‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 734 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

c'est-à-dire qu'on anéantit son bonheur ou son amour par devoir.

Il faut que mon amour se venge avec éclat,

Qu'ici ^immole tout à ma fureur extrême. Mol. Un père sacrifie sa fille à l'intérêt, quand il n'a en vue que la fortune en la mariant (Mol.). Autrefois des pères barbares immolaient leurs enfants à la cupidité , quand il les faisaient mourir au monde et les enfermaient dans des cloîtres, afin de laisser tous leurs biens à un seul fils (Mass.).

On revient donc toujours aux idées primitives : le sacrifice est un simple renoncement , un dommage, une offrande; et l'immolation, un sacrifice sanglant, qui détruit une victime. « Par l'aumône on sacrifie ses biens; par le jeûne on immole son corps. » Boss.

Rendez vains mes serments, sacrifiez nos lois ,

Immolez votre époux et le sang de vos rois. Volt.

SAGESSE , PRUDENCE, — VERTU. Principes d'action que suivent les êtres moraux, les êtres intelligents et libres , lorsqu'ils agissent de manière à mériter l'approbation et l'estime.

Plusieurs différences séparent d'abord la sagesse et la prudence de la vertu.

1° La sagesse et la prudence ne sont louables que sous un point de vue ; la vertu l'est absolument. La sagesse et la prudence guident bien , elles font connaître, choisir et employer les moyens les meilleurs pour arriver à un but ; mais ce but peut être mauvais, personnel ou coupable. La vertu pose le but, un but essentiellement bon, l'accomplissement du devoir ou de la loi et y dirige par les voies les plus convenables , si rudes qu'elles soient. Sagesse et prudence donnent l'idée de lumières , d'habileté , de talent utile : l'homme sage ou prudent n'est pas insensé , extravagant , fou ; tel fut le sage ou le prudent Ulysse. Vertu donne l'idée de courage (virtus), de dévouement, de sacrifice , de désintéressement : l'homme vertueux n'est pas vicieux, lâchement asservi à ses passions égoïstes, malveillantes ou criminelles: tel fut le vertueux Caton. oc Dans la position où je suis, me livrer aux amusements qui me flattent est une grande sagesse, et même une grande vertu; c'est le moyen de ne laisser germer dans mon cœur aucun levain de vengeance ou de haine. » J. J. « Voici les pièces du procès des Sirven : nous vous les adressons à vous, mon cher frère (Damilaville) , dont la philosophie consiste dans la vertu autant que dans la sagesse. » Volt. Ainsi la sagesse et la prudence peuvent n'avoir rapport qu'à nous; la vertu a nécessairement rapport aux autres ou au bien en soi. — 2° Sagesse et prudence expriment des principes de conduite doux, calmes, qui ne demandent pas beaucoup d'efforts; la vertu, au contraire, exige de la constance, de l'énergie, veut qu'on se fasse violence , oblige à lutter. « On se plaint de manquer de force quand il est déjà trop tard pour en user. La vertu ne nous coûte que par notre faute; et, si nous voulions être toujours sages, rarement aurions-nous besoin d'être vertueux. En cédant à des penchants faciles et à des tentations légères, nous tombons dans des situations périlleuses, dont nous ne pouvons plus nous tirer sans des

efforts héroïques qui nous effrayent. » J . J.

3° La sagesse et la prudence n'agissent que sur l'esprit : les conseils de la sagesse ou de la prudence. La vertu intéresse le cœur; ce n'est plus une lumière qui éclaire , c'est un sentiment qui nous fait incliner au bien ou nous y pousse : les attraits , l'enthousiasme de la vertu. La philosophie et l'expérience peuvent rendre sage et prudent; la vertu est plutôt l'effet du naturel cultivé par la religion et par l'exercice habituel de l'empire sur soi-même.

La sagesse et la prudence diffèrent aussi l'une de l'autre.

