DEUXIÈME PARTIE
sembler seul veut au subjonctif le verbe qui le suit : il semble que vous m'ayez rendu service (Acad.), que vous soyez un prince, qu'on ne puisse mieux employer son temps qu'à méditer (Mal.)- On se sert souvent de sembler par exagération , sachant très-bien que la chose n'est pas tout à fait comme on le dit : ces peintures semblent respirer ( Montesq. ) , on dirait presque qu'elles respirent. Dans le Mariage forcé , le docteur Marphurius apprend à Sganarelle « qu'il faut parler de tout avec incertitude et qu'on ne doit pas dire , je suis venu , mais il me semble que je suis venu. » Il me paraît eût été encore trop affirmatif. Eu effet, paraître indique parfois une certitude entière. « D'où il paraît que les définitions sont très-libres. » Pasc. « H me paraît trèscertain que la volonté des esprits n'est pas capable de mouvoir le plus petit corps; car il est évident qu'il n'y a point de liaison nécessaire entre la volonté et le mouvement d'un de nos organes. *> Mal. « Il me paraît donc certain qu'Adam ne sentait poiat de plaisirs prévenants dans son devoir-, mais il me semble qu'il n'est pas tout à fait certain qu'il sentît de la joie , quoique je le suppose ici, à cause que je le crois très-probable. » Id. On dira plutôt il me semblait que..., mais l'événement m'a détrompé (Bourd.) ; et il m'a toujours paru, et il me paraît encore (Id.) que c'est là, pour arriver à tel but, l'un des moyens les plus sûrs.
PARASITE , ÉCORNIFLEUR. Piqueurs de tables ou d'assiettes, écumeurs de tables ou de marmites , chercheurs de franches lippées , gens qui vont manger à la table d'autrui. Regnard fait dire à Strabon, dans Démocrite : Nous sommes , dans ces lieux , à l'abri des visites Des sots écornifleurs et des froids parasites. Et il paraît qu'il ne met pas entre les deux mots la moindre différence. Cependant ils ne sont point absolument synonymes.
Parasite, parasitus, Tiapàatio-, est de tous les styles et signifie celui qui prend sa nourriture (aXtoc) auprès ou chez (Trapà) quelqu'un. Écomifleur est familier : Y écomifleur renifle ou flaire quelque chose à écorner , un morceau à enlever d'un tout. Donc, pour l'ordinaire et dans le genre sérieux , on dira parasite , réservant le mot écorm'/Zewr pour la conversation, pour le genre badin ou plaisant. Dans sa Lettre sur les occupations de l'Académie , Fénelon dit de Térence qu'il se borne « à représenter des vieillards avares et ombrageux... , des parasites bas et flatteurs.... » Mais, dans YÉnéide travestie, Scarron appelle les Harpies «. de franches écornifleuses. ■»
De plus , parasite ne se prend pas en si mauvaise part : le parasite peut être un commensal qu'on souffre , qui plaît même , parce qu'il paye sa commensalité en complaisances, en flatteries, en bons mots.
Tu les as vus chez moi toujours admis , A mes soupers ùé\ica.\.s parasites, Vantant mes goûts d'un esprit complaisant.
Volt.
a Rien ne faisait tant de plaisir à mon maître que de voir d'honnêtes gens à sa table ; il y souffrait même volontiers des parasites, pourvu qu'ils
payassent leur écot par quelques bons mots. » Les. Au rapport d'Athénée, Solon institua des parasites, pour consommer avec les prêtres, comme leurs assesseurs , les chairs des victimes immolées. Ministres du culte , les parasites avaient l'intendance des blés sacrés et même de certains sacrifices. De sorte que primitivement ce mot ne signifiait rien d'odieux. Mais Yécornifleur est une espèce d'escroc ou d'oiseau de proie , cherchant à surprendre des repas sur lesquels il tombe avidement.
Votre gendre est sans foi; C'est un fripon d'espèce toute neuve, Galant, avare, écomifleur de veuve, C'est de l'argent qu'il aime. Voit.
