‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 672 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

taille, je n'en veux rien dire, car je ne puis trouver de paroles qui en puissent donner une juste idée. Tout enfin, jusqu'à ses pieds, est digne d'admiration. La nature a pris plaisir à la former toute parfaite. » Les. « Nerva adopta Trajan , prince le plus accompli dont l'histoire ait jamais parlé , grand homme d'État, grand capitaine, ayant un cœur bon qui le portait au bien , un esprit éclairé qui lui montrait le meilleur , une âme noble , grande , belle ; avec toutes les vertus , n'étant extrême sur aucune. » Montesq. « Cet homme est un sujet accompli, un abrégé de toutes les vertus. » Les. On dit accompli en tout genre, en toutes choses, en ou de tout point.

VALERE

Comment prétendez-vous que soit fait votre gendre?

MADAME GROGWA.C,

Je prétends qu'il soit fait comme on n'en trouve

point; Qu'il soit posé, discret, accompli de tout point; Qu'il ait , avec du bien , une honnête naissance ; Qu'il ne fasse point voir ces traits de pétulance...; Qu'il ait auprès du sexe un peu de politesse ; Qu'il mêle à ses discours certain air de sagesse....

Begn.

Parfait va bien surtout avec les noms des choses abstraites, parce qu'elles sont sans parties et représentatives d'une seule qualité , d'un seul point de vue : parfaite conformité , parfaite concorde, parfaite soumission, désintéressement parfait. « Cette année, les vins parvinrent au plus parfait degré de maturité et de bonté. » Roll.

Mais un esprit sublime en vain veut s'élever

A ce àegvépar/aiû qu'il tâche de trouver. Boit. Accompli, au contraire et par la raison contraire , s'applique de préférence aux choses concrètes, c'est-à-dire ici aux personnes, a Xénophon, dans la Cyropédie , donne le modèle d'un prince accompli et l'idée d'un gouvernement parfait. » Roll. « Platon a tracé le plan d'une république accomplie et d'un gouvernement parfait. »D'Ag.

Enfin, à la différence d'accompli, parfait est un véritable adjectif et ne rappelle point l'action d'un verbe. La chose parfaite peut être idéale, purement conçue ou à priori; au lieu que la chose accomplie a été accomplie, réalisée, a existé réellement. Dans le Télémaque, Fénelon trace l'image d'un prince parfait ; et dans le Panégyrique de Trajan , Pline le jeune fait l'éloge d'un prince accompli^. On a souvent proposé pour modèle d'un prince-^» arfait l'exemple d'un prince accompli. Bossuet écrit à Louis XIV : « Si Henri IV avait ôté de sa vie la tache que Votre Majesté vient d'effacer, sa gloire serait accomplie, et on pourrait le proposer comme le modèle d'un roi parfait K »

\ . Consommé ressemble à parfait en ce qu'il se dit bien aussi quand il est question d'un défaut , de quelque chose de blâmable : prude consommée (Mot.), scélérat consommé (Lah.), l'impureté consommée (Boss.). Mais il en diffère comme accompli, par l'idée de multiplicité ou d'accumulation. Et il diffère ensuite à? accompli en ce qu'il désigne, non pas réunion de plusieurs qualités différentes , mais redoublement

PARFAIT, ACHEVÉ, FINI. Épithètes servante qualifier un ouvrage du plus grand mérite.

Parfait caractérise la chose en elle-même : elle est accomplie, irrépréhensible, admirable. Achevé et fini la font considérer du côté de la main-d'œuvre : l'ouvrage achevé ou fini a été si bien exécuté qu'on n'y a rien laissé à désirer. Ce qui peut être mieux n'est pas parfait ; ce à quoi l'auteur ou l'artiste peut ajouter encore n'est pas achevé ou fini, a Les ouvrages de Cicéron sur l'éloquence sont des chefs-d'œuvre parfaits , où règne l'urbanité romaine , c'est-à-dire ce qu'il y avait de plus achevé pour les pensées , pour les expressions, pour les tours. » Roll. Quand vous dites que la langue est le plus parfait des instruments de musique (Fén.), vous ne pensez qu'aux qualités qu'elle a à un degré éminent , vous n'avez point égard à l'attention et au talent qu'il a fallu pour les lui donner, comme quand vous dites une harangue achevée (Fén.), une statue achevée (Boil.), un poëme (Lah.) ou un tableau (Acad.) fini. — Parfait est beaucoup plus général que les deux autres mots : n'étant pas relatif comme eux au travail de l'ouvrier , il n'annonce pas nécessairement comme eux un ouvrage d'art. « La loi avait Jésus-Christ comme dans un crayon imparfait; mais elle n'avait pas l'image finie. Et de même que la peinture achevée efface les linéaments imparfaits , ainsi la beauté parfaite de l'Évangile efface l'imperfection de la loi. » Boss. La conversion sincère d'un pécheur est un ouvrage de Dieu parfait (Mass.) , et non pas achevé ou fini.

