‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 679 sur 881 · PENSEUR, PENSIF, MÉDITATIF, RÊVEUR · texte numérisé non relu

PENSEUR, PENSIF, MÉDITATIF, RÊVEUR

Ces mots servent à qualifier un homme quant à la manière dont il occupe ou exerce son esprit.

Penseur et pensif ont été distingués dans la Pe partie, p. 236. Ils diffèrent de méditatif et de rêveur comme le verbe, penser des verbes méditer et rêver.

Or , penser est le terme général ; méditer, c'est penser profondément , et rêver , c'est penser vaguement. « J'ai pensé quelquefois assez profondément, mais rarement avec plaisir.... Quelquefois mes rêveries finissent par. la méditation , mais plus souvent mes méditations finissent par la rêverie; et durant ces égarements mon âme erre et plane dans l'univers sur les ailes de l'imagination. » J. J.

La pensée peut avoir toutes sortes de caractères. La méditation est essentiellement profonde et sérieuse, amie de la solitude et du silence; elle applique fortement l'esprit, et à des sujets d'une haute importance , mais plutôt spéculatifs que pratiques. La rêverie est fantastique , capricieuse et vaine ; l'esprit y flotte sans force et sans direction, et n'y enfante que futilités, chimères ou extravagances. — Le penseur et le pensif pensent ; le méditatif est absorbé dans ses pensées : et le rêveur est le jouet de ses pensées.

On est penseur et méditatif constamment , par caractère. Mais un penseur est un philosophe , un méditatif est un philosophe abstrait , vivant en lui-même , enfoncé dans ses spéculations. « Quoique Platon fût naturellement mélancolique et d'un génie fort méditatif, il avait cependant de la douceur et une sorte d'enjouement. » Fén. — On est pensif et rêveur par accident, dans une circonstance. Mais pensif, on s'occupe du passé , et , dans le passé , de quelque chose de précis.

Je vous vois tout pensif, seigneur, de ses dédains.

Mot.

« Je le laissai fort pensif et fort repentant d'une si lourde faute. » S. S. Rêveur, on s'occupe de l'avenir , l'avenir étant le domaine de l'imagination, et, dans l'avenir, de quelque chose de vague. «J'étais inquiet, rêveur; je pleurais, je soupirais , je désirais un bonheur dont je n'avais pas d'idée, et dont je .sentais pourtant la privation. » J. J. Le souvenir rend pensif: l'inquiétude, rêveur.

PERÇANT, PÉNÉTRANT. Qui passe à travers, qui entre ou s'insinue : une lumière , une voix , une vue perçante ou pénétrante ; un froid, un esprit, des yeux, des regards perçants ou pénétrants.

Au propre, perçant se dit d'un objet ou d'un instrument pointu , avec lequel on perfore ou on fait un trou; et pénétrant, d'une liqueur ou chose semblable , qui se répand de toutes parts dans un corps qu'elle imprègne ou imbibe. — La différence est analogue au figuré. Ce qui est perçant entre vivement, droit, tout d'un coup : ce qui est pénétrant s'étend de tous les dntés et va jusqu'au fond. Aussi pénétrant se met très-bien après perçant, comme marquant la continuation et l'accomplissement de l'action signifiée par ce dernier. « Aristote dit que Théophraste avait l'esprit vif, perçant, pénétrant. » Labr. « La colère divine produisit sur Jésus, au Calvaire, son dernier effet, en perçant et pénétrant jusqu'au fond de l'âme, » Boss. a Le vrai temps d'expier ses péchés et de goûter la grâce du pardon est celui de la maladie, pendant que cette épine nous perce et nous pénètre , que la main de Dieu est sur nous. » Id. — Perçant est synonyme de vif. « Esprit vif, actif, perçant. » S. S. « Rayon vif et perçant. » Bourd. Pénétrant est opposé à vif. « Mes affections sont plus vives , les tiennes sont plus pénétrantes. r> J. J.

Le génie est plutôt perçant (Labr. , d'Al.) , il agit soudainement, comme un trait; l'esprit, surtout celui d'un homme qui réfléchit et approfondit, est plutôt pénétrant (Cond.). Bossuet dit de Michel Letellier qu'il avait un génie perçant, et que « tout cédait aux lumières de son esprit , aussi pénétrant et aussi net qu'il était grave et sérieux. » Un trait est perçant, parce qu'il est aigu et qu'il fait d'abord une ouverture dans la peau; il y a des armes pénétrantes, celles qui blessent grièvement, profondément. « La vérité est dans la main de Démosthène un trait perçant qu'il manie avec autant d'agilité que de force. Jamais homme n'a donné à la raison des armes plus pénétrantes. » Lah. Un rayon est perçant (BouRn.), une lumière pénétrante (Id.). Une voix perçante est aiguë, et cette épithète convient proprement à un cri; une voix pénétrante est sonore : a. Charpentier avait une voix pénétrante et sonore. » D'Al. Un froid perçant est très-piquant ; un froid pénétrant engourdit tout le corps. Ce qui perce le cœur cause une douleur sensible; ce qui le pénètre cause une peine ou une souffrance vaste , pour ainsi dire , et profonde.

La vue perçante découvre de loin , à l'instant

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

et sans peine. « Un aigle , dont la vue perçante fait en un moment la découverte de tout un vaste pays. » Bourd. La vue pénétrante parvient à tout apercevoir , jusqu'aux choses les plus petites et les plus cachées. « La vue de l'homme est moins perçante que celle de tous les oiseaux de proie , et moins pénétrante que Gelle de tous les insectes auxquels il est donné de voir un univers en petit qui nous échappe. » Volt. De même , l'esprit perçant a de la portée , s'avance en droite ligne , par exemple , dans l'avenir , en traversant sans lenteur et sans peine les voiles et les obstacles ; l'esprit pénétrant n'a pas cette prestesse d'action, mais il se distingue par l'étendue en tous sens, le complet et la profondeur.

