‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 735 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

mes depuis que je les envisage de sens froid. » Montesq. Mais c'est s'exprimer d'une façon contraire à l'analogie. Le propre du sang est d'être chaud ou froid , de s'échauffer, de s'enflammer, ou de se refroidir, de se glacer, mais non pas d'avoir une assiette, d'être droit ou solide. Le sens, au contraire, qui n'est susceptible d'être appelé ni chaud ni froid , a cela de commun avec l'esprit que , comme il peut être renversé , il peut être rassis.

SATIRIQUE, CAUSTIQUE, MORDANT. Qui attaque les personnes et relève leurs défauts. On dit presque indifféremment: un homme, un caractère, un esprit, un discours, un propos, des vers satiriques, caustiques bu mordants; une humeur satirique , caustique ou mordante.

Satirique signifie l'idée commune simplement, sans rien qui la fasse saillir ; au lieu que caustique et mordant y ajoutent chacun une énergie particulière. Satirique est seulement énonciatif , il fait connaître de quelle nature est la chose dont on parle ; caustique et mordant sont expressifs , ils font sentir combien est forte la qualité attribuée au sujet. En disant qu'une personne ou une chose est satirique , vous la classez ; en disant qu'elle est caustique ou mordante , vous la dépeignez. On est satirique , mais non pas caustique ni mordant , quand on se borne à signaler sans grande vivacité et sans beaucoup d'aigreur ce qu'on trouve de blâmable et de ridicule. Il se peut aussi que le satirique , à la différence encore du caustique et du mordant , prenne pour objet de ses censures les personnes en général, les hommes , les abus et les vices publics , et non pas telles ou telles personnes en particulier.

Ce qui est caustique brûle , cuit , cause une vive douleur; ce qui est mordant déchire, fait une blessure sanglante , et produit une longue souffrance. On est plus sensible à ce qui est caustique; ce qui est mordant fait plus de mal.

Le caustique lance des traits piquants qui ne sont guère dirigés que contre les travers et les ridicules -, l'esprit mordant s'acharne contre les mœurs et déchire les réputations. Dans le caustique il y a de la malice , du dépit ; dans l'esprit mordant, de la haine et de la méchanceté.

La causticité n'est pas aussi odieuse , elle peut avoir quelque chose de léger et de badin, et n'employer pour arme qu'une fine raillerie, a Le Haquais était salé, volontiers caustique, gai, plaisant , plein de saillies et de reparties. » S. S. « Les mots railleurs d'un caustique. » J. J. « Trasille est vain, caustique et railleur. »Vauv. «Les nombreux ouvrages du moraliste satirique Lucien prouvent de l'esprit, de la finesse et de la gaieté caustique. » Laii. a L'orateur Philippe -avait dans les altercations , quand il était échauffé , quelque chose de piquant et de caustique qui plaît toujours beaucoup aux auditeurs. » Roll. Mais la mordacité ne connaît point de ménagements , ne respecte rien; elle frappe des coups cruels qui tendent à détruire et emportent la pièce, comme on dit. Les ouvrages de Juvénal, qui poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole et dont la mordante plume fit couler des flots de fiel et d'amertume, sont pleins d'affreuses vérités (Boil.).

a Vaut- il mieux être farouche, dédaigneux, incompatible et toujours mordant (Alcibiade à Timon)?» Fén. « Lorsque l'épigramme est mordante, il est rare qu'elle ne soit pas odieuse; et si à la diffamation elle joint la calomnie, elle est atroce.» Marm. — « L'abbé Furetière était connu par son caractère caustique et mordant qui a fini par le déshonorer et le perdre. » D'Al.

SATISFAIT , CONTENT. On est satisfait ou content d'une chose qu'on tient pour suffisante, et qui ne laisse plus lieu au désir.

Mais satisfait exprime une suffisance et une extinction de désir relatives ; content , une suffisance et une extinction de désir absolues. Celui qui est satisfait d'une chose n'en demande plus; celui qui est content d'une chose ne demande plus rien. Il y a des gens insatiables qui ne sont jamais satisfaits, qui ne disent jamais d'une chose qu'ils reçoivent , c'est assez ; il y a des gens inquiets qui ne sont jamais contents , qui se créent sans cesse de nouveaux sujets d'espérer ou de craindre. Vous venez d'acquérir un bien auquel vous aspiriez; vous voilà satisfait par cela seul. Êtes-vo us content ? Hélas! pas toujours, ni nécessairement; il y a tant d'autres choses dont vous êtes privé et dont vous pouvez sentir la privation.

