‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 669 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Pâturage, pâlis et pâture ont été distingués] dans la I" partie, p. 181 et 193..

PAISIBLE , PACIFIQUE. Doux, qui se fait remarquer par la paix.

Paisible a une terminaison passive : il exprime ; une manière d'être. Pacifique, pacificus (de pacem I facere, faire la paix), indique une manière d'agir , j un genre de conduite. L'homme paisible est ou j demeure en paix, jouit de la paix, et l'homme pacifique « aime la paix et la procure. » Boss. a Dans tous ses combats, on vit Condé résolu, paisible. » Id. Par cela seul qu'il faisait la guerre il n'était point pacifique, a Jésus-Christ sera paisible possesseur de notre âme-, ce sera un roi pacifique qui y rétablira la paix. » Mass. a II parut aux Romains qu'il était à propos de profiter du caractère pacifique d'Asdrubal pour faire un nouveau traité jusqu'à ce qu'ils se fussent débarrassés des Gaulois, dont il fallait qu'ils affaiblissent la puissance pour demeurer paisibles dans leur propre ville.» Roll. Avec une humeur paisible on se tient en paix ou en repos; avec une humeur pacifique on cherche à établir la paix , à l'affermir , à la faire fleurir et régner (Bourd.), à finir les querelles, à prévenir les inimitiés, à réconcilier ceux qui sont divisés (Boss.), à calmer les dissensions, à concilier les cœurs aigris , à faire pardonner les injures (Mass.). Il ne faut pas troubler les âmes paisibles (J. J.) , ni traverser les desseins des esprits pacifiques.

D'autre part , paisible étant formé du mot français paix, a la même étendue de signification ; au lieu que pacifique venant du latin pax , ne s'entend que de la paix en opposition à la guerre et aux querelles. De là la distinction des deux mots quand ils se prennent l'un et l'autre dans le sens passif ou actif. Un règne paisible n'est agité par aucun trouble : telle a été la régence du duc d'Orléans sous Louis XV , laquelle est effectivement qualifiée de paisible par Massillon et par Voltaire, ce La régence du duc d'Orléans , que ses ennemis secrets et le bouleversement général des finances devaient rendre la plus orageuse des régences , avait été la plus paisible et la plus fortunée. » Volt. Un règne pacifique n'a été marqué par aucune guerre, « Les motifs trop ordinaires de gloire n'auraient jamais fait entreprendre cette guerre à un jeune monarque , dont la sagesse et la modération ne se proposaient que de rendre ses sujets heureux par un règne doux et pacifique. » Mass. Il en est de même d'une vie paisible par rapport à une vie pacifique.

Dans le sens actif, des enfants, des citoyens paisibles ne sont point turbulents, a Louis XIV fit d'une nation jusque-là turbulente un peuple paisible qui ne fut dangereux qu'aux ennemis. j> Volt. « Nous sommes aussi paisibles , aussi soumis que les chrétiens sont turbulents et factieux. » Id. Un animal ou un fleuve paisible n'est pas emporté, agité, fougueux. Mais pacifique est l'opposé de guerrier ou de querelleur, a Louis XIV ni pacifique ni guerrier. » Montesq. a Les vertus pacifiques et les vertus j militaires. » Mass. ce Abandonner tous les arts |

pacifiques pour ne se réserver que celui de la guerre. » Fén.

D'ailleurs on est plutôt paisible défait : aNuma est un législateur paisible. » Volt. On est plutôt pacifique dans les vues , dans les intentions , par caractère. Pacifique par inclination (Roll.); pacifique, sans goût pour la guerre (Id.). Frédéric- Guillaume, depuis peu roi de Prusse, paraissait avoir autant d'inclination à la guerre que son père avait été pacifique. » Volt.

1° PALE , BLAFARD ; — 2° LIVIDE , HÂVE , BLÊME. De couleur affaiblie ou effacée.

Pâle et blafard ont une signification plus étendue : ils se disent des choses aussi bien que des personnes; livide, hâve et blême servent à qualifier des personnes seulement. D'ailleurs, chacun de ces mots, relativement à ses synonymes , a un caractère qui lui est propre. j 1° Pâle , blafard.

