DEUXIÈME PARTIE
fait paraître sérieux, triste, sombre, rêveur. Rechigné, de rixa, rixe, querelle, ou de canis, chien, signifie proprement qui grimace de^la bouche comme un' chien qu'on fâche ou qu'on
agace, et qui se montre irrite, aigre.
rude,
hargneux.
Refrogné dépeint la personne par rapport à elle-même, comme n'étant pas gaie, comme concentrée et mélancolique-
Déride un peu ce renfrogné minois ;
Réjouis-toi. Vom.
« Je leur demandai avec un air de vivacité qui leur parut fort étrange pourquoi ils étaient tous si tristes : mon homme me répondit d'un air refrogné, qu'il faisait un vent d'est. » Id. ce La haute poésie est habitée par des gens graves, mélancoliques , ref rognés. » Font.
Je hais les songe-creux, ils me font toujours peur.
J'aime bien mieux un fou qui dit teut ce qu'il pense
Que ces gens rembrunis obstinés au silence....
Enfin , défiez-vous de tout visage étique ,
Sous un front renfrogné, sombre et mélancolique.
Dest.
Mais rechigné annonce une manière d'être relative aux autres , une disposition qui leur est contraire , quelque chose de repoussant, de fâcheux, de dédaigneux, de rébarbatif. « La réception du roi (d'Espagne) fut froide, pour ne pas dire rechignée, sans dire une parole; celle de la reine , embarrassée , mais plus humaine. » S. S. « Elle devient grondeuse et rechignée. » Fén. « Les vieillards qui sont rechignes , malpropres et dégoûtants, fâcheux, querelleurs et babillards , qui crient sans cesse contre le temps présent, doivent renoncer à toute union, à toute société. » Dest.
Une personne qui prend un air de gravité ou de réserve refrogné ou se refrogné. a Je leur rapportai les quatre couplets. Ils réusssirent fort , à la réserve des deux derniers , qui firent un peu refrogner le P. Bourdaloue. Pour le P. Rapin, il entendit raillerie. » Boil. Une personne qui fait quelque chose d'une manière mal gracieuse, en marquant de la répugnance, rechigne. « Il semble accorder sa fille en rechignant. » Volt. « Ce sont de bons vivants , qui ne donnent point en rechignant leur bien à manger. » Les. Au moindre mot, la prude se refrogné; rien de plus maussade et de plus insupportable que les enfants qui n'obéissent jamais qu'en rechignant.
1° REGARDER, ENVISAGER, CONTEMPLER, CONSIDÉRER (EXAMINER); — 2° OBSERVER, REMARQUER. S'appliquer à voir, porter ou arrêter sa vue sur.
Une grande différence oblige d'abord à mettre à l'écart observer et remarquer. En effet, regarder, envisager , contempler , considérer et examiner sont formels ou purement significatifs de l'action de l'esprit ; observer et remarquer sont matériels, c'est-à-dire indicatifs du résultat de cette action. Je le regardai, je l'envisageai, je le contemplai, je le considérai , je Y examinai; et j'observai ou je remarquai qu'il était pâle; j'o&servai ou je remarquai son maintien modeste. Soumettez un même objet aux regards , à la con-
templation , à la considération ou à Yexamen de plusieurs hommes, et vous verrez que chacun d'eux fera des observations ou des remarques différentes. On se fatigue ou on augmente la puissance de ses facultés en regardant , en envisageant, en contemplant, en considérant et en examinant ; on s'instruit, on amasse des idées en observant et en remarquant. Observer et remarquer expriment même quelquefois le fruit de l'étude ou de la réflexion, proposé sous forme d'assertion ou de doctrine : l'homme , comme Y observe ou le remarque tel auteur , comme tel auteur Y observe ou le remarque judicieusement, est le sujet le plus important et le plus difficile à connaître.
1° Regarder, envisager, contempler, considérer (examiner).
Regarder, jeter ses regards sur , les tourner ou les diriger vers , est celui de tous ces mots qui représente l'idée commune de la manière la plus simple. Aussi n'y a-t-il rien à en dire de particulier.