Achevé a rapport à la quantité , et fini , à la façon. L'ouvrage achevé est au complet, on l'a mené à chef, on y a mis le chef, en sorte qu'il n'y manque plus aucune partie. « Platon suppose un scélérat achevé, sans foi, sans probité, sans honneur, mais qui prend le masque de toutes ces vertus. » Roll. L'ouvrage fini a été fini ou rendu fin , a été corrigé et poli , en sorte qu'il ne saurait être travaillé avec plus de soin. « Les ouvrages de la main passaient pour être mieux travaillés, plus finis, en Perse qu'en Turquie.» Volt. — La peinture achevée d'un malheureux (Laf.) a tous les traits que doit avoir cette peinture; Voltaire dit du Temple du goût : a J'en ai travaillé avec soin les moindres ornements, et je crois que vous trouverez cet ouvrage plus limé et plus fini que tout ce que j'ai fait. » — Un ouvrage ne peut être trop achevé, c'est-à-dire trop entier ; mais il peut être trop fini, auquel cas il est, comme on dit, léché, et il tombe dans la manière.

et abondance d'une seule qualité, et encore d'une qualité qui a cela de propre, qu'elle a été successivement acquise et qu'elle rend habile. Prudence, sagesse, science, raison , pratique consommée , avoir acquis une expérience consommée (Laf.); des vieillards consommés en vertus (Fén.), consommés dans les affaires et formés par un long usage (Bourd.), des médecins consommés en science et en expérience (Boss.), un cavalier consommé dans les exercices (Id.), se conduire avec toute l'habileté et la prudence du général le plus consommé (Roll.). « Cette vivacité du premier coup d'œil ne s'acquiert en musique que par une pratique consommée. » J. J.

Achevé se dit plutôt du tout , de l'ensemble , et fini, des détails; ou bien achevé, d'un ouvrage composé , complexe , considérable , et fini , d'un ouvrage petit ou de peu d'étendue. « Les cantates de J. B. Rousseau sont des morceaux achevés.,.. Il sait choisir ses sujets, les diversifier et les remplir; ce sont des morceaux peu étendus, mais finis. » Lah.

PAROLE , MOT. Ce à l'aide de quoi on se fait entendre, on manifeste ses sentiments et ses pensées.

La parole est la faculté; le mot est le moyen ou l'élément qu'on emploie pour l'exercer. L'homme a reçu la parole, et il en use en se servant des mots. Le président d'une assemblée donne la parole à un membre, et à peine celuici a-t-il prononcé quelques mots qu'il la lui retire. La parole distingue l'homme des bêtes; les mots des différents idiomes distinguent les nations les unes des autres. La parole est naturelle ; le mot est établi ou d'institution.

Toutefois , parole se prend aussi dans l'acception restreinte de mot. Mais alors il signifie quelque chose de moins bref. Les paroles d'un opéra forment un tout assez long ; le mot d'une devise est très-court. Quand vous voulez couper court, vous dites en un mot , et non pas en une parole. « Les hommes ne sauraient d'ordinaire expliquer de grandes choses qu'en beaucoup de paroles..,. Il est digne de l'esprit de Dieu de parler peu et de dire beaucoup. Il sait renfermer en deux mots les plus grands éloges. » Fén. « Ceux qui liront Eugénie sentiront souvent que l'auteur a réfléchi plus qu'on ne le croit lorsqu'il a préféré de dire plus en peu de mots que mieux en beaucoup de paroles. »Beaum. «Dire les mots et les paroles. » Acad. « Observer ses mots, ses paroles. » Du-

DEFF.

