire illusion sur ce qu'on peut. « L'orgueil qui vient d'une confiance, aveugle dans nos forces, nous l'avons nommé présomption. » Vaut. Or, cette espèce d'orgueil caractéristique du présomptueux, lui est évidemment commune avec le suffisant et ^avantageux.
Des trois mots le plus facile à distinguer esi suffisant. L'usage lui a assigné une signification moins étendue qu'aux deux autres ; il a uniquement rapport à ce qu'on croit pouvoir en matière de jugements et de critique. En sorte que le suffisant a V orgueil de la capacité doctorale, du pédantisme; il ne doute de rien; il est tranchant et décisif, a Nous sommes des ignorants sur tous les premiers principes. À l'égard des ignorants qui font les suffisants , ils sont au-dessous des singes. » Volt. « Il est difficile de prendre un ton plus suffisant (que l'abbé Desfontaines dans son journal), et d'entendre plus mal ce qu'il loue et ce qu'il condamne. » Id. <c Dans ce livre règne un air de suffisance, un ton décisif et tranchant qui a été blâmé. » Id.
Des gens savants, instruits sans suffisance. Id. « Un gouverneur suffisant et sot , qui , pour tout mérite , saluait avec grâce. » Marm. a II est bien persuadé de sa supériorité , mais elle ne le rend ni suffisant ni pédant. » Dudeff. « Ce commentaire était nécessaire pour réprimer la suffisance étourdie de nos ignorants critiques. » Lah. a Les pharisiens faisaient l'étude de la loi avec tout le faste et toute la suffisance dogmatiques. » J. J. « Observez à Paris , dans une assemblée , l'air suffisant et vain , le ton ferme et tranchant d'une impudente jeunesse. » Id. « La Samaritaine était une hérétique vaine et suffisante, opiniâtre et indocile , préoccupée de son erreur et déterminée à la soutenir. » Bourd. Dans sa comédie du Glorieux, Destouches voulant représenter aussi ce personnage comme suffisant dit :
Persuadé d'ailleurs de son habileté, Il décide sur tout ayec autorité.
Restent présomptueux et avantageux qui regardent la capacité en tout genre , et supposent une confiance en nos moyens qui fait que nous comptons réussir dans quoi que ce soit.
Le présomptueux présume, prse sumit, c'est-àdire croit d'avance qu'il viendra à bout de telle ou telle chose , et ose en conséquence. ~L'avanta~ geux pense ou juge avantageusement de soi. C'est plutôt dans les occasions prochaines d'agir et par rapport à telles ou telles actions à faire qu'on est présomptueux ; c'est plutôt en général et quand aucune occasion de passer aux effets ne se présente encore qu'on est avantageux. Ce qui frappe dans le présomptueux, c'est la certitude du succès et la hardiesse à entreprendre : aucune difficulté ne l'effraye, il est téméraire, ce Passer pour présomptueux et pour téméraire. » Mol. a Si votre pénitence est accompagnée de ces trois conditions , vous pouvez , sans être téméraire et présomptueux , faire fond sur elle. » Bourd. ce L'ambitieux est bien présomptueux, s'il se procure les honneurs dans la persuasion qu'il en est digne. » Id. ce Souvenez-vous de la sainte simplicité de nos pères. Chacun mesurait ses emplois à ses propres forces. L'ambition n'était ni présomptueuse, ni inquiète. » Fléch. a Le maréchal de Villeroi était également déplacé à la tête et des conseils et des armées, présomptueux et incapable. » Marm. Ce qui frappe dans l'avantageux, c'est uniquement la plénitude de confiance en sa capacité : il commanderait les armées , il gouvernerait les États , il captiverait les femmes les plus rebelles; il ne lui manque qu'une occasion ou une place pour justifier la bonne opinion qu'il a de son pouvoir. C'est un fat. Le défaut du présomptueux tire plus à