‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 732 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Volt, « J'ai pris mon pli. qui abondent, qui proviennent de l'abondance du sol, c'est-à-dire que ce sont des biens de la ; terre ; 2° que ce sont des biens dont on jouit lar- ' gement, et qui peuvent amollir. — 1° L'abon- ■ dance résulte de l'affluence des biens des champs. Année d'abondance (Acad.). a La terre ' ne se lasse jamais de répandre ses biens sur ceux qui la cultivent ; plus il y a d'hommes dans un pays, pourvu qu'ils soient laborieux, plus ils jouissent de V abondance. » Fén. « Ensuite Mentor me faisait remarquer la joie et Y abondance répandue dans toute la Campagne d'Egypte. » Id. a Polonais, laissez-moi tout cet argent aux autres, ou contentez-vous de celui qu'il faudra bien qu'ils vous donnent, puisqu'ils ont plus besoin de vos blés que vous de leur or. Il vaut mieux vivre dans l'abondance que dans l'opulence. » J. J. — 2° L'abondance produit un rassasiement, une plénitude de satisfaction, qui dégénère assez souvent en luxe, a Idoménée lui répondit : Mais quand les peuples seront ainsi dans la paix et dans l'abondance , les délices les corrompront. » Fén. a A Sybaris , on abuse de la fertilité du terroir , qui y produit une abondance éternelle; et les faveurs des dieux sur Sybaris ne servent qu'à encourager le luxe et la mollesse. y> Montesq. « Moïse préféra les souffrances et l'ignominie qu'il fallait subir avec son peuple aux délices et à l'abondance de la maison du roi d'Egypte. » Boss. On dit les dangers (Mass.) , les crimes (Id.), les attraits (Roll.) de l'abondance- La mollesse est inséparable de l'abondance (Mass.); les Mèdes étaient ramollis par leur abondance (Boss.). Vabondance, ennemie du travail, corrompt les esprits et amollit les courages par le luxe, par l'orgueil, par l'oisiveté (Id.).

L'aisance et l'opulence ne se distinguent ni par la nature , ni par l'effet des richesses dont elles supposent la possession, mais parleur plus ou moins de grandeur. Dans l'aisance, on est à l'aise, rien de plus; on possède un avoir suffisant, un état de fortune tel , qu'on peut se procurer les commodités de la vie. On dit une honnête aisance (J. J.). L'aisance convient aux conditions les plus médiocres.

J'ai dans ma ferme acquis beaucoup d'aisance. (Mathurin, fermier, dans le Droit du,

seigneur). Volt.

« Le libelliste demande comment l'Angleterre a eu un tiers de plus de citoyens depuis la reine Elisabeth ? C'est parce que la population a été encouragée par l'aisance. ■» Id. a On est parvenu enfin à ne plus mettre le luxe que dans le goût et la commodité. La foule de pages et de domestiques de livrée a disparu, pour mettre plus à! aisance dans l'intérieur des maisons. » Id. « Le peuple même trouvait, dans les occupations utiles qui se succédaient sans l'accabler, Y aisance et la paix. » Fén. a La loi qui défend l'usage de l'eau salée est une loi de proscription contre l'aisance de l'homme et la santé des animaux. a> Buff. — Il faut, au contraire, pour être dans l' opulence , une grande et brillante fortune. «Je préfère ma patrie, la pauvre petite île d'Ithaque, aux cent villes de Crète , à la gloire et à l'opu-

de Salomon du nord

— Eh l vieux fou , prends- en un autre , rabote tes vers , si tu en as fait , et ton humeur, si tu en as. » Id. Et quant à la nature des choses qu'on rabote, elles sont, suivant l'analogie, minces et de peu de valeur en comparaison de celles qu'on lime ou qu'on polit. « Ces prétendus maîtres de littérature , abondamment pourvus de roideur et de sécheresse , achèvent , à force de rabot , qu'on nous passe cette expression moins noble et plus propre ici que celle de lime, d'ôter à leurs minces productions le peu de substance que le hasard pouvait y avoir mis ou laissé. » D'Al.

RICHESSE , — ABONDANCE , AISANCE , OPU- LENCE. (RICHE, AISÉ, OPULENT.) Ces mots signifient le contraire de la pauvreté, donnent f'idée de quelqu'un que sa fortune met hors de besoin.

