DEUXIÈME PARTIE
dans de pareilles locutions, qui fasse penser à ce un travail pénible, le partagent volontiers avec que d'autres obtiennent. Mais la portion d'une eux (Roll.), voilà ce qu'ils font. Participer ou personne est telle ou telle par rapport à celle de avoir part à un malheur , c'est le ressentir effecses copartageants. «Suivant Épicure, les hommes , tivement, abstraction faite de toute idée de vopartagèrent les terres, mais inégalement -, les gens * qui se trouvèrent avoir plus de force ou plus d'adresse eurent les meilleures portions. » Fén.
Portion a aussi le sens objectif et concret de partie. Mais partie désigne quelque chose de naturel , et portion , quelque chose de factice. « La durée infinie , inséparable et sans parties peut être conçue en plusieurs portions. » Volt. « Ni lui ni tant de braves soldats qui , aux dépens de leur sang , avaient acquis à la république la meilleure partie de son territoire , n'en possédaient pas la moindre portion. » Vert. « Dans les pierres de Florence (sorte de marbre) la partie qui représente des ruines contient une portion considérable de terre schisteuse. » Buff. Il n'y a qu'une petite portion des aliments qui serve à la nourriture intime des parties du corps (Id.). — Quelquefois portion signifie une partie détachée, ou distincte et remarquable. On a dit que l'âme humaine était une portion de la substance divine (Pasc, Labr.) , une portion de la lumière céleste 'P. R.). « Le cœur est la plus délicate portion de nous-mêmes. » Bourd. « Le corps de l'homme, c'est-à-dire une certaine portion de matière qui lui est propre. » Pasc. « La nation française est encore la portion la plus florissante de l'Église. » Mass. a Les cultivateurs sont la portion la plus utile du genre humain. » Volt.
1° PARTICIPER, AVOIR PART;— 2° PARTA- GER , PRENDRE PART. N'être pas étranger à une chose' ; se trouver, par rapport à cette chose , en société avec une autre personne ou avec d'autres
personnes.
Participer et avoir part vont ensemble : « Les corps ont part au péché ; il est donc juste qu'ils participent à l'expiation et à la réparation du péché. » Bourd. Et, d'un autre côté, la ressemblance est très-grande entre partager et prendre part : « Les soldats n'estiment pas autant les commandants qui leur font part de la gloire que ceux qui ne craignent point de prendre part avec eux aux fatigues; et c'est une voie plus sûre, pour gagner leur affection, de partager leur travail que de leur permettre de ne rien faire. » Roll.
On participe et on a part involontairement ; il nous arrive de participer ou d'avoir part , c'est un bonheur ou un malheur plutôt qu'un mérite ■ou un crime bien décidé. Mais c'est librement , parce qu'on le veut bien , qu'on partage et qu'on prend part : nous faisons effort pour cela, nous agissons. Pour participer ou avoir part à la gloire, il faut partager le combat ou y prendre±des questions part. C'est en quelque sorte participer au crime , " ou y avoir part , que de le taire ou de ne le pas empêcher quand on le peut; mais c'est partager le crime ou y prendre part que d'y coopérer ou de fournir des moyens d'exécution. On a une part plus ou moins grande; on prend une part plus ou moins active. Les élus participent ou ont part à la félicité de Dieu (Mal.), voilà ce qu'ils éprouvent; les amis, voyant leurs amis obligés à
lonté; le partager ou y prendre part, c'est s'y intéresser bénévolement , s'unir par sentiment à un malheureux ou à des malheureux.
1° Participer, avoir part.
Il y a dans le verbe , relativement à la phrase explicative, une plénitude de sens qui le rend propre à être employé d'une manière absolue , et non d'une manière particulière , éventuelle , à certains égards. « Il n'y a qu'une raison souveraine à laquelle toutes les intelligences participent. » Mal. « Épicure tient que notre âme participe à toutes les joies du corps aussi bien qu'à ses infirmités. » Fén. oc Jésus- Christ déclare heureux ceux qui participent à son ignominie. » Pasc. — Mais avoir part signifie plutôt avoir quelque part , une certaine part , participer dans un certain cas , à certaines conditions , dans une certaine mesure. « Les Romains renvoyèrent aux Samnites , non-seulement les généraux , mais encore tous ceux qui avaient eu part au traité de Caudium et qui l'avaient garanti.» Roll. « Sachez que vous aurez part aux consolations de Jésus- Christ selon que vous aurez eu part à ses souffrances. t> Bourd. « Ce n'est pas moi , c'est vous que vous avez offensé par un désordre (une débauche) auquel le cœur n'eut point de part. » J. J.