La sagesse est positive , la prudence négative ; l'une dirige, l'autre contient. Sage entreprise, prudente retraite; sage réponse , prudent silence. « Comme les monarques doivent avoir de la sagesse pour augmenter leur puissance , ils ne doivent pas avoir moins de prudence afin de la borner. » Montesq. « Le sage est éclairé sur ce qu'il doit faire; le prudent, sur* ce qu'il doit éviter. » Cond. Le démon de Socrate lui inspirait, non la sagesse, mais la prudence ; car, sans lui indiquer les actions qu'il devait faire, il le détournait de celles dont il devait s'abstenir. Or, la prudence, consistant à s'interdire le mal, est inférieure à la sagesse qui prescrit le bien. Avec de la prudence seulement, on est circonspect, réservé, innocent; avec de la sagesse, on ne se contente pas de dire :

Si non culpabor, sat mihi laudis erit ; on se rend digne de louanges par un mérite effectif. Les sages de l'antiquité n'ont pas seulement tenu une conduite irréprochable ; ils ont contribué au progrès de la civilisation en tout genre. Rien ne périclite sous une administration prudente ; mais tout prospère, tout fleurit sous une sage administration. — D'autre part , la sagesse et la prudence sont relatives , l'une à la théorie , l'autre à la pratique, a Dieu a donné à Salomoa la sagesse pour l'intelligence de la loi et des maximes, la prudence pour l'application.» Boss. « La sagesse est la connaissance certaine des effets par les premières causes ; comme quand on rend raison des événements ou de l'ordre de l'univers par la Providence.... La prudence est une connaissance des choses qui regardent les mœurs ; ce qui nous conduit tout naturellement à la morale. » Id. « De toutes les qualités de l'âme, la plus éminente est la sagesse, la plus utile est la prudence. » Barth. La sagesse dicte des préceptes certains; la prudence donne des règles sûres. La sagesse est la raison perfectionnée par la science ; la prudence est la droite raison appliquée à la conduite de la vie. La sagesse voit plus en grand et montre les voies générales ; la prudence voit plus en détail, et détermine le choix et l'emploi des moyens particuliers. A sagesse s'attache une idée d'excellence et de dignité ; à prudence une idée de savoir faire.

Une femme sage se conduit bien ; une femme prudente ne s'expose pas; une femme vertueuse résiste, se défend, triomphe de ses penchants et des tentations. Dieu est sage , car en tout il voit ce qu'il y a de mieux et s'y conforme :

Le ciel est juste et sage, et ne fait rien en vain. Rac

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

Mais on ne peut pas dire que Dieu soit prudent; car, comme le remarquait très-bien le pontife Cotta, au rapport de Cicéron, il n'y a point pour Dieu de mal, de fautes, de dangers possibles. Et il n'est pas non plus vertueux; car il agit conformément au bien sans peine, sans effort, sans avoir de penchants ou de passions à combattre.

SALUT , SALUTATION , — RÉVÉRENCE. L'idée commune à ces trois mots est celle d'une démonstration extérieure par laquelle on témoigne aux personnes quelque sentiment favorable , de l'intérêt , de la bienveillance , de l'estime ou du respect.

Salut et salutation ont été distingués l'un de l'autre dans la Ire partie, p. 169 et 170. Ils diffèrent considérablement de révérence.

Salut et salutation viennent du latin salus , salut, santé, de salvere, se bien porter; en sorte que le salut ou la salutation consiste à dire , portez-vous bien , bonjour, ou à souhaiter une bonne santé. Révérence dérive de revereri, craindre par respect , éprouver une crainte respectueuse , et indique une sorte d'hommage ou même de culte , rendu à une personne qu'on vénère. On salue un inférieur ou un égal, comme un supérieur; au lieu que la révérence s'adresse toujours à un supérieur, devant lequel on s'abaisse pour l'honorer, et ce n'est pas seulement le respect qu'elle marque , mais un grand respect mêlé de crainte. « Mon Dieu ! laissez-là votre révérence ; ce n'est pas de ces sortes de respects dont je vous parle.» Mol. « Alors l'ambassadeur ottoman fit sa révérence et se retira à reculons , sans tourner le dos tant qu'il put être vu du roi , fit ses deux autres révérences où il les avait faites en venant, puis s'en alla lentement. » S. S. a La révérence que j'ai faite à M. le duc de Bourgogne n'est pas ce que vous croyez. » Fén. « J'embrasse Mlles de Grignan, et leur fais aussi mille souhaits pour cette année ; je n'ose hasarder qu'une révérence à M. le comte. » Sév.