conséquence, car il l'expose à des désappointements; on doit souvent le plaindre. Celui de l'avantageux n'est que ridicule, d'autant qu'il se borne ordinairement au ton , à l'air , aux paroles. L'épithète d'avantageux convient surtout et a surtout été appliquée aux petits-maîtres et aux marquis qui sont parfaitement définis par l'Académie : des jeunes gens qui prennent des airs avantageux. a Molière peignit ceux que l'on a appelés depuis les marquis.... Il y en avait qui poussaient cet air avantageux et cette envie dominante de se faire valoir jusqu'au plus grand ridicule. » Volt. ce On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, celle des importants, on appelait celle de Condé, le parti des petits-maîtres : ce nom de petit-maître s'applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée. » Id. a On ne lui trouvera pas à Potsdam l'air évaporé et avantageux de nos prétendus marquis français. » Id. « On voit dans cette comédie un marquis ridicule , avantageux et poltron.» Lah. a Qu'ai-je trouvé? un fat, un jaloux; un homme avantageux, qui croit que la vertu la plus sévère ne demande pas mieux que de lui céder. » Marm. a II n'avait point l'air ni le ton fat et avantageux. » J. J. a Je sentais trop le ridicule des galants surannés pour y tomber, et je n'étais pas homme à devenir avantageux et confiant sur mon déclin. » Id.
3° Important, vain et glorieux forment une espèce à part. Ils sont relatifs, non plus à ce
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
qu'on peut, comme les précédents, mais à ce qu'on est ou à ce qu'on a fait. L'homme suffisant, présomptueux ou avantageux n'est pas timide. L'homme important , vain ou glorieux n'est pas modeste.
Il en est de Vimportant dans cette classe de mots comme du suffisant dans la précédente. Il diffère sensiblement de ses deux synonymes. Il semble d'abord marquer une qualité plus fixe, un caractère plus constant : on n'est pas important de quelque chose, comme on en est vain ou glorieux. Ensuite , important n'a pas une aussi grande étendue de signification : au lieu qu'on est vain et glorieux quand on s'exagère ou qu'on exagère toutes ses qualités et toutes ses actions quelles qu'elles soient, on n'est important que quand on s'en impose et qu'on en impose sur le personnage qu'on fait et sur le rôle qu'on joue. Etre important ou faire Vimportant , c'est se figurer qu'on est considérable, d'un grand poids, qu'on a beaucoup de crédit , beaucoup d'influence; en un mot, c'est se croire un personnage.
Se croire un personnage est fort commun en France ; On y fait l'homme (L'importance. Laf.
« Saumery à la fin se crut un personnage ; il fit le gros dos et Vimportant. » S. S. « Saint-Germain Beaupré , ennuyeux et plat important qui n'avait jamais été de rien. » Id. « On ne trouverait pas la même bonne foi dans le mépris dont certains hommes fastueusement décorés ont quelquefois gratifié les lettres. Ce mépris pouvait bien n'être en eux que le masque de la haine; car la vanité pusillanime feint de mépriser ce qu'elle craint, et ceux des gens de lettres qui sentent la noblesse et la dignité de leur état sont redoutables à la sottise importante.» D'Al. D'autres fois Vimportant se tient et se fait passer pour indispensable; on le voit s'empresser, faire des embarras , offrir ses bons offices ; vous diriez qu'on ne peut se passer de lui; c'est la mouche du coche, « Cimon, après son retour, sans se faire prier, sans se plaindre ni faire Vimportant, et sans chercher à faire durer une guerre qui le rendait si nécessaire à sa patrie , lui rendit promptement le service qu'on attendait de lui. » Roll.
