DEUXIÈME PARTIE
engloutir des colonnes de harengs. » Id. « On a prétendu qu'il y avait dans le voisinage de Kilan deux gouffres où les eaux de la mer Caspienne étaient englouties. » Id. « Quand il vous faudrait être jeté dans la mer et englouti par une baleine, le sein affreux de ce gouffre vivant sera un temple pour vous.» Boss. « Notre navire devient le jouet et la victime du violent Zéphire : il nous porte dans le gouffre de Charybde. » Fén. « Plusieurs (des assiégeants) tombaient des rochers dans la rivière," qui les engloutissait dans ses gouffres. » Roll.
L'abîme est d'une profondeur immense; on ne peut le sonder, en trouver le fond, on s'y perd. Être caché dans les plus profonds abîmes (Mass.). « Il parut à Pyrrhon que la vérité était cachée au fond d'un abîme. » Fén. a L'impiété se creuse elle-même un abîme sans fond. » Id. a Fussiez-vous au fond des abîmes , la main de Jupiter pourrait vous en tirer. » Id. «■ Ces vallées de la mer semblent être des abîmes de profondeur. » Buff. a La lumière du jour (dans les déserts) étend autour de l'homme Yabîme de l'immensité qui le sépare de la terre habitée. » Id. Dieu ouvre un chemin aux astres dans Yabîme immense de l'espace infini (Volt.).
Je frémis quand je voi
Les abîmes profonds qui s'offrent devant moi. Rac.
Au figuré , mêmes nuances.
Précipice annonce une chute , une ruine , une disgrâce , un renversement.
Crois-tu que , toujours ferme aux bords du précipice ,
Elle (ta femme) pourra marcher sans que le pied lui glisse? Boil.
Vois-je l'État penchant au bord du précipice? Rac. Lafontaine dit en parlant du malheur de Fouquet disgracié :
Voilà le précipice où l'ont enfin jeté
Les attraits enchanteurs de la prospérité.
L'hymen
Pouvait lui préparer des destins plus propices
Qu'un rang plus élevé, mais sur des précipices .
Volt.
De son malheur prochain nous sommes les complices ,
Nous l'avons amené au bord des précipices. Regdï.
Gouffre donne l'idée de voracité, de quelque chose d'ouvert , de prêt à recevoir ou à prendre et à consumer sans retour. Le gouffre de l'oubli , du passé (Acad.). « Les villes sont le gouffre de l'espèce humaine. Au bout de quelques générations les races périssent.... » J. J. a. L'Allemagne devint un gouffre qui engloutissait le sang et l'argent de la France. » Volt. « Ces maisons (les couvents) sont toujours ouvertes comme autant de gouffres où s'ensevelissent les races futures. » Montesq. Il se dit particulièrement bien de ce qui absorbe beaucoup d'argent; les maisons de jeu sont des gouffres (Acad.); c'est un gouffre qu'un grand dissipateur (Acad.). «Le jeu engloutit tout ; ils jettent dans ce gouffre des sommes immenses. » Boss. a Je ne m'étonne pas qu'il y ait des brelans publics , comme des gouffres où l'argent des particuliers tombe et se précipite sans retour. » Labr. Dans un gouffre de malheurs, de maux ou de misères, on est dévoré
I et comme anéanti; biens, joies, félicité, espé- ! rances , tout y passe.
