‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 675 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

laisser périr de calamités et de besoins? » Bourd. a Abraham prenait pour son partage le soin et l'obligation de servir les nécessiteux. » Boss. a L'homme est , de sa nature , indigent et nécessiteux; la société n'est autre chose qu'un cercle de besoins et qu'un échange de secours. » Marm-

PAUVRETÉ , DISETTE , INDIGENCE , MISÈRE , BESOIN , NÉCESSITÉ , DÉNÛMENT. État d'une personne qui est sans biens.

La pauvreté consiste à en avoir peu. Pauvreté, paupertas, de paulum et de parum, un peu, est l'expression ordinaire , la moins déterminée et la moins forte de toutes. Le pauvre n'est pas riche , est malaisé ou insuffisamment pourvu ; et peut-être l' entend-on relativement à sa condition ou aux mœurs du pays , en sorte que ce qui est pauvreté ici serait richesse ailleurs et qu'on appelle pauvre un homme possédant un bien qui ferait la richesse d'un autre, « L'âme regarde comme un néant tout ce qui doit retourner dans le néant, les biens, la pauvreté, la disgrâce, la prospérité.... » Pasg. « Les Cyrénaïques disaient que la liberté ni l'esclavage , les richesses ni la pauvreté ne faisaient rien pour le plaisir. » Fén. « J'ai épuisé ma fortune , dit Nérestan :

Une pauvreté noble est tout ce qui me reste.

Volt.

La disette est une espèce à l'égard de la pauvreté : elle consiste dans un manque de vivres , et n'a aucun rapport à la richesse proprement dite. Elle résulte presque toujours d'un accident, d'un défaut d'approvisionnement ou d'une mauvaise récolte, a Mériter de trouver, au lieu de l'allégresse et de l'abondance, la faim, la soif et la nudité , et une extrême disette. » Boss. « Louis XIV avait donné du pain au peuple dans la disette. » Volt. «La crainte de retomber dans la disette ferma nos ports à l'exportation du blé.» Id. «Quand l'Egypte éprouva la disette, Pharaon aurait dû ouvrir ses greniers gratis. » Id.

L 'indigence (indigentia, d'egere, éprouver le besoin) est la pauvreté qui se fait sentir, dont on souffre , qui consiste en une privation. « Les riches vivent dans l'abondance, tandis qu'une multitude presque innombrable d'indigents ressentent toutes les rigueurs de la pauvreté et de la disette. » Bourd. «Cette tendresse de charité et cette disposition sans réserve à secourir les indigents et ceux qui étaient dans la souffrance. » Id. « Sachez que Yindigence est moins dure, moins cruelle à supporter que la réputation littéraire. » J. J.

Ces trois premiers mots se disent au figuré, et ils y gardent les mêmes rapports d'opposition : pauvreté d'idées , disette d'idées , indigence d'idées. Pauvreté marque le peu ; disette , le manque ; indigence , l'état pitoyable de la chose par suite du défaut dont il s'agit.

La misère est une extrême indigence. « Jésus- Christ cherche ces forts et ces courageux qui ne rougissent pas d'être compagnons de son indigence et de sa misère.* Boss. On ne souffre pas seulement de la misère , on en meurt. Si Yindigence nous touche , la misère nous fait saigner le cœur. On dit les peines de Yindigence (J. J.) , et les horreurs de la misère (Id.). tt Je connais Yindigence

et son poids, mais jamais elle n'a suffi seule pour déterminer un homme de bon sens à s'ôter la vie.... Il est pourtant des cas où la misère est terrible, insupportable....» Id.

Le besoin et la nécessité, au lieu d'être subjectifs comme Yindigence et la misère , sont au contraire objectifs , c'est-à-dire relatifs aux secours qu'on attend, au soulagement ou au remède dont il est besoin , qui est nécessaire , qu'on cherche et qui doit venir du dehors ou des autres : subvenir à des besoins , à des nécessités. Seulement le besoin , moins urgent que la nécessité, constitue aussi un état moins complet et moins durable , ce qui est prouvé par cela seul que le mot besoin s'emploie de préférence au pluriel. « La nécessité de ces pauvres nouvellement convertis est très-pressante , et si l'on ne pourvoit à leurs besoins , il est évident qu'ils doivent bientôt tomber dans l'extrême misère. » Bourd. « La nature instruit les animaux à mesure que la nécessité les presse, mais cette science fragile se perd avec les besoins qu'ils en ont. » Pasc. Le besoin peut aller tout au plus jusqu'à être pressant : un pressant besoin ( Boss. , Volt. , J. J.). L'épithète d'urgente s'applique plutôt à la nécessité : une nécessité urgente (Volt. , Mol. , S. S.).