"Pâle est le latin pallidus; on trouve dans Nicot pâlir écrit pallir, tiré évidemment de pal- 1ère. C'est le terme général, le plus usité des cinq, et le seul qui s'emploie au figuré. Eu outre , il a cela de propre par rapport à blafard, avec lequel il semble plus facile à confondre, mais dont la terminaison est dépréciative , qu'il n'exprime rien d'absolument défectueux ou désagréable. Une personne pâle peut être belle et intéressante à cause de sa pâleur même, a La reine d'Angleterre est maigre , et des yeux qui ont pleuré , mais beaux et noirs ! un beau teint un peu pâle. » Sév. Mais on a appelé blafards les nègres blancs, les albinos T parce qu'ils sont d'un blanc mat, inanimé et fade (Buff ); Hamilton, racontant le mariage d'un homme et d'une femme d'un blond fade, dit : « Le sort fit ce mariage pour voir ce que produirait une union si blafarde. » Une lumière pâle est sans force ou sans vivacité, rien de plus; une lumière blafarde est morne et fait sur nous une légère impression de peine :

La blafarde, Cynlliie (la lune) , aux dépens de son frère ,

De sa triste lueur éclairait l'hémisphère. J. J.

2° Livide, hâve, blême.

Livide, latin lividus, s'applique uniquement aux personnes, aux différentes parties de leur corps. Mais il dit plus que pâle; aussi se met-il très-bien après. « On vit son visage (du roi François II) , naturellement pâle et livide , couvert de rougeurs. » Boss. * Une transpiration trop forte et continuelle donne aux habitants de Carthagène la couleur pâle et livide des malades. » Buff. « Vous avez un homme pâle et livide (le prince d'Orange) qui n'a pas sur soi dix onces de chair. » Labr.

La sombre Jalousie, au teint pâle et livide. Volt. Ce qui est pâle est en quelque sorte incolore, d'un blanc sans éclat; ce qui est livide a une qualité plus positive, est bleuâtre ou noirâtre, de couleur plombée. « Ce visage meurtri de soufflets et tout livide. » Bourd. « L'on voit certains animaux farouches , répandus par la campagne , noirs , livides, et tout brûlés du soleil , attachés à la terre qu'ils fouillent. » Labr. a Ses joues tremblantes (de Calypso) étaient couvertes de ta-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

ches noires et livides. » Fén. <* La pâleur de la i mort a couvert ses joues , les violettes livides \ en ont chassé les roses. »,J. J. « En entrant, je j la vis assise dans un fauteuil , défaite et <pâle , ou plutôt livide , les yeux plombés et presque , éteints. » Id.

Hâve et blême sont des épithètes qui convienrient seulement , dans les personnes , au visage , | à l'air , au teint.

Hâve a du rapport avec havir , c'est-à-dire faire rôtir de la viande à un grand feu qui la dessèche et la brûle par -dessus , du grec aueiv , dessécher. Une personne hâve est pâle et en même temps maigre, décharnée, défigurée, ratatinée. « Il parcourut des yeux mes camarades, dont le teint hâve et la maigreur attestaient la vérité de mes plaintes. » J. J. « Les ondes jaunes du Tibre, des marais empestés, des habitants hâves, décharnés et rares, couverts de manteaux troués qui laissaient voir leur peau sèche et tannée.... » Volt. « Tallard était maigre , hâve , qui représentait l'ambition , l'envie et l'avarice. » S. S. « On peut juger de la misère (des campagnes) au teint hâve des habitants. » Cond.

A l'heure que je parle , un jeune Égyptien, Qui n'est pas noir pourtant, et sent assez son bien, Arrive accompagné d'une vieille fort hâve. Mol. Blême a vieilli ; c'est tout ce qu'il est nécessaire d'en savoir. Marmontel le cite parmi les mots qu'on a abandonnés à tort. A tort ou à raison, on a cessé peu à peu de s'en servir, et, comme il arrive aux mots de cette espèce , il n'a plus eu place que dans le langage familier et plaisant, ainsi que dans la poésie badine. Bois, prés, fontaines, fleurs, qui voyez mon teint

blême , Si vous ne le savez, je vous apprends que j'aime. Pkilis est l'objet charmant Qui tient mon cœur à l'attache , Et je devins son amant , La voyant traire une vache.

(Moron, plaisant de laprincesse dans

la Princesse d'Élide). Mol.

