‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 687 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Margot, couturière, dans la Coquette de Regnard , répond à Arlequin qui lui demande si elle sait raser : a Moi, raser! Je vois bien que vous êtes un gausseur. »

PLAISIR, AGRÉMENT, DÉLICE, VOLUPTÉ, SENSUALITÉ, JOIE, JOUISSANCE. Modification ou sentiment de l'âme , qui lui convient , qui la flatte , qu'elle aime et qu'elle recherche comme contribuant à son bonheur.

Plaisir, ce qui plaît, est le terme général, le plus communément usité, celui qui a la signification la plus étendue : ce qui concerne l'esprit, le cœur, l'imagination, les sens, la fortune, tout est capable de nous procurer du plaisir, et le plaisir peut avoir toutes sortes de caractères, de la douceur, de la vivacité, de la grossièreté , de la noblesse , il peut être petit ou grand, éphémère ou durable , innocent ou criminel. On dit l'amour du plaisir (Mass.), et cela comprend tout. « Par l'attrait du plaisir les bêtes conservent leur être particulier. » Montesq.

Agrément , ce qui agrée , ce qu'on trouve à son gré, agrr'aUe , exprime le plaisir considéré objectivement, c'est-à-dire non dans l'âme qui le sent, mais dans l'objet qui le cause. « Dès que ces modes auront perdu ce qu'on appelle la fleur ou Yagrément de la nouveauté. » Labr. « La robe de la fauvette des bois est une des plus variées, et Belon peint avec expression Y agrément, de son plumage. » Buff. « Les regards attentifs d'Adam sur Yagrément et sur le bon goût de ce beau fruit, tirent entrer jusque dans la moelle (les os l'amour du plaisir des sens. » Boss. « Ce furent les vins d'Italie qui, du temps de Camille , y attirèrent de nouveau les Gaulois. Vagrément de cette liqueur, plaisir nouveau pour eux, fut un attrait puissant pour leur faire quitter leur patrie. » Roll. — Ensuite, Yagrément a plus de solidité que d'intensité; c'est quelque chose d'avantageux, de confortable, de commode, de propre à procurer ou à augmenter le bien-être, et non pas quelque chose de très-doux qui touche la partie sensible de notre être, et importe proprement à notre félicité, ce La France est le meilleur pays du monde où toutes les commodités et tous les agréments de la vie concourent au bien-être des habitants. » J. J.

Les délices, car ce mot ne se dit guère qu'au pluriel , comme en latin deliciae , sont aussi quelquefois des plaisirs objectifs : les délices de la campagne (Fléch.); Titus était les délices du genre humain (Acad.).

Piaule fut, en son temps, les délices de Rome.

Regx.

Mais les délices ont cela de propre , surtout par rapport à Yagrément, qu'elles sont des plaisirs délicieux , suaves , de grands plaisirs , des plaisirs d'une douceur extrême, qu'on savoure, et qui , si on n'y prend garde , sont de nature à amollir, ce Dans cette extase mes désirs étaient la mesure de mes plaisirs. Non, jamais les plus voluptueux n'ont connu de pareilles délices, et j'ai cent fois plus joui de mes chimères qu'ils ne font des réalités. » J. J. ce L'aveugle opéré par Cheselden disait que chaque nouvel objet était un délice nouveau, et que son plaisir était si

' grand qu'il ne pouvait l'exprimer. » Buff. ce Je : connais les délices de ton pays . disait Brasidas à un satrape qui comparait la vie de Sparte à celle de Persépolis; mais tu ne peux connaître les plaisirs du mien. » J. J. Renoncer à la mollesse et aux délices (Bourd.). a Où est-ce que se trouve la sagesse ? Ce n'est pas parmi ceux qui vivent dans le plaisir et les délices. » Id. « Quoi qu'en dise Tite Live, les délices de Capoue n'avaient pas amolli les soldats d'Annibal. » Cond.

