‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 691 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

que ma volonté qui m'y détermine. » Boss. a Le duc crut que l'intérêt du roi d'Angleterre le porterait à secourir la Bretagne. » Id. a Son inclination le porte à ce genre d'études. » Acad. « Les mauvaises compagnies l'ont porté à la débauche. » Id. Mais c'est malgré lui , contre son gré , ou au moins avec peine qu'on pousse quelqu'un à faire quelque chose. « Je ne voulais pas faire cette acquisition , c'est lui qui m'y a poussé. » Acad. « La force de la vérité a poussé les réformés , contre leur dessein , à dire des choses qui favorisent la présence réelle. » Boss. « Le connétable de Bourbon dit au roi que , s'il avait écouté des propositions , il y avait été poussé par les indignes traitements que Madame lui avait faits.» Id. « Les coups retiennent et poussent les animaux , sans qu'il soit besoin qu'ils raisonnent. » Id. « Dieu invite par ses promesses les pécheurs à la réformation de leur vie , il les y engage par ses bienfaits , il les y pousse par ses menaces , il les y force par ses châtiments. » Bourd.

Mouvoir est peu usité dans cette acception -, il exprime l'action la plus faible et s'emploie ordinairement d'une manière absolue, sans indication d'un but. « C'est la passion qui le meut. » Acad. a Les spirituels nous enseignent que , s'il y a quelques âmes qui soient tellement mues de Dieu , qu'elles n'aient aucun besoin de faire effort , ce sont des âmes uniques et privilégiées. » Boss. œ Les stoïciens tenaient qu'il y avait des choses qui n'étaient ni un bien ni un mal, quoiqu'elles eussent la force de mouvoir notre appétit. » Fen.

POUDRE , POUSSIÈRE. Terre divisée , atténuée et réduite en petites particules.

Lapoudre est le genre, et la poussière l'espèce. La poussière est cette poudre particulière qui se forme par le dessèchement de la terre , qui se trouve sur les chemins principalement , et qui est élevée , poussée ou emportée par le vent. « La surface du mercure ne se ternit à l'air que par la poussière qui la couvre. » Buff. « Les argiles dont la surface était découverte reçurent le dépôt des poussières de l'air et du limon dos pluies. » Id. « Ces deux matières, la chaux et le plâtre calciné, exposées à l'air après la calcination , tombent en poussière et perdent la plus utile de leurs propriétés : on ne peut plus les employer dans cet état. » Id. Mais la poudre peut résulter d'autres substances que de la terre. Ensuite, ce nom se donne à beaucoup de choses qui ont un usage : poudre de senteur, poudre à poudrer, poudre médicinale , poudre à canon; du tabac, du sucre, dn café en poudre; au lieu que la poussière est quelque chose d'inutile, de vil, une cendre, quelque chose qui ne sert qu'à faire de la boue, « Les sables ou poudres métalliques qu'on trouve souvent dans les mines d'étain n'en sont que des détriments ; et quelquefois ces détriments sont si fort altérés qu'ils ont perdu toute consistance et presque toutes les propriétés métalliques. Les mineurs ont appelé mundick cette poussière, qu'ils rejettent comme trop appauvrie , et dont en effet on ne peut tirer , avec beaucoup de travail, qu'une très -petite quantité d'étain. » Buff.

Toutefois poudre se prend aussi, quoique moins spécialement, dans le sens de poussière. Quelle est alors la différence des deux mots?

C'est que poussière rappelle seule l'idée d'être poussé par le vent, d'être enlevé. On dit très-bien mettre ou réduire en poudre, être couvert de poudre ; de poudre on a fait poudreux. Mais si l'on veut représenter la même substance comme portée et agitée dans les airs par le vent, on emploiera de préférence le mot poussière. « Tout ce que nous aurons fait dans une autre vue que celle de Dieu sera semblable à la poussière que ie vent emporte. Ainsi Dieu le marquait-il luimême , quand il disait à ce roi impie : je te réduirai en poudre. » Bourd. « Dieu dit : je réduirai en poudre dans une seule nuit les ennemis de Jérusalem. J'écarterai le reste comme un tourbillon dissipe une poussière légère. » Roll. Que si, contre l'usage qui est de n'appeler poussière qu'une poudre inutile , on donne , en botanique , le nom de poussière aux corpuscules fécondants , qui sont réunis dans les anthères des étamines, c'est que dans beaucoup de plantes ils ont besoin , pour arriver au pistil , d'être transportés par le vent. — Au reste, dans les locutions où les deux mots semblent pouvoir se mettre indifféremment , poussière devient de plus en plus usité , et poudre de moins en moins , parce que , pour ce qui concerne l'emploi des termes, le progrès consiste à préférer toujours de plus en plus ceux qui sont spéciaux et propres à ceux qui sont généraux et vagues. Qui voudrait dire présentement avec l'Académie : La poudre vole , il fait aujourd'hui beaucoup de poudre; on ne se voit point à cause de la poudre ?

