DEUXIÈME PARTIE
et convaincante, la repartie spirituelle et soudaine.
Par la réponse on fait savoir; par la réplique on réfute ; par la repartie on brille , on montre de l'esprit.
REPRÉSENTATION, REMONTRANCE. Observations critiques adressées à quelqu'un sur ses actions ou sur sa conduite.
A la rigueur , les représentations ont rapport à ce qu'on doit faire ; ce sont des objections , des raisons contraires oubliées ou inconnues que nous rendons présentes à l'esprit : les remontrances portent sur ce qu'on a fait ; ce sont des reproches par lesquels nous remontrons, .nous remettons sous les yeux de quelqu'un sa conduite passée pour l'en faire rougir et repentir. Des officiers font pour détourner leur général d'une attaque les représentations les plus vives (S. S.). Le prophète Nathan fait à David des remontrances sur ses excès et sur ses crimes (Mass.).
Mais les deux mots ne sont pas toujours à une telle distance l'un de l'autre. Remontrance se prend le plus souvent, ainsi que représentation , pour ce qu'on dit à quelqu'un relativement à ce qu'il se propose de faire et afin de l'en dissuader.
Alors la représentation est une pure contradiction ou objection qui tend à faire changer de dessein , avant que l'exécution soit commencée , au lieu que la remontrance , inséparable de l'idée de blâme , de répréhension et de plainte , a plutôt pour objet de faire cesser une entreprise commencée , de corriger un abus ou une habitude vicieuse , en reprochant et en censurant ce qui a déjà été fait. Remontrances contre Ténormité des impôts (S. S.), contre la tyrannie des moines (Volt.), contre une manière de parler défectueuse (Mol.), contre des désordres habituels (Mass., Mal.).
Enfin, remontrance s'emploie aussi quand il s'agit d'une action particulière à prévenir. Mais il garde toujours dans sa signification quelque chose de distinctif. La représentation est une considération, une raison qui vous éclaire; c'es un conseil négatif, elle vous fait voir des difficultés, des inconvénients, des dangers. « Nonobstant les représentations du commerce de Cadix, le roi d'Espagne voulait accorder cette permission aux Anglais. » S. S. «■ Obéir sans opposer de difficultés, et sans faire de représenta tions. » Bourd. « Julie ayant ordonné de rejeter à l'eau tous les poissons, cette opération se fit lentement, à contre-cœur, non sans quelques représentations. » J. J. a Si vous croyez être absolument sûr que la pièce réussira auprès de tout le monde, et ne déplaira à personne, mes raisons, mes représentations ne valent rien. » Volt. Mais la remontrance est une censure anticipée; elle vous signale des torts, des erreurs, des fautes, des crimes à éviter; elle tient plus de l'avertissement et de l'avis. Pilate a beau remontrer aux Juifs que Jésus-Christ est leur roi, et que d'attenter à sa vie, c'est pour eux le crime le ptus énorme, ils n'écoutent ni ces remontrances tant de fois réitérées ni reproches intérieurs de la conscience (Bourd.). Pisistrate
s'empara de la tyrannie malgré les remontrances de Solon (Fén.). Dans l'affaire des Ariciens et des Àrdéates, les consuls remontrèrent au peuple qu'il allait se déshonorer pour toujours s'il s'adjugeait à lui-même le territoire contesté (Roll.). — La représentation tend à vous empêcher d'agir inconsidérément; et la remontrance, d'une manière répréhensible et coupable. On ne peut rien représenter à qui est infaillible , ni rien remontrer à qui est impeccable.
D'autre part, la représentation a plutôt lieu de l'inférieur au supérieur : c'est, par exemple, la démarche d'un sujet qui avant d'obéir présente des explications pour obtenir dispense et délai. Les remontrances sont plutôt d'un maître qui parle avec autorité , force , insistance , ou si elles vont de l'inférieur au supérieur , elles doivent être pleines de respect et de soumission, car elles annoncent qu'on commettra une faute , une injustice, une action mauvaise ou criminelle , si on y résiste.
