DEUXIÈME PARTIE
nant trop longtemps ses lecteurs de ce qui le re- , garde. Ailleurs il parle « d'un riche égoïste et avare qui, ayant ramassé beaucoup de volumes, voulait qu'ils fussent aussi inutiles aux autres qu'à lui, et avait écrit au-dessus de sa vaste bibliothèque : Ite ad vendentes, allez à ceux qui en vendent. »
Personnel est peu usité en comparaison d'egoïste. Lorsque nous imputons à quelqu'un le vice exprimé par ces deux mots , nous prenons tout de suite le plus fort sans considérer qu'il y en a un autre plus propre peut-être à rendre exactement notre idée dans le cas dont il s'agit. PESANT , LOURD. Qui n'est pas léger , c'est-àdire qui a beaucoup de poids , ou qui se meut avec peine. Au figuré , ils se disent d'un esprit lent, sans facilité, sans vivacité , sans pénétration.
Pesant sert à qualifier quelque chose de naturel, et lourd quelque chose de fait ou d'institué parles hommes; un corps (Acad.), un minera (Id.), pesant; une arme (J. J.), une machine (Boss.), lourde. On a les mains pesantes (Mol.), on marche à pas pesants (Laf.); autrefois les robes des grandes dames se terminaient par de lourdes queues (Labr.) , un panier de fruits est si lourd qu'on a de la peine à le porter (J. J.). On dit les pesantes chaînes de la nécessité (J. J.), et les lourdes chaînes dont les pédants ont chargé le génie (Marm.). On a la marche pesante (Acad.), et des gestes lourds (Volt.), a Masses d'or et d'argent, monnaies pesantes, signes lourds. » Buff. — Ensuite, on considère dans Yob]elpesant son être, sa nature; et, dans l'objet lourd, sa manière d'être, son air ou l'impression qu'il fait sur nous, a Ce jeune rhinocéros sautait avec une prodigieuse vitesse , malgré sa masse pesante et son air lourd. » Buff. Une pierre pesante est telle en soi sans aucun rapport à nous; une pierre lourde est telle relativement à nous , elle nous pèse ou nous embarrasse. « J'en suis toujours à trouver certaines choses fort mal arrangées parmi les événements de notre vie ; ce sont de grosses pierres dans le chemin, trop lourdes pour être déplacées. » SÉv. L'âne est un animal pesant (Volt.); dans la fable du Lion s'en allant en guerre , Renvoyez, dit quelqu'un , les ânes qui sont lourds.
Laf.
Quant au mouvement des animaux, pesant en marque la nature, la lenteur ; et lourd, la manière , la mauvaise grâce. « A l'exception de quelques oiseaux pesants ou sédentaires, il est à croire que les autres peuvent passer d'un continent à l'autre. » Buff. « Les kakatoès n'ont pas la démarche lourde et désagréable des autres perroquets : ils sont au contraire très-agiles et marchent de bonne grâce. » Id. « Voilà ce qui rend les enfants pesants ou dispos, adroits ou lourds.» J. 2.
Au figuré , on est pesant en soi et pour soi ; et lourd dans sa manière, relativement aux autres : L'esprit pesant trouve et conçoit avec peine; l'esprit lourd se présente ou s'exprime maladroitement, sans grâces, grossièrement. «Supposons dans l'esprit du sauvage autant d'intelligence et
de lumières qu'il doit avoir de pesanteur et de stupidité. » J. J. a La lourdeur est la gaucherie de celui qui croit être léger. » Marm. — « Cypsèle avait l'esprit pesant et paraissait presque hébété. » Fén. « Cette lettre est lourde et maladroite.» J. J. — a Dans l'Élide et dans la Béotie les esprits sont pesants.» Rac. aBoileau disait de Dacier : il fuit les Grâces et les Grâces le fuient. Quel malheur pour Horace d'avoir eu pour traducteur le plus lourd de nos écrivains ! » Marm. — On dit une érudition pesante (d'Al.), et une lourde plaisanterie (Acad.), un lourd artifice (Corn.).
