DEUXIÈME PARTIE
Celui qui met un frein à la fureur des flots (Id.). — Mais circonlocution est plutôt un terme de grammaire , et la circonlocution un moyen de faciliter l'intelligence , une expression substituée à l'expression ordinaire, moins par art et avec une intention oratoire ou poétique que par nécessité , pour la commodité, l'utilité; quelquefois c'est un défaut de diction provenant de l'ignorance du mot propre. « On trouve un grand nombre de mots qui ne peuvent désigner suffisamment un objet , à moins qu'on n'y ajoute un second mot : de là vient le fréquent usage des circonlocutions » Fén. « Il a été désappointé ; il n'y a que ce mot. Servez-vous-en donc, vous qui voulez qu'on vous entende vite ; vous savez que les circonlocutions sont la marque d'une langue pauvre. » Volt. a Combien de fois deux mots latins , artistement liés , vous ont demandé pour les rendre une circonlocution! » Marm. a Si vous négligez les règles de la grammaire, j'aurai souvent de la peine à pénétrer votre pensée. Employer des mots amphibologiques ou des circonlocutions inutiles; confondre le pluriel avec le singulier... : tous ces défauts concourent également à l'obscurité du style. y> Barth. — En traduisant le livre où Longin fait une description de la périphrase, Boileau se sert de circonlocutions pour rendre les mots grecs qui n'ont pas en français d'équivalents exacts (Boil.).
1° PERMIS, LICITE, LOISIBLE; — 2° LÉGI- TIME , LÉGAL. Qu'on a la liberté ou la faculté de faire.
C'est exactement ce qu'expriment permis, licite et loisible. Légitime et légal disent plus. Non-seulement ce qui est légitime et légal n'est pas défendu , est toléré ou souffert , mais encore il est approuvé, recommandé, et on se rend coupable quand on s'en écarte. On est maître d'user ou de n'user pas des plaisirs permis ou licites; on n'est pas maître de faire ou de ne pas faire ce qui est légitime ou légal, on doit le faire , on doit s'y conformer. La chose permise, licite ou loisible est arbitraire , laissée à la volonté de chacun , indifférente ; la chose légitime ou légale est respectable par son rapport avec la loi (lex, legis) , c'est l'objet d'un devoir en même temps que d'un droit. Il n'y a rien à dire contre celui qui suit des voies permises ou licites, il ne pèche pas ; il y a des éloges à donner à celui qui suit les voies légitimes ou légales , il a le mérite positif de se soumettre à la loi, de pratiquer le juste , d'obéir à la raison.
1° Permis, licite, loisible. Qu'on peut faire, si bon semble.
De ces trois mots , permis est le seul qui soit communément usité ; licite est un terme dogmatique de morale ; et loisible une expression qui a vieilli ou dont on ne se sert que dans le style familier.
D'ailleurs , à la différence de licite et de loisible , permis annonce l'effet de l'action de permettre , suppose une autorisation donnée par quelque supérieur que ce 'soit, qui fait une dérogation ou une exception à une défense établie : la chasse est permise dans un département à telle époque de l'année, en vertu d'un arrêté préfec-
toral. Mais on dira en morale, sans avoir égard à une défense antérieure, corrigée ou suspendue par la décision expresse d'une puissance quelconque, que telles ou telles choses sont licites. « Accorder la vertu avec les plaisirs licites. » Desc. « Et sans parler que des gains licites, on paye à l'ouvrier son temps et son ouvrage. » Labr. « Si les plaisirs même licites n'étaient pas aux mondains des dispositions prochaines aux illicites.... » Bourd. « Que m'en resle-t-il, des plaisirs licites? un souvenir inutile; des illicites? un regret. » Boss. « David se fait une nécessité de ne se ^défendre que par les moyens licites. » Id. « Il n'est pas défendu de trouver du plaisir dans les choses licites comme dans le boire et le manger. » Id. « L'ambition fait trouver licite et honnête tout ce qui avance notre élévation. » Id. —• L'usage de la viande est permis pendant le carême à ceux qui sont dispensés de l'abstinence par l'autorité de l'Eglise; en soi, moralement, abstraction faite des règlements prohibitifs des religions , l'usage de la viande est licite.