Dans une de ses lettres, le même écrivain dit en parlant des plagiaires : ce La canaille littéraire est ce que je connais de plus abject dans le monde ; l'auteur du Pauvre Diable a raison de dire qu'il fait plus de cas d'un ramoneur de cheminées, qui exerce un métier utile, que de tous ces petits écornifleurs du Parnasse. » ce Parmi ces aventuriers que le fumet de notre cuisine attirait au logis , il en venait un qui surpassait tous les autres en effronterie.... Nous étant défaits de cet écomifleur....» Les. ail venait chez l'ambassadeur des parasites à l'heure du dîner. Nous savions les distinguer des honnêtes gens. Nous étions fort attentifs à servir ceux-ci; mais pour les écornifleurs, dont la plupart étaient des aventuriers , nous leur en donnions de toutes les façons. » Id- ■ Enfin , parasite indique une habitude , un méfie?, au lieu que par sa terminaison écomifleur peut marquer un fait, quelque chose d'accidentel. Lafontaine appelle en général la mouche un parasite ailé ; mais dans l'occasion particulière où deux rats, sur le point de manger un œuf, voient venir à eux un renard, celui-ci reçoit dans cette circonstance le nom d' 'écomifleur :
L 'écomifleur étant à demi-lieue....
PARDON , — ABSOLUTION , — GRÂCE , ABOLI- TION , RÉMISSION. Acte d'oubli , de renvoi , d'acquittement , en faveur de quelqu'un qui a ou est supposé avoir des torts, qui a ou est supposé avoir commis une mauvaise action.
Le pardon s'applique à un offenseur ; l'absolution, à un accusé; la grâce, Y abolition et la rémission, à un coupable. Le pardon empêche l'offenseur d'être poursuivi , d'être un objet de vengeance; Y absolution empêche l'accusé d'être tenu désormais pour coupable ; la grâce, Yabolition et la rémission empêchent le coupable d'être puni. Le pardon est un acte moral : il est accordé par la personne même qui a eu à souffrir de l'injure , et il a pour effet d'étouffer en elle le ressentiment. « La morale des philosophes avait mis le pardon des offenses au nombre des vertus. » Mass. « S'il y a un côté respectable et frappant dans notre religion, c'est le pardon des injures.» Volt. « Je serai, quand Voltaire le voudra, toujours prêt à tout oublier; car, de toutes les vertus chrétiennes , il n'y en a point qui me coûte moins que le pardon des injures. » J. J. « Le pardon des ennemis est commandé par l'Évangile. 33 Acad. Dans le Misanthrope, Alceste dit en : parlant d'Oronte :
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Et jamais de son cœur je n'aurai de pardon,
Pour n'avoir pas trouvé que son sonnet fût bon. Moi..
L'absolution est un acte juridique : elle est prononcée par le juge civil ou par le ministre ecclésiastique; elle rétablit la personne qui en est l'objet dans les droits de l'innocence. « Vingt et une tribus jugèrent Coriolan, neuf prononcèrent son absolution, et douze, sa condamnation. » Volt, « L'orateur qui plaidait pour Phryné osa lui arracher le voile , et Phryné obtint son absolution, » Makh. « Manius Aquillius, ayant été accusé de concussion , obtint une absolution qui ne répara pas son honneur , mais qui déshonora ses juges. » Roll. « Un accusateur prétendait que Pompeïus Strabo s'était rendu coupable de péculat.... Le préteur Antistius présidait au jugement. Lorsqu'il prononça la sentence d'absolution.... » Id. Dans les défenses de Peliisson pour Fouquet, « on admire l'adresse d'intéresser sans cesse la gloire du roi à l'absolution de l'accusé. » Lah. « Les ministres de l'Église, dans le tribunal de la pénitence, prononcent l'absolution au nom de Jésus-Christ. » Boss.
La grâce , l'abolition et la rémission sont des actes d'autorité ou de souveraineté : elles dépendent d'un maître , d'un prince , et elles arrêtent l'application de la peine , l'exécution de la justice. Elles diffèrent entre elles de la manière suivante.
La grâce est gratuite , l'abolition entière , et la rémission ou n'est pas gratuite ou n'est pas entière.
