‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 731 sur 881 · B.AC · texte numérisé non relu

B.AC

a Turenne revenait de ses campagnes comme un simple particulier qui retournerait d'une promenade. » Roll. Mascaron s'était servi du mot propre, nonobstant la répétition : ce Turenne revenait de ses campagnes triomphantes avec la même froideur et la même tranquillité que s'il, fût revenu d'une promenade. »

REVENU , RENTE. L'idée commune à ces: deux mots est celle d'une recette annuellement renouvelée.

Mais revenu exprime cette idée dans sa plus grande généralité. Le revenu d'un homme est, sans exception, tout ce qui lui revient chaque année. Aussi revenu est-il un terme collectif qui s'emploie d'ordinaire au singulier d'une manière absolue, et presque toujours en opposition avec dépense.

Selon mon revenu je règle ma dépense. Regn. «La dépense de nos ancêtres était proportionnée à leur revenu. » Labr. ce La dépense excède le revenu. » Acad. a Y a-t-il quelque prèdieant qui ait perdu un florin de sa pension par le débit des œuvres de Spinosa ? Y a-t-il un évêque dont les rentes aient diminué? Au contraire, leur revenu a doublé depuis ce temps-là. » Volt. — Le mot rente , de son côté , a un sens particulier , et on ne dira jamais la rente d'un homme pour marquer la totalité de ce qu'il recueille de biens annuellement. « Je vous le donne pour un homme magnifique, et qui a un revenu considérable, puisque, sans parler de ses autres biens , sa commanderie lui rapporte dix mille écus de renie. » Les.

La rente , ce qu'on vous rend , ce qu'on vous paye en retour comme une dette , est une partie du revenu fixe et réglée par un contrat, partie, qui est proprement le prix ou l'intérêt d'un fonds ou d'un capital aliéné ou cédé. Mais le revenu peut comprendre j outre des rentes, d'abord des

appointements ou des pensions , choses également fixes , mais non pas aussi rigoureusement dues et exigibles, parce qu'elles ne répondent pas comme les rentes à quelque chose de prêté ou de cédé ; ensuite quelque chose de variable , des émoluments , et c'est à quoi se rapporte l'expression revenus casuels ; enfin et surtout les produits des terres , les fruits qu'on en retire.

C'est lorsque revenu désigne spécialement le retour annuel de cette dernière sorte de biens, qu'il diffère le plus notablement de rente. Quand on a des rentes, on est rentier, on a affaire à des débiteurs , on perçoit des droits ; quand on a un revenu ou des revenus , on est propriétaire d'un domaine, on fait des récoltes. D'une part, on est plutôt tourné du côté de la ville ; de l'autre , on l'est toujours du côté de la campagne, a Ne parlez pas à ces femmes de vente de blé , de culture des terres , des différentes natures des revenus , de la levée des renies et des autres droits seigneuriaux. » Fén. ce Apprenez à une fille l'économie d'une maison bourgeoise , les soins qu'il faut avoir pour les revenus de la campagne, pour les rentes et pour les maisons qui s.ont les revenus de la ville. » Id. Le maître d'un champ ou d'un domaine paye une rente qui y est attachée en prenant sur ses revenus. Mme la duchesse de Chaulnes écrit à Mme de Sévigné, que M. de Chaulnes vient de faire l'acquisition du château de Dampierre et qu'une des conditions est que , pendant un certain nombre d'années , M. de Chevreuse prendra cinq mille livres de rente sur leurs revenus. Les revenus , dans l'acception particulière dont il s'agit, sont des denrées , au lieu d'être, comme presque toujours les rentes, de l'argent. J. J. Rousseau fait dire à un propriétaire qui exploite ses terres lui-même : ce Le transport de nos revenus s'évite en les employant sur le lieu; l'échange s'en évite encore en les consommant en nature. » Pareillement , on lit dans une lettre de Bussy-Rabutin à Mme de Sévigné : « On vit de ses revenus quand on les consomme soi-même ; et transportés , ils ne reviennent presque à rien. »

REVOIR , — RETOUCHER , — CORRIGER , CHÂ- TIER,— LIMER, POLIR, RABOTER. Tous ces verbes expriment l'action d'un auteur qui travaille à rendre son ouvrage le meilleur possible.

