DEUXIEME PARTIE
épaisses ténèbres de la nuit , tandis que les Juifs jouissaient du plus beau soleil dans la petite contrée de Gessen. » Volt, a Assujetti à la frugalité et à la modestie de sa république , Jean de Witt n'avait qu'un laquais et une servante, et allait à pied dans la Haye , tandis que , dans les négociations de l'Europe , son nom était compté avec les noms des plus puissants rois. » Id.
PÉNÉTRABLE , PERMÉABLE. Adjectifs qualificatifs d'une chose dans laquelle une autre peut entrer.
La chose pénétrable , de penetrare , fait de penitus, au fond, ou depandere, ouvrir, en admet une autre dans son sein : une forêt est pénétrable, quand elle n'est pas trop épaisse, et une éponge est de sa nature pénétrable à l'eau. La chose perméable , du latin permeare , traverser , en laisse une autre non-seulement s'introduire en elle , mais encore aller au delà ; c'est comme un crible : l'eau est perméable à la lumière , la toile non cirée l'est à l'eau. Dans le sanctuaire impénétrable (J. B. Rouss.) on n'est point reçu; à travers une chaussure imperméable (Acad.) l'eau et l'humidité ne passent point.
En physique, la pénétrabilité est une propriété imaginaire qui consisterait en ce qu'un corps pourrait céder la place qu'il occupe à un autre sans cesser de l'occuper lui-même ; ce qui est visiblement contradictoire et oblige à considérer tous les corps comme impénétrables. Mais la perméabilité est une qualité réelle, conséquence de la porosité, et en vertu de laquelle tous les corps permettent une entrée ou un passage plus ou moins libre, sinon aux liquides et aux gaz, au moins à la chaleur ou à la lumière.
1° PENSÉES, RÉFLEXIONS, CONSIDÉRATIONS ; — 2° OBSERVATIONS , REMARQUES , NOTES.
Ces mots sont pris ici dans leur acception littéraire , c'est-à-dire en tant qu'ils signifient tous des fruits du travail de l'esprit, déposés dans des ouvrages qui en tirent quelquefois leurs titres. Les Pensées de Pascal , les Pensées d'Épictète et de Marc-Aurèle ; les Réflexions et Maximes de Larochefoucauld, de Vauvenargues ; les Considérations sur les mœurs de Duclos , les Considérations de Saint-Evremond sur les Romains , les Considérations de Montesquieu sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence ; nous avons de Mme de Staël des Réflexions sur la paix intérieure et des Considérations sur la Révolution française. — D'autre part, Voltaire, dans sa correspondance, appelle tantôt observations , tantôt remarques et tantôt notes ce qu'il a écrit dans ses Commentaires sur Corneille ; rarement un traducteur peut faire entendre un texte sans observations , sans remarques et sans notes ; l'Académie a donné des observations sur quelques odes de Malherbe (Fén.) , des remarques sur le Cid (Id.), et ses notes sur les Commentaires de Voltaire ont été très-utiles à celuici (Volt.) ; il y a de bonnes observations dans les Remarques de Vaugelas sur la langue française, auxquelles Thomas Corneille a ajouté des notes (Marm.).
Le partage de ces mots en deux classes est indiqué , sinon justifié , par l'Académie , qui définit
l'un par l'autre, d'un côté, pensées, réflexions, considérations , de l'autre , observations , remarques et notes. Les pensées, les réflexions et les considérations sont les productions d'un esprit occupé en lui-même, méditant, raisonnant, se rendant compte des causes et des effets : elles sont graves, sensées, profondes, a Quelle pensée pour un riche au milieu de l'abondance que cette réflexion : Il faut mourir !... Quel souvenir pour ce mondain que cette sombre et désolante considération : Il faut mourir ! » Boss. Les observations , les remarques et les notes sont le résultat des études de l'esprit appliqué à un objet, dont il cherche à prendre et à donner connaissance: elles sont exactes , justes , fines , instructives. Les pensées, les réflexions et les considérations ont pour auteurs des philosophes, c'est-à-dire des penseurs, des hommes qui ne sont ni irréfléchis, ni inconsidérés; un critique, un commentateur, gens habiles à saisir et à relever les qualités ou le sens des choses, font des observations, des remarques ou des notes.