A peine est-il besoin d'ajouter, comme conséquence de tout ce qui précède , que remontrance enchérit sur représentation et qu'il doit être mis après plutôt qu'avant, parce qu'il exprime quelque chose de plus fort, a Découvrons à nos amis, avec autant de fermeté et de liberté que de charité et de douceur, leurs égarements. Tâchons de les redresser par nos représentations et nos remontrances. » Bourd. a Qu'il soit permis aux magistrats ordinaires de faire des représentations et des remontrances. » Cond. « Le duc d'Orléans m'ouvrit carrière à lui représenter, pour ne pas dire reprocher, ses méfaits à notre égard (à l'égard des ducs).... Il m'allégua pour dernier retranchement la noblesse qu'il ne voulait pas soulever. Je lui remontrai , avec une indignation que je ne pus contraindre , que c'était lui-même qui l'avait soulevée. » S. S. — a Des instituteurs respectables et indulgents ramenaient les jeunes pythagoriciens par des corrections douces, qui avaient plus Tair de la représentation que du reproche. » Barth. Ce sont des remontrances , c'est-à-dire des reproches , que le maître d'école de Lafontaine adresse à l'enfant qui se noie : Dans ce récit je prétends faire voir D'un certain sot la remontrance Yaine....
RÉPUTATION, CONSIDÉRATION; —NOM, RE- NOM, RENOMMÉE, CÉLÉBRITÉ. Place qu'on a dans l'opinion des hommes. «Vous,. vous êtes M. de Voltaire , nom qui renferme tous les genres de bonheur, réputation, considération, célébrité.» Dudeff.
. Réputation est le terme général , le plus commun de tous et le plus faible. Il est si bien indéterminé, qu'on y ajoute souvent d'autres mots qui le déterminent : réputation de vertu , de misanthropie, de savoir, de talent. Il n'exprime rien de brillant, rien de grand, à quoi chacun ne puisse prétendre et parvenir. Il a d'ailleurs cela de spécial et de distinctif, qu'il marque plus particulièrement l'idée que les autres ont de nous sous le point de vue moral ou quant à la probité.
La considération est une haute réputation, une réputation distinguée, qui rend considéra
oe
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Me, qui fait qu'on est regardé, compté, tenu pour beaucoup, qu'on impose. Elle peut provenir des qualités , du mérite , il y a une considération personnelle ; mais elle dépend plutôt encore de l'état, du rang, des richesses, du pouvoir d'obliger et de nuire. « Il ne faut pas confondre la considération avec la réputation : celle-ci est principalement le fruit des talents ou du savoir ; celle-là est attachée au rang, à la place, aux richesses , ou en général au besoin qu'on a de ceux à qui on l'accorde. » D'Al. « On voit dans l'entrée triomphante de Jésus-Christ à Jérusalem un homme , qui paraissait le dernier de tous les hommes en considération et en puissance, recevoir de tout le peuple les plus grands honneurs.» Boss. ce Après la mort de Charles Ier, l'Angleterre perdit sa considération avec son bonheur-, les autres nations la crurent ensevelie sous ses ruines jusqu'au temps où elle devint tout à coup plus formidable sous la domination de Cromwell. » Volt. « Persée voyait avec une peine infinie que la considération de son frère Démétrius dans la Macédoine et son crédit chez les Romains augmentaient de jour en jour. » Roll. a Lorsque dans la monarchie la profession lucrative des traitants parvient encore à être une profession honorée , un dégoût saisit tous les autres états, l'honneur y perd toute sa considération. » Montesq. « Le mépris des richesses était dans les philosophes un chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses. » Laroch. « Helvétius avait une grande fortune , une place à la cour , une considération personnelle et méritée. » Lah. — D'un autre côté, considération est de tous ces mots le seul relatif à ce que l'opinion que les autres ont de nous nous attire de leur part. On dit des témoignages de considération (J. J.) , c'est-à-dire des égards, des attentions, des respects. On se fait une réputation, on obtient de la considéra lion. « A cinquante-cinq ans la fortune est établie , la réputation faite , la considération obtenue. » Buff.
La réputation et la considération sont d'ordinaire bornées, elles ne s'étendent pas au delà du cercle des personnes qui nous entourent. En cela, elies diffèrent profondément du nom, du renom, de la renommée et de la célébrité, par lesquels on est connu au loin dans l'espace ou dans le temps , par lesquels on fait du bruit , on a de la vogue ou de l'éclat. Chacun de ces mots désigne une grande réputation, une réputation répandue dans le monde , qui fait qu'on est dans toutes les bouches : volito per ora virûm.
