DEUXIÈME PARTIE
prince répare les églises qui se dégradent, et restaure les sciences, les lettres, les arts, le commerce , qui sont , non plus florissants , mais languissants ou en décadence. — Que si les deux mots se disent en parlant d'un objet de sculpture ou de peinture , ils sont même alors faciles à distinguer. On répare les statues et les tableaux qu'on raccommode , qu'on rend de nouveau entiers ou complets ; on restaure les statues et les tableaux auxquels on rend, non pas leurs parties, mais leur éclat , leur fraîcheur. La réparation regarde l'intégrité de la chose , et la restauration sa décoration, sa beauté. On répare un bâtiment quelconque ; on restaure un édifice , un temple ou un palais.
On rétablit ses forces en rétablissant sa santé ruinée ; on répare ses forces en regagnant ce qu'on en avait perdu -, on restaure ses forces en les ranimant , en reprenant une santé brillante.
Les papes avaient à rétablir dans Rome des obélisques renversés et ensevelis sous des décombres , et des fontaines qui ne servaient plus depuis des siècles -, ils avaient à réparer des places fortes , des digues , des canaux , des fossés à moitié détruits, qui s'en allaient en ruine; ils avaient à restaurer de magnifiques monuments , des arcs de triomphe, des amphithéâtres, des aqueducs, qui n'avaient pas moins souffert, ainsi que les arts de toutes sortes , la littérature , l'industrie , et tout ce qui constitue la civilisation , qu'il fallait faire refleurir1.
RETENUE ; — MODÉRATION , MODESTIE , ME- SURE. Qualités du genre de la tempérance, et
\ . Réparer et restaurer désignent proprement une manière de rétablir, savoir par entretien, par raccommodage, en rendant à la chose ce qu'elle a perds. Il y en a plusieurs autres. — Ainsi, par exemple, relever indique la façon la plus ordinaire, mais non pas la seule, de rétablir, c'est-à-dire en redressant, en faisant que ce qui est tombé soit de nouveau debout : relever les murs d'une ville, une famille ruinée, etc. « Ces grands corps sont trop malaisés à relever étant abattus. » Desc. — Remettre, c'est rétablir en replaçant : vous vous remettez d'une maladie qui avait dérangé votre santé; vous remettez l'esprit d une personne qui extravague ou que la colère fait sortir d'elle-même, comme le chirurgien remet un membre démis ou déboîté. — Ramener, c'est rétablir ce qui s'en était allé : la paix ramène l'abondance, une amnistie la confiance, la tranquillité, le printemps les beaux jours. — Rehabiliter est primitivement un terme de cbancellerie et de jurisprudence qui au figuré et dans un style commun, presque tecbnique, rappelant toujours un peu la procédure signifie rétablir les personnes on les choses dans l'opinion, leur rendre estime ou crédit. Tenter de réhabiliter la philosophie de Descartes (Volt., d'Al.). a J'ose implorer quelque marque de bonté de votre part qui puisse me rehabiliter aux yeux du public. » J. J. « Si la profession de comédien est déshonorante , nous aurons beau statuer qu'elle ne l'est pas, au lieu de la réhabiliter, nous ne ferons que nous avilir nous-mêmes. » Io. ce Je souhaitais de vous avoir pour confrère, vous (Laharpe) et M. de Condorcet; car il faut absolument réhabiliter l'Académie. » Volt. Dans Turcaret, Marine dit à la baronne : « Vous trouverez quelque gentilhomme capricieux ou malaisé , qui réhabilitera votre réputation par un bon mariage. » Les.
consistant à ne pas se laisser aller ou entraîner à certaines choses.
La retenue fait qu'on ne prend pas la liberté de faire les choses, empêche de commencer à agir; elle est négative absolument. La modération , la modestie et la mesure ne sont que restrictives, empêchent seulement d'aller trop loin, font rester dans certaines limites . En effet , qui retient ses coups ne frappe pas, et qui modère ses coups frappe doucement. La retenue nous interdit l'usage des choses mauvaises ; la modération nous prescrit la sobriété dans l'usage des choses bonnes ou indifférentes. Une femme sans retenue se croit tout permis ; un conquérant sans modération ne connaît point de bornes. A l'égard des choses susceptibles d'être dites, la retenue commande de les taire en tout ou en partie , et la modération de les dire sans passion, sans aigreur. La retenue peut dégénérer en timidité, la modération en lâcheté (P. A.). Abstiens-toi, est la devise de la retenue; rien de trop, celle de la modération.