Au figuré , on dit hyperboliquement mettre en poudre, c'est-à-dire dissoudre, détruire. Mais poussière désigne une poudre vile, méprisable, qui est de la nature de la boue : tirer quelqu'un de la poussière; la poussière du collège ; la poussière du tombeau.

Déplorable Sion, qu'as-tu fait de ta gloire? Tout l'univers admirait ta splendeur :

Tu n'es plus que poussière; et do cette grandeur

Il ne nous reste plus que la triste mémoire. Rac

L'homme n'est que poudre , a moins de force que , l'homme n'est que poussière , ce dernier mot signifiant essentiellement, non pas une poudre très-fine , comme quelques-uns le prétendent à tort (poudre impalpable), mais une poudre qu'on foule aux pieds, qui n'est d'aucun usage, une ordure. « Voulez-vous donc, ô mon Dieu, me laisser retomber dans la poussière hideuse et dans l'infection du tombeau? 53 Mass. « La Providence a placé les uns sur le buffet comme des vases d'honneur, et a laissé les autres dans la poussière. » Bourd. « O Sauveur, je me renferme dans le tombeau avec vous : je descends dans les ténèbres et jusque dans la poussière. » Fén. « Dormez votre sommeil , riches de la terre , et demeurez dans votre poussière. » Boss. « Criblez mes pensées, Seigneur : que le vent emporte la poussière, le mauvais grain, les ordures. » Id.

POUR, QUANT. En ce qui regarde.

Pour est une préposition générale, de tous les styles, sans étymologie bien significative, sans

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

caractère particulier. Il n'en est point du tout de même de quant, dérivé du latin quantum, autant que , combien.

Pour s'emploie partout indifféremment; mais quant n'est guère de mise que dans le didactique, dans les comptes, où il s'agit de quantité, dans les discussions, dans les controverses. Toute personne dira qu'elle en estime une autre pour ses qualités ; mais, en termes d'école , un philosophe étudie ou considère l'homme quant à sa nature et à ses facultés spirituelles.

Au commencement d'une phrase, pour marque transition à une autre chose. « Sésostris écoutait ceux de ses sujets qui.... Pour les étrangers, il les recevait avec bonté. » Fén. « Pour les seconds Assyriens , la plupart des Grecs les ont entièrement ignorés. » Boss. a Pour le corps de Brutus, il fut levé du champ de bataille et porté à Rome. » Roll. Quant à annonce un nouvel article. « Quant à tel article. » Acad. * Yoilà comment nous avons adouci les choses à l'égard des bénéficiers. Quant aux prêtres, nous avons plusieurs maximes qui leur sont assez favorables. » Pasc. « C'est l'ignorance du fait. Mais, quant à celle du droit , voyons si Aristote est de l'avis du P. Bauny. » Id. « Quant au second sujet de plainte , le consul songea réellement à y satisfaire. » Roll. — a Je lui souhaiterais (à son petit-fils) un peu plus de penchant pour la lecture. Pour Pauline, cette dévoreuse de livres, j'aime mieux qu'elle en avale de miuvais que de ne point aimer à lire : les romans, les comédies.... Ensuite, il faut l'histoire.... Quant aux beaux livres de dévotion, si elle ne les aime point, tant pis pour elle. » Sév.

Devant le mot mot, pour et quant forment deux locutions qui demandent à être distinguées avec le plus grand soin.

D'abord , pour moi est d'un usage universel ; au lieu que quant à moi est commun et inusité dans le haut style. Pour moi se trouve souvent dans les tragédies de Racine et de Corneille , jamais ou très-rarement quant à moi.