Richesse s'emploie d'ordinaire au pluriel pour marquer la matière du bien- être , c'est-à-dire les biens dont la possession assure notre existence. Mais abondance , aisance et opulence expriment par leur terminaison commune un état , et tous les trois ne se disent qu'au singulier. On acquiert, on amasse des richesses; on est, on vit dans l'abondance, dans l'aisance, dans l'opulence. Les richesses sont les moyens, les ressources qu'on a à sa disposition; l'abondance, l'aisance et- l'opulence sont une situation avantageuse , résultant de la possession et de l'emploi de ces moyens et de ces ressources. Avec de la richesse ou des richesses on a de quoi pourvoir à ses nécessités, de quoi vivre dans l'abondance, dans Vaisance , dans l'opulence, a Nous ne les demandons , ces richesses , que pour être dans l'abondance. » Bourd. — La différence est si grande entre richesse, d'une part, abondance, aisance et opulence, de l'autre, que la richesse n'est même pas toujours ce qui produit l'abondance , l'aisance et l'opulence, a A Genève, l'aisance du plus grand nombre vient d'un travail assidu , d'économie et de modération , plutôt que d'une richesse positive. « J. J. a La grandeur de l'empire romain fit la grandeur des fortunes particulières. Mais comme l'opulence est dans les mœurs , et non pas dans les richesses , celles des Romains, qui ne laissaient pas d'avoir des bornes, produisirent un luxe et des profusions qui n'en avaient point. » Montesq. a À voir l'aisance des particuliers, ce nombre prodigieux de maisons ogréables, on croirait.... Tout cela est le fruit d'un travail ingénieux encore plus que de la ricJiesse. » Volt.

LE MARQUIS

)îmé , ruiné ; mais , parbleu,

Je su's sec

J'ai deux bons appuis

CLÉOff.

Quels?

LE MARQUIS

Les femmes et le jeu.

Depuis que je suis gueux je vis dans Vabondance.

Dest.

Abondance, aisance, opulence.

Abondance représente l'état d'un homme qui a

de tout en abondance, qui en regorge; et cela

emporte deux idées accessoires, savoir: 1° que

les richesses qui amènent cet état sont de celles

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

lence de ce beau royaume. » Fén. « Imitez les | liers et ecclésiastiques, électeurs et rois comgrands qui sont nés dans le sein de l'opulence; i posaient un corps ayant à sa tête un empereur • ils rient quelquefois. » Labr. « Crassus balançait ] plusieurs empereurs , qui avaient à ce titre auto-

le crédit de Pompée par une opulence énorme. Roll. « J'ai toujours vu du même œil Yopulence et la misère. » J. J. « On dit tout haut dans le monde que ces équipages pompeux, ces édifices superbes , cette opulence domestique est le bien de la veuve et de l'orphelin. » Mass. « Ce mépris injuste des autres hommes naît dans le sein de Yopulence, qui ne mesure le mérite que par la grandeur des richesses , et estime les hommes , non par ce qu'ils sont, mais par ce qu'ils possèdent. » D'Ag. « Venise était redoutable par son opulence; elle avait acquis de grandes richesses dans les croisades. » Volt.

Mes richesses des rois égalent Yopulence.

(Aman dans Esthef). Rac.

Entre les adjectifs riche, aisé et opulent la seule différence remarquable consiste en ce que riche tient le milieu entre aisé et opulent, qui expriment qu'on possède , l'un ce qu'il y a de plus modeste, l'autre ce qu'il y a de plus considérable en fait de belle fortune. « Chez eux chacun a le nécessaire ; un grand nombre vit dans l'aisance; peu sont riches; personne n'est opulent.» Cond.

ROI , PRINCE , EMPEREUR ; — MONARQUE , POTENTAT. Chef d'un Etat; qui gouverne un Etat.

Roi , prince et empereur sont des titres de souveraineté rigoureusement distingues par l'usage, et dont la confusion prouverait l'ignorance politique la plus grossière. Le roi est plus que le prince et moins que Yempereur. — Le roi est à la tête d'un royaume; le prince, à la tête d'une principauté ; or , le royaume l'emporte évidemment et de beaucoup sur la principauté, qui n'est qu'une province ou un canton. « C'est par l'imagination et la mémoire que les enfants parlent aux rois et aux plus grands princes. » Labr.