Plus défait et plus blême Que n'est un pénitent sur la fin du carême. Boil. Un dévot aux yeux creux , et d'abstinence blême.

Id.

Notre malade avait la face blême Tout justement comme un saint de carême. Laf. Palinurus , la face blême , Prit en main son bonnet pointu. Scarr. Faut-il sur son comptoir, l'oeil trouble et le teint

blême, Manquer du nécessaire auprès d'un coffre-fort? (La Femme qui a raison, comédie). Volt. Alors un petit juif, au long nez , au teint blême, Pauvre, mais satisfait, pensif et retiré, Esprit subtil et creux (Spinosa).... Id.

PARAÎTRE , SEMBLER ; — AVOIR L'AIR. Une chose ou une personne paraît, semble, ou paraît être, semble être, bonne , belle , raisonnable ; elle a Vair ou elle a Vair d'être bonne, belle, raisonnable : c'est-à-dire qu'il y a quelque lieu de la regarder comme telle.

Avoir Vair doit être écarté d'abord : c'est une expression familière , usitée seulement dans la conversation et dans les lettres. « Qui est heu-

reux , au bout du compte ? On dit que c'est M. Necker; il a l'air en effet d'avoir attrapé le gros lot à la loterie de ce monde. » Volt. « J. J. Rousseau eût été pendu, dites-vous? Il a l'air d'un si bon homme ! » J. J. « Cette viande a Vair d'être fraîche. » Acad. Outre cela, avoir Vair ne s'emploie pas d'une manière impersonnelle au commencement d'une assertion comme paraître et sembler : il paraît, il semble que l'homme est destiné à souffrir.

Mais, entre paraître et sembler, la différence est plus essentielle et plus délicate. Elle revient à celle de l'objectif et du subjectif. Paraître exprime le résultat de l'apparence ou de l'aspect des choses; sembler marque le résultat de la vue des choses, de la manière dont nous les voyons. La raison pour laquelle une chose nous paraît telle ou telle se tire de cette chose même ; la raison pour laquelle elle nous semble telle ou telle se tire de nous-mêmes, de nos dispositions ou de nos réflexions. «Les choses paraissent vraies ou fausses, selon la face par où on les regarde. » Pasc. Les choses semblent vraies ou fausses, suivant la manière dont on les regarde, avec ou sans prévention , avec ou sans esprit de système , par exemple. Un discours équivoque paraît étrange, venant d'un dévot :

Je sais qu'un tel discours de moi paraît étrange. (Tartufe). Mol.

Un discours équivoque semble étrange à un dévot ou quand on a des principes de dévotion d'après lesquels on en juge. Telle chose me paraît belle exprime l'effet que cette chose fait sur moi ; telle chose me semble belle exprime mon avis, ce que j'en pense après examen. Paraître signifie une manifestation des choses; sembler implique un travail de l'esprit , et désigne un jugement qui en provient : aussi dit-on, ce me semble, et, que vous en semble ? mais non, ce me paraît, et, que vous en paraît ? Ce qui paraît bon se montre bon; ce qui semble bon , on le trouve bon. A ceux qui n'ont pas étudié l'astronomie la lune semble aussi petite qu'elle le paraît , le soleil semble se lever, ou il semble que le soleil se lève tous les jours, comme cela paraît aux yeux. A ceux qui souffrent et qui ont l'esprit appliqué sans cesse à leurs maux le temps semble plus long qu'il ne paraît d'ordinaire. Si l'objet, qui vous paraît tel, ne l'est pas, les apparences vous ont trompé , c'est une illusion; si l'objet qui vous semble tel ne l'est pas, vous vous êtes trompé , c'est une méprise, un mécompte, un paralogisme, a Nous avons un penchant presque invincible à croire que les choses sont telles qu'elles nous paraissent être d'abord ; et avec cette préoccupation, il arrive assez naturellement qu'elles nous semblent être telles que nous désirons qu'elles soient. » Roub.

D'un autre côté, quoiqu'il puisse y avoir erreur aussi bien quand les choses paraissent que quand elles semblent telles ou telles, Terreur cependant est plutôt à présumer dans le second cas que dans le premier : sembler est plus dubitatif, plus conjectural que paraître, précisément parce qu'étant subjectif, il suppose que nous mettons du nôtre dans notre croyance. C'est pourquoi

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