Pour moi, quelque péril qui me puisse accabler....

Rac.

Pour moi, qui le premier secondai vos desseins....

Id.

Pour moi, quoique banni du rang de mes aïeux....

Id.

Pour moi, j'ai su déjà par mes brigues secrètes....

Id.

Pour moi, je sens les miens (mes maux) avec plus

de faiblesse. Corn.

Pour moi, je ne vois rien, dans le trouble où je

suis, Qu'un gouffre de malheurs , qu'un abîme d'ennuis.

Id.

En revanche , quant à moi est une expression dont se servent assez fréquemment Molière et Lafontaine. « Le connaissez-vous? — Non, quant à moi. » Mol.

Hélas! je le voudrais, quant 'à moi, de bon cœur.

Id.

Et quant a moi je trouve, ayant tout compensé,

Que Id.

Quant a moi toutefois je ne me plaindrais pas , Si Id.

| Quant a moi, j'ai toujours gardé cette coutume.

Quant a moi, je voudrais ne mourir que ridée. Id. Charmants objets y sont (à Reims) en abondance. ; Par ce point-là, je n'entends , quant a moi,

Tours ni portaux, mais gentilles Galoises. Id.

Ensuite, pour moi n'indique dans celui qui

, parle de disposition d'aucune sorte. Quant à moi

[ convient principalement dans la bouche d'un

' homme qui se compte et qui veut qu'on le

j compte , qui se pose , qui a des prétentions.

j Aussi dit-on bien dans le langage familier , mais

j dans le langage familier seulement, se tenir ou

j se mettre sur son quant à moi, pour signifier

prendre un air fier, faire le suffisant, le hautain.

Vous direz modestement et avec un air de doute,

pour moi je penserais, je ferais; vous direz avec

| fermeté et d'une manière résolue , quant à moi

'■ je pense, je fais.

1° POURQUOI (C'EST) , AUSSI; — 2° PAR CONj SÉQUENT, DONC , PARTANT ; — 3° AINSI. Conjonctions et locutions conjonctives servant à | marquer une raison , non pas qu'on va donner , ! comme car , en effet, parce que, etc., mais qui a ' été donnée.

Il y a d'abord une différence considérable entre c'est pourquoi et aussi, d'une part, par conséquent, donc et partant, de l'autre. C'est pourquoi et aussi expriment un rapport de cause à effet; par conséquent , donc et partant, un rapport de prémisses à conséquence. Il tomba malade ; cest pourquoi ou aussi, c'est-à-dire à cause de cela, il remit son voyage; ou, en renversant les deux membres de la phrase , il remit son voyage à cause qu'il tomba ou parce qu'il tomba malade. L'âme est immatérielle, par conséquent, donc ou partant, c'est-à-dire cela étant posé en principe, elle est immortelle , il s'ensuit qu'elle est immortelle; ou, en prenant un autre tour, l'âme est immortelle, puisque ou car elle est immatérielle. Cest pourquoi et aussi se disent dans l'ordre des faits, des événements, pour en indiquer la suite ou les expliquer, en physique et en histoire, par exemple; par conséquent, donc et partant ne conviennent que dans l'ordre des idées, quand on déduit, particulièrement dans le langage de l'école et des sciences exactes.

1° Cest pourquoi, aussi. Conjonctions explicatives : à cause de cela, par cette raison ou par ce motif.

Cest pourquoi, voilà pourquoi, c'est la raison pourquoi , est l'expression commune, a II est certain qu'Aristote est en effet un esprit très-vaste et très-étendu; et c'est pourquoi il a très-bien réussi en ce qu'il a dit des passions. » P. R. «Les hommes du monde osent bien se persuader qu'iis ne seront pas tout à fait morts, tant que leur nom fera du bruit sur la terre. Cest pourquoi la réputation leur paraît comme une seconde vie. » Boss. « Les armes de Grignan sont sur la porte; vous les aimez, c'est pourquoi je vous en parle. » Sév. a Je pourrai bien n'être pas en état de vous écrire de cinq ou six jours; c'est pourquoi je vous écris aujourd'hui une si longue lettre. » Rac. « Scipion ne douta point que les Gaulois ne courussent aux armes comme des fu-

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