REDONNER , — RENDRE , RESTITUER , RE
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
METTRE. Faire avoir de nouveau quelque chose à quelqu'un.
Redonner diffère beaucoup des trois mots suivants. On redonne à un homme une chose à laquelle il n'a pas droit, qui ne lui appartient pas, qui n'est pas sa propriété; au contraire, ce que vous rendez, restituez ou remettez à quelqu'un est sien, peut être redemandé ou réclamé par lui. Redonner indique donc de la part de celui qui fait l'action un bienfait; mais qu'on rende, qu'on restitue ou qu'on remette, c'est justice. On nous redonne la vie (Mol.) en nous apportant un secours inespéré ou une nouvelle qui nous tire d'une mortelle inquiétude ; on nous redonne courage (Acad. , Roll.); on nous redonne l'espérance ( Acad. ). « Cette heureuse convalescence redonne à nos vœux la plus grande et la meilleure princesse du monde. » Mol- «Charlemagne ambitionnait de redonner la vie aux lettres. » Marm. « Les Anglais ne sont plus dignes de leur liberté ; ils la vendent au roi ; et si le roi la leur redonnait , ils la lui vendraient encore. » Montesq. « Les Athéniens firent fouetter publiquement un jeune homme qui avait cassé le tonneau de Diogène et lui en redonnèrent un autre.»
FÉN
Jurez donc avant tout sur cet auguste livre, A ce roi que le ciel vous redonne aujourd'hui, De vivre, de combattre et de mourir pour lui.
(Joad). Rac.
0 sort qui redonniez l'espoir à mon amour —
Corn.
Tandis que la Castille armait dix mille bras Pour redonner ce prince aux Yœux de ses États.
Mol.
Nous rendons à quelqu'un une chose qui est à lui , et qui était sortie de ses mains de quelque façon que ce soit, qu'il l'ait donnée, prêtée ou perdue. « Je rends au public ce qu'il m'a prêté. » Labr. « Ils ne cherchent qu'à emprunter certaines choses qu'ils ne rendent jamais. » Regn. « Je veux absolument que Diderot me rende tout ce que je lui ai écrit sur l'article Genève.» J. J. « Rendes cet argent qui ne vous appartient pas. » Rourl. Mais nous restituons à quelqu'un une chose qui lui avait été prise ou volée. « Tout ce qui est pris par pure conquête est pris trèsinjustement, et doit être restitué. » Fén. « Tib. Gracchus n'exigeait ras qu'on restituât les terres qu'on avait usurpées. » Cond. a Les Romains restituèrent à Eumène la Mysie que le roi Prusias lui avait enlevée. » Roll. « Si vous ne lui restituez une boîte de diamants que vous lui avez volée. » Sgarr. « C'est bien mon intention, que tu me restitues ce que tu m'as ravi. » Mol. Va, va restituer tous les honteux larcins Que réclament sur toi les Grecs et les Latins. Id. Rendre exprime simplement retour au maître, au propriétaire; restituer y ajoute l'idée de la réparation d'un tort à lui causé, a Les conditions de paix que Scipion dicta aux Carthaginois furent qu'ils rendraient aux Romains tous les transfuges , les esclaves et les prisonniers qu'ils avaient à eux , et qu'ils restitueraient à Masinissa tout ce qu'ils avaient pris sur lui ou sur ses ancêtres. » Roll. a Les ambassadeurs romains demandèrent aux Tarentins qu'on rendît
les prisonniers et qu'on restituât aux habitants
de Thurium ce qu'on leur avait pris. » Id.
Lorque rendre, qui a la signification la plus générale, se dit comme restituer des objets dont un homme avait été dépouillé , il ne marque pas aussi expressément que restituer cette circonstance d'une usurpation antérieure, a Les Français demandaient qu'avant d'exiger qu'on rendît à l'Espagne quelque chose , elle restituât tout ce qu'elle retenait injustement.» Cond. a On ne songe plus à restituer le bien qu'on a usurpé contre les lois, on cherche de tous côtés non point un fond pour le rendre, mais quelque détour de conscience pour le retenir. » Boss. Un voleur dira par euphémisme qu'il rend ce que la personne volée dira sans ménagement qu'il restitue. « Eh bien! reprit-elle , puisque vous ne me permettez pas de me justifier, je vais vous rendre votre diamant, 2t ne me perdez point.... Mais je lui répondis que mon diamant ne me suffisait point, et que je voulais qu'on me restituât encore les mille ducats qui m'avaient été volés dans l'hôtel garni. » Les.
Remettre signifie rendre matériellement ou rendre des objets matériels, en opérer la livraison ; aussi dit-on bien remettre entre les mains ou dans les mains (Corn. , Bourd. , Mol. , Volt. , Roll.), en main propre (Les.). On rend et on ne remet pas un devoir ; on rend et on ne remet pas à quelqu'un son honneur, sa parole; vous rendez à quelqu'un et vous ne lui remettez pas votre estime, votre amitié, votre confiance. Mais on remet proprement des objets, comme paquets, boîtes, lettres, sommes d'argent, vases, prisonniers, etc. S'agit-il de constater si vous avez rendu un objet, vous faites connaître à qui ou par qui vous l'avez remis. Dans un traité une puissance convient de rendre une ville, et c'est tel général ou le prince même qui la remet, « Si quelqu'une des villes qu'Antiochus doit rendre se trouve entre les mains de gens à qui il les ait données , il aura soin d'en faire sortir les garnisons , et de remettre ces places à ceux à qui elles doivent appartenir. » Roll. Ainsi la remise effectue la reddition, ou c'est la reddition de choses réelles, susceptibles de passer de main en main, d'être transmises. — Quelquefois, mais non pas toujours, ni même le plus ordinairement, remettre veut dire rendre un objet qui nous a été remis ou commis , que nous avons en garde, en gage ou en dépôt. « Le porteur vous remettra mon ancienne copie. » Volt.
Ce rejeton des rois à leur garde commis
Entre les mains d'Octar est-il enfin remis? Id. « Je suis d'avis de te donner en garde ces confitures à toi-même. Il faut que tu veilles sans cesse à leur conservation , et que tu me les remettes telles que je te les confie. » Les. «Aussitôt que j'ai su sa mort, j'ai remis à ses héritiers le dépôt qu'il m'avait confié. » Acad.
REFROGNÉ, RECHIGNÉ. Dont le visage est contracté de manière à témoigner du chagrin, du mécontentement, de la mauvaise humeur.
Refrogné ou renfrogné a rapport au front : il se dit d'un homme ou de l'air d'un homme , dont le front se fronce , fait plusieurs plis , ce qui le