‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 685 sur 881 · PITOYABLE , DÉPLORABLE , LAMENTABLE · texte numérisé non relu

PITOYABLE , DÉPLORABLE , LAMENTABLE

Propre à toucher de compassion : état, mort, etc. , pitoyable , déplorable , lamentable.

Pitoyable est le plus faible des trois. Ce qui est pitoyable est digne de pitié, simplement; ce qui est déplorable ou lamentable doit émouvoir jusqu'à faire pleurer ou jusqu'à arracher des cris et des plaintes. « Une voix pitoyable et lamentable. » Acad. Et ce n'est pas seulement sous le rapport de la forcé , mais aussi sous le rapport de la noblesse , que pitoyable le cède aux deux autres mots. La pitié est souvent un sentiment où il entre du mépris et qui a pour objet quelque chose de bas et d'abject. De là vient que pitoyable lui-même n'est guère relevé et marque pour ce qu'il qualifie une sorte de dégoût. Un vieillard accablé d'infirmités et de besoin est dans un état pitoyable (Les.) et meurt d'une mort pitoyable. Dans un des Dialogues de Fénelon , César dit à Caton : « Hélas ! mon cher Caton , te voilà en pitoyable état; l'horrible plaie ! »

Déplorable est une qualification de la raison; lamentable , une qualification de la sensibilité.

Une chose déplorable est regrettable, détestable : telle est la mort de celui qui meurt dans l'impénitence finale (Mass.); telle fut la vieillesse de Salomon, autrefois sage (ftoss.). Une chose lamentable fait sur nos sens ou sur notre âme une forte impression : tel est l'aspect d'un champ de bataille après le combat (Fén.); telles sont les plaintes d'une mère qui a perdu son enfant (Bcss.) ; telle fut la mort de Jésus-Christ , dont le récit compose une histoire lamentable , suivant l'expression de Bossuet. On dit un aveuglement déplorable ; « Y aurait-il un aveuglement plus

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

déplorable et moins excusable que le mien , si...? » Bourd. On dit un spectacle lamentable :

a Mes yeux sont témoins d'un spectacle si lamentable. » Vauv.

Ensuite, comme se lamenter, c'est pleurer, non pas en secret, mais en poussant des cris et des gémissements, lamentable se dit de ce qui inspire , non pas une douleur quelconque comme déplorable, mais la désolation, c'est-àdire une douleur longue, éclatante, plaintive, démonstrative et en même temps générale, qu'on entend partout retentir. On appellera plutôt déplorable un malheur particulier, et lamentable un malheur public. « Les calamités lamentables qui affligent la terre. » Volt. « Si Dieu ne veillait pas sur le monde, si tout se bornait à la terre, quelle condition lamentable! » Vauv. La mort d'un seul homme, laquelle ne fait aucun bruit, peut être néanmoins déplorable. Une mort lamentable est celle d'un grand nombre d'hommes qui périssent ensemble dans une peste ou un tremblement de terre , par exemple , ou celle qui est fameuse , qui devient le sujet de lamentations parmi le peuple.

Un souvenir fâcheux apporte à mon esprit Ces histoires de morts lamentables, tragiques, Dont Paris tous les ans peut grossir ses chroniques.

Boit,.

Lamentable a enfin cela de particulier, qu'il se prend quelquefois dans un sens ironique. a Milord Maréchal s'amusa surtout de l'histoire lamentable d'un capucin qui, pour entrer dans l'ordre séraphique, avait abdiqué la place de doge, et mourut de chagrin de n'avoir pas été élu gardien de son couvent. » D'Al.

PLAINDRE, REGRETTER. Être fâché, éprouver du déplaisir par rapport à quelqu'un ou à quelque chose.

Plaindre vient de plangere , battre , d'où plangi , se frapper la poitrine (dans la douleur), se désoler. Regretter a été formé de regressus, retour; il est rétrospectif ou relatif au passé. La plainte , comme le gémissement , correspond à un mal actuel; le regret, semblable au repentir, est causé par quelque chose qui n'est plus là ou qui a eu lieu autrefois.