1" Pensées , réflexions, considérations.
Les pensées sont destinées à faire penser, à suppléer à la stérilité de certains esprits ; les réflexions, à guider; les considérations, à rendre raison ou compte.
Les pensées sont des créations et une ressource pour les gens peu inventifs , peu féconds par eux-mêmes; les réflexions sont des enseignements , des règles , elles apprennent à se bien conduire; les considérations sont des dissertations , elles apprennent à bien juger.
L'originalité convient aux pensées; aux réflexions , la sagesse ; aux considérations , la science et la logique.
Un homme de génie donnera des pensées ; un moraliste ou un artiste expérimenté et capable de tirer du passé des inductions pour la conduite à venir, des réflexions; un historien philosophe, des considérations.
Tout cela est conforme au sens fondamental de ces mots : le penseur trouve et produit des idées nouvelles; l'homme réfléchi n'agit pas étourdiment, rentre en lui-même, sait profiter de l'expérience, prévoir, être prudent; considérer, c'est examiner , rechercher les causes et les effets , le pourquoi et le comment des choses.
2° Observations , remarques , notes.
Le mot notes ne présente pas de difficultés. Les notes servent à éclaircir ou à expliquer un texte ; elles doivent être claires , précises et courtes , comme les notices et les notions. Cela peut être entendu sans notes (Laf.). « Voilà qui est clair ; il n'y faut point de notes ni de commentaire. » Boss. « Je n'ai point chargé les Caractères de Théophraste de longues et curieuses observations et de doctes commentaires , qui rendissent un compte exact de l'antiquité; je me suis contenté de mettre de petites notes à côté de certains endroits, afin qu'on ne pût douter du sens. » Lah.
Quant aux observations et aux remarques , les unes sont plus savantes , plus curieuses et plus recherchées que les autres; car on observe ce qu'on étudie, et on remarque ce qui frappe.
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
a Encore que mes remarques , qui consistent en des faits constants, ne souffrent point de répliques, je les fortifierai par d'autres observations encore plus convaincantes. » Boss. Ainsi , dans un autre genre , on dit les observations d'un physicien , et les remarques d'un voyageur : « Je puis ajouter à ces observations (des géologues) une remarque faite par la plupart des voyageurs, c'est que.... » Buff.
Les observations sont aussi plus subjectives, plus personnelles , plus particulières : de bonnes observations sont d'un habile homme , de bonnes remarques sont utiles ou solides ; de malignes observations (J. J.), des remarques intéressantes (Volt.). Un maître qui explique un auteur est libre jusqu'à un certain point dans ses observations. Il y peut mettre du sien , et parler suivant ses inspirations propres. Il est assujetti , dans ses remarques , à des règles plus strictes , à celles qui concernent , par exemple , la syntaxe et la propriété des mots.
PENSER, SONGER, — RÊVER. Occuper son esprit à quelque chose.
Rêver, étant bien distinct des deux autres , doit en être séparé d'abord. Ce verbe marque l'action d'un esprit abstrait ou préoccupé, qui se retire au dedans de lai-même , et qu'une idée absorbe. On rêve profondément et vaguement , et dans cet état on ne dirige pas les mouvements de son esprit; c'est un courant auquel on s'abandonne. Aussi ne dit-on point , rêve% à telle chose , comme on dit , pensez ou songez à telle chose, a On rêve dans l'église à Dieu et à ses affaires. » Labr. « Dans cette solitude on rêve à Dieu et à sa providence. » SÉv. « Comme nous n'irons pas si vite que la diligence, nous pourrons rêver aux personnes que nous aimons. » Id.
Scapin (à part):
« Le voilà (Arganle) qui rumine. »
Haut , à Argante :
« Vous rêvez à l'affaire de votre fils.» Mol. « Un jour rêvant à ce triste sujet (de l'enfer), je m'exerçais machinalement à lancer des pierres contre "les troncs des arbres.» J. J. «J'ai des journées délicieuses , errant sans souci , sans projet , sans affaires , rêvant toujours et ne pensant point. » Id. « La fatigue même de penser me devient chaque jour plus pénible. JJaime à r^ver , mais librement , en laissant errer ma tête et sans m'asservir à aucun sujet. » Id.