Quant à la manière ou à la forme , on salue du geste , en se découvrant , en touchant la main , par un léger signe de tête, ou même sans se mouvoir, en prononçant certains mots; mais la révérence se fait en inclinant beaucoup le corps ou en pliant les genoux. « Je fis au magistrat une révérence si profonde , que je pensai donner du nez à terre. Il répondit à mon salut par une légère inclination de tête. » Les. « Calderone, secrétaire du ministre , mettait pour ainsi dire des nuances de considération dans les civilités qu'il faisait : il se contentait de faire à ceux-ci une légère inclination de tête; il honorait ceux-là d'une révérence. » Id. « Nous saluâmes ces Lapons en leur donnant la main, et leur disant pourist, qui est la salutation laponne, qui veut dire bien venu. Ces pauvres gens nous saluèrent de même , et nous rendirent le salut par le mot de pourist oni, soyez bien venu aussi. Ils accompagnèrent ces mots de leur révérence ordinaire , qu'ils font à la mode des Moscovites, en fléchissant les deux genoux. » Regn.

La révérence n'est pour l'ordinaire qu'un vain cérémonial, un acte de pure civilité ou d'étiquette , comme sont la plupart des compliments.

« On croirait que c'est une contradiction que le pape fût venu en France se prosterner aux pieds de Pépin, et disposer ensuite de la couronne; mais non; ces prosternements n'étaient regardés alors que comme le sont aujourd'hui nos révérences : c'était l'ancien usage de l'Orient.... Tout cela était sans conséquence. » Volt. « On vient au prince par cérémonie , en effet on traite avec le ministre. Le prince a les révérences , le ministre a l'autorité effective. » Boss. Racine à Uzès , chez un chanoine , son oncle , à cause duquel on lui faisait force caresses , écrit à un de ses amis : « En ce pays , les civilités sont encore plus en usage qu'en Italie.... Je suis épouvanté de voir tous les jours des villageois pieds-nus ou ensabotés, qui font des révérences comme s'ils avaient appris à danser toute leur vie. »

SANG-FROID (DE) , DE SENS RASSIS. Calme ou d'une manière calme , sans être ému.

De sang-froid se rapporte à l'activité , de sens rassis -à l'intelligence. Quand on est de sangfroid, on n'a pas le sang chaud, on n'est pas bouillant, fougueux, prêt à commettre des violences ; quand on est de se?is rassis , on a le sens droit, et non troublé, on n'est pas dérangé mentalement, prêt à déraisonner. On agit de sangfroid; on juge de sens rassis. Le furieux et le fanatique ne sont pas de sang-froid; l'insensé, l'extravagant, n'est pas de sens rassis. Alexandre n'était pas de sang-froid lorsqu'il tua Clitus; des juges prévenus, aveuglés par la passion, ne sont pas de sens rassis. De sang-froid, c'est-à-dire sans emportement; de sens rassis, c'est-à-dire sans égarement, sans folie.

L'homme ivre n'est pas de sang-froid, maître de lui-même , de ses mouvements ; il peut faire un mauvais coup, a Un homme de ce caractère (un coquin) entre sans masque dans une danse comique , et même sans être ivre , mais de sangfroid.» Lâbr. a Vous sortiez d'un long repas.... Soyez certain qu'un tète à tête où vous m'auriez traitée ainsi de sang-froid eût été le dernier de notre vie. » J. J. Un docteur entêté d'un système et un homme rempli de préjugés ne sont pas de sens rassis. Voltaire dit de certains docteurs en Sorbonne :

Ils avaient l'air d'être de sens rassis : Chacun passait pour sage en son logis...; Quelques-uns même étaient de bonnes têtes; Ils sont tous fous , quand ils sont sur les bancs.

a Alors nous pouvons mieux raisonner que jamais.... N'ayant plus ni préjugés, ni vues propres à quoi nous demeurions opiniâtrement attachés, nous voyons d'un œil plus épuré, et nous jugeons d'un sens beaucoup plus rassis. » Bourd. — Suivant Cicéron, l'orateur qui veut n'être que sublime , qui ne peut traiter aucune matière d'un air tranquille , qui s'enflamme dès le commencement , ressemble à un homme ivre parmi des gens à jeun et de sang-froid, à un homme en délire parmi des gens de sens rassis (Lah.).

On a dit quelquefois de sang -rassis et de sensfroid, a Le dessein de conquérir toute la terre est une idée romanesque qui ne peut tomber dans la tête d'un homme de sang rassis. » Volt. * Les feux de la jeunesse ont passé.... Je hais les fem-

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