‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 733 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

subjuguer tout le reste? » J. J. Dieu employa les Romains pour détruire Jérusalem : « Tant il est vrai que les plus grands potentats de la terre ne sont autre chose que les ministres de ses conseils. » Boss. « Voilà quelle était l'armée avec laquelle Charles VIII devait traverser toute l'Italie, pleine de potentats armés contre lui. » Id.

Un roi de France, dit Saint-Simon, a les moyens de tenir une cour splendide , digne d'un aussi grand monarque , et ses ressources pour la guerre le rendent redoutable à tous les potentats de l'Europe.

ROIDEUR, — RIGUEUR, RIGIDITE. Ces mots sont définis de même par l'Académie, grande sévérité. Peut-être ont-ils au fond même radical, et Roubaud a eu raison de les traiter comme synonymes.

La roideur cependant diffère bien de la rigueur et de la rigidité. Elle consiste , non pas à épargner , comme ces dernières , mais à ménager. On se montre roide dans le commerce de la vie, dans ses relations avec les autres ; on se montre rigoureux et rigide dans l'application des règles et des lois. L'homme roide est très-attaché à son sens , et n'en démord point ; il est hautain , obstiné , inflexible -, il va droit à son but , sans se laisser détourner , sans craindre de choquer , de froisser , de rebuter : l'homme rigoureux ou rigide est très-attaché à la règle ou à la loi ; il ne

s'en départ point , il la suit tout entière , il ne connaît qu'elle; il est très-régulier, très-exact. C'est par humeur qu'on est roide ; c'est par principe qu'on est rigoureux ou rigide.

Voltaire dit, un roide calomniateur , et il écrit à d'Alembert : « Envoyez-moi votre roide discours sur l'Histoire, prononcé dans l'Académie.... J'avais trop ménagé mon monde. » «te P. Tellier avait été renvoyé de Rome en France pour l'ardeur de son naturel et son roide.... II ne connaissait ni monde , ni mesure , ni degrés , n ménagements. » S. S. « Les hérésiarques ont un courage roide et hautain , un zèle amer contre les abus. » Fén. « Vous prenez sur le pécheur un ascendant trop impérieux : vous vous butez, vous vous obstinez contre lui, ne tenant nul compte du triste abandonnement où votre inflexi ble roideur le précipite.... Il eût été bien plus à propos de seconder ses bonnes dispositions par de sages et salutaires ménagements, en le traitant avec plus de circonspection et de modération. » Bourd. « Un homme d'esprit, et qui est né fier, ne perd rien de sa fierté et de sa roideur pour se trouver pauvre : si quelque chose au contraire doit amollir son humeur , le rendre plus doux et plus sociable, c'est un peu de prospérité. » Làbr.

Quant à la différence de rigueur et de rigidité, voy. Ire partie , p. 214 et 215.

SACERDOCE , PRÊTRISE. Etat , qualité , caractère de ministre de Dieu.

Sacerdoce, latin sacerdotium, se dit bien en parlant des religions de l'antiquité, soit païenne soit juive. Prêtrise, mot formé, depuis l'institution du christianisme, du grec irpsa^uxepoç, plus ancien, est surtout usité quand il est question de Jésus-Christ, de ses apôtres et «de leurs successeurs, ce C'est là que , par la comparaison du sacerdoce de la loi mosaïque , je tâcherais de vous faire connaître la dignité infinie de la prêtrise de Jésus-Christ. » Boss.

D'autre part, sacerdoce est plus noble queprêtrise. Il s'applique aux places les plus éminentes; au lieu que prêtrise annonce un rang inférieur dans la hiérarchie, a A Rome, on avait fait de la prêtrise une charge civile.... Les rois de Rome avaient une espèce de sacerdoce. Il y avait de certaines cérémonies qui ne pouvaient être faites que par eux. » Montesq. « Le sénat se vit obligé, pour éloigner Scipion Nasica du péril et le mettre en sûreté, de le faire sortir de l'Italie, quoiqu'il fût revêtu du plus grand des sacerdoces. » Roll. — La supériorité de noblesse de sacerdoce se montre aussi en ce qu'il est général et désigne la dignité d'une manière absolue : les droits du sacerdoce (Cond.) , les fonctions redoutables du sacerdoce (Mass.) , l'état du sacerdoce sous la loi de Moïse (Fén.), les querelles de l'empire et du sacerdoce (Volt.); à Rome, l'autorité de l'empire et du sacerdoce se trouve réunie dans la même personne (Mass.). Prêtrise, au contraire, est