Le renom est le redoublement du nom, il renchérit sur le nom , il désigne non pas seulement une grande, mais une très-grande réputation. Quant à la renommée , elle n'est autre chose que le renom considéré d'une manière concrète : le renom se mesure par le bruit ou par l'étendue qu'il remplit, la renommée par les choses, le nombre des choses qui en font le sujet. Un homme de renom ; attaquer la renommée d'un homme. Pour plus ample distinction de ces trois mots, voy. Ire partie, p. 111 et 199.
La célébrité (latin celebritas) est une grande
réputation d'une certaine espèce , celle qui s'acquiert par les talents de l'esprit, et donne une place dans la mémoire et dans l'estime des gens instruits: la célébrité littéraire (J. J., d'Al.), d'un ouvrage d'esprit (Volt.), d'un écrivain (Voltv J. J. , Lah.), d'un poëte (Cond.), d'un philosophe (In.), d'un savant (Montesq.). « La célébrité des deux avocats, Cicéron, accusateur, et Hortensius, défenseur de Verres, me paraît digne de curiosité. » Roll. « L'Art poétique mit le comble à la célébrité de Boileau et à l'autorité qu'il avait dans les lettres. » Marm. a Helvétius avait une vaine et malheureuse ambition de célébrité. » Lah. Ou bien la célébrité est simplement une grande réputation dans les livres, dans l'histoire , celle qui fait vivre chez la postérité, a Les catholiques d'Irlande égorgèrent presque tous les protestants de leur île en 1641 ; ce massacre n'a pas dans l'histoire des crimes la même célébrité que la Saint-Barthélémy. » Volt. « Le règne de Sixte-Quint a plus de célébrité que celui de Grégoire XIII. » Id.
RÉSERVE, RETENUE ; — DÉCENCE, MODES- TIE , PUDEUR. Disposition à se contenir dans de certaines bornes.
La réserve et la retenue sont des principes d'action généraux, des qualités négatives, qui consistent à ne pas se donner trop de liberté, à s'abstenir, dans certains cas, de parler ou d'agir. Ainsi Yéconomie est réserve ou retenue dans l'emploi de ses biens; la sobriété, réserve ou retenue dans l'usage des aliments; la discrétion, réserve ou retenue à l'égard des autres , etc. Mais la décence , la modestie et la pudeur sont plus particulières : ce sont des espèces par rapport à la réserve et à la retenue. La réserve et la retenue nous empêchent de faire quoi que ce soit; la décence, la. modestie et la pudeumous empêchent chacune de faire une certaine sorte d'actions.
Ensuite , avec de la réserve , on se préserve, on se tient sur ses gardes , on est circonspect ; avec de la retenue, on se gouverne, on réprime ses mouvements , on est maître de soi (voy. Discrétion, réserve, retenue, p. 629). C'est-à-dire que la réserve et la retenue sont des conditions du bien, mais non pas quelque chose d'essentiellement bon. Au contraire , la décence , la modestie et la pudeur sont proprement des vertus , et non pas de simples qualités. On ne dit pas blesser la réserve et la retenue, comme on dit blesser la décence, la modestie et la pudeur ; on ne dit pas non plus passer les bornes de la réserve et de la retenue, comme on dit passer les bornes de la décence , de la modestie , de la pudeur. La réserve et la retenue peuvent être employées à dissimuler, par exemple; mais la décence, la modestie et la pudeur sont toujours recommandables.
Décence , modestie , pudeur. Vertus qui demandent de la réserve ou de la retenue , qui consistent dans une sorte de réserve ou de retenue.
La décence nous empêche de violer les lois de la bienséance : c'est une réserve ou une retenue en ce qui concerne les convenances sociales. La modestie nous empêche de nous trop faire valoir: c'est une réserve ou une retenue en ce qui con-
cerne l'opinion que nous avons et que nous voulons donner de nous aux autres. La pudeur nous empêche d'offenser les mœurs : c'est une réserve ou une retenue en ce qui concerne l'honnêteté.