Revoir, par rapport à tous les verbes suivants, marque une condition , une action préparatoire. On revoit pour s'assurer s'il y a lieu de retoucher, de corriger , etc. « On ose dire que Newton aurait corrigé cette idée , s'il avait eu le temps de la revoir. » Volt, ce Virgile , après avoir achevé l'Enéide, avait destiné une retraite de trois ans pour la revoir et la polir. » Roll. Une édition revue et corrigée a été soumise de nouveau à l'attention de l'auteur , qui Fa purgée de toutes les fautes qu'il y a trouvées « Parlons de. mon édition nouvelle. C'est la plus correcte qui ait encore paru : et non-seulement je l'ai revue avec beaucoup de soin, mais j'y ai retouché de nouveauplusieurs endroits de mes ouvrages. » Bon». Un auteur revoit sans retoucher, si un second examen ne lui découvre aucun changement avantageux à faire ; un critique , consulté par un au-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

teur, revoit l'ouvrage de celui-ci sans le retoucher, son rôle est purement théorique, le rôle pratique ne le regarde pas , il n'est pas chargé de mettre lui-même la main à l'œuvre.

Retoucher, toucher de nouveau, remanier, par rapport à tous les verbes suivants, est un genre. Ce mot annonce un second travail, mais il ne le détermine pas, il n'indique pas quelle sorte de qualités il a pour but de produire. Au contraire, corriger et châtier , c'est toujours améliorer négativement, faire disparaître des fautes; et limer, polir et raboter, c'est améliorer positivement , perfectionner , achever , finir. — Au reste , retoucher se distingue de ses synonymes suivants par l'étendue de sa signification ; il se dit bien d'un tableau et de tout ouvrage des mains, a Chaque chose (de la création) se trouvait chaque jour bonne et digne de Dieu; mais il la rendait dans la suite encore meilleure en la retouchant. » Fén. En retouchant on apporte un changement quelconque, qui peut se rapporter aux pensées , par exemple ; au lieu que corriger et châtier , limer, polir et raboter regardent plus particulièrement la forme ou le style, a Huart veut faire une nouvelle édition des Lettres persanes; mais il y a quelques juvenilia que je voudrais auparavant retoucher. » Montesq. « On a cru que Grotius avait dessein de retoucher ses Commentaires , et de les purger tout à fait de ce qu'il y avait de socinien, et, en quelque manière que ce fût, de moins pur et de moins correct. » Boss. « Saint Augustin , dans ses Rétractations , a-t-il retouché ces paroles de son Commentaire ? Non ; il ne change rien, il n'adoucit rien, son explication était correcte.» Id.« La Réforme a été bâtie sur ce fondement, qu'on pouvait retoucher toutes les décisions de l'Eglise. » Id. « Je vous envoie un mémoire avec le projet un peu retouché. » Fén. a M. l'archevêque de Paris me rendit le livre (des Maximes des saints) en me montrant des coups de crayon qu'il avait donnés dans tous les endroits qu'il croyait que je devais retoucher pour une plus grande précaution. » In..

Corriger, châtier. Retoucher le style défectueux d'un écrit, et travailler à le rendre irrépréhensible.

Corriger fait penser à l'ouvrage qui devient correct; châtier', à l'auteur qui se montre in flexible , qui ne se contente pas aisément. « Lafontaine était bien moins correct dans son langage , et bien moins châtié dans son style que Boileau. » Volt. Ensuite, châtier dit plus que corriger; car c'est corriger sans ménagement, avec la plus sévère attention. « Dieu a permis que ces traits d'une éloquence affectée aient échappé à saint Cyprien, pour apprendre à la postérité combien, l'exactitude chrétienne a châtié dans tout le reste de ses ouvrages ce qu'il y avait d'ornements superflus dans le style de cet orateur. » Fén. « Les Français n'ont point d'auteur plus châtié en prose que Racine et. Boileau le sont en vers. » Volt.