Dans tous les cas , pesant ne signifie pas quelque chose d'aussi essentiellement onéreux ou défectueux. Ce mot vient de poids [poiser, peser). Lourd dérive du grec /opôo;,' courbé en avant .(sous le faix), lourdaud, imbécile. Les soldats pesamment armés n'étaient pas incommodés par leurs armes. «M. de Chaulnes parla bien, un peu pesamment , mais cela n'était pas mal à un gouverneur. » SÉv. « Xénocrate avait l'esprit bon, appliqué , mais pesant : Platon disait qu'il avait besoin d'éperons. » Fén. a On choisit les rennes les plus vifs et les plus légers pour courir au traîneau, et les plus pesants pour voiturer à pas lents les provisions et les bagages. » Buff. ».
PESANTEUR, POIDS, — GRAVITÉ. Propriété des corps, en vertu de laquelle ils tendent vers le centre de la terre.
Par son genre et sa terminaison pesanteur marque une qualité abstraite et vague , au lieu que poids exprime quelque chose de concret , de particulier ou de précis. On dit qu'une chose a de la pesanteur , et que c'est un poids : « La croix de Jésus-Christ est d'une pesanteur extraordinaire.... Tous ses efforts ne suffisent pas au poids qui l'accable. » Bourd. On dit d'une manière générale , la pesanteur , et , en parlant d'un certain objet , le poids de ce corps. On dit absolument et dans un sens indéfini, qu'une chose a de la pesanteur; et relativement, d'une manière déterminée , qu'elle est d'un tel poids . de tant de livres , par exemple. « Il y a des matières susceptibles d'augmenter de pesanteur dès les premiers instants de l'application du feu....
K . Condillac a joint à ces deux mots celui de massif. L'objet massif est pesant ou lourd à l'œil, à en juger par la vue : il paraît, il se montre épais, serré, compacte, d'où on conclut qu'il est pesant ou lourd. a Le casoar, sans être aussi grand ni même aussi gros que l'aulrucbe , paraît plus massif aux yeux , parce qu'avec un corps d'un volume presque égal, il a le cou et les pieds moins longs et beaucoup plus gros à proportion. » Buff. «*Ce petit bœuf est d'une figure agréable, quoique massive et un peu trop carrée. » Id. — Au figuré, massif, qui signifie matériel, qui marque une grande quantité de matière sous un petit Yolume, enchérit sur pesant et sur lourd. «. Castellar eut une attaque d'apoplexie, qui d'un homme gai, léger en fit un homme triste, pesant , jusqu'à être lourd et massif, -a S. S.
Il en arrive (des Amours) et de France et d'Es-
Et d'Italie et du nord d'Allemagne, Ceux-là petits, mais alertes et vifs ; Ceux-ci plus grands , mais lourds, froids et massifs. J. B. Rovss.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Les pierres calcaires perdent au feu près de la moitié de leur poids. » Buff. «Autant les mesures de la pesanteur de la matière en général nous paraissent indifférentes , autant les mesures du poids de ses formes doivent nous paraître utiles : chaque forme de la matière a son poids spécifique qui la caractérise. » Id. a Tous les corps descendent, si aucun obstacle ne les arrête. Or, cette direction est ce qu'on nomme pesanteur.... Nous entendons par poids la quantité de force avec laquelle un corps descend. » Gond. «Les corps ont de l& pesanteur , marque plus particulièrement la qualité par laquelle ils tendent en cas; on dira, au contraire, tout corps a un poids, et jamais du poids, parce qu'on veut faire entendre que tout corps a une certaine quantité de cette qualité. Le poids de ce corps est d'une livre , me paraît mieux que, la pesanteur de ce corps est d'une livre. Quand- on considère la pesanteur en général, on ne peut pas substituer poids : on dit les lois de la pesanteur, et jamais les lois du poids. C'est qu'alors il s'agit seulement de cette qualité et point du tout de sa quantité. De même, quand il s'agit de la quantité , on ne substituera pas pesanteur à poids : je dirai , savez-vous le poids de ce corps , et non pas, en savez-vous la pesanteur ? On a découvert la pesanteur de l'air, c'est-à-dire qu'il pèse, on en a même découvert le poids, c'est-àdire combien il pèse. » Id.
La pesanteur est plutôt une propriété intime ou théorique ; et le poids , une qualité extérieure, sensible, pratique, qui produit des effets, comme est celle des objets qu'on pèse avec des poids, a Cette perte de poids (du fer chauffé) est occasionnée par une espèce de dessèchement ou de caicination intérieure qui diminue la pesanteur des parties constituantes du fer. » Buff. «. Peu à peu les matières molles dont les éminences sous-marines étaient d'abord composées se seront durcies par leur propre poids...; les débris des productions marines s'y trouvent en abondance et à peu près suivant le rapport de leur pesanteur. » Buff. « Depuis que la fameuse machine pneumatique a été inventée, on a été plus à portée de connaître la pesanteur des corps.... Dans cette machine privée d'air, les corps abandonnés à la force qui les précipite sans obstacles tombent selon tout leur poids. » Volt.