plutôt particulier , et signifie une place dans le sacerdoce ou la dignité considérée par rapport au Dieu auquel elle attache, a Le second des archontes est chargé de juger les contestations qui s'élèvent dans les familles sacerdotales au sujet de quelque prêtrise vacante. » Barth. « César se présenta devant une assemblée du peuple pour demander la prêtrise de Jupiter. » Vert, ce Hispala dit que d'abord ces mystères (des bacchanales) avaient été célébrés par des femmes, sans qu'on y admît aucun homme ; que les dames parvenaient à la prêtrise chacune à leur tour. » Roll.

Dans la religion chrétienne, le sacerdoce n'appartient pleinement qu'au pape et aux évêques , qui ont seuls le droit de conférer tous les sacrements sans exception; la prêtrise est au-dessous et ne donne que le pouvoir de dire la messe et d'administrer certains sacrements parmi lesquels il ne faut compter ni la confirmation ni l'ordre. « Dubois n'attendait que le moment de mettre le pied dans le sacerdoce.... Tressan lui administra dans une matinée depuis la tonsure jusqu'à la prêtrise ; le cardinal de Rohan voulut bien se charger de l'ignominie de son sacre. » Marm. On n'est pas dans le sacerdoce à moins d'être sacré; dans la prêtrise, on n'est qu'ordonné. — Sacerdoce se dit particulièrement bien en parlant d'un évêque ou d'un archevêque, ce Etant déjà en possession d'être juge du civil dans son fief, et pensant ne l'être qu'en vertu du sacerdoce, chaque évêque crut devoir l'être en-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

eore dans tous les fiefs dont il était évêque. » Cond. a Cet archevêque, heureux d'avoir vu, pendant les jours de son sacerdoce, la piété d'un autre Ëzéchias.... » Mass. Il n'est pas rare, au contraire , de trouver la prêtrise opposée à l'épiscopat. a Les Aériens niaient l'utilité des oblations pour les morts, avec la distinction de l'épiscopat et de la prêtrise. » Boss. « Dans les premiers siècles de l'Église, il fallait faire violence aux saints pour les engager dans la prêtrise ou dans l'épiscopat. » Roll.

Jamais prêtrise ne convient à l'égard du haut clergé. Mais sacerdoce se trouve parfois employé pour exprimer les fonctions d'un simple prêtre. Alors c'est un terme de choix, honorable, propre à relever le ministère des autels. « Que l'honneur du sacerdoce est grand ! Prêtres du Seigneur, n'oubliez pas votre qualité , votre dignité , votre ministère. » Mal. « Restes de ces désirs du siècle qu'une sainte discipline a bannis du sanctuaire, et qui blessent l'excellence et la gravité du sacerdoce chrétien. » Mass. Le sacerdoce vous élève à une dignité qui vous approche de Dieu et fait de vous son organe; la prêtrise vous engage, vous enrôle dans le clergé, a Le czar Pierre a fondé à Moscou trois collèges, où l'on apprend les langues , et où ceux qui se destinaient à la prêtrise étaient obligés d'étudier. » Volt.

SACRIFIER , IMMOLER. Offrir ou vouer quelque chose à la divinité.

Sacrifier , sacrum facere , faire ou rendre sacré, consacrer, c'est renoncer à une chose, s'en priver, en faveur de Dieu. Immoler, c'est offrir un sacrifice sanglant , égorger une victime , détruire ce qu'on dévoue-, ce mot vient de mola, espèce de pâte salée qu'on mettait sur la tête des animaux qu'on allait immoler.

1° Sacrifier exprime un genre dont immoler est une espèce , l'espèce la plus considérable. On sacrifie toute sorte de choses : œ Les premiers hommes ne sacrifiaient que de l'herbe. » Montesq. On n'immole que des êtres animés. Aussi sacrifier s'emploie bien d'une manière absolue pour signifier un acte de culte quelconque , comme de brûler de l'encens. « Salomon sacrifiait à des dieux étrangers. Ses successeurs permettent le culte de ces dieux et leur offrent de l'encens. » Volt. Mais immoler est toujours suivi d'un mot désignant une victime, a Si les Juifs avaient eu alors leur loi qui leur défend de sacrifier aux dieux , ils n'auraient pas immolé leurs enfants à des dieux. » Volt. Voilà le Dieu à qui Noé a sacrifié en sortant de l'arche, à qui Abraham a bien voulu immoler son fils unique (Boss.).

