‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 668 sur 881 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

indignes de l'infâme prostitution du maréchal d'Huxelles. » S. S. « Plus indigné de cette bassesse qu'affecté nar mon propre intérêt, je rejetai hautement sa proposition. » J. J. « A peine leur libelle a paru , qu'indigné de eette infamie , je broche ma première réponse. » Beaum. « Nous étions indignés , au mot Enfer (dans l'Encyclopédie), de lire que... : une fausseté si évidente révolte. » Volt. « On est toujours indigné ici de l'absurde et abominable jugement de Toulouse.» Id. « Ce que vous faites est si criminel , que j'en suis indigné. » Les. « Il ne lui dit pas un seul mot, tant il était indigné de sa lâcheté. » In. a Les Français, indignés d'une si noire perfidie.» ►Boss. a Le parlement , indigné de l'insolence des huguenots et de leurs sacrilèges. ■» Id. a Indigné d'une injustice si criante. » Roll. Indigné de cette ingratitude (Id.), de cette supercherie (Id.), de cette mauvaise foi (Id.), etc.

OUVRAGE, PRODUCTION. Ce qui résulte d'un travail.

L'outfrage résulte d'un travail des mains , suivant le sens du latin opéra , d'où vient ouvrage. La production, du latin producere, mettre en avant, au dehors, au jour, engendrer, donner naissance, tirer de soi, résulte d'un travail d'émission ou d'enfantement. L'ouvrage suppose un ouvrier qui façonne une matière ; et la production, un principe productif, générateur ou fécond , d'où elle émane , d'où elle tire son être ou sa substance même. Vouvrage est un objet d'art, et la production un fruit; aussi dit-on proprement les ouvrages de l'industrie et les productions de la terre. Dieu , le suprême artisan , fait des ouvrages ; la nature , du sein de laquelle sortent tant de choses , donne des productions. « De toutes les parties de l'univers, aussi bien que de toutes les productions de la nature , la sagesse de Dieu sait former un ouvrage unique , et composer un tout parfaitement régulier. » Roll. — « Fallait-il décorer une place, un édifice public? Plusieurs artistes traitaient le même sujet : ils exposaient leurs ouvrages ou leurs plans. » Barth. œ On tirait des autres satrapies des troupeaux, de la laine, de l'ébène, des dents d'éléphants, et différentes sortes de productions. » Id.

Que si ouvrage se dit quelquefois de ce qui provient de la nature , et production de ce qui est dû à l'art ou aux arts , c'est que , d'un côté , la nature est considérée dans ce cas comme ouvrière , comme industrieuse , comme se bornant à composer ou à transformer , et que , de l'autre , l'art se présente dans ce cas comme créateur- Les matières calcaires sont l'ouvrage de l'eau (Buff.); une machine ingénieuse est une belle production de l'art.

Pour ce qui concerne les résultats de l'activité de l'homme en particulier , cette distinction est d'une exactitude rigoureuse. Ce sont des ouvrages, s'ils sont formés par une opération manuelle , et des productions, s'ils naissent de la fécondité de l'esprit. « On juge des productions de l'esprit comme des ouvrages mécaniques. » Vaut. — Ou bien on appelle ouvrages ceux auxquels le cœur a part , et productions ceux que

l'esprit enfante ; l'esprit, à la différence du cœur, ressemble à une terre plus ou moins fertile, dont la nature est de développer sa puissance et de porter des fruits, a L'éloquence n'est pas seulement une production de l'esprit, c'est un ouvrage du cœur. » D'Ag. « Je n'ai qu'à vous renvoyer à cet office admirable que saint Thomas d'Aquin a composé pour l'adorable sacrement de nos autels. Ce n'est point ici une production de l'esprit; c'est Vouvrage du cœur seul, et d'un cœur embrasé d'amour. » Mass. — Ou bien, en parlant spécialement de ce qui est fait par l'esprit, ouvrage regarde la forme , et production la matière ou sa mise hors de l'esprit : en sorte qu'on dira mieux les ouvrages d'un écrivain , et les productions d'un auteur; les ouvrages d'un compilateur, d'un érudit , et les productions d'un homme de génie ou à imagination puissante. L'homme qui compose en un genre quelconque doit corriger ses ouvages, et ne pas avoir pour ses productions l'indulgence d'un père aveuglé par son amour. « Virgile retouchait ses ouvrages avec un soin et une exactitude qu'on a peine à concevoir. Quand le premier feu de la composition était passé, il revoyait ses productions , non plus avec la complaisance d'un auteur ou d'un père , mais avec la sévérité inexorable d'un censeur. » Roll. L'ouvrage est remarquable par l'élocution ou le style , la proÔMction par l'invention.