Ensuite, pesanteur, à la différence de poids , est actif : on dit la pesanteur d'un coup, et le poids d'un fardeau. La pesanteur d'un oiseau (Buff.) est sa lenteur à se mouvoir; son poids (Id.) est le nombre de livres qu'il pèse. De même, au figuré , la pesanteur est un défaut d'activité , de vivacité, de légèreté, et le poids quelque chose de difficile à souffrir, à supporter; ou bien le mot poids , au lieu de signifier une manière d'agir , indique combien une chose ou une personne pèse par rapport aux autres , son degré d'importance : homme ou chose d'un grand poids.
Gravité , latin gravitas, est le nom scientifique de la pesanteur , ou le nom de la pesanteur universelle , de la pesanteur considérée en grand ,
dans toute la terre et dans tous les autres grands corps de la nature, le nom de cette force qui, en tant qu'agissante, s'appelle gravitation. «Les matières terrestres n'ont acquis de la solidité que par l'action continuée de la gravité et des autres forces qui rapprochent et réunissent les particules de la matière. » Buff. « C'est la force de la gravité qui retient les planètes dans leurs orbites. » Id. a L'effet des forces centrifuges diminue la gravité primitive sous l'équateur. » Volt. « La force centripète n'est autre chose que la gravité même. » Cond. œ La gravité continue de prévaloir sur la force centrifuge. » Id. « Kepler a pensé sur la gravité comme Copernic. Il a même été plus loin : car il a dit que les actions combinées de la terre et du soleil sont la cause des irrégularités de la lune. » Id. a Platon avait en mathématiques des connaissances très-distinguées, à en juger par quelques aperçus fort heureux, entre autres, par celui de la gravité, qui attire les corps célestes vers un centre , en même temps qu'un mouvement de rotation les en éloigne. » Lah.
PETIT , MENU , MINCE , DÉLIÉ , TÉNU , SUBTIL , EXIGU , FIN , GRÊLE. Médiocre quant à l'étendue , à la dimension, à la hauteur, au volume, à la quantité, au degré.
C'est ce qu'exprime dans toute sa généralité et sans aucun accessoire le mot petit , qui est proprement opposé à grand. Du petit au grand. « Nous ne connaissons point de dimensions absolues, et rien n'est petit ou grand que relativement à l'œil qui le regarde. » J. J.
Menu et mince ont été longuement distingués l'un de l'autre dans la Ire partie , p. 276. Menu est opposé à gros , et signifie petit quant au volume ou à la circonférence ; mince est opposé à épais, n'a rapport qu'à une seule dimension, l'épaisseur, et signifie qui en a peu, qui est petit en ce sens : hacher menu; mince comme une feuille , mince et transparent.
Délié donne l'idée d'un petit lien , d'un petit fil; aussi dit-on particulièrement bien un fil délié (Acad., Roll.) et des filets déliés, a Cette neige était fort subtile et composée de filets fort déliés.» Desc. a Le sel sédatif du borax s'élève et s'attache au haut des vaisseaux en filets déliés ou en lames minces. » Buff. « Le mésentère est attaché aux intestins par des filets tres-déliés. » Volt. Ensuite ce mot s'applique spécialement aux choses faites de petits fils, à des tissus, à des toiles, à des étoffes. « Onuphre porte des chemises très-de'liées. » Labr. a L'art a-t-il pu inventer des étoffes aussi déliées?» Roll. «On vit alors bien à nu la gaze déliée de ce manteau de religion. » S. S. Mais il s'étend aussi à tout ce qui est effilé , c'està-dire long et menu. Fénelon parle des canaux déliés par lesquels circule la sève. Et Buffon a dit du cheval , qu'il doit avoir la tête menue , les paupières minces et les oreilles déliées. Enfin délié sert à qualifier un corps dont les éléments sont imperceptibles comme les fils d'une étoffe ou d'une gaze déliée. Dans tous les temps on a considéré l'âme comme étant une matière ou une substance d^tVe(Boss.,VoLT.t Marm.). « Tous ces