Vain et glorieux paraissent différer extrêmement peu. Outre qu'ils se disent , comme important , eu égard à ce qu'on est et à ce qu'on fait ou à. ce qu'on a fait, et non pas à ce qu'on peut, ils expriment au plus haut point le désir de l'estime et de la louange. Le vain et le glorieux se vantent et se glorifient, c'est-à-dire font sonner haut ce qu'ils ont et ce qu'ils font ou ce qu'ils ont fait : ils dépendent de l'opinion , ils tiennent à ce qu'on fasse cas de leur personne , ils veulent avoir place dans l'esprit des hommes.
Mais vain, de vanus, vide, fait penser à la vanité , à l'inanité , à la frivolité , au peu de valeur des choses pour lesquelles on veut être considéré; et glorieux, en vertu de sa terminaison réplétive , marque plénitude dans l'opinion qu'on a de son mérite et dans l'étalage qu'on en fait. Le vain a de la vanité, et la vanité consiste à
se faire valoir par les petites choses (Volt., Labr.). « La vanité est Vorgueil des petites choses. » Lah. Le glorieux est tout plein de sotte gloire ou de vaine gloire; il en regorge. C'est V orgueilleux , mais V orgueilleux qui, non content de se complaire en lui-même, cherche à faire partager aux autres l'excessive bonne opinion qu'il a de lui-même. D'ailleurs, glorieux, en opposition à vain, et par son rapport à gloire, suppose plutôt de grandes et de belles choses pour lesquelles on prétend être 3 non-seulement estimé , mais admiré.
Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé,
L'autre portant l'argent de la gabelle.
Celui-ci , glorieux d'une charge si belle , N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d'un pas relevé,
Et taisait sonner sa sonnette. Laf.
« Si elle manquait par mégarde à saluer quelqu'un : Voyez-vous , dirait-on , cette madame la marquise, qui fait tant la glorieuse? C'est la fille de M. Jourdain. » Mol. « Le père Castel est encore tout glorieux des combats qu'il a soutenus contre Newton , Leibnitz , etc. C'est le Don Quichotte des mathématiques. » Volt, a Albucius, ayant été envoyé en Sardaigne , donna la chasse à quelques misérables troupes de brigands. Après quoi aussi glorieux que s'il eût gagné quelque importante victoire, il fait dans sa province la cérémonie d'une espèce de triomphe. » Roll. «Celui des hommes qui, dans sa fantaisie, se croirait l'inventeur de tout cela (les Annales de Tacite , les poèmes d'Homère et de Virgile, etc.), serait un fou bien glorieux ! » Mabm. — a Marsin fut remplacé par deux hommes les plus vains, les plus arrogants qu'il fût possible de choisir pour aliéner une nation fière , le cardinal d'Estrées et l'abbé son neveu ; l'un tout glorieux de la pourpre ; l'autre , dévoré d'ambition. » Id.
II. Dédaigneux, fier, haut, hautain, altier,. impérieux, — arrogant, rogue , insolent. Les hommes auxquels on donne ces qualifications non-seulement s'estiment beaucoup , mais encore font peu de cas des autres et le leur témoignent.
Mais d'abord arrogant, rogue et insolent sont plus éloignés de se prendre en bonne part; ils renchérissent sur dédaigneux, fier, haut, hautain , altier et impérieux ; car ceux-ci expriment seulement qu'on se préfère aux autres , qu'on se croit plus qu'eux, qu'on les regarde à peine, qu'on les toise, au lieu qu'arrogant, rogue et insolent indiquent qu'on s'élève , non pas au-dessus , mais contre les autres (ad , in) , qu'on entreprend contre eux , qu'on les malmène. D'ailleurs, c'est surtout par les discours que se montrent l'arrogance et Vinsolence.
1° Dédaigneux, fier, haut, hautain, altier, impérieux.
Le peu de cas que nous faisons des autres est exprimé purement et simplement par dédaigneux ; ce mot est tout objectif , c'est-àdire relatif à l'objet, aux personnes qui sont l'objet du dédain. La même idée est seulement contenue dans fier et dans haut, qui, déplus, signifient la bonne opinion que nous avons de