Décence implique l'idée de société : la décence regarde le maintien , et , avec de la décence , on observe le décorum, on se montre en public bien, comme il faut, avec dignité. Modestie implique l'idée d'humilité : la modestie porte à se faire petit, à s'effacer par rapport aux autres, et, avec de la modestie, on est sûr de plaire, parce qu'on ne blesse aucun amour-propre. Pudeur implique l'idée d'une extrême délicatesse, d'une crainte candide relativement à tout ce qui peut altérer la pureté de l'âme , et , avec de la pudeur, on rougit de tout , même d'être vu.
Sans décence , on est ou on agit d'une manière malséante ou messéante; sans modestie , on est vain-, et sans pudeur, effronté.
La différence n'est pas aussi marquée entre ces mots, lorsqu'ils se disent tous les trois dans le sens plus particulièrement propre à -pudeur, c'est-à-dire en parlant du soin que les hommes et surtout les femmes doivent avoir d'être ou de rester chastes , de respecter l'honnêteté.
Alors la décence regarde la manière dont on se montre en public ; la modestie , la manière dont on parle ou dont on agit ; et la pudeur, les sentiments qu'on a dans l'âme. On dit un habit indécent; des discours, des regards, des actions immodestes; des désirs impudiques. Une femme a de la décence, quand elle, a un extérieur, une mise, une tenue, un habillement convenables, quand elle ne fait rien dont le monde puisse se scandaliser. Elle a de la modestie, quand elle n'est pas trop libre , quand elle est modérée (modeste et modéré ont la même racine , modus, mesure) dans ses discours, son ton, ses gestes, ses mouvements, ses œillades. Elle a de la pudeur, quand elle est pénétrée d'un sentiment d'aversion pour tout ce qui peut effleurer son honneur, quand son innocence s'effraye de tout et fuit jusqu'à l'ombre du mal.
La décence est une modestie sociale, pour le monde ou le public. « Louis XIV fut toujours décent en public. » Volt, oc Notre régularité n'est qu'une décence que nous donnons au monde. » Mass. Polixène en tombant sur la scène observe la décence (J. J.). La modestie est une manière de parler ou d'agir conforme à la pudeur; la pudeur est le fond, le sentiment, l'amour naturel de ce qui est pur, chaste, honnête, a Une femme à pied dans un pareil équipage n'est pas trop en sûreté contre les insultes de la populace. Ces insultes sont le cri de la pudeur révoltée, et la brutalité du peuple , plus honnête que la bienséance des gens polis , fetient peut-être ici cent mille femmes dans les bornes de la modestie. » J. J.
RESPECT , VÉNÉRATION , RÉVÉRENCE. (HOM- MAGE). Ces mots désignent une sorte de culte, les égards qu'on a pour une personnne au-dessous de laquelle on se trouve placé et devant laquelle on se prosterne en esprit.
Respect est le mot commun . vénération signi- I
fie un grand respect. a Les miracles de Jésus- Christ devaient lui attirer le respect et la vénération, que dis-je? l'adoration même et le culte de toute la terre. » Bourd. « Quand je vois des personnes de piété en qui je crois reconnaître des élus, j'entre en une vénération qui me transit de respect. » Pasc. « Le premier effet de l'amour , c'est d'inspirer un grand respect; on a de la vénération pour ce que l'on aime. » Id. On a du respect pour le génie , de la vénération pour la vertu. * Ce qui me charmait le plus, c'était le respect de Vauvenargues pour le génie de Voltaire , et la tendre vénération de Voltaire pour la vertu de Vauvenargues. » Marm. Il y a dans la vénération quelque chose de religieux , c'est proprement ou souvent un respect pour les choses saintes ou sacrées, a La considération que les Indiens ont pour les bœufs à bosse est si grande , qu'elle a dégénéré en superstition, dernier terme de l'aveugle respect : de l'objet de leur vénération ils ont fait une idole. » Buff. a On portait au nom de citoyen romain un respect profond , une vénération religieuse. » Lah. « Inspirez aux fidèles tout le respect et toute la vénération nécessaire pour honorer cet auguste sacrement. » Bourd. — D'un autre côté, respect se rapporte plus à l'extérieur , aux démonstrations , et vénération, à l'intérieur, au sentiment; aussi emploie-t-on bien respect, mais non vénération, au pluriel pour exprimer des témoignages ou des marques de ce que ces mots supposent que l'âme éprouve, a Est-on idolâtre en faisant paraître par quelque posture de respect le sentiment de vénération vraiment sainte qu'on a dans l'esprit ? j> Boss.