PÈRES, AÏEUX, ANCÊTRES. Ceux de notre nation qui ont été avant nous , et de qui nous descendons sans être précisément de la même famille.

Comme, dans le sens rigoureux, Y aïeul ou le grand-père est antérieur au père, de même, dans le sens étendu où ces mots sont pris ici, nos aïeux ont précédé nos pères. Notre siècle , dit Horace, ne vaut pas celui de nos pères, qui avait déjà dégénéré de celui de nos aïeux. La noblesse, suivant Labruyère, est « une disposition de cœur et d'esprit qui passe des aïeux par les pères dans les descendants. » « L'homme a commencé par recevoir de ses pères les connaissances qui leur avaient été transmises par ses aïeux.y> Buff. « Ainsi s'effacent ces règles antiques que nos pères avaient reçues de nos aïeux. » D'Ag. « Nos aïeux ont vu renaître les lettres et les arts; l'âge de nos pères a admiré leur éclat. » Id.

Les ancêtres, à leur tour, ont vécu même avant les aïeux; car ancêtres équivaut à anciens. « La chanson a toujours été en vogue parmi nous , depuis Tacite , qui disait de nos ancêtres : Cantilenis infortunia sua solantur.... Tout le monde sait que les fabliaux furent la première poésie de nos aïeux. » Lah. On dit une longue suite d'ancêtres (Labr. , Fén.); et à ce mot, comme à celui d'antiquité, s'attache, à raison de l'éloignement , l'idée d'une certaine vénération. Le respect des Chinois pour leurs ancêtres est chez eux une espèce de religion (Volt.). a Du nombre des dieux lares ou pénates , chez les Romains , étaient les divinités du premier ordre , les héros et tous les ancêtres dont on respectait la mémoire. j> Cond. « Le respect pour les nobles est une sorte d'hommage qu'on se croit obligé de rendre à la mémoire de leurs ancêtres. » Roll. Dans le Droit du seigneur de Voltaire , le bailli dit à Mathurin en parlant de ce droit :

C'est une invention Qu'on inventa pour les gens d'un grand nom. Car, vois-tu bien , autrefois les ancêtres De monseigneur s'étaient rendus les maîtres De nos aïeux, régnaient sur nos hameaux.

« Le siècle de nos pères a touché au nôtre, nos aïeux les ont devancés , et nos ancêtres sont les plus reculés de nous. » Gir. « Nous sommes les enfants de nos pères, les neveux de nos aïeux, et la postérité de nos ancêtres. » Beauz,

PERIPHRASE, CIRCONLOCUTION. Circuit de paroles , tour dont on se sert pour dire en plus ; de mots ce qu'on aurait pu dire en moins.

Périphrase est grec, rcepiçpaaiç; et circonlocution , latin , circumlocutio ; ils signifient exactement la même chose , une action de parler par détour.

Mais périphrase est théorique , littéraire , relatif seulement à la forme du discours; au lieu que circonlocution est pratique , usité dans la langue commune et se rapportant an sens , aux idées : on dirait très-bien les périphrases de l'amplification: Marmontel a dit les circonlocutions du doute. On se sert de périphrases pour embellir le discours , et de circonlocutions pour adoucir ce qui blesserait ou pour écarter des idées désagréables, basses ou peu honnêtes. Longin, dans son Traité du sublime, Rollin, dans son Traité des études, Condillac, dans son Traité de Vart d'écrire , ont parlé de la périphrase en rhéteurs, au point de vue de l'art, de la littérature. Mais un moraliste et un confesseur recommanderont de n'user d'aucune circonlocution pour cacher ses pensées. « S'il vous faut découvrir votre péché à un confesseur, dites : Cela est, cela n'est pas, sans chercher de vaines excuses à votre faute, ni de longues circonlocutions pour l'envelopper.» Boss. a Le cardinal Dubois ne s'expliquait à Grimaldo que par contours et circonlocutions.... Ce bégayement par écrit sentait fort le galimatias d'un homme qui n'avait nulle envie de me servir. » S. S. « Denys d'Halicarnasse porte de Polybe un jugement qui doit le rendre bien suspect lui-même en matière de critique : il dit nettement et sans circonlocution qu'il n'y a point de patience à l'épreuve de la lecture de Polybe. » Roll.

Toutefois circonlocution s'emploie bien aussi , comme périphrase , dans le sens didactique pour exprimer la manière dont on parle ou dont on écrit, sans égard à ce qu'on dit ou à ce qu'on écrit. Mais alors il regarde la diction plutôt que l'élocution.

Périphrase est proprement un terme de rhétorique , et la périphrase un moyen d'ennoblir le discours, de l'orner, de le rendre plus frappant et plus pittoresque, a Lorsque par des idées accessoires on veut relever , ennoblir une idée commune, au lieu de son expression simple et habituelle , on a raison d'y employer l'artifice de la périphrase ou de la métaphore. » Marm. a II n'y a personne qui puisse douter que la périphrase ne soit d'un grand usage dans le sublime. »Boil. a La périphrase, tournant autour du mot propre, forme souvent , par rapport avec lui , une consonnance et une harmonie fort belle dans le discours. » Id. « Je suis charmé quand je lis ces mots : Qu'il mourût ; mais je ne puis souffrir levers que la rime amène aussitôt :

Ou qu'un beau désespoir alors le secourût. Les périphrases outrées de nos vers n'ont rien de naturel. » Fén. Bossuet, dans ses oraisons funèbres, etBoileau, dans ses diverses poésies, usent souvent de périphrases (Cond.). On connaît la périphrase par laquelle Racine remplace le mot de Dieu,

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