Envisager , c'est regarder en visage , ou au visage; et par conséquent, au propre, on ne s'en sert qu'en parlant des personnes. Au figuré, et quand il est question des objets , on les envisage en les regardant sous tel visage , sous telle face , sous tel aspect, par tel côté, a Etre -attentif à un objet, c'est Y envisager de tous côtés. » Boss. « De quelque côté que je t'envisage, ô grandeur humaine , je ne vois rien en toi que je considère.» Id. « Je recueille toute mon attention pour contempler l'éternité; je Yenvisage par tous les endroits. » Bourd. a *Je n'envisageais le papisme que par ses liaisons avec les amusements et la gourmandise. » J. J. a Malgré le triste aspect sous lequel il envisageait tous les objets, il eut d'abord des succès heureux. » Volt. — Ou bien envisager a le sens de regarder en face , de regarder sans crainte et en faisant bonne contenance , la mort , un danger , quoi que ce soit de menaçant ou de fâcheux. «Envisager la mort, les tourments , le péril, la pauvreté, sans en être ému. » Acad. ce La crainte d'envisager la mort. » Laroch. ce Celui qui feint d'envisager la mort sans effroi ment. » J. J. a Je n'envisageais un changement de religion qu'avec horreur.» Id. a Ces dangers, que je n'étais pas alors à envisager pour la première fois, -ne m'épouvantèrent pas. » S. S. « Quand j'envisage de près les infortunes inouïes d'une si grande reine, je ne trouve plus de parole. » Boss. — Ou bien enfin envisager signifie regarder en face ce qui n'est pas encore là , l'avenir ou quelque chose de futur, <* Je n'ose envisager l'avenir. » Acad. ce C'était la perspective que j'aurais dû envisager. » J. J*. a Je n'envisageais pas dans cette entreprise un objet de profit. » Id. ce Faire envisager quelque chose comme possible.» Id.
Le sage quelquefois fait bien d'exécuter Avant que de donner le temps à la sagesse D'envisager le fait. Laf,
Contempler et considérer vont ensemble. Primitivement ils veulent dire regarder le ciel (templum) ou les astres (sidéra). Par leur préfixe cum ils annoncent une action entière, complète ou
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
accomplie. On peut regarder en jetant un coup d'œil, 'en passant, de côté et d'autre, plusieurs objets à la fois ; mais on contemple et on considère tranquillement , longuement , à son aise , en s'arrêtant à regarder, en retenant ses regards fixement sur une seule chose ou une seule personne. Diogène disait : quand on achète un esclave, on se contente de le regarder, et si on achète une marmite, on ne manque pas de la bien considérer (Fén.). Considérer et contempler sont propres à enchérir sur regarder. « Tout bien regardé et considéré, vous trouverez que.... » Acad. « Nous voilà tous deux à nous regarder, à nous contempler, à nous admirer l'un l'autre. » Les.
Mais contempler est esthétique, et considérer intellectuel : on contemple la beauté, on considère des raisons (Boss.). On contemple comme le contemplateur, comme l'homme émerveillé qui regarde le ciel; on considère comme l'astronome , comme le savant qui regarde les astres et cherche à en estimer la grandeur et la distance. On contemple et on admire ; on considère et on juge. C'est l'âme qui contemple, c'est la raison qui considère. Celui qui contemple est comme en. extase devant ce qu'il regarde avec tant d'attrait. « Contempler le ciel, les astres, une belle femme , les merveilles de la création , la grandeur et les perfections de Dieu , les choses divines. » Acad. ce Je me mis à contempler avec ravissement cette superbe salle. » J. J. « Anaxagore disait qu'il était venu en ce monde pour contempler le ciel, le soleil, la lune et les autres merveilles. » Fén. « Lorsque nous contemplons la nature , nous admirons la sagesse qui a tout fait dans un si bel ordre. » Boss. « Platon célèbre la félicité de ceux qui contemplent le beau et le bon dans les arts , dans la nature et dans Dieu. » Id. « L'homme vain croit que tous les yeux sont ouverts sur lui , et que les hommes se relayent pour le contempler.» Labr.
Quel plaisir de vous voir et de vous contempler Dans ce nouvel éclat dont je vous vois briller. (Iphigénie à Agamemnon). Rac.