Satisfait regarde plutôt le passé , et content l'avenir. On est satisfait quand on n'a pas voulu, cherché, travaillé en vain; on est content quand on n'est pas tourmenté du besoin d'autre chose. Celui qui est satisfait de son sort estime que ses affaires ont tourné , réussi à souhait ; celui qui est content de son sort se trouve bien et ne tente pas de nouvelles entreprises ou de nouvelles voies pour ajouter à son bien-être.

Satisfait est objectif et marque simplement un fait, un succès, l'accomplissement d'un désir; content est subjectif et marque la tranquillité de l'âme produite par la plénitude de la jouissance et l'exemption de désirs nouveaux. J'ai vu se réaliser mes souhaits , mes idées , mes demandes , mes prétentions, je suis satisfait, satisfait et pourvu , il a été fait assez [salis factum) ; ce que je possède, ce qui est venu en ma possession remplit toute la capacité de mon âme , elle est contente, c'est-à-dire qu'elle est contenue ou qu'elle se contient, qu'elle ne va pas au delà, qu'elle ne forme pas d'autres vœux, elle est contente et heureuse. Votre satisfaction est d'obtenir ou d'avoir obtenu; votre contentement est de jouir et de jouir sans autre désir qui vous trouble. Il nous arrive souvent en cette vie d'être satisfaits , le fait d'un homme qui obtient ce qu'il convoite est assez ordinaire ; il nous arrive plus rarement d'être contents, l'état d'un homme à qui ce qu'il a suffit , et qui s'y tient , est presque une chimère , tant est imparfaite la jouissance de ce que nous obtenons et tant nos goûts sont changeants. N'être pas satisfait d'un homme a rapport à sa conduite qui n'est pas tout à fait ce qu'elle devrait être ; n'être pas content d'un homme a rapport au sentiment de chagrin que sa conduite inspire.

La satisfaction se rapporte moins et importe moins au bonheur que le contentement. On satis»

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

fait un léger besoin , on contente une grande ou forte passion. « Je me manifesterai à vous, dit Jésus-Christ à ses apôtres, non point pour satisfaire des yeux curieux, mais pour contenter un cœur ardent. » Boss. L'opinion remplit ses hôtes d'une satisfaction pleine et entière , elle les rend contents (Pasc.).— C'est plutôt l'esprit ou le goût qui est satisfait, c'est plutôt la sensibilité ou l'âme qui est contente. On est satisfait de ce qui est vrai ou beau , content de ce qui est bon. Je suis satisfait d'un ouvrage de l'esprit ou d'un ouvrage d'esprit , d'une démonstration , de raisons qu'on allègue; je suis content de la quantité ou de la qualité de mes aliments, des sentiments qu'on a pour moi , etc.

Satisfaction est encore objectif, et contentement subjectif, en ce sens que la satisfaction dépend toujours des événements , et le contentement quelquefois ou en partie de l'âme. Un homme qui a toutes les ressources de la fortune se satisfait aisément; un homme qui a de la modération sait se contenter. Il n'y a nul mérite à être satisfait , c'est un accident : le contentement peut être l'effet de l'empire sur soi-même et de la prudence. Je ne vous dirai pas, soyez ou vivez satisfait , mais soyez ou vivez content.

Enfin , on est plutôt satisfait des faits , des actions , de ee qui arrive, et content des choses ou des personnes. Je suis satisfait de vos démarches , de -yos réponses , de vos excuses , et je suis content de vous. Je suis content du sujet d'un discours, mais je ne suis pas satisfait de l'exécution. Luther était content des luthériens , et satisfait des explications et des adoucissements de leur profession de foi (Boss.). Je suis content de la chose que vous m'avez envoyée , elle est bonne , et je suis satisfait de votre envoi. Voltaire écrit dans ce sens au maréchal de Richelieu : a J'envoie à Mme Dubarry une montre de ma colonie ; si vous en êtes content, j'espère qu'elle en sera satisfaite; ce n'est pas seulement dans les ouvrages d'esprit que vous avez du goût. »

SAUVAGE , FAROUCHE. Ces deux mots se disent, au propre, des animaux qui ne vivent point dans l'état de domesticité, et, figurément, des hommes peu sociables. Ils ont la même différence dans les deux acceptions.