A cela doit être ajoutée une autre différence essentielle. La parole est parlée. « Après avoir dit ces paroles, Mentor.... » Fén. « Mentor répondit à ces paroles. » Id. a Le roi Henri LI d'Angleterre s'écria : Personne ne me délivrera-t-il d'un sujet qui...? Becket fut assassiné. Le roi se reprocha vivement une parole échappée par imprudence. » Cond. « Psammitique fit enfermer deux enfants avec défense de prononcer jamais devant eux aucune parole.» Roll. « Il est bien fâcheux que notre histoire ait laissé périr une infinité de belles actions et de belles paroles auxquelles l'antiquité eût bien su donnner du relief, » Id. Mais le mot peut être écrit. « C'est un beau mot de Tertullien dans le livre de la pénitence. » Boss. « Il me souvient en ce lieu de ce beau mot de Tacite, qui, parlant des excès de Domitien.... » Id. « Celui qui a dit dans ce même livre ce beau mot si connu : Les grandes pensées viennent du cœur. » Lah. « Différentes espèces d'usures que quelques-uns font valoir comme des productions dé leur esprit et de leur subtilité , selon le mot de l'Écriture : Multi quasi inventionem œstimant fœnus. » Bourd. On prononce une parole, on efface un mot. On vous arrache les paroles de la bouche, ou on vous les fait rentrer dans le ventre; l'arrangement des mots importe considérablement à la beauté du style .« Quelques-uns ont

cru trouver de la conformité entre des paroles caraïbes et des mots hébreux. » Volt, a Cicéron remarque qu'il n'échappa jamais à Cyrus, pendant tout le temps de son gouvernement, une seule parole de colère et d'emportement. Ce petit mot est un grand éloge pour un prince. » Roll. -— Un prédicateur cite les paroles de l'ange à la sainte Vierge, des paroles de Jésus-Christ ou de saint Jean-Baptiste; et des mots de l'Écriture, des Pères, de saint Augustin, de saint Grégoire de Nazianze. Une belle parole a été dite par telle personne dans telle circonstance ; un beau mot se trouve dans tel écrivain.

Enfin , la parole est subjective , relative au sujet qui parle, à ses idées, à ses sentiments, à ses intentions; le mot est objectif, considéré par rapport au dictionnnaire , comme ayant dans la langue telles ou telles significations. « Jésus- Christ soumet à un jugement rigoureux, non pas les paroles mauvaises, mais les paroles inutiles.... Pour la vertu à'eulrapélie que saint Thomas a prise d'Aristote , les Pères ne l'ont guère connue. Les traducteurs ont tourné ce mot grec , eutrapé-^ lie, urbanité, politesse, urbanitas. » Boss. De mauvaises paroles ne sont pas rassurantes; de mauvais mots ne sont pas du bon usage. L'abondance des paroles ne vient pas toujours de la fécondité et de l'étendue de l'esprit ; l'abondance des mots ne fait la richesse de la langue qu'autant qu'ils sont précis.

PART, PARTIE, PORTION. Chose qui jointe à d'autres semblables forme un tout.

Part exprime quelque chose de métaphysique ou d'abstrait ; partie, quelque chose de physique ou de concret. La part est ce qui doit revenir à une personne dans un partage ; la partie est un fragment ou un morceau. On fait les parts en attribuant à chacun selon son droit; on ne fait pas les parties , elles existent de soi dans les choses. Dans la répartition de l'impôt on règle la part de chaque contribuable ; tout objet naturel a des parties qui le constituent. Voy. Part , partie , dans la Ire partie , p. 208.

Portion se prend d'abord dans le sens abstrait de part et implique , comme lui , une distribution entre des personnes.

Mais , au lieu de marquer , comme part , quelque chose qui est à faire, qui doit se faire ou qui se fait d'ordinaire, il indique quelque chose qui s'est fait, qui a eu lieu effectivement, dans un cas particulier. Ma part d'héritage , c'est ce que j'ai le droit de réclamer dans une succession à venir; ma portion, c'est ce que j'ai reçu d'une succession maintenant échue ou effectuée. « Glovis se ligua avec Théodoric le Grand contre Gondebaud. Le traité portait que celui qui ne se trouverait pas à la conquête aurait néanmoins la part qui devait lui revenir. Théodoric laissa les França is combattre et vaincre seuls. Clovis tint sa parole. Mais bientôt il se repentit , rendit à Gondebaud la portion de la Bourgogne qui lui était échue , et persuada à Théodoric de rendre aussi celle qu'il lui avait livrée. » Cond. — Ensuite , part est absolu ; portion , relatif. La part d'une personne se considère en elle-même . on a ou on prend part à une chose t et il n'y a rien ,

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