‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 74 sur 881 · SYNONYMIE DES SUBSTANTIFS QUI DIFFÈRENT UNIQUEMENT PAR LE NOMBRE · texte numérisé non relu

SYNONYMIE DES SUBSTANTIFS QUI DIFFÈRENT UNIQUEMENT PAR LE NOMBRE

Vivacité, vivacités ; tendresse , tendresses ; bonté, bontés; bassesse, bassesses; etc. Air, airs. Infortune, infortunes; malheur, malheurs; chagrin, chagrins. Ruine, , ruines; détail , détails; etc. Le mérite, les mérites ; la richesse, les richesses. V approche , les approches. La noce , les noces. L'impôt, la taille, la dîme; les impôts, les tailles , les dîmes. Le sage , les sages; Yhomme , les hommes.

Le singulier exprime l'unité , le pluriel la pluralité ou la variété. Telle est la règle sous sa forme la plus générale ; mais on n'en comprendrait ni le sens ni la portée , si on ne la suivait dans des applications qui l'expliquent et la justifient.

Supposons d'abord qu'il s'agisse de substantifs qui signifient des sentiments de l'âme , comme la vivacité, la tendresse, la bonté, la bassesse, la, charité , la douceur , le mépris , la soumission , la fierté, la rigueur, etc. On demande quelle différence existe entre ces sentiments exprimés par le singulier , et ces mêmes sentiments exprimés par le pluriel. Dire que le singulier représente chacun d'eux comme un , et le pluriel comme multiple ou varié , c'est donner une réponse vraie au fond, mais obscure. Tâchons donc de l'éclaircir.

Le singulier montre chacun de ces sentiments comme un , c'est-à-dire comme étant une disposition de l'âme continue ou permanente , qu'on éprouve à tel ou tel degré , mais toujours , abstraction faite

des mouvements qu'elle fait produire à l'extérieur. Le pluriel , au contraire , les montre comme divers et multiples , c'est-à-dire , dans leurs effets , dans leurs manifestations, sous leur côté phénoménal et accidentel. Personne ne confond la vertu théologale appelée charité avec les charités , c'està-dire , avec les actes , les pratiques qui en dérivent et en sont les accidents. Il suffit d'un peu d'attention pour distinguer de même la vivacité des vivacités , la tendresse des tendresses , la bonté des bontés , la bassesse des bassesses , etc. La vivacité, la tendresse, la bonté, la bassesse sont des affections intimes, immanentes, inhérentes au caractère dont elles forment les éléments. On ne peut les réprimer sans un grand empire sur soi-même. Les vivacités , les tendresses , les bontés , les bassesses sont les réalisations de ces qualités : les vivacités sont des mouvements de vivacité, des emportements passagers; les tendresses des témoignages de tendresse , des manières empressées et caressantes; les bontés des signes extérieurs et accidentels qui annoncent de la bonté, signes qui , comme ceux de la tendresse , peuvent bien ne rien signifier du tout. Aussi , faire amitié suppose plutôt la réalité du sentiment , ou tout au moins se rapporte plus au fond que , faire des amitiés. Les bassesses sont des actes de bassesse. La faiblesse est un défaut; les faiblesses sont des fautes. De sorte que la différence du singulier au pluriel , c'est-à-dire de l'unité à la variété , revient à celle de l'être au phénomène.

Nos écrivains les plus spirituels en ont tiré d'heureuses oppositions de mots. « On dit : En Angleterre , on ne me fait point amitié. Est-il néces-

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