Volupté, latin voluptas, peut désigner d'abord le plaisir personnifié, a Quand vous n'avez aimé que vous et votre plaisir , vous avez foulé Dieu aux pieds; la volupté est devenue votre dieu; vous avez poussé le plaisir, comme parle saint Paul , jusqu'à l'avarice. » Fén. ce Jésus-Christ n'établit pas des prédicateurs pour être les ministres de la volupté, de la délicatesse. » Boss. a Si l'amour du plaisir l'emporte dans les souverains sur la gloire, tout prête des armes à la volupté. » Mass. « On est étonné d'entendre sortir cette parole de la bouche du panégyriste de la volupté (Épicure) , qui fait consister le souverain bien dans le plaisir. ■» Roll. « Un partisan de la volupté, dans l'école d'Aristippe, pouvait-il s'abandonner sans réserve à tous les plaisirs des sens? » Barth. — Mais d'ordinaire volupté donnne l'idée d'un plaisir de choix, recherché, exquis , comme le sont en un mot les plaisirs d'un voluptueux. Les raffinements de la volupté (Acad., Mass.). « Des ministres de Jésus- Christ raffinent sur les plaisirs , se piquent de plus de goût que le mondain, de plus de délicatesse pour la volupté. » Mass. a Ils mangent délicatement et avec réflexion; il n'y a sorte de volupté qu'ils n'essayent, et dont ils ne puissent rendre compte. » Labr. « Le genre anacréontique est un genre de poésie lyrique dont la grâce est le caractère, et qui respire la volupté. » Marm. — Ajoutez à cela que volupté indique presque toujours des plaisirs sensuels, ceux de l'amour et de la table. « La grâce s'assujettit le cœur de l'homme en lui faisant perdre par un chaste plaisir le goût des anciennes voluptés. • Roll. a C'est ce plaisir (du vrai) qui a transporté les philosophes, et qui leur a fait souhaiter que la nature n'eût donné aux hommes aucunes voluptés sensuelles , parce que ces voluptés troublent en nous le plaisir de goûter la vérité toute pure. » Boss. « Ce jour où tout ce qu'il y aura eu déplus sale et de plus corrompu dans leurs sentiments..., dans leurs plaisirs et leurs brutales voluptés sera tiré des ombres qui l'enveloppaient. » Bourd.

Sensualité signifie plutôt le goût du plaisir, la concupiscence, l'appétit, que le plaisir luimême, a Le démon inspire la sensualité, il enflamme la concupiscence, afin de faire servir l'esprit à la chair, » Boss. « Un libertin , dans l'emportement de ses débauches, cherche partout une proie à sa sensualité. » Bourd. « Satisfaire sa sensualité. » Id. se Les émotions de la sensualité. » Boss. — Du reste, soit au singulier soit au pluriel, le mot dp. sensualité ne suppose ni recherche, ni choix, ni raffinement. « A notre table règne une sensualité sans raffinement. » J. J.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

a On joint un orgueil de démon à la sensualité j des bêtes. » Fén. La sensualité est un instinct j brutal, et les sensualités sont des plaisirs propres à le satisfaire, plaisirs bas, charnels, grossiers. La volupté peut dégénérer en débauche, la sensualité en crapule.

La joie et la jouissance , du latin gaudium , sont subjectives. Elles sont opposées, non pas à la douleur, mais à la tristesse et à la peine, et elles dépendent moins de l'extérieur et des événements que du caractère ou de ce qui se passe dans l'âme, des pensées, des souvenirs, des réflexions. — Leur différence saute aux yeux.

La joie est vive , se manifeste , éclate ; au lieu que la jouissance est intime et' calme. Les joies du paradis , les joies d'une mère , se témoignent au dehors par diverses expressions ; car la joie est proprement un mouvement de l'âme : épanchement, mouvement, transport, cris, larmes, signes de joie. La jouissance est un état de l'âme retirée, renfermée, concentrée en elle-même, tout occupée à jouir. « Ces tranquilles jouissances ont la sérénité de celles du paradis.» J. J. a Paisible et pure jouissance. a> 1d. a L'intimité de la jouissance, d Buff. a Le plaisir de cette jouissance (de l'hirondelle) se marque par de petits cris de gaieté. » Id. «Le secret témoignage qu'on se rend à soi-même est une des meilleures jouissances. » Volt.

D'un autre côté , la joie peut être excitée par un bien qu'on n'a pas encore , mais qu'on imagine et qu'on espère. La jouissance, au contraire, implique possession actuelle, oc II y a l'amour qui jouit, il y a aussi l'amour qui désire; et l'un et l'autre a son chant, parce que l'un et l'autre a sa joie. La joie des bienheureux, c'est leur jouissance; l'espérance est la joie de ceux qui voyagent. » Boss.

1° PLAISIR, JEU: — 2° AMUSEMENT , DIVER- TISSEMENT , RÉCRÉATION , RÉJOUISSANCE.