Limer , polir , raboter. Retoucher le style d'un écrit qui n'est qu'ébauché , et travailler à le finir.

L'action de limer enlève seulement les aspéri-

tés, ne fait que débrutir ou dégrossir; l'action de polir donne de la netteté, du brillant, de l'éclat, du lustre; celle-ci ajoute donc à celle-là. En limant on rend moins rude; en polissant on ôte toute trace de rudesse , on met la dernière main, on perfectionne, on accomplit. «Selon Vincent de Lérins , on lime , on démêle , on polit les dogmes ; on y ajoute la justesse , la forme , la distinction , sans toucher à leur plénitude et à leur intégrité. » Boss. a Le temps presse , et si j'avais voulu limer, polir , achever , avant d'avoir consulté, j'aurais attendu un an.» Volt. «Je puis bien vous promettre une cinquantaine de vers bien placés et vigoureux; je pourrai limer, polir, embellir; mais comment intéresser dans les deux derniers actes? » Id. — Outre cela, limer exige plutôt de la peine, et polir du soin, sans compter que les deux verbes ne se disent pas des mêmes choses. On lime les ouvrages de l'esprit , ceux dans lesquels il y a plus de solidité que d'agrément, a On dit qu'il s'agit de certains canons sur la vie spirituelle , dressés il y a longtemps par M. de Cambrai lui-même, limés par le P. Charonnier et proposés par M. le cardinal de Bouillon. » Boss. « Je me flatte toujours que notre avocat, à force de limer son plaidoyer, le rendra un peu supportable pour Fontainebleau. » Volt. « Ayez le courage de limer cette production vingt fois. » Id. « On convenait généralement qu'aucun autre écrit , quelque travaillé et quelque limé qu'il fût, n'approchait de la beauté des Commentaires de César. » Roll. « Sans dire mot à personne, Desmarets fit son projet (d'impôts) , qu'il donna à examiner et à limer à un bureau qu'il composa exprès. » S. S. On polit , au contraire , les ouvrages d'esprit, ceux dont le mérite consiste ou doit consister dans la finesse, les ornements et l'élégance, et particulièrement les discours d'apparat et les poèmes. « Les pasteurs n'ont pas le temps de préparer leurs discours ; mais il ne s'agit pas ici de pièces d'éloquence travaillées et polies avec un extrême soin. » Roll. « Votre ouvrage étincelle partout de ces traits d'imagination; et lorsque vous aurez achevé de polir les autres vers qui enchâssent ces diamants brillants , il doit en résulter une versification très-belle. » Volt.

Si deux jours seulement , libre du jardinage , Tout à coup devenu poëte et bel esprit, Tu t'allais engager à polir un écrit. . . . Boil. Sophocle enfin , donnant l'essor à son génie , Accrut encor la pompe , augmenta l'harmonie , Des vers trop raboleux polit l'expression.... Id. Reçois, avec les vœux de mon obéissance, Ces vers précipités par ma reconnaissance ; L'impatient transport de mon ressentiment N'a pu pour les polir m'accorder un moment. Corn. Raboter, c'est se servir du rabot, comme limer, c'est se servir de la lime.

L'autre, en vain se lassant à polir une rime, Et reprenant vingt fois le rabot et la lime.... Boil. Mais , au lieu que limer , limare , se disait déjà figurément en latin, raboter dans toutes ses acceptions est un verbe purement français, et de là vient que , dans le sens dont il s'agit ici , il ne s'emploie que familièrement, oc On m'accuse d'avoir raboté quelquefois des vers de ce diable

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