Celui qui considère s'attache à découvrir combien est considérable, important , ce qu'il regarde avec tant de curiosité, quelle en est la valeur, quels en sont les avantages, les effets ou les causes. « Considérer une chose , c'est arrêter son esprit à la regarder en elle-même , en peser toutes les raisons , toutes les difficultés et les inconvénients. » Boss. a A considérer seulement la nature des armées romaines et de celles des Macédoniens, les dernières devaient être bat-
*tues. » Id. <x Considérez ma situation, et jugez de mon embarras. » J. J. ce Un jour , après avoir considéré l'épaisseur des planches d'un vaisseau : Hélas ! s'écria Anacharsis , ceux qui voyagent sur mer ne sont éloignés de la mort que de quatre doigts. » Fén. a Qui se considérera de la sorte s'effrayera sans doute de se voir comme suspendu entre ces deux abîmes de l'infini et du néant.... Sa curiosité se changeant en admiration , il sera plus disposé à contempler ces merveilles en silence qu'à les rechercher avec présomption. » Pasc. « Une des premières curiosités des hommes
a été de considérer les cours des astres.... Tout engageait les Chaldéens à contempler la vaste étendue des cieux et les mouvements des astres.» Roll. — Enfin, la contemplation est synthétique , elle regarde les choses en gros , dans leur totalité ; la considération est analytique , elle s'applique aux détails, aux particularités, ce Que l'homme contemple la nature entière dans sa haute et pleine majesté; qu'il considère cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers.... » Pasc ce Je n'ai qu'à contempler le ciel, je n'ai qu'à considérer toutes les créatures , il n'y en a pas une qui ne m'atteste l'existence de Dieu. » Bourd. ce Nous contemplions à loisir toutes les montagnes couvertes de neiges qui nous environnaient , après avoir considéré toutes les machines et les pompes qui servent à élever l'eau des mines. » Regn.'.
2° Observer, remarquer.
Observer annonce ou suppose un plus grand travail de l'esprit. On observe ce qu'on étudie : on remarque ce qui frappe. L'observateur est un savant qui va interrogeant la nature et recueillant des faits ; celui qui remarque est un homme à qui il arrive de recevoir telle ou telle impression, d'être affecté de ceci ou de cela. On observe comme on trouve , en cherchant. « Le philosophe consume sa vie à observer les hommes. » Labr, ce Rappelons-nous les choses que nous avons constamment trouvées et observées dans l'âme raisonnable. » Boss. On remarque quelquefois, comme on rencontre, par hasard, ce J'ai cru remarquer qu'il m'observait durant ces entretiens.» J. J. ce Pythagore assurait que , dans les voyages qu'il avait faits aux enfers, il avait remarqué l'âme d'Hésiode attachée à une colonne. » Fén. — Ce qu'on observe est constant, conforme aux lois ordinaires de la nature ; ce qu'on remarque est accidentel , singulier , remarquable. Le philosophe observe la forme universelle et invariable de la nature humaine; le moraliste et le poète comique en remarquent les particularités , les bizarreries, les travers, les ridicules, ce Sur une vingtaine de ces mines, j'ai constamment observé qu'elles n'étaient mêlées que de petits cailloux quartzeux. » Buff. « Il y a dans notre religion une chose bien particulière , et que vous n'avez peut-être jamais remarquée.... » Bourd.— Observer est absolu , remarquer relatif : on observe ce qu'on voit, on remarque ce qu'on distingue. On observe un homme seul, on s'observe soimême ; dans une réunion d'hommes , on en remarque un qui a tel ou tel air , qui fait ou dit
\ . A ces mots Condillac ajoute examiner, qui semble avoir le plus grand rapport avec considérer. Cependant Y examen , du latin examen , aiguille ou languette d'une balance, action de peser exactement, demande une attention plus soigneuse encore que la considération. Outre cela, on examine dans des vues pratiques, pour éprouver, pour voir si l'objet est bon et si on doit le prendre ; c'est ainsi qu'on examine un candidat ou une marchandise. On considère simplement pour s'éclairer, pour voir l'idée qu'on doit se faire, ce qu'on doit penser, juger, arrêter; c'est ainsi que les législateurs et les magistrats considèrent telles ou telles choses avant de conclure, de décider, d'établir telles ou telles dispositions.