Le dénûment a cela de particulier, qu'il suppose un état antérieur d'où on est déchu : c'est un dépouillement. « Un philosophe jeta dans la mer tout ce qu'il avait amassé d'or et d'argent , et se réduisit dans le dénûment le plus réel et le plus parfait de toutes choses. » Bourd. a Le dénûment que Dieu vous demande (aune religieuse) est quelque chose d'inconnu.... On profite infiniment en se dépouillant de plus en plus de l'attachement à ce que l'on est et à ce que l'on a. » Boss. a Lorsque Jugurtha eut été dépouillé d'argent , d'hommes et d'armes , il tomba dans un trouble affreux.... Reprendre les armes dans le dénûment général où il se trouvait lui paraissait de tous les partis le moins soutenable. » Roll.

PAYER, ACQUITTER. On paye et on acquitte une dette , c'est-à-dire qu'on donne ce qu'il faut pour la faire cesser.

Payer , c'est satisfaire ou apaiser , pacare , le créancier, ou remettre ce qui a été convenu, quod pactum est. Acquitter, rendre quitte ou tranquille , quietus, c'est libérer ou délivrer d'un fardeau , ce qui revient au latin solvere , délier , affranchir. On paye une dette en payant une somme d'argent , le prix de la chose , la personne à qui on doit , en lui donnant tant en retour de ce qu'on a reçu; on acquitte une dette en ^acquittant , ou en acquittant un devoir, une obligation. Payez vos dettes , vous aurez donné ce qu'il fallait, on n'aura plus rien à vous réclamer; acquittez vos dettes, vous serez libre , vous n'aurez plus de souci à cet égard. Le payement arrête les poursuites commencées ou possibles, contente le créancier, opère la remise de ce dont on est d'accord; Yacqulttement opère la décharge du débiteur, l'acquit ï*e sa conscience. La dette payée est éteinte; la dette acquittée vous dégage. Il faut payer d'abord les dettes qui vont toujours grossissant d'année en année et celles qu'on a faites avec des gens peu aisés; oc doit acquitter

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

d'abord les dettes d'honneur et celles qui pèsent le plus. On paye la dette de la nature , on acquitte la dette de la reconnaissance : l'une est forcée et non pas à notre charge; l'autre dépend de la volonté et constitue un devoir.

Condé se retranchait pour payer ses dettes , ne voulant pas soutenir sa condition aux dépens d'autrui (Bourd.). « On ne dit pas que ce jeu a empêché de payer ses dettes. » Id. « Il se peut faire que les âmes du purgatoire n'ayant pas achevé de payer à Dieu ce qu'elles doivent à sa justice , souffrent au milieu des flammes qui les purifient. » Id. — Qui acquitte ses dettes se soulage d'un poids plus ou moins grand. «Mes dettes de Venise , dettes d'honneur , si jamais il en fut , me pesaient sur le cœur. Je saisis le moyen qui se présentait de les acquitter. » J. J.

On paye ses dettes sans les acquitter, s'il en reste quelque partie dont on soit encore chargé, et par conséquent acquitter veut dire payer entièrement. « Mon fils trouve l'invention de dépenser sans paraître , de perdre sans jouer , et de payer sans s'acquitter. » Sév. « Voilà une dette bien établie (celle de la charité) , mais il ne suffit pas de la payer une fois , et elle ne peut être acquittée que par une affection constante. » Boss. « La dette de la charité fraternelle a cela de propre , que , quelque soin que nous prenions de la bien payer, nous ne pouvons jamais en être quittes. » Id. « Une loi de Sextius touchant les dettes portait qu'on déduirait sur la somme principale les intérêts que les débiteurs auraient déjà payés, et que le reste serait acquitté en trois années. » Cond. « Cette loi regardait les dettes, et portait qu'on retrancherait du total et du principal de la dette ce qui en aurait été payé en arrérages, et qu'on aurait trois ans pour acquitter le reste en trois payements égaux. » Rûll. « Commençons par payer les dettes de mon fils , dit-il. Toutes furent acquittées dès le lendemain matin. » Volt.