OUVRIER, ARTISAN. Ce sont les noms des gens qui travaillent des mains.

Le mot d'ouvrier a plus d'étendue : les artisans sont parmi les ouvriers ceux qui exercent un art mécanique. V ouvrier fait un genre quelconque d'ouvrage ; l'artisan a un métier. Un homme qui, par plaisir, en amateur, s'occupe à faire de la tapisserie ou de la menuiserie, peut être dit bon ouvrier , s'il travaille bien-, mais il n'est pas artisan. Les travaux de la campagne ne demandant pas d'art , ou ceux qui en demandent n'exigeant pas l'emploi de machines proprement dites, l'agriculture a des ouvriers, mais point d'artisans. « La moisson est grande , mais il y a peu d'ouvriers. » Boss. <t C'est ainsi que vous mériterez le salaire que le père de famille donne aux ouvriers qui ont travaillé dans sa vigne. «Bourd. « Vous savez qu'on fait les foins: je n'avais pas d'ouvriers (pour nettoyer mes allées); j'envoie dans la prairie prendre tous ceux qui travaillaient, pour venir nettoyer ici. » Sév. « Les habitants de la Bétique sont presque tous bergers ou laboureurs ; on voit en ce pays peu d'artisans. » Fén. « Les laboureurs, les pasteurs, les artisans, formaient les trois conditions du bas étage en Egypte. » Roll.

Ouvrier a rapport à l'action d'ouvrer, à sa manière ou à son résultat ; artisan exprime l'état ou la condition. A l'œuvre on connaît l'ouvrier; h l'habit on reconnaît l'artisan. On qualifie l'ouvrier , comme l'acteur , eu égard au mérite de sa main-d'œuvre : un ouvrier habile, adroit, actif, ou mauvais, lent, etc. a La plus belle statue de l'ancienne Egypte n'approche pas de celle du plus médiocre de nos ouvriers.» Volt. On donne à l'artisan , comme au comédien , des épithètes qui ne sont point du tout relatives à son indus-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

trie : un honnête artisan. « De toutes les conditions, la plus indépendante de la fortune et des hommes est celle de Y artisan. » J. J. Dans tel pays les ouvriers sont plus laborieux qu'en tel autre, et les artisans y jouissent d'un plus grand bien-être. Un bon ouvrier est un bon faiseur, cela est du bon ouvrier ou d'un bon ouvrier; un bon artisan est un excellent homme de la classe des artisans. J. J. Rousseau, qui avait été apprenti graveur , regrette de ne s'en être pas tenu à cette profession; il croit qu'il y serait devenu un bon ouvrier, et qu'il aurait vécu heureux dans l'état tranquille et obscur d'un bon artisan.— Ouvrier représente à l'œuvre, pendant qu'on opère, qu'on est à ouvrer : « Toute la côte où était située Salente retentissait des cris des ouvriers et des coups de marteau. » Fén. Artisan désigne^ la personne , même alors qu'elle n'agit pas et qu'on considère ce qu'elle est plutôt que ce qu'elle fait : « Un honneur dont on exclurait les simples gentilshommes , pour le réserver aux seuls princes , exclurait à plus forte raison les artisans et les laboureurs. » Fén. — Ouvrier emportant nécessairement l'idée d'ouvrer, de pratiquer, montrant le sujet à l'œuvre, on détermine très-bien avec ce mot la sorte d'industrie exercée par le sujet : ouvrier en linge, en soie, en dentelles. Artisan, au contraire, est -une dénomination générale dont on se sert sans pouvoir spécifier de quel art il est question.

V ouvrier a pour qualité essentielle d'ouvrer; mais il se peut que V artisan ne mette pas luimême la main à l'œuvre, que ce soit un chef, un maître , ayant sous lui et faisant travailler des ouvriers, des compagnons, des gens à gages1.