La grâce est un acte de clémence auquel le sujet n'a nul droit , qui est l'effet du gré , du bon plaisir, de la faveur, a Une grâce est un bien auquel celui qui le reçoit n'avait aucun droit. » Ducl. « La grâce divine se montre grâce en ce qu'elle n'est attirée par aucuns mérites. » Boss. « Faire des grâces, répandre des grâces, est le plus bel apanage de la souveraineté.; c'est faire du bien, c'est plus que justice. » Volt. « J'étais l'autre jour en un lieu où l'on taillait en plein drap sur les grâces que le public attendait de la bonté du roi. » Sév. « Lorsque les juges rendent la justice aux parties, ce n'est qu'une dette dont ils s'acquittent , et non une grâce qu'ils leur accordent. » Roll. « Le consul Minucius dit que, s'ils ne voulaient point absoudre Coriolan comme innocent j ils accordassent au moins la grâce d'un seul coupable à un si grand nombre d'illustres suppliants. » Id.
L'abolition est un acte de clémence absolu, qui abolit, détruit, supprime, efface, ne laisse aucun vestige. On dit une abolition parfaite ou entière. « Souvenez-vous de cette bonté souveraine qui vous promet une prompte et entière abolition dès que vous voudrez revenir. » Bourd. « Vous avez le bonheur de traiter maintenant (pendant le jubilé) avec un Dieu qui vous remet tout et qui demande si peu pour une abolition si parfaite. » Id. Et non-seulement l'abolition l'emporte en plénitude sur la grâce , mais encore elle en diffère en ce que la grâce, n'intervenant qu'après la sentence prononcée, n'a pour effet que de faire remise de la peine , au lieu que l'a-
bolition soustrait le coupable même aux poursuites de la justice , ou les anéantit si déjà elles sont commencées. « Comme Bomilcar était poursuivi criminellement pour le meurtre de Massiva, Métellus lui promit que , s'il livrait Jugurtha , le sénat lui accorderait l'abolition de son crime. » Roll.
La rémission est un acte de clémence mérité ou partiel. Mérité, c'est-à-dire fondé sur des circonstances atténuantes ou sur certaines conditions remplies par le sujet, a La reine étant tombée le pied pris dans son étrier, don Alonzo Maurique dégagea le pied de la reine.... Mais, en Espagne , toucher au pied de la reine est un crime digne de mort. On peut juger que la rémission lui fut bientôt accordée. » S. S. « Dans les trois premiers siècles , il fallait subir une pénitence publique pour obtenir la rémission des crimes commis après avoir été baptisé. » Cond. v L'abandon entier à la divine bonté est un moyen encore plus sûr et plus général d'obtenir la rémission des péchés, que l'absolution. » Boss. « Dieu remet la peine temporelle en vertu de l'indulgence et du jubilé. » Bourd. « La rémission est la grâce que le prince fait à un criminel, en lui remettant la peine de mort qu'il a encourue suivant les lois, lorsque les circonstances de l'action la rendent digne de pardon. » Acad. — D'un autre côté , la rémission est partielle , et par conséquent avec l'abolition dans une opposition manifeste : elle consiste à modérer ou à diminuer ou à commuer la peine plutôt qu'à en exempter totalement. Aussi dit-on bien , par manière de gradation, rémission et abolition. « On donnait la mort à Jésus-Christ -, et lui , en mourant, il nous rendait la vie par la rémission et l'abolition de tous nos péchés. » Bourd:- oc Quand le souverain accorde une grâce et une rémission, ou il relâche toute la peine, ou il la commue; et le Sauveur se sert de ces deux manières dans la rémission de nos crimes. Par la grâce du saint baptême, il donne une entière abolition.... Mais quand nous avons violé ce pacte. ...» Boss.
1° PARESSE, INDOLENCE; -2° NONCHALANCE, NÉGLIGENCE. Défauts du caractère ou de la conduite qui consistent à ne point user de son activité comme on devrait.
Mais on est paresseux ou indolent à agir , nonchalant ou négligent en agissant. La paresse et l'indolence empêchent d'agir, d'entrer en action; la nonchalance et la négligence empêchent de bien agir, d'accomplir une action comme il faudrait. Par rapport à l'action , la paresse et Vindolence se considèrent avant, la nonchalance et la négligence pendant. On ne dit point agir paresseusement ou indolemment, mais bien agir nonchalamment ou négligemment. D'autre part, il serait sensiblement impossible de substituer paresse ou indolence à nonchalance et à négligence dans des phrases telles que les suivantes. « Elle affecte une nonchalance dans son parler et ses actions... , mais elle a grâce à tout cela. » Mol. « Une aisance naturelle et une sorte de négligence dans ses discours ei dans ses actions donnaient à Pétrone l'air et les grâces de la simplicité. » D'Al.