L'athlète avait promis d'en payer un talent (de son éloge fait par Simonide) : Mais , quand il le vit, le galant N'en donna que le tiers ; et dit fort franchement Que Castor et Pollux acquittassent le reste. Laf.

PAYS , CONTRÉE , RÉGION. Ces mots servent à désigner les grandes divisions de la terre.

Pays est le plus général des trois et peut toujours se dire à la place des deux autres, quand on ne tient pas à s'exprimer avec une entière exactitude : beau pays , pays fertile ; pays élevé , chaud ou froid. Mais il a aussi une acception propre et distmetive. Comme il vient de pagus, village , il se rapporte aux hommes du lieu qu'il signifie, à leurs relations, à leurs mœurs, à leurs institutions , à leur manière de vivre et de se gouverner: pays civilisé, pays libre; pays catholique ou protestant; les vœux, l'esprit du pays, c'est-à-dire de la patrie ou de la nation; avoir la maladie du pays, nul n'est prophète en son pays. « Notre foi est de tous les temps , de tous les pays, de toutes les nations du monde. » Bourd. a Les pays même les plus dissemblables pour l'humeur et les manières ont produit des saints qui se sont tous ressemblés. » Miss.

Contrée, de contra, contre, vis-à-vis, en face, comme l'allemand gegend , de gegen , équivalent du latin contra , signifie un pays relativement à son aspect. « Lorsque Moïse voulut établir Éléazar grand prêtre à la place d'Aaron , il le conduisit sur une haute montagne, d'où l'on découvrait tout le pays du Jourdain, l'abondance et les délices de cette terre sainte qui devait un jour être son partage , et ce fut à la vue du lait et du miel qui coulaient dans cette contrée heureuse , qu'il le revêtit des ornements sacrés. » Mass. « Loth leva les yeux , vit à l'entour une contrée fertile, douce, aimable, riante, et se détermina là-dessus pour le pays de Sodome , sans examiner s'il y avait de la sûreté pour lui. » Id. « Vous avez préféré à toute autre contrée les rives de l'Euphrate pour y élever un superbe édifice. » Labr. « Voyez ces plages désertes , ces tristes contrées où l'homme n'a jamais résidé, couvertes ou plutôt hérissées de bois épais et noirs. » Buff. a L'aigle , planant au-dessus des différentes contrées , peut s'en former un tableau dont l'homme ne peut avoir d'idée. » Id. « Le jour suivant , dés le matin , le consul se trouva au haut du mont Ciminien. Contemplant de là les riches contrées de l'Étrurie , il fait descendre ses soldats pour aller piller le pays. » Roll. « Marcius avait eu la précaution de s'emparer d'une hauteur , d'où l'on découvrait tout le pays des environs de Dium et de Phila; ce qui anima beaucoup les soldats, qui avaient sous leurs yeux des contrées si opulentes où ils espéraient s'enrichir. » Id. — Une seconde nuance de contrée tient à sa terminaison : ce mot se dit d'un ■ pays considéré matériellement, eu égard à ce qui le compose ou à ce qu'il contient , à ce qui j en sort. « Ces couches de pierres calcaires com- ' posent nos collines, et s'étendent sur de grandes contrées dans toutes les parties de la terre. » Buff. « Les Açores, les Canaries, etc., paraissent être les restes des anciens continents qui réunissaient nos contrées à l'Amérique. » Id. Le même écrivain dit à chaque instant : ce minéral ou cet animal se trouve dans telle contrée. « L'espèce primitive et principale de la poule sultane est originaire des contrées du midi de notre continent. » Id. a La contrée de l'Afrique la plus riche, ou du moins la plus anciennement célèbre par son or , est celle de Sofala et du Monomotapa. » Id. « L'Amérique, surtout dans les contrées méridionales, est assez abondante en sel marin. » Id. « Les peuples de la Macédoine étaient très, propres à la guerre ; et il fallait bien qu'ils tinssent cette qualité du climat, puisque encore aujourd'hui les hommes de ces contrées sont les meilleurs soldats de l'empire des Turcs. » Montesq. 9 Les peuplades de l'Asie Mineure ont trouvé dans ces contrées (la Thrace et la Grèce des montagnes et des bois , des plaines plus petites que celles de leur patrie. *> Cond. a On ne parle plus d'hommes dans vos contrées , mais seulement de renards et de loups-cerviers. » Labr. Une contrée riche , fertile , abondante , ou le contraire. « Les fleuves arrosent la terre et répandent dans les diverses contrées la fertilité et l'abondance. » Labr.

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