L'intérêt de l'État est de n'avoir qu'un roi,

Qui, d'un ordre constant gouvernant ses provinces,

Accoutume à ses lois et le peuple et les princes.

Rac.

« Quand même quelque vieux manuscrit aurait conservé les noms de plusieurs seigneurs qui ont dominé en Suède , qui nous a dit qu'ils étaient rois , ou simplement princes de quelque contrée particulière? » Vert. « Ce seigneur assyrien était prince d'un peuple nombreux et puissant. Le roi actuellement régnant l'avait traité d'une manière indigne. » Roll. — Et, d'autre part, entre roi et empereur la différence est la même qu'entre royaume et empire (voy. p. 558) : le roi a un État moins vaste que Yempereur, ou il règne sur un seul peuple , et Yempereur sur plusieurs. Les deux mots viennent du latin, rex, imperator , et leur signification actuelle est conforme à celle qu'ils ont eue chez les Romains , dont les possessions sous les rois étaient bien petites en comparaison de ce qu'elles furent sous les empereurs. Les rois de France ont toujours commandé à moins de sujets que Yempereur Charlemagne. Autrefois l'Allemagne était une réunion d'États , dont les chefs , princes sécu-

rité sur toute l'Allemagne, étaient en même temps rois d'une certaine partie de cette contrée, témoin Yempereur Rodolphe II, qui était à la fois roi de Bohême et de Hongrie.

Monarque et potentat ne sont pas des termes spéciaux d'une signification stricte, appartenant au langage particulier de la politique , mais des mots de la langue ordinaire , où ils représentent les rois , les princes ou les empereurs sous leur aspect le plus grand , le plus propre à imposer. Ils ont beaucoup de pompe et ne conviennent guère qu'au style soutenu, « La loi de Jésus- Christ a humilié les monarques et les potentats du siècle. » Bourd. a La religion humilie aux pieds des pauvres les monarques et les potentats. » Id. « Rois, monarques , potentats , sacrées majestés, vous ai-je nommés par tous vos superbes noms?» Labr. « Basilide dit dans le discours familier : notre auguste héros, notre grand potentat, notre invincible monarque. » Id.

Le monarque, du grec {jlôvoç, seul, etàp'/siv, commander, régner, commande seul, est seul maître , jouit d'une autorité absolue , et d'ordinaire ce mot emporte l'idée d'un contraste avec un nombre considérable de sujets; le potentat, de potens , puissant , a beaucoup de puissance.

Monarque donne du personnage une haute idée quant à son indépendance, à son autocratie, à l'éminence et à l'éclat de son rang, à sa majesté, à l'étendue de sa domination et de ses possessions. « H ne faut pas entendre par ce nom de roi (appliqué à un chef des Romains dans les commencements) des monarques tels que Cyrus et ses successeurs. Le chef d'un peuple de brigands ne peut jamais être despotique. » Volt. « L'action du prince , occupé à faire du bien à ses peuples , me montre sa grandeur et son abondance : c'est le caractère de la royauté , c'est ce qui fait la majesté des monarques. » Boss. « La mor£ confond et réduit en poussière les plus superbes monarques comme les derniers de leurs sujets. » Id.

Malgré tout son orgueil, ce monarque si fier....

Rac.

a Venez dans ma chambre ; je vous montrerai des trésors immenses et des richesses enviées des plus grands monarques. » Montesq. — Mais potentat désigne le personnage eu égard à ce qu'il peut, aux forces extraordinaires dont il dispose, comme une puissance. « Quelle comparaison entre le bon grand Henri IV et le petit Ulysse ou le fier Agamemnon , entre nos potentats et ces rois de village dont toutes les forces réunies feraient à peine un détachement de nos armées?» Buff. « Presque tous les potentats, ennemis les uns des autres, suspendirent leur querelle (1508) pour s'unir ensemble à Cambrai contre Venise. » Volt. « Comment ne pas sentir qu'il n'y a point de potentat en Europe assez supérieur aux autres pour en devenir le maître? Où prendrait un prince européen des forces inattendues pour accabler tous les autres?... Veut-on supposer à plaisir l'accord de deux ou trois potentats pour

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