Penser est le terme général et philosophique. Il signifie appliquer sa pensée ou son esprit à quelque chose, y faire attention, y réfléchir, le considérer, l'examiner ou s'en souvenir. Il est tout intellectuel et ne donne d'autre idée que celle de connaissance et d'instruction. Mais songer donne l'idée de soin , de souci , d'inquiétude ; si bien que songer à une chose , c'est s'en mettre en peine , s'en soucier, s'en inquiéter. Pensez à ce que vous faites , est une invitation à ne pas se laisser distraire, et regarde la spéculation; songez à ce que vous faites , est une invitation à n'être pas négligent , et se rapporte aux affaires et à la conduite.
Songer est le latin curare, avoir soin, soit parce que songer a la même étymologie que soin,
soigner^ soit parce que nous ne songeons , c'est-àdire nous ne pensons en dormant qu'aux choses dont nous avons soin , dont nous nous soucions , qui nous tiennent au cœur ou nous inquiètent.
Pensera, soi, c'est se prendre pour objet de ses pensées, de son attention, de ses réflexions. « C'est à l'homme une peine insupportable de vivre avec soi et de penser à soi ; il ne s'occupe que de choses qui l'empêchent d'y penser; il se répand au dehors.... Il recherche le tracas qui le détourne de penser à sa malheureuse condition. » Pasc. — Songer à soi, c'est songer à son salut, prendre garde à soi. Dans un grand péril chacun songe à soi.
Bajazet veut périr ; seigneur, songez à vous. Rac. Cette charmante mère , avant sa destinée , Me disait une fois, sur le bord du Pénée : Ma fille , songe à toi ; l'amour aux jeunes cœurs Se présente toujours entouré de douceurs. Mol.
« Cette solitude n'est-elle pas bien convenable à une personne qui doit songer à soi , et qui est ou veut être chrétienne » (SÉv.). Le psychologue pense continuellement à soi ; l'égoïste ne songe qu'à soi.
Dans cette phrase : Si je veux penser à une figure de mille angles.... (P. R.), mettez songer à la place de penser, l'impropriété sera frappante. Elle ne le serait guère moins si on tentait cette substitution dans les passages suivants :
Oh! je n'y pensais pas, j'ai jeté l'un pour l'autre (la montre pour le tabac).
(Le Distrait). Regk.
Des paroles nous échappent (P. R.), nous jetons des cris (Mol.) , sans y penser, « Un arbre n'appartient point à celui qui en aurait jeté la semence sans y penser et sans la connaître- » Pasc. ce L'homme est né pour penser; aussi n'est-il pas un moment sans le faire. » Id. a C'est par un effort de mémoire que vous pensez à moi. » SÉv. « Des cœurs dissipés par les plaisirs du siècle viennent à l'église sans penser même à Dieu. » Mass.
Les Anglais pensent profondément; Leur esprit, en cela, suit leur tempérament; Creusant dans les sujets , et forts d'expériences , Ils étendent partout l'empire des sciences. Laf.
D'autre part, le caractère de songer se reconnaît sans peine dans les exemples qui suivent. « Sans cela comment trouveriez-vous des disciples? Il y faudra songer, me dit-il, cela n'est pas à négliger. » Pasc. « Des hommes refusèrent de se rendre au festin du roi. Occupés des soins du monde , ils allaient et venaient sans songer à rien qu'à leurs affaires.» Boss. a Aimons les pauvres et prenons-en tant de soin , qu'on ait sujet de penser que nous songeons toujours à eux.»lD. « Pensez-vous être seule en peine d'une santé ? Je songe fort à la vôtre. » SÉv. « H peut arriver des occasions où vous ne serez pas fâché de vous adresser à ces ecclésiastiques pour les choses qui regardent votre salut , quand vous serez assez heureux pour y songer sérieusement. » Rac. La locution si fréquente , ne songer qu'à une chose , signifie n'avoir souci que de cette chose et laisser tout le reste. « Il est vrai que j'ai négligé l'agriculture; je n'ai songé qu'à faire une ville magnifique. » (Idoménée à Mentor). Fén. Songer à se