Je vais sacrifier; mais c'est à -ces beautés

Que je vais immoler toutes mes volontés.

Corît.

2° En parlant des êtres animés , sacrifier n'indique pas qu'on aille jusqu'à les égorger. Ce qu'on sacrifie, on le voue seulement à la divinité ; ce qu'on immole , on le détruit en l'honneur de la divinité. Tous les saints qui ont souffert pour Jésus -Christ des persécutions ou des mauvais traitements se sont sacrifiés ou ont été sacrifiés à Dieu. Ce mot s'applique aux confesseurs comme aux martyrs ; les martys seuls ont été immolés.

Jephté sacrifie sa fille en la dévouant à l'état de vierge ; mais il ne Yimmole pas , puisqu'elle va dans les bois avec ses compagnes pleurer sa virginité.

3° Sacrifier emporte une idée de renoncement, de peine qu'on éprouve à se séparer de la chose. « Dieu commande à Abraham d'immoler Isaac A quelles épreuves la foi est-elle exposée ? Abraham allait sacrifier ce fils en qui seul Dieu lui promettait de le rendre père et de son peuple et du Messie. » Boss. Agamemnon sacrifie Iphigénie; Calchas et les Grecs V immolent (Rac). Des peuples sauvages , croyant qu'il fallait sacrifier aux dieux ce qu'on a de plus cher, ont immolé des victimes humaines (Volt.).

Pris dans un sens profane , ces deux mots gardent les mêmes différences : immoler signifie toujours positivement faire mourir, et sacrifier veut dire simplement offrir ou exposer à la mort, ou même à des dangers, à des inconvénients. « On dit qu'un général a sacrifié ses troupes; on ne dit pas qu'il les a immolées , parce que , si on peut le soupçonner de témérité , on ne peut pas lui supposer le dessein d'avoir voulu les faire périr. » Cond. Pyrrhus, renonçant un moment à son amour pour Andromaque, s'écrie :

Que d'amis, de devoirs j'allais sacrifier;

Quels périls ! Rac.

Mais a Brutus immole à la liberté sa propre famille. » Boss. Sacrifier ses jours ou sa vie à quelqu'un , c'est les mettre à son service , les lui vouer, quoi qu'il en coûte, quelque danger qu'il y ait à courir ; les lui immoler, c'est rigoureusement mourir pour lui.

Telles sont aussi les nuances distinctives de se sacrifier et de s'immoler. « On se sacrifie pour quelqu'un lorsqu'on renonce pour lui à ce qui peut être plus agréable; on s'immole lorsqu'on s'expose aux plus grandes peines , aux plus grands malheurs, lorsqu'on périt pour lui. » Cond. « Nous devons nous faire un devoir de nous renoncer , de nous sacrifier, de nous immoler pour Jésus-Christ. » Bourd. Deux amants qui par devoir renoncent l'un à l'autre se sacrifient (Rac). a Un roi doit s'oublier lui-même pour se sacrifier au bien public. » Fén. Du temps de Louis XIV, un gentilhomme qui se battait en duel se sacrifiait à l'honneur, car, s'il n'était pas tué, il était contraint de quitter le royaume (Mol.). Mais Codrus s'immole pour sa patrie (Roub.). Il y a des peuples sauvages qui s'immolent sur les tombeaux de leurs proches (Mass.). a Les oracles étaient vérifiés : on voyait dans Jésus-Christ ce Messie, d'une part victorieux et triomphant, et de l'autre sacrifié et immolé. » Bourd.

Au figuré , on sacrifie et on immole ce à quoi on renonce volontairement, en faveur de quelqu'un ou pour quoi que ce soit. Mais immoler exprime toujours un sacrifice plus considérable et qui va jusqu'à l'anéantissement de la chose. On sacrifie tout à ses intérêts ou à l'amour, c'està-dire qu'on y subordonne tout. « Ce sont de petits désagréments qu'il faut sacrifier à la nécessité. » Volt. On immole son bonheur au devoir (J. J.), son amoar à son devoir (Volt.),

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