Loisible est ou familier ou un mot anciennement consacré en termes de contrats , d'édits , d'ordonnances ou d'autres choses semblables. «Pourquoi loisible, nuance fine et delicate.de permis, n'est-il plus du haut style? » Marm. Dans le Misanthrope , Célimène dit à Alceste : Hé bien! allez, sortez, il yous est tout loisible.
Mol.
De même, dans l'Étourdi, Mascarille à Lélie qui fait semblant de vouloir se tuer :
Soit, il vous est loisible. \Dt
D'autre part , Bossuet , dans* un statut contre les prêtres qui s'éloignent trop longtemps de leurs diocèses, déclare qu'il ne sera pas loisible aux réfractaires d'administrer les sacrements. Voltaire, dans une pétition des états de Gex au roi : a Les états de Gex se flattent que si ces quatre mille cinq cents quintaux de sel ne venaient point, il sera loisible auxdits états de se pourvoir, en vertu de l'article 3 de l'édit de Votre Majesté. » Et ailleurs, dans une lettre à Mme Dudeffand : « Votre petite mère daigne proposer la paix entre Labletterie et moi. Je demande pour premier article qu'il me permette de vivre encore deux ans , et que pendant ces deux années il me soit loisible de faire une épigramme contre lui tous les six mois. »
2° Légitime, légal, qu'on peut faire, conformément à la loi , se trouvent distingués l'un de l'autre dans la Vf partie, p. 273.
PERSONNAGE, ROLE. La partie d'un acteur dans une pièce de théâtre, ce qu'il joue , ce qu'il a , ce qui lui est donné à jouer ; figurément , la. part de chacun de nous dans le monde ou dans une affaire , la manière dont nous y sommes ou dont nous nous y montrons.
D'abord personnage est plus relatif à la personne qui est mise en action et à ses qualités, et rôle l'est davantage à l'acteur et à son exécution : un personnage est noble ou bas , grand ou petit ; un rôle est aisé ou difficile , bien ou mal rendu.
Mais ensuite personnage et rôle se prennent
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
aussi l'un et l'autre eu égard à la personne amenée sur la scène et à l'acteur qui s'y montre cour elle. Dans telle tragédie , le personnage ou je rôle d'Oreste est admirable; un acteur joue le personnage ou le rôle d'Oreste.
Alors personnage indique la manière d être , et rôle la manière d'agir. Dans le Misanthrope , a Alceste est un homme droit, sincère, estimable, un véritable homme de bien, et Molière lui donne un personnage ridicule. » J. J. Un personnage, c'est-à-dire évidemment un caractère. « Les charges étrangères que Molière a données au rôle d'Alceste l'ont forcé d'adoucir ce qui était essentiel au caractère. » Id. Ici le rôle , opposé au caractère, signifie la conduite, la suite ou l'ensemble des actions.
Bien jouer le personnage de Phèdre , c'est faire connaître Phèdre telle que le poète l'a conçue ; bien jouer le rôle de Phèdre , c'est faire et dire comme il faut ce que Phèdre est supposée faire et dire. L'acteur qui joue un personnage imite un modèle , le représente , le dépeint , en prend le maintien , le ton et les gestes , donne l'idée de ce qu'il est ; l'acteur qui joue un rôle donne l'idée de ce que fait la personne dont il tient la place . il en reproduit devant vous les démarches , les intrigues et les discours.
On soutient un personnage, et c'est rester fidèle au caractère , à l'idée qu'on a entrepris de développer ; on remplit un rôle , on s'en acquitte , comme on remplit une tâche , une mission , ou comme on s'en acquitte. On fait plutôt un personnage , comme on fait l'important , le fier , le malade ,' c'est-à-dire qu'on se présente, qu'on se montre tel ou tel ; et on joue plutôt un rôle , comme on joue une partie , un tour d'adresse , c'est-à-dire qu'on fait telle action. « Nos promenades sont changées en comédies publiques, où chacun , acteur et spectateur tout à la fois , vient faire son personnage et jouer son rôle. » Bourd. Mme de Sévigné avait obtenu une grâce. Elle écrit à sa fille à ce sujet : « Que n'a point fait aussi mon cher comte (de Grignan) ! Il a joué son rôle divinement. Enfin vous avez fait tous trois vos personnages en perfection. » a Ce qui fâchait Sayavedra, c'est que je ne lui donnais aucun rôle à jouer dans cette comédie. Il s'en plaignit à moi et me demanda s'il n'y ferait qu'un personnage muet. » Les. « Vous, vous faites le même personnage que dans la Critique (de V École des femmes).... Pour vous, vous représentez une de ces personnes qui prêtent doucement des charités à tout le monde. Je crois que vous ne vous acquitterez pas mal de ce rôle. » Mol.