Modération, modestie, mesure. L'idée commune à ces trois mois est celle d'éviter l'excès , de ne pas trop faire.
Modération a une très-grande et modestie une très-petite étendue de signification. Nous pouvons être modérés dans toutes nos actions; nous ne sommes modestes que dans celles qui ont rapport à nous-mêmes , à la manière dont nous nous traitons : vivre avec modestie, être d'une grande modestie dans sa dépense. « A Venise, les lois forcent les nobles à la modestie. Us se sont tellement accoutumés à l'épargne , qu'il n'y a que les courtisanes qui puissent leur faire donner de l'argent. » Montesq. La modestie n'est guère opposée qu'au luxe , au lieu que la modération l'est à l'excès, à la violence, à l'emportement en toutes choses.
La mesure est objective : c'est quelque chose qu'on prend en dehors de soi pour se régler. Modération et modestie annoncent un esprit de douceur et d'humilité ; on perd toute modération ou toute modestie. Mais mesure désigne quelque chose d'extérieur, d'emprunté, qu'on a ou' qu'on n'a pas, qu'on garde ou qu'on ne garde pas. Un homme est sans modération ou sans modestie; ses actions , ses dépenses , ses critiques sont sans mesure. Un homme modéré ou modeste a tel caractère ; un homme mesuré tient des propos, fait des démarches, où on remarque beaucoup de ménagements.
1° REVÈCHE , REROURS ; — 2° RÉTIF , RÉCAL- CITRANT. Ces épithètes servent à qualifier un homme qui n'est pas facile.
Le revêche et le rebours ne sont pas faciles à manier, sont intraitables , manquent de douceur ; le rétif et le récalcitrant ne sont pas faciles à mener, sont désobéissants, manquent de docilité. Il faudrait apprivoiser les uns, et dompter les autres.
C'est ce qui résulte évidemment de la comparaison de revêche et de rétif pris au propre. On appelle revêche une matière, pierre ou métal, qui ne se laisse pas traiter, travailler aisément , ou bien ce qui est rude ou âpre au goût , comme
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
certains fruits ou certains vins. Mais rétif se dit primitivement d'un cheval qui reste ou s'arrête au lieu d'avancer, qui se roidit et se cabre , qui refuse le service. Donc, l'homme revêche doit être dur, rude, rébarbatif, aigre, acariâtre, querelieur, fâcheux, et il en est de même du rebours; le rétif, de son côté, ainsi que le récalcitrant qui lui ressemble beaucoup, est opiniâtre, têtu , rebelle , il n'écoute ni la voix ni l'éperon.
1° Revêche, rebours.
Revéche est bien plus usité que rebours. Dans sa xe satire, contre les femmes, Boileau dépeint la revéche bizarre , avec laquelle il n'est point de repos ni de paix :
Qui sans cesse, d'un ton parla colère aigri,
Gronde , choque , dément , contredit un mari. Dans le Démocrite de Regnard, Strabon dit qu'il a fui sa femme ou plutôt sa furie , et il en fait le portrait suivant :
Jamais un tel démon ne sortit des enfers. C'était un vrai lutin, un esprit de travers, Un vieux singe en malice , insolente , revéche , Coquette, sans esprit, menteuse, pigrièche. La mère Agnant est brusque, emportée et revéche, Sotte, un oison bridé devenu pigrièche. Volt.
a Le Distrait (de Regnard) se soutient par le contraste de l'humeur folle du chevalier et de l'humeur revêche de Mme Grognac , à qui l'on fait danser la courante. » Lah. «Avec moins de sévérité, il en devenait amoureux. Mais une beauté revêche ne prend point un cœur farouche , et les douces manières sont les amorces de l'amour. » J. J. « Des animaux ont une nature revêche, impénétrable aux affections douces. » Buff. a Ces perroquets sont de si mauvaise humeur qu'on ne peut les adoucir même avec les camouflets de fumée de tabac, dont on se sert pour rendre doux les perroquets les plus revéches. » Id. — Rebours ne se trouve point dans les écrivains du xvne siècle. Louis XIII reprochait à des magistrats d'être rebours. Amyot, vie d'Agis, parle d'Épitadeus comme d'un nomme rebours, fier et superbe de nature. Voltaire dit dans la comédie là Femme qui a raison :
Son cher correspondant,
Maître Isaac Gripon , d'une âme fort rebourse ,
Ferme depuis un an les cordons de sa bourse. Dans son Emile, J. J. Rousseau ayant représenté Sophie recevant mal les compliments des damoiseaux, ajoute : a Demandez à vos agréables s'il est aisé d'étaler longtemps son caquet avec un esprit aussi rebours que celui-là. »
Cependant rebours mériterait d'être rajeuni. Il est plus expressif que revêche , dont on ne connaît pas bien l'étymologie. Le rebours est un bourru qui ne peut être pris qu'à rebrousse-poil , c'est comme un hérisson ou un fagot d'épines; qui s'y frotte s'y pique.