On plaint et on regrette les personnes : on plaint celles qui touchent de compassion, dont l'état inspire de la pitié ; on regrette celles qui ne sont plus ou qui ne sont plus auprès de nous, qui sont mortes ou parties. Nous plaignons le sort des indigents; nous regrettons la perte ou l'éloignement de nos amis. « Un courtisan en faveur est l'objet de l'envie : et, lorsqu'il tombe dans la disgrâce, personne ne le plaint. Les princes les plus loués pendant leur vie ne sont pas toujours les plus regrettés après leur mort. » Gir.

En parlant des choses, plaindre et regretter diffèrent de même : l'un regarde le présent ou l'avenir, l'autre toujours le passé. Vous plaignez le temps qu'il faut employer pour faire ceci ou cela; vous regrettez le temps passé ou perdu. « Il ne faut pas plaindre les peines qu'on prendra à cette recherche, on en est bientôt récom-

pensé. » Boss. « Cette affaire m'a coûté trois ans de peine , que je ne regrette pas. » Volt.

1° PLAISANTERIE , FACÉTIE , BOUFFONNERIE; — 2° RAILLERIE , DÉRISION , RISÉE , MOQUERIE , PERSIFLAGE, IRONIE , BROCARD , LARDON; — 3° GOGUENARDERIE , GAUSSERIE. L'idée commune à tous ces mots est celle d'un jeu de l'esprit et de propos pleins de sel.

Mais la plaisanterie , la facétie et la bouffonnerie sont simplement gaies et comiques : elles réjouissent sans porter, au moins ouvertement et directement, contre une personne qu'elles tendent à blesser. La raillerie , la dérision , la risée, la moquerie, le persiflage, Yironie, le brocard et le lardon sont satiriques , tombent sur quelqu'un en particulier, et divertissent à ses dépens. Il y a dans la plaisanterie de la bonne humeur et de l'enjouement; il y a dans la raillerie de la mauvaise humeur, du chagrin, du courroux, du ressentiment, de la sévérité, et quelquefois de la causticité et de la médisance. La plaisanterie n'est que du badinage; la raillerie peut aller jusqu'au sarcasme. La plaisanterie piquante plaît par quelque chose de fin et de vif; la raillerie piquante est faite pour offenser. Le plaisant manque de gravité ; le railleur , de ménagement. La plaisanterie ne convient point au prêtre : «Nous devons soutenir partout également le sérieux de notre ministère ; les lèvres du prêtre , dépositaires de la doctrine et de la vérité, ne doivent plus s'ouvrir à des inutilités et à des plaisanteries profanes. » Mass. Les princes surtout doivent s'interdire la raillerie (Boss. , Montesq., Labr.), « parce qu'ils sont les seuls qui blessent toujours mortellement. » Montesq. — La. plaisanterie est l'âme de la comédie ordinaire : « C'est le ridicule , c'est-à-dire laplaisanterie , qui doit dominer dans la comédie.» Roll. Mais c'est la raillerie qui a inspiré les personnalités des comédies d'Aristophane: « Le talent particulier d'Aristophane était la raillerie. » Roll.

« La duchesse de Berry persécutait son mari sur le maigre et sur le jeûne. Elle s'en moquait jusqu'à lui en avoir fait rompre à force de complaisance et d'embarras de ses aigres plaisanteries, et comme cela n'arrivait point sans combat, c'était encore sur cela même un redoublement de railleries qui le désolaient. » S. S. « Avez-vous écarté avec horreur les plaisanteries malhonnêtes, les discours équivoques?... N'avez-vous point donné un mauvais exemple , ou pour des paroles trop libres, ou pour des railleries piquantes, ou pour des manières indécentes de parler sur la religion? » Fén. «Plutarque préfère infiniment Ménandre a Aristophane. Il admire en lui une plaisanterie douce , fine, délicale, spirituelle , et qui ne s'écarte jamais des règles de la probité la plus austère; au lieu que les railleries d'Aristophane , amères et mordantes , emportent la pièce, déchirent sans aucun ménagement la réputation des plus gens de bien, et violent avec une impudence effrénée toutes les lois de la modestie et de la pudeur. » Roll. «Voyez comment, pour multiplier ses plaisanteries , Molière trouble tout l'ordre de la société; avec quel scandale il renverse tous les rapports les plus sacrés sur

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