2° Partager, prendre part.
Quoique la distinction appliquée à participer et à avoir part convienne aussi à partager et à prendre part, elle disparaît devant une autre plus considérable. On partage avec : partager est particulièrement relatif aux copartageants, aux personnes avec lesquelles on est en communauté, a Je ne viens plus, comme autrefois , partager avec vous des peines qui devaient nous être communes. » J. J. a Que cet époux ait reçu une injure, il vous est permis d'en être touchée, de partager avec lui sa peine. » Bourd. « Faire aimer le travail aux soldats en leur montrant que leur général le partage avec eux. » Roll. — Mais prendre part , c'est saisir une part , se mettre ou entrer en communauté , avec ardeur , avec empressement.
Approchez et venez, de toutes vos oreilles,
Prendre part au plaisir d'entendre des merveilles.
Mol.
a Quand C. Gracchus demanda le tribunat, toute l'Italie vint comme une inondation de gens qui se jetèrent dans la ville pour prendre part à son élection. » Roll. « il sait vous embrasser, prendre part à votre joie , vous faire coup sur coup empressées sur votre santé, sur vos affaires. » Labr. a Combien devons- nous prendre part à une gloire où nous sommes si intéressés ! » Bourd.
PAS, POINT. Adverbes de négation.
Primitivement, le pas est une enjambée, l'espace qui se trouve d'un pied à l'autre quand on marche; et le point, quelque chose de moindre encore, la plus petite portion d'étendue qu'il soit possible de concevoir. Point nie donc plus forte-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
ment que pas. Il n'y en a pas , c'est-à-dire iï n'y en a que la valeur ou la longueur d'un pas; il n'y en a point, c'est-à-dire il n'y en a que la valeur ou l'étendue d'un point , aussi peu que possible. Qui n'a pas de talent n'en a guère ; qui n'en a point en est tout à fait dépourvu, « Je verrai ce qui se pourra de ce côté-là: mais je n'y vois presque pas de jour, ou plutôt je n'y en vois point du tout. » Boss.
Je ne yous réponds pas des volontés d'un père ;
Mais je ne serai point à d'autre qu'à Valère. Mol.
Pas est relatif et s'emploie toutes les fois qu'on nie avec une détermination , correction ou restriction quelconque ; point est absolu et ne convient que dans les cas où on nie simplement, d'une manière totale et sans rien ajouter. Par conséquent , on dira : il n'a pas d'esprit ce qu'il en faudrait pour se tirer de tel embarras; il n'est pas bien riche, il n'a pas même le nécessaire. Mais avec point il faudrait supprimer tout ce qui sert à particulariser ou à modifier la négation, et dire : il n'a point d'esprit , il n'est point riche , il n'a point le nécessaire.
Devant les noms de nombre , devant les adverbes de quantité ou de comparaison , tels que beaucoup , fort , plus , moins , si , autant et autres semblables , pas doit être préféré, précisément parce qu'étant relatif il est seul propre à marquer les degrés et les limitations : il n'y a pas dix ans ; il n'y a pas beaucoup de mérite à ; il n'est pas fort raisonnable; il n'est pas plus sage qu'un autre, pas assez sot pour, etc. En pareil cas, point , substitué à pas , serait sensiblement déplacé.
Par la même raison , pas se dit plutôt quand il est question de quelque chose de passager et d'accidentel, et point, pour exprimer quelque chose de permanent et d'habituel. Il ne lit pas, c'est-àdire en ce moment; il ne lit point, c'est-à-dire d'ordinaire. Il ne dort pas, il est présentement éveillé; il ne dort point, il est sujet à des insomnies.
