‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 741 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

comporter comme des serviteurs et des ministres. » Bourd. « Il n'est pas honteux à l'homme de servir Dieu; le titre de serviteur du Très-Haut est mille fois plus grand et plus réel que tous les titres vains et pompeux qui entourent le diadème des souverains. » Mass. « On compte en voyant Turenne les ennemis qu'il a vaincus, non pas les serviteurs qui le suivent. » Flégh. « Les citoyens que le roi paye se croient ses serviteurs.» Cond. Les officiers de la couronne sont des serviteurs , et non des domestiques.

Domestique, valet, laquais. Serviteurs à gages, servant un maître.

Le domestique est de la maison , domus. Le valet est attaché à tel ou tel genre de service, à telle ou telle personne : un valet de chambre, un valet de théâtre , un valet de charrue ; un valet de laboureur, de bourreau , de chiens , etc. Ensuite, soit parce que le mot valet , à la différence de domestique, a une origine vulgaire, soit parce que les valets ont un emploi particulier , et par conséquent restreint, de peu d'importance, valet se prend d'ordinaire en mauvaise part. Suivant la première édition du Dictionnaire de l'Académie , le valet est un domestique qui sert dans les bas emplois. De valet on a fait voleter et valetaille , termes de mépris, a Achille dit qu'il aimerait mieux être sur la terre le valet du plus pauvre laboureur que le roi de tous les morts dans les enfers. » Roll. «■ L'âne abandonné à la grossièreté du dernier des valets. * Buff. « La tête de Galba, défigurée par les valets et goujats, fut trouvée devant le tombeau de Patrocle. » J. J. « Si c'eût été du moins un gentilhomme ! mais un valet, un gueux.... 35 Volt, a Menteur comme un valet. » Làf. ce II fallait être bien esclave, bien valet à tout faire, pour oser se charger d'une pareille insinuation. » S. S. ce Les gens rustiques s'entretiennent de leurs affaires avec leurs domestiques , jusques à rendre compte à leurs moindres valets de ce qui aura été dit dans une assemblée publique. » Labr. a Pour réussir il fallait n'avoir autour de soi que des domestiques intelligents et bien intentionnés; un seul valet brutal ou flatteur eût suffi pour tout gâter. » J. J. « Il est vrai que j'ai été domestique de M. de Montaigu, ambassadeur de France à Venise, et que j'ai mangé son pain, comme ses gentilshommes étaient ses domestiques et mangeaient son pain. Mais , bien qu'eux et moi fussions ses domestiques, il ne s'ensuit point que nous fussions ses valets. » Id.

Le laquais est un domestique ou un valet qui est moins pour l'utilité que pour l'ostentation. C'est un homme de suite : il accompagné son maître dans ses courses ou ses visites, ordinairement monté derrière son carrosse et portant sa livrée. « Quand vous voudrez aller en visite ou à la promenade , il y aura toujours deux laquais et un carrosse à vos ordres. » Les. ce Tous les domestiques de l'archevêque de Tolède , et même tous ses laquais, cochers, postillons, étaient tous vêtus en ecclésiastiques. » S. S. ce II ne voulut que sa chaise de poste, un laquais derrière.» Id. Lafontaine dit des savants :

Qu'ils ont pour tout laquais leur ombre seulement.

Ces carrosses sans cesse à la porte plantés , Et de tant de laquais le bruyant assemblage Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage.

Mol.

Lorsqu'un carrosse fait de superbe manière, Et comblé de laquais et devant et derrière, S'est avec un grand bruit devant nous arrêté.

In.

« Voilà un laquais qui demande si vous êtes au logis , et dit que son maître vous veut venir voir. » Id. * Pourquoi croit-on que l'on charge les carrosses de ce grand nombre de laquais? » P. R. — Le laquais a pour fonction accessoire celle d'échanson. a Les vieillards se souvenaient d'avoir vu Bachelier , laquais de M. de Larochefoucauld , leur donner à boire à sa table , en livrée. » S. S. a Pour commencer à m' acquitter de mes fonctions de laquais, je m'approchai d'un buffet sur lequel il y avait une bouteille de vin de Portugal et une carafe d'eau; et, toutes les fois que mon maître demandait à boire , je lui portais' son verre sur une soucoupe. » Les. « Point d'importun laquais comptant nos morceaux d'un œil avide , et s'amusant à nous faire attendre à boire. » J. J.

SERVITUDE , ESCLAVAGE. État de soumission absolue , de dépendance extrême , où on ne jouit plus de sa liberté.

Le mot de servitude n'a pas la même force que celui d'esclavage. L'un rappelle servir et serviteur, l'autre esclave. La servitude restreint notre liberté, Vesclavage la détruit. La servitude est une sorte à' esclavage; Vesclavage est la plus dure des servitudes. Dans la servitude on a des i devoirs à remplir; dans Vesclavage on ne s'ap- : partient plus, a Le préceptorat n'est .pas une condition pleine de douceur : c'est plutôt une , servitude. J'ai élevé le fils d'un alcade de cour; j'ai passé huit années dans un esclavage plus | rude que celui des chrétiens en Barbarie. » Les. « Le titre d'allié des Romains était une espèce de servitude. » Montesq. Chez les Romains , comme ailleurs , on n'était dans Vesclavage proj prement dit que lorsqu'on était tellement au | pouvoir d'un maître , qu'on lui servait comme d'instrument , comme de chose , qu'on n'avait aucune existence civile. « A côté de Vesclavage civil on peut placer la servitude domestique. » D'Al.

Le sens de servitude est affaibli au point qu'on le dit de l'état de simple domesticité : « La servitude et l'honnêteté sont-elles si compatibles, qu'on doive espérer de trouver des domestiques honnêtes gens ? » J. J.

Esclavage enchérit donc