Révérence enchérit aussi sur respect et ressemble davantage à vénération \ « Assister au sacrifice en toutes les manières qui peuvent nous inspirer le respect et la révérence due à Dieu. » Bourd. a II y a des formules de respect et de référence que nous prescrit à l'égard du noble le souvenir des vertus de ses pères. » Marm.
La révérence n'est pourtant pas identique à la vénération : c'est un grand respect mêlé de
i. Un mot synonyme de respect, et de force à peu près égale , c'est hommage : on dit presque indifféremment offrir à quelqu'un, à une dame, ses hommages ou ses respects. L'homtnage cependant , selon la juste distinction de Condillac, est volontaire et se fait à la personne, parce qu'elle a du mérite, ou, si c'est une femme , de la beauté ; le respect est forcé et se fait à l'état ou à la naissance. On est maître de porter ses hommages où l'on veut, mais on n'est pas libre de refuser ses respects, La politesse rend des hommages, des attentions; l'honnêteté rend des respects, des devoirs. D'ailleurs Y hommage consiste encore plus dans l'extérieur, la montre, la manifestation; la preuve, c'est que le mot hommage s'emploie plus souvent et plus volontiers au pluriel, c'est qu'il se prend quelquefois pour une chose offerte ou donnée, c'est qu'on ne dit pas un sentiment d'hommage, comme on dit un sentiment de respect. Hommages pompeux, solennels, éclatants (Mass.). « Les rois sont plus jaloux de s'attirer des hommages que de gagner des cœurs. » Id. a Je voudrais que les habitants des quatre lunes de Jupiter lui rendissent quelque sorte d'hommage, et ne regardassent la grande planète qu'avec respect. » Font.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
crainte, suivant le sens du latin revereri, appréhender, redouter; au lieu que la vénération est un grand respect joint à l'affection, à une sorte d'épanchement incompatible avec la crainte.
La révérence est réservée , timide. « Le jeune homme qui serait méprisé si, devant tel autre que son père, il paraissait obséquieux, humble et craintif, est cité pour modèle lorsqu'il fait remarquer dans l'amour filial cette révérence timide. » Marm. S'abstenir de prendre le bien d'autrui par la révérence des lois (Labr.). « Le prêtre touche le pain vivifiant avec grande révérence et tremblement. » Boss. a Même sous les figures de l'ancienne loi, il faudrait toujours assister aux sacrifices avec crainte et avec tremblement.... Aussi voyez avec quelle révérence Dieu voulait que les Juifs entrassent dans le sanctuaire. » Bourd. — Mais la vénération est tendre, a Le duc de Bourgogne était pénétré pour Fénelon, son maître, de la vénération la plus tendre. » D'Al. « Je ne vois jamais sans attendrissement et vénération ces groupes de bons vieillards (les Invalides). » J. J. «c Nous allons quelquefois jusqu'à sentir de la vénération, de l'amitié pour l'auteur d'un chef-d'œuvre d'art, et, s'il était là, nous l'embrasserions. » Volt.
Une autre différence, aussi importante tout au moins, se tire de l'objectivité de révérence.
La. vénération s'attribue toujours aux personnes, et elle marque la manière dont elles sont disposées ou dont elles agissent : la révérence s'attribue bien aux choses, et elle indique ce qui leur est dû , la manière dont on doit être disposé ou dont on doit agir à leur égard. Une personne pieuse se comporte à l'église avec vénération et conformément à la révérence du lieu saint, « Le duc de Montausier assistait tous les jours au saint sacrifice ; et son attention et sa modestie imprimaient le respect aux âmes les moins touchées de la révérence du lieu et de la sainteté du culte. » Fléch. « M. Jurieu ébranle ainsi avec la révérence des premiers conciles les fondements de la foi. » Boss. « C'était une manière honnête d'exprimer une condition sans blesser la révérence d'une si grande assemblée (un synode national).» Id. <c Les spectacles et les jeux publics , où la révérence de l'ordre sacerdotal est ravalée, n Id.