Choses auxquelles on se livre pour son agrément ou son bien-être. Un religieux doit s'interdire les plaisirs . les jeux, les amusements, les divertissements, les récréations et les réjouissances du monde ; un chrétien ou tout homme sage doit en user avec mesure.

Plaisir et jeu sont des mots simples; les quatre suivants sont composés. De là il résulte que plaisir et jeu sont absolus, et amusement, divertissement, récréation, réjouissance , relatifs, relatifs à l'état du sujet dont on parle. Par tout et toujours le plaisir et le jeu ont leur valeur qui est constante ; il y a des plaisirs et des jeux même pour les animaux. Mais on recherche Yamusement, quand on s'ennuie, et afin de passer le temps; le divertissement , quand on a besoin de se répandre au dehors, et afin de se distraire ; la récréation, quand on a beaucoup travaillé, et afin de prendre un moment de relâche ; la réjouissance , quand on est joyeux, et afin de manifester sa joie. Les plaisirs et les jeux sont des choses dont les hommes se servent pour s'amuser, se divertir, se récréer et se réjouir. Il y a auprès des rois des personnes qui observent tout le temps de leur loisir pour leur fournir des plaisirs et des jeux, et pour faire suc-

céder aux affaires les amusements , les divertissements, les récréations et les réjouissances (Pasc).

1° Plaisir , jeu.

Plaisir est beaucoup plus général : il y a bien des plaisirs qui ne consistent pas en jeux, ou qui ne dérivent pas du jeu , comme les plaisirs des sens ou du cœur , les plaisirs de la table ou du repos , la plupart des plaisirs de la campagne , etc. Le jeu est un plaisir qui suppose un exercice du corps ou de l'esprit, mais léger, sans rien de sérieux et de difficile, tel que ce]ui des enfants qui n'agissent que pour badiner, folâtrer, s'ébattre. Un homme sensuel aime le plaisir; un homme actif, qui s'occupe volontiers , mais à des choses vaines, à des bagatelles, aime le jeu. On est avide de plaisir; on est ardent ou adroit au jeu.

2° Amusement , divertissement , rc création, réjouissance.

L'amusement et le divertissement sont des ressources de circonstance contre certaines situations déplaisantes ou pour échapper à certains inconvénients. Mais Yamusement fait qu'on muse, qu'on s'occupe à des riens; il a cela de commun avec le jeu, qu'il est léger et frivole. «On n'écoute plus sérieusement la parole sainte; c'est une sorte d'amusement et de jeu. » Labr. On dit un vain amusement (Pasc, Boil., Bourd.); être attaché aux amusements et aux bagatelles du monde (Bourd.). « Qu'y a-t-il de plus méprisable qu'un prêtre et un magistrat, dont les journées et toute la vie se consument en frivoles amusements? » Bourd. « Il y a dans le monde des gens dont la sphère est bornée au plaisir ou à l'ennui , qui passent leur vie à de frivoles amusements, à s'informer de ce qui se dit, à courir après les spectacles , à se réjouir dans les compagnies , à railler sans cesse , sans jamais rien faire ni rien dire de sérieux. » Id. Le divertissement divertit , fait diversion , tourne d'un autre côté , arrache à des préoccupations; ce qui suppose quelque chose de moins puéril et de plus fort. « Le logis fournissait pareillement à Psyché ses plaisirs , qui n'étaient tantôt que de simples jeux et tantôt des divertissements plus solides (comme d'apprendre l'histoire des dieux et les secrets de la poésie). Psyché commençait à ne plus agir en enfant. *> Laf. Vous avez besoin d'amusement pour vous empêcher de penser à une personne absente; et de divertissement pour dissiper la tristesse que vous cause une perte cruelle. On va à la promenade pour s'amuser, et à la chasse pour se divertir. On dira d'une chose qu'on fait pour tuer le temps : cela n'est pas fort divertissant, mais cela m'amuse; cette pièce m'a assez amusé, mais cette autre m'a fort diverti. Un conte amuse ; un drame divertit. « On ne peut pas dire d'une tragédie qu'elle amuse, parce que le genre de plaisir qu'elle fait est sérieux et pénétrant, et qu'amuser emporte une idée de frivolité dans l'objet, et d'impression légère dans l'effet qu'il produit. » D'Al. — On s'amuse assez bien seul , mais seul on ne se divertit guère. L'amwsement peut être simple, tranquille, languissant (Pasc.) même. « Vous ne sauriez croire combien

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