Au figuré , cette différence est palpable : personnage exprime ce qu'on est ou ce quon fait semblant d'être , le rang , la qualité ; et rôle , ce qu'on fait, la conduite, la part ou la sorte d'action. Un haut dignitaire joue un grand person nage ; un homme ou un peuple qui se distingue par des actions éclatantes et importantes, joue un grand rôle. On joue un beau personnage dans une ville où on occupe une place honorable ; on joue un beau rôle dans une affaire où on agit en homme d'honneur.
Faire ou jouer le personnage d'homme de bien,
c'est s'en donner le caractère; jouer le rôle d'un délateur, c'est en faire l'action.
« L'intérêt joue toutes sortes de personnages , même celui de désintéressé. » Laroch. « C'est un beau rôle que celui de prendre en main la défense d'un homme innocent.» Volt.
Charles-Quint se fit religieux, « oubliant absolument le théâtre où il avait joué un si grand personnage. » Volt. « C'est son fils , Philippe II lui-même, qui força les peuples des Provinces- Unies à jouer un si grand rôle. » Id.
« Non, grâce au ciel, repartit le ministre, ma mémoire n'est plus occupée du personnage que j'ai fait à la cour, et j'ai pour jamais oublié les honneurs qu'on m'y a rendus. » Les. « On ne soutient pas longtemps un personnage feint et simulé , et l'on revient bientôt à son naturel. » Roll. — « Je ferai voir quel était le rôle , ou plutôt le ministère du poëte lyrique , dans les conseils , dans les armées , dans les jeux solennels et à la cour des rois. » Marm. « Carbon , que nous verrons dans la suite jouer un grand rôle dans tous ces troubles. » Roll. « Cet ambassadeur a bien joué son rôle dans la négociation dont on l'avait chargé. » Acad.
PERSONNEL, ÉGOÏSTE. Deux mots de la fin du xvmc siècle , qui servent à qualifier un homme trop attaché à ce qui le regarde, à ses intérêts, à son bien propre. En 1778, il parut de l'auteur dramatique Barthe une comédie intitulée Y Homme personnel ou V Égoïste, « A Sparte , le larcin était le châtiment de ce qu'on appelle le personnel , Yégoïsme. On voulait qu'un enfant pût dérober ce qu'un Spartiate s'appropriait. » Volt.
L'homme personnel est moins odieux que {'égoïste. Il aime sa personne, sa petite personne, il tient à ses avantages personnels , mais sans se comparer aux autres, sans entrer en concurrence avec eux et leur nuire. « Maurepas, naturellement faible, indolent, personnel, aimant ses aises et son repos..., évitant tout ce qui pouvait attrister ses soupers ou inquiéter son sommeil..., fut un homme aimable , occupé de lui-même , et un ministre courtisan. » Marm.
Végoïste n'est jamais aimable. Il ne songe qu'au moi (en latin ego). Or , moi est opposé à toi , à lui , aux autres ; et de là vient que le moi est haïssable, selon Pascal : il est injuste , incommode aux autres , le principe de toutes les préférences exclusives. On ne saurait voir dans la personnalité' qu'un amour de soi déraisonnable ; mais Yégoïsme est le comble de l' amour-propre. J. J. Rousseau dit en parlant de lui-même à la troisième personne : « Il n'y a point de constitution plus éloignée que la sienne de la méchanceté; car son vice dominant est de s'occuper de lui plus que des autres ; et celui des méchants , au contraire, est de s'occuper plus des autres que d'eux; et c'est précisément pour cela qu'à prendre le mot Yégoïsme dans son vrai sens, ils sont tous égoïstes , et qu'il ne l'est point , parce qu'il ne se met ni à côté , ni au-dessus , ni audessous de personne. »
Dans un Avertissement, placé à la tête de ses Éléments de philosophie, d'Alembert témoigne la crainte de s'être montré personnel . en entrete-