DEUXIÈME PARTIE
l'étude des plantes jette d'agrément sur mes promenades solitaires ; les plus simples amusements me suffisent. » J. J. «Votre lettre a bien tenu sa place dans nos tranquilles amusements , et l'aurait bien tenue aussi dans le milieu de Versailles si j'y étais. » Sév. Le divertissement est plus vif, plus animé, plus bruyant. « Il faudrait trouver des divertissements moins emportés que le spectacle. » Boss. « Qui ne voit la vanité du monde, excepté des jeunes gens qui sont tous dans le bruit et dans le divertissement. » Pasg. La bonne compagnie et les vieillards s'amusent; le peuple, les soldats, les jeunes gens se divertissent.
Les récréations sont les courts divertissements de gens fatigués, qui ont besoin de se refaire. Des personnes continuellement oisives s'amusent et se divertissent indéfiniment et sans but ultérieur; il n'y a de récréations que pour celles qui travaillent et qui doivent bientôt se remettre à l'œuvre , après avoir réparé leurs forces. « Le plaisir doit être l'accessoire, une récréation pour mieux se remettre , comme le sommeil qui nous renforce et nous donne baleine pour retourner plus gaiement à l'œuvre. » Charr. « Que les justes aient leurs relâcbes et leurs récréations. » Bourd. « Le passage alternatif du travail à la récréation. » J. J. « Offrir une honnête récréation à des gens continuellement occupés » Id. « C'est à Sparte qne les plus rudes travaux passaient pour des récréations , et que les moindres délassements formaient une instruction publique. » Id.
La réjouissance est un divertissement très-vif, qui se marque par des fêtes , des cris , des acclamations de toute une réunion d'hommes. Mais ce qui la distingue par-dessus tout, c'est qu'elle n'est point une ressource pour tirer le sujet d'un état fâcheux; au contraire, c'est une démonstration d'allégresse , un effet du besoin de redoubler une joie déjà existante en la faisant éclater. Si je ne m'amuse , si je ne me divertis, si je ne me récrée, je suis mal à l'aise; si je ne me réjouis, je ne témoigne pas, je ne fais pas paraître assez l'aise que je ressens. Par rapport au bien-être , l'amusement , le divertissement et la récréation sont des conditions, des moyens; la réjouissance est un complément et une expression. Un jour de noces est un jour de réjouissance (Les., Vert.). L'Église interdit toutes les réjouissances pendant le carême ; on s'abstient alors de célébrer des mariages (Boss.). « Le gouverneur du Milanez était dans Casai, où il faisait le carnaval à la mode du pays, avec des réjouissances extraordinaires. » Id. a C'étaient (les saturnales) des jours de réjouissances qui se passaient en festins. » Holl# a Quand j'allais voir mes parents , on ne savait quelle fête me faire; et tous les jours que nous passions ensemble étaient des jours de réjouissance. » Marm.
PLAN (LEVER UN) , FAIRE UN PLAN. Former un plan, en être l'auteur.
Les deux expressions sont distinguées de la manière suivante dans l'Encijclopédie. « On lève un plan en travaillant sur le terrain, c'est-à-dire en prenant des angles et en mesurant des lignes ,
dont on écrit les dimensions dans un registre , afin de s'en ressouvenir pour faire le plan. Faire un plan, c'est tracer en petit, sur du papier, du carton ou toute autre matière semblable , les angles et les lignes déterminées sur le terrain dont on a levé le plan ; de manière que la figure tracée sur la carte ou décrite sur le papier soit tout à fait semblable à celle du terrain , et possède en petit, quant à ses dimensions, tout ce que l'autre contient en grand. »
La distinction est juste, mais trop peu générale. Lever un plan , c'est le prendre ; ce qui implique toujours qu'on est en face de l'objet et qu'on travaille d'après lui. « Charles XII avait envoyé secrètement plusieurs officiers en Asie et jusque dans l'Egypte, pour lever le plan des villes et l'informer des forces de ces États. » Volt. « Je sais que vous vous amusez à dessiner l'architecture , et je vous ai choisi pour me lever un plan : c'est celui de notre collège; examinez bien l'édifice, et, après en avoir exactement tracé l'enceinte, figurez-en l'élévation. » Marm. Faire un plan , c'est le composer avec ce qu'on a recueilli en levant le plan , comme le dit fort bien Y Encyclopédie; mais ce peut être aussi le créer, le tirer de soi-même avant que l'objet existe , auquel cas le plan n'est plus une copie , mais au contraire un modèle , un projet. « L'homme sage ne parle qu'à propos. Isaïe l'appelle architecte. Il fait des plans pour longtemps : il les suit, il ne bâtit pas au hasard. » Boss. «x Faites des plans , voyez l'exécution ; qu'on vous rende compte. » Fén.