j Ce qui caractérise l'abîme, c'est Pillimitation , j l'incommensurabilité, a Les Juifs trouvaient beau J de se perdre dans un abîme infini de temps qui j semblait les approcher de l'éternité. » Boss. | « L'homme considère avec curiosité les abîmes : presque infinis dont il est environné de toutes j parts. » Fén. a II y a entre telle et telle condition | un abîme d'intervalle si immense et si profond , que les yeux souffrent de voir de telles extrémités se rapprocher. » Labr. a Une fatale révolution entraîne tout dans les abîmes de l'éternité : les siècles , les générations , les empires , tout va se perdre dans ce gouffre ; tout y entre et rien n'en sort. •» Mass. — Abîme désigne ce qu'il y a de plus vaste , de plus étendu , mais sans l'idée funeste de destruction attachée à gouffre. Les bâtiments sont des abîmes (Acad.), on y dépense énormément, mais non pas tout à fait en vain; au lieu que dans le gouffre du jeu les fortunes vont se fondre et se perdre (Mass.). Dans un abîme de malheurs on est au comble de l'infortune; dans un gouffre de malheurs, quoique peut-être l'infortune soit moins grande, moins signalée , on souffre davantage , on est en proie à des maux plus sensibles, plus dévorants : Marius, à Minturnes, se trouve dans un abîme de misères (Roll.); le mauvais riche en enfer est dans un gouffre de tourments (Mass.). On dit un abîme de délices (Fén.), et un gouffre d'horreur (Corn.). — D'ailleurs abîme a cela de particulier, qu'il s'emploie quelquefois en parlant de choses difficiles à comprendre , où l'esprit se perd , ne trouve pas de fond. Un abîme de ténèbres (Fén.), un abîme de mystère (J. J.); l'infini est un abîme pour l'esprit humain (Acad.). a Voulons-nous pénétrer dans ces abîmes de la métaphysique qui n'ont ni fond ni rive ? » J. J.
Que sert à mon esprit de percer les abîmes
Des mystères les plus sublimes? Rac. PRÉCISION, ABSTRACTION. Séparation faite par l'esprit dans la considération des objets.
La précision sépare des choses véritablement
distinctes, et empêche qu'on ne les confonde;
c'est une sorte de discernement, de distinction
exacte, ail ne faut pas s'étonner que Renier nous
ait raconté plus exactement qu'aucun autre les
différences des sectes de son temps. La première
dont il nous parle est celle des pauvres de Lyon ,
I et il en rapporte tous les dogmes jusques aux
moindres précisions. » Boss. « Il faut recevoir
avec respect ce qu'enseignent les prêtres, sans
prendre garde à ce qu'ils font. Mais parce que le
- commun des hommes n'est ni assez spirituel, ni
, assez équitable pour faire cette précision, on
; juge communément de l'un par l'autre. » Bourd#
j L'abstraction , au contraire , sépare des choses
, réellement inséparables , et les examine à part ,
i indépendamment les unes des autres ; c'est une
, sorte d'analyse mentale. « Le peu d'étendue de
î notre esprit fait qu'il ne peut comprendre parfai-
j tement les choses un peu composées , qu'en les
, considérant par parties , et comme par les diverses
i faces qu'elles peuvent recevoir. C'est ce qu'on
j peut appeler généralement connaître par abstrac-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
tion. » P. R. « Ainsi par une nouvelle perfection j d'oraison il faudrait adorer Dieu dans une ab- j straction de tous ses décrets , par conséquent dans une abstraction de Jésus-Christ même. » ! Boss.
La précision , de prxcidere , retrancher, est un effet de la justesse et de la netteté de l'entendement, qui écarte tout ce qui est étranger ou superflu : elle convient partout, dans les affaires comme dans les sciences. L'abstraction , du latin abstrahere, tirer à soi en arrachant, marque l'effort d'un esprit spéculatif pour détacher des choses, par une espèce de violence de la pensée, un point de vue particulier. — La précision opère le dégagement, l'épuration des idées; ce mot ne se prend qu'en bonne part; ce qui est précis est clair. L'abstraction produit des idées factices, d'une entente difficile, parce qu'elles ne correspondent pas à toute la réalité , à la réalité telle qu'elle est; ce qui est abstrait peut être subtil, insaisissable à l'esprit, faute de rapport avec les perceptions des sens. Une idée précise est démêlée de toute autre , et par conséquent distincte ; une idée abstraite est une idée simple, qui peut être obscure , parce qu'elle donne une existence séparée à une qualité, à une partie qui dans la réalité se trouve jointe à d'autres. Une question précise est énoncée en termes qui ne permettent pas qu'on s'y trompe ; une question abstraite est relative à un sujet purement spirituel , comme sont ceux que traitent les métaphysiciens , les mathématiciens , les savants. « Tout ce que vous venez de me dire est furieusement abstrait, et j'ai bien de la peine à le fixer devant moi. » Mal.