RESSEMBLANT, SEMBLABLE. Qui est presque le même qu'une autre chose; qui s'y rapporte; qui a des qualités identiques ou pareilles.
Les deux mots ont la même racine , sembler, du latin similis , semblable. Mais ressemblant est proprement un participe , le participe du verbe ressembler , et semblable est un adjectif ; d'où il suit qu'ils expriment , ressemblant une qualité de fait, contingente, visible, de forme, et semblable une qualité de fond, de nature, essentielle, métaphysique. Deux choses ressemblantes ont le même air, les mêmes traits, les mêmes apparences : des enfants ressemblants à leurs pères (Roll.); un portrait ressemblant (Acad.); une plante ressemblante au ginseng des Chinois croît au Canada (Volt.) ; les Chinois élèvent pour le combat certains petits oiseaux ressemblants à des cailles ou à des linottes (Buff.). Des choses semblables ont de mutuels rapports sous quelque
point de vue que ce soit, et, par exemple, sous le point de vue intérieur, intellectuel ou abstrait: on dit des cas, des raisonnements semblables, et non pas ressemblants. Achille n'est pas ressemblant à un lion, n'étant pas fait comme lui; mais il est semblable à un lion, c'est-à-dire 'animé comme un lion. Les hommes sont les semblables les uns des autres , ou sont semblables les uns aux autres; mais on dira bien, en n'ayant égard qu'à la figure, que de tous les animaux le singe est le plus ressemblant à l'homme.
Secondement et en conséquence , ressemblant dit moins que semblable : il exprime quelque chose de superficiel et d'approchant seulement, en un mot une simple ressemblance , et non une similitude ou une conformité, « Rapin aurait dû savoir qu'imiter ce n'est pas faire une chose semblable, mais une chose ressemblante ; que ce ne serait pas la peine d'aller au théâtre pour ne voir que la copie exacte de ce que l'on voit dans le monde. » Marm. a Le prince de Conti, ressemblant au grand Condé par l'esprit et le courage.... » Volt. L'auteur n'a pas osé dire semblable, a La nature produit des pierres un peu ressemblantes à des langues. » Volt, ce Voilà deux mariages assez ressemblants. — A peu près.» Les.
RÉTABLIR, RÉPARER, RESTAURER. (RELE- VER, REMETTRE, RAMENER, RÉHABILITER).
Rendre ou faire revenir à l'état primitif.
On rétablit ce qui est abattu, ruiné ou détruit; on répare ce qui est endommagé. L'action de rétablir a pour effet de remettre sur pied ou debout . et par extension de faire renaître ce qui est aboli, supprimé ou tombé en désuétude; l'action de réparer, comme celle de raccommoder ou de rajuster, a pour effet de pourvoir à des échecs, à des déchets, à des préjudices, à des pertes. Le rétablissement est une reddition, un renouvellement d'existence-, la réparation, un travail de réforme : on rétablit une ancienne route depuis longtemps abandonnée; on répare une route défoncée. Rétablir exprime simplement le retour au premier état ; réparer ne l'exprime que par l'intermédiaire de l'idée d'un remède apporté à un mal, d'une détérioration corrigée. On rétablit une muraille qu'on rebâtit; on y répare une brèche. On l'établit le combat en réparant le désordre causé par quelques fuyards. On rétablit sa fortune en réparant ses pertes ou ses malheurs. Vous rétablisses l'honneur d'une personne en réparant le tort que vous lui avez fait par vos médisances. Rétablis dans leur terre après la captivité, les Juifs s'appliquèrent à réparer les chemins, les fortifications, et en général tout ce qui avait été altéré ou gâté pendant leur longue absence.
Restaurer ressemble fort à réparer : il suppose aussi un mal ou un dommage éprouvé , un dépérissement auquel il s'agit de subvenir. Mais , au lieu qu'on répare une chose en remplaçant les parties qui en ont été enlevées , ou en remettant en ordre celles qu'elle a , on restaure une chose en lui faisant recouvrer ce qui lui a été ôté de force , de vigueur, d'éclat , de prospérité. On répare une toiture; on restaure l'estomac. Un