Le sauvage ne recherche pas la société ; il n'ose aborder : le farouche repousse la société; on n'ose l'aborder. L'un fuit, l'autre fait fuir. Le sauvage est craintif, timide, méfiant; il fuit, s'éloigne et vit à l'écart : le farouche est violent . indompté, plein de fureur, mais d'une fureur concentrée , sombre et silencieuse ; il n'a pas peur , il fait peur.

Le lièvre, le cerf, le daim sont des animaux sauvages : les oies et les canards sauvages sont, comme les premiers , des animaux fort doux. Mais les bêtes farouches sont les bêtes féroces (les deux mots ont la même racine , le latin férus) , avec cette seule différence que la violence des bêtes farouches est considérée en elles-mêmes, comme menaçante , comme prête à se déployer à la moindre tentative de les approcher et de les dompter, plutôt que comme se déployant actuellement et sans provocation. * Les civettes sont

naturellement farouches et même un peu féroces. » Buff.

« Le canard, si privé la veille, est devenu sauvage aujourd'hui : au lieu de présenter le bec, il tourne la queue et s'enfuit. » J. J. « Polyphème, toujours à l'écart, mène une vie brutale et sauvage. » Fén. « Contre des périls si terribles, des religieuses ne sauraient être trop sauvages , trop alarmées , trop enfoncées dans leur solitude. » Id. « Madame était sauvage, toujours enfermée à écrire. » S. S. « Nous appelons sauvage un homme de mauvaise humeur , qui fuit la compagnie. » Volt. « Les animaux les plus sauvages et les plus solitaires sortent de leurs tanières quand l'amour les appelle. » Id. « Des animaux sauvages et paisibles. » Bàrth. « D'un naturel timide et sauvage. » Buff. « Les éléphants sont aujourd'hui moins défiants, moins sauvages, moins retirés dans les solitudes. » Id. « Le naturel de ces animaux (les chevaux dans l'état de nature) n'est point féroce ; ils sont seulement fiers et sauvages. » Id.

« Semblables à deux bêtes farouches, Timocrate et Protésilas étaient toujours prêts à se dévorer l'un l'autre. » Fén. Achille, ce guerrier si irritable, avait l'humeur farouche (Laf.). « Nemrod. homme farouche, devint par son humeur violente le premier des conquérants. » Boss. « La véritable gravité est bien éloignée d'une austérité farouche ou affectée qu'on n'ose aborder. » Fén. « Le pape Urbain, homme impétueux et farouche. » Volt. « Il fallait adoucir les Corses, et on les rendait encore plus farouches. r> Id. « De nos quatre animaux, les deux mâles étaient farouches et méchants. » Buff. « Le chien, même sauvage , n'est pas d'un naturel farouche : il s'apprivoise aisément. » Id.

L'homme sauvage est triste , chagrin , misanthrope , particulier , renfermé en lui-même, « La Salle était un homme chagrin, particulier, sauvage, avec qui on n'avait guère d'habitude. » S. S. Autrefois David

Calmait d'un roi jaloux la sauvage tristesse. Rac.

— L'homme farouche est dur, rude, fier, intraitable, rébarbatif, inexorable.

Jélra n'a point un cœur farouche, inexorable. Rac. « Il y a des hommes d'un naturel fier et intraitable qui doivent soutenir cette vertu austère et farouche jusqu'à la mort. » (Cicéron à Caton). Fén. — « Le duc de Bourgogne, d'abord farouche , orgueilleux , superbe , violent dans tous ses désirs et dans ses volontés les plus capricieuses, emporté jusqu'à la fureur dans ses penchants pour tous les vices, terrible dans ses passions; puis ramené -insensiblement par une éducation pieuse, et devenu timide, modeste et recueilli jusqu'à paraître sauvage, tant il était en crainte de sa propre faiblesse et des séductions de la cour. y> Marm.

Une vertu sauvage fuit le monde et ses plaisirs.

Que vous sert, disent-ils, cette vertu sauvage? De tant de plaisirs si doux Pourquoi fuyez-vous l'usage?

Votre Dieu ne fait rien pour vous. Rac.

— Une vertu farouche s'emporte contre les vices : telle était celle de Caton le censeur. Dans un dia-

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