PLANCHE , AIS. Morceau de bois plat, mince et long.
Planche , étant du féminin , exprime le genre , dis, étant du masculin, désigne une espèce. Planche a une plus grande étendue de signification, forme des dérivés, se dit au figuré, et entre dans diverses locutions plus ou moins familières; ais n'est employé, ou plutôt n'a été employé (car il a bien vieilli) que dans le sens littéral , et encore aux conditions suivantes.
Au lieu que le mot planche représente l'objet comme une matière dont on doit faire quelque chose , chez le marchand de bois ou dans l'atelier du menuisier, Vais, généralement plus petit et façonné , a une destination particulière ; différence qui tient encore à celle du genre. Les relieurs, les imprimeurs, les fondeurs, les vitriers appellent du nom à'ais de petites planches qui leur servent à divers usages, à séparer, à serrer ou à contenir. — Ce n'est pas tout : Vais, latin assis, du grec àilat, couper, d'où à|tvvi , hache , se trouve plutôt placé de champ dans les emplois qu'on en fait; et la planche, chose plane ou plate, est plutôt mise à plat et employée dans ce sens pour servir par sa surface même, comme dans une table, un pont, un plancher. « Dans la torture les jambes du patient sont serrées entre des ais; on enfonce des coins de fer ou de bois entre les ais et les genoux , les os sont brisés. » Volt. « Qui donc suggéra à l'habitant des rives de l'Orénoque l'usage de ces ais qu'il applique sur les tempes de ses enfants?» J. J.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Enfin, le mot ais est dépréciatif, apparemment parce qu'étant vieux il n'est plus bon qu'à signifier des vieilleries , des choses de peu de valeur.
La table où l'on servit le champêtre repas Fut d'ais non façonnés à l'aide du compas. Laf.
A ces mots il saisit un vieil Infortiat , Dont quatre ais mal unis formaient la couverture.
Boil.
Ou bien ais désigne , non pas une planche qui sert , mais une planche ou une partie de planche qui a servi à quelque usage, un débris. « J. J. Rousseau est un malheureux singe de Diogène qui croit s'être réfugié dans quelques vieux ais de son tonneau. » Volt. « Les Athéniens, jetant des ais et des portes à l'endroit où le marais était simplement boueux et plus ferme qu'ailleurs, ils emportèrent la plus grande partie du fossé, après avoir eu l'avantage du combat. » Roll. Ses ais demi-pourris (du lutrin), que l'âge a relâchés, Sont à coups de maillet unis et rapprochés. Boit. Périssons , s'il le faut; mais de ces ais brisés (du
lutrin) Entraînons, en mourant, les restes divisés. Boil. Deux ais pourris sur trois pieds inégaux Formaient la table où les époux soupèrent. Volt.
PLEIN, REMPLI. Qui contient tout ce qu'il peut contenir; qui abonde en quoi que ce soit.
Plein est un adjectif : il marque une qualité. Rempli est un participe : il signifie une qualité qui est l'effet d'une action. Plein qualifie le sujet comme étant tel; et rempli le qualifie comme étant tel par suite d'une modification subie. Aux noces de Gana, les vases se trouvèrent pleins de vin ; c'était un miracle , car chacun les avait vus d'abord remplis d'eau. Pharaon vit en songe sept épis pleins et sept épis vides; un animal vorace mange jusqu'à ce qu'il soit rempli (Buff.). Des femmes, dont le cœur est plein de bons sentiments, a s'en vont de la comédie le cœur rempli de toutes les beautés et de toutes les douceurs de l'amour. » Pasc. « En vain on aurait un cœur plein de justice (qualité naturelle) et un esprit rempli de justesse (qualité acquise), on ne peut parvenir à aucune magistrature sans argent. » Volt. Des bergers pleins d'ignorance, comprennent que Jésus-Christ est le Sauveur des hommes ; a d'où leur est venue cette science de Dieu dont ils sont remplis?» Bourd.