Un artisan occupe plus ou moins d'ouvriers- L'artisan doit proportionner au profit qu'il fait sur le public le salaire qu'il paye à ses ouvriers. « Cinquante orfèvres vinrent s'établir à Constance , avec leurs ouvriers pendant la tenue du concile. » Volt. Le czar Pierre emmena d'Europe en Russie des officiers , des ingénieurs , des mathématiciens et des artisans de toutes sortes; lui-même avait travaillé comme simple ouvrier dans les chantiers de la Hollande (Cond.).

La terminaison d'ouvrier est commune , vulgaire , et on^n'aperçoit pas d'abord que ce mot dérive du latin opéra. Mais , outre que la terminaison d'artisan n'a rien de bas , il est évident pour tous que ce mot vient du latin ars , artis. C'est pourquoi ouvrier est moins noble qu'artisan; d'autant plus que Youvrier travaille quelquefois sous les ordres de Yartisan. « Corneille, un officier romain, vient se jeter aux pieds du prince des apôtres -, il le trouve logé chez un ouvrier de la lie du peuple. » Mass. « Jésus-Christ passait pour le fils d'un artisan.» Bourd. — Artisan est seul usité au figuré : être Yartisan de sa fortune, de sa grandeur, de son malheur, de sa perte, de ses disgrâces; artisan de chimères, d'impostures, de calomnies. Ouvrier s'est dit quelquefois en ce sens , mais dans le style familier de la comédie, ou en parlant de gens pour lesquels on veut témoigner du mépris. «. Je puis dire , sans vanité , qu'on n'a guère vu d'homme qui fût plus habile ouvrier de ressorts et d'intrigues, qui ait acquis plus de gloire que moi dans le noble métier de fourbe. » (Scapin). Mol. « Esprits rebelles , qui avez suivi Satan , vous avez été les ouvriers de votre malheur, » Boss.

PACAGE, — PÂTURAGE, PÂTIS, PÂTURE. f

Lieux où les bestiaux mangent l'herbe sur place j et sur racine.

Tous ces mots viennent du verbe latin pascere, \ faire ou mener paître. Cependant pacage, pas- j cage, de pascere agere (ou peut-être de ad pascua i agere, mener au pâturage) est plus relatif à la j cause ; pâturage , pâlis et pâture , qui dérivent j proprement du passif pastus , repu, qui a été

4 . Le manœuvre ou le manouvrier est encore plus subalterne que Youvrier ; c'est un aide, un valet , un journalier, un homme de peine. « J'ai du regret de voir des hommes faits pour élever des monuments se contenter de porter des matériaux, et, d'architectes, se faire manœuvres. » J. J. a Comparer à Racine le manœuvre qui avait si cruellement mutilé une tragédie (Iphigênie) pour la mettre à la taille de l'opéra. » Lab. Quant au travailleur, il se considère formellement, et non matériellement, par rapport au déploiement de ses forces, et non par rapport à l'ouvrage qui sort de ses mains : un bon travailleur ne s'épargne pas, fait beaucoup en peu de temps; un bon ouvrier fait bien. « Ancus renvoya de la ville tous les gens oisifs ; et il ranima dans toutes les campagnes l'ardeur et la vigilance par les louanges qu'il, donnait aux bons travailleurs . » Roll.

nourri d'herbe, se rapportent plutôt à l'effet. Pacager, c'est mener pâturer. Un homme a droit de pacage sur un certain terrain, et il paye tant pour le pâturage de ses bœufs qui ont fait du dégât dans un pré appartenant à autrui.

En général , le pacage paraît être un lieu de choix où on mène paître les bestiaux avec une intention particulière ou dans des circonstances particulières. Avec une intention particulière, c'est-à-dire, selon l'ancienne définition de l'Académie, pour les engraisser, et non pas pour les nourrir seulement : c'est le sens précis que Buffon donne à ce mot dans l'endroit de son article Brebis où il parle de l'engraissement de cet animal. Et, d'autre part, le droit de pacage diffère du droit de pâturage en ce qu'il est limité , en ce qu'on ne peut en user qu'après la fauchaison ou la moisson, ou bien , suivant certains auteurs, dans les bois et avec exclusion des moutons et des chèvres , dont la dent est considérée comme funeste aux jeunes arbres.

Ce qu'il y a de bien certain , c'est que pacage , par rapport à ses synonymes, désigne quelque chose de particulier, et qu'aujourd'hui on l'emploie beaucoup plus rarement.

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