Pas, à la différence de point, ne se met jamais seul, au lieu de non, nullement, soit à la fin d'une phrase elliptique, soit pour répondre à ce qui a été dit ; et cela toujours parce qu'il ne nie pas d'une manière assez énergique, assez rigoureuse , essentiellement. « On ne doute pas qu'il ne faille exposer sa vie pour défendre le bien public, et plusieurs le font; mais pour la religion, point. y> Pasc. « Tu avais, si je ne me trompe , plus de cent ans quand tu es mort. — Point : je n'en avais que quatre-vingt-dix. »
FÉN
Enfin, dans les interrogations, pas et point conservent chacun son caractère propre. Pas annonce un doute partiel , et point , un doute totaL N'avez-vous pas pris ma montre? suppose qu'on croit que la montre a été prise et qu'on est incertain seulement sur la croyance ou l'aveu de la personne interrogée. Mais , n'avez-vous point pris ma montre ? est une question entièrement dubitative , et qu'on adresse quand on ne sait à quoi s'en tenir et sur ce que pense et affirme la personne interrogée et sur l'événement lui-même.
Ces nuances ont été aperçues et diversement
signalées par Vaugelas , Girard , Roubaud , Marmontel et Condillac. L'Académie elle-même, dans son édition de 1762 et dans celle de 1835, lésa décrites avec beaucoup de netteté ; c'est un fait qui mérite d'être cité , parce qu'il est , sinon absolument unique, au moins très-rare. Voy..^fensonge, menterie, p. 775.
PATELIN, PAPELARD, CHATTEMITE. Mots familiers, significatifs d'une personne qui trompe par une feinte douceur.
Patelin , le plus usité des trois , sert à former un substantif abstrait, patelinage, qui n'est pas moins fréquemment employé. C'est le nom d'un personnage d'une vieille comédie, devenu nom commun pour désigner un homme adroit, souple, artificieux, a On rira toujours de la scène (de Pierre Patelin) où Patelin, à force de patelinage , vient à bout d'attraper une pièce de drap sans la payer. » Lah. a Un fripon de la lie du peuple , qui n'a d'esprit que ce qu'il en faut pour nouer des intrigues subalternes , patelin et fourbe; voilà celui qui réussit. » Volt. «Tous les services charitables que le patelinage insidieux peut rendre à la bonne foi sans intrigue. ■» D'Al. « C'est un ecclésiastique des plus patelins qu'il y ait dans le séminaire : l'hypocrite a si bien fait qu'on l'a nommé à une abbaye considérable. » Les.
Il a beaucoup d'esprit , mais un esprit malin , Adroit , insinuant , et même patelin. Dest.
Papelard, quelle qu'en soit l'étymologie , a surtout rapport au langage , et non pas , comme patelin, aux manières. Au lieu que le patelin est insidieux et cherche à vous attraper par des tours de sa façon, le papelard est un cajoleur, il cherche à vous séduire par de belles paroles. Dans la fable qui a pour titre Le loup, la chèvre et le chevreau , Dès qu'il (le loup) la voit (la chèvre) partie, il contrefait son ton , Et , d'une voix papelarde , Il demande qu'on ouvre en disant : foin du loupl
Laf.
Parmi les flots de la foule insensée De ce parvis obstinément chassée , Tout doucement venait Lamolte-Houdard , Lequel disait d'un ton de papelard ; Ouvrez , messieurs. Volt.
Chattemite, de catta mitis, chatte douce, se rapporte , non pas à la manière d'agir ou de parler , mais à la manière de se tenir , au maintien , à la contenance. Il se dit particulièrement bien du chat ou d'un animal qui y ressemble. Rarninagrobis
Était un chat, vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite, Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras.
Laf.
De vos courtisans hypocrites Mes chats me rappellent les tours ; Les renards, autres ckattemites , Se glissant dans mes basses-cours, Me font penser à des jésuites. Volt.
— ' A l'égard de l'espèce humaine, chattemite convient surtout en parlant des femmes.
Que maudit soit l'amour et les filles maudites Qui veulent en tater, puis font les ckattemites/
Mol.