Au figuré , être plein d'une chose annonce la préoccupation : « Je vous conte tout cela parce que j'en suis plein. » Volt. Être rempli indique une influence subie et suppose qu'on a été touché, frappé, pénétré. « Remplis de la mort de Jésus-Christ qui vient de nous être remise devant les yeux. » Boss. « On n'est touché que de cela, on en est rempli et possédé. » Bourd. Des soldats courageux vont au combat pleins d'ardeur; des soldats vont au combat remplis d'ardeur, quand ils ont été animés par une allocution.
Plein fixe uniquement l'esprit sur le sujet qualifié ; rempli rappelle le verbe remplir , l'action de remplir et celui qui remplit. Dire qu'un livre est plein de bon sens (Sév.) ou de défauts , c'est
le caractériser en lui-même ; dire qu'il est rempli d'erreurs et de calomnies (Pasc.) , ou de bonnes plaisanteries (Volt.), c'est faire songer à l'auteur, à son action, à son délit ou à son mérite. Si les places sont pleines d'indignes sujets, les affaires se feront mal; si les places sont remplies d'indignes sujets, c'est qu'on a mal choisi.
Enfin , comme rempli marque le résultat d'une action , il exprime plutôt quelque chose d'accidentel. Alexandrie était une ville pleine d'étrangers; « à l'époque des fêtes dyonysiales, la ville d'Athènes était remplie d'étrangers. » Marm. Un homme est plein de lui-même en général et toujours; il est rempli de lui-même, lorsqu'il vient d'obtenir quelque succès, de remporter quelque avantage. Une rivière est pleine de poissons (Acad.) ; un jour de première représentation on trouve la salle de spectacle remplie de monde (Les.). Dans une ville populeuse, les rues sont toujours pleines de monde; lorsqu'un piince visite une ville , toutes les rues par où il passe sont remplies.
1° PLUS (DE), D'AILLEURS, OUTRE CELA; — 2° AU RESTE , DU RESTE , AU DEMEURANT , AU SURPLUS. Ces locutions adverbiales ou ces différentes manières de parler servent à marquer l'addition d'une nouvelle raison, d'un nouveau trait, à ce qu'on a déjà dit.
C'est ce qu'expriment simplement de plus, d'ailleurs et outre cela. Pour réussir, il ne suffit pas de le vouloir; il faut de plus, d'ailleurs ou outre cela, -c'est-à-dire encore, être secondé par les circonstances. Mais au reste, du reste, au demeurant et au surplus joignent à cette idée de quelque chose de nouveau l'idée que ce qu'on ajoute amène la fin ou la conclusion du discours, de ce qu'il y avait à dire. Ils ne sont pas seulement additionnels , mais complémentaires ; ils reviennent , non pas à encore , mais plutôt à enfin. Tel homme est un bourru ; au reste , du reste, au demeurant, au surplus, c'est-à-dire pour l'achever de peindre, pour ce qui reste ou pour ce qu'il y a de plus à en dire , il a un cœur excellent.
1° Déplus, d'ailleurs, outre cela.
De plus ne se distingue par aucun accessoire, n'a rapport qu'au nombre , sert uniquement à multiplier les raisons, les traits, les détails. « Les principales raisons des pyrrhoniens sont que nous n'avons aucune certitude de la vérité des principes...; de plus, que personne n'a d'assurance, hors la foi, s'il veille ou s'il dort. » Pasc. « Outre que vos pères Reginaldus, etc., l'ont permis dans la spéculation , comme je l'ai déjà dit, j'ai à vous dire de plus que vous avez plusieurs auteurs qui l'ont permis en mots propres. » Id. « Montécuculli confessa son crime à la question, et déclara, de plus, qu'il avait été suborné par Antoine de Levé. » Boss. « Il n'était jamais permis aux marchands de risquer le bien d'autrui , et ils ne pouvaient même risquer que la moitié du leur. De plus , ils faisaient en société les entreprises qu'ils ne pouvaient faire seuls. » Fén. « Les plantes fournissent des aliments aux sains et des remèdes aux malades.... De plus , les arbres fruitiers , en penchant leurs rameaux vers