2° Rétif , récalcitrant.
Le rétif, restivus, de restare, rester, s'arrête, oppose une force d'inertie. Le récalcitrant, de recalcitrare , regimber, se débattre , donner des coups de pied , rue , s'insurge , se révolte. L'animal rétif est têtu, reste à la même place , et refuse obstinément d'en changer; le récalcitrant réagit, manifeste de la violence. Sur un cheval
rétif on n'avance pas ; sur un cheval récalcitrant on est agité en tous sens et en danger de tomber: « II me semble que votre ancien disciple est un peu remonté sur sa bête ; mais je crains qu'elle ne soit un peu récalcitrante, et je ne le vois pas bien affermi sur ses étriers. » Volt. Il y a des mémoires paresseuses et rétives; des humeurs irritables et récalcitrantes.
Outre cela, on est plutôt rétif par nature ou par caractère, habituellement; c'est ce que marque la terminaison du mot. « Il y a de certains esprits qu'il ne faut prendre qu'en biaisant , des tempéraments ennemis de toute résistance, des naturels rétifs que la vérité fait cabrer, qui toujours se roidissent contre le droit chemin de la raison.» Mol. « Les pinsons sont d'un naturel un peu rétif. » Buff. «La caille a les mœurs moins douces (que la perdrix) et le naturel plus rétif. » Id. a Les autruches sont d'une nature rétive. » Id.
Plus on la flatte, et plus elle égratigne ; C'est un esprit rétif, et qu'on ne réduit pas. Regn. La nature envers moi moins mère que marâtre , M'a formé très-rétif et très-opiniâtre, Surtout lorsque quelqu'un veut m'imposer la loi.
Dest.
Boileau, dépeignant les mœurs du jeune homme en général , dit qu'il est
Rétif à la censure.
— Récalcitrant, au contraire, ayant la terminaison du participe présent , est plus propre à exprimer quelque chose d'accidentel, quelque chose qui arrive dans une certaine occasion. «La proposition a été unanimement acceptée; cependant Laurent Batteux aurait été récalcitrant , s'il l'avait osé. » Volt, « On nous condamne à une forte amende ; et pour peu que nous soyons récalcitrants, on nous envoie à Toulon boire de l'eau de la mer. » Id. « Vous êtes bien récalcitrant de refuser de voir Mme de Jaucourd, la meilleure de mes amies , qui m'avait priée d'obtenir cette faveur. » Dudeff. « Si les souverains savaient dire je veux à cette troupe ( d'évêques) récalcitrante quand on la prie, mais très-docile quand on lui commande....» D'Al. a Sitôt qu'il m'entendit parler d'eau chaude, il se montra si récalcitrant contre ce spécifique, qu'il se mit à jurer. » Les.
Puisqu'aujourd'hui votre humeur pétulante
Vous rend l'âme aux leçons un peu récalcitrante ,
Je reviendrai demain pour la seconde fois. Regn.
REVENIR, RETOURNER. Se rendre ou se transporter de nouveau quelque part.
Revenir signifie une rentrée , un mouvement qui ramène au point de départ ou à l'endroit où se trouve celui qui parle ; retourner , au contraire, exprime un mouvement par lequel on tourne de nouveau le dos , on s'éloigne une seconde fois du point de départ ou de l'endroit où se trouve celui qui parle. Allez, et revenez vite; si vous regrettez la terre d'exil, retournez-y. Je reviens ici, je retourne là; le voici revenu, le voilà retourné; revenir sur ses pas , retourner en arrière. Télémaque attend que son père , qui est allé à la guerre de Troie, soit revenu, pour ordonner aux poursuivants , qui sont venus envahir son palais, de retourner chacun dans sa