Du reste , précision n'est plus employé aujourd'hui dans le sens d'abstraction, comme désignant une faculté ou une opération de l'esprit : on n'a jamais dit faire précision d'une chose , et à présent on ne dit plus même faire une précision ou des précisions , les sciences spéculatives se servent de précisions (Boss.). En logique nous ne donnons que le nom d'abstraction au procédé de l'esprit que Port-Royal et Bossuet appellent indifféremment abstraction et précision. Le mot précision est réduit à ne signifier qu'une manière de faire ou d'exprimer les choses : parler, écrire , exécuter des manœuvres avec précision. — Et quant à précis et abstrait , leur différence saute aux yeux : précis marque une exposition , une indication, une détermination, qui montre juste, net, exactement un objet; au lieu que abstrait emporte d'ordinaire l'idée de subtilité, de profondeur impénétrable , ou du moins de dispute , d'hypothèse , de quelque chose de transcendant et qui demande une grande contention d'esprit, a H ne s'agit pas ici de disputer si Dieu pouvait absolument créer l'homme mortel. Indépendamment de ces questions abstraites , et en regardant seulement les choses comme elles sont établies dans l'Écriture, il est certain que la mort y est marquée comme la peine précise de la désobéissance d'Adam. » Boss.
PRÉDICTION , PROPHÉTIE. Annonce des choses futures. Prédiction n'ajoute à cette idée aucun acces-
soire. Les prédictions sont faites par toutes sortes de personnes, savants, astrologues, fées, devins, aruspices. La Bible rapporte les prédictions de Joseph à Pharaon (Boss.), et l'Evangile la prédiction du vieillard Siméon à Marie (Boss., Mass.) , ainsi que les prédictions de Jésus-Christ touchant la ruine de Jérusalem et la conversion des gentils (Bourd., Fén. , Boss., Mass.). Les apôtres eux-mêmes (Boss.) et plusieurs saints ont fait des prédictions (Boss.). « Les prédictions des oracles étaient comme celles de l'almanach de Liège.... » Volt. « Les Chaldéens et les sages d'Egypte , et surtout cette secte de philosophes indiens que les Grecs appellent gymnosophistes , étonnaient les peuples par des prédictions trop précises pour venir purement par la connaissance des astres. » Boss. « Catherine (de Médicis) , qui croyait aux astrologues , les avait mis en vogue à la cour, et ne s'en désabusa pas , quoique toutes leurs prédictions s'en fussent allées en fumée. » Id. « La mère (de la jeune fille) qui comptait sur les prédictions de la fée la regardait déjà comme une reine. » Fén.
Les prophéties sont les prédictions des prophètes , des prédictions révélées à des prophètes. Les prophètes étaient chez les Juifs , avant la loi nouvelle , des hommes choisis de Dieu pour apprendre d'une manière plus ou moins enveloppée l'avenir à son peuple , surtout pour ce qui regardait les destinées de la nation et la venue du Messie. Ils ne parlaient point de leur propre mouvement ; ils recevaient l'inspiration de Dieu et étaient des instruments entre ses mains. * Élie montant au ciel promet à Elisée seul son double esprit de zèle et de prophétie. » Mass. « Jérémie voyait que ses prophéties ne faisaient qu'accroître les péchés du peuple. » Boss. «L'esprit de prophétie ne quitta point Jonas dans le ventre de cet énorme poisson. » Id. Quoiqu'il n'y ait point eu de prophètes chez les païens , on appelle quelquefois prophéties les prédictions des personnages, comme les sibylles, Cassandre, qui ont passé pour être inspirés. Depuis Jésus-Christ il y a eu de faux prophètes et de fausses prophéties, d'abord à l'époque de la prise de Jérusalem, et ensuite vers le temps de la réformation.
On oppose très-bien les prédictions de Jésus- Christ aux prophéties des prophètes , et en général les prédictions aux prophéties , comme quelque chose de plus moderne à quelque chose de plus ancien. « Indépendamment des anciennes prophéties et de ses propres prédictions, Jésus- Christ fait entendre à ses apôtres et leur explique comment il était nécessaire que le Christ souffrît. » Bourd. « Il y eut de tout temps de tels imposteurs , et non-seulement des misérables qui faisaient des prédictions, mais d'autres misérables qui supposaient des prophéties faites par d'anciens personnages. » Volt.
Entre les prédictions de l'almanach, dont quelques-unes sont fondées sur des calculs certains , celles qui concernent les éclipses, par exemple, y en a-t-il que la crédulité populaire prenne encore pour des prophéties, comme au temps de Nostradamus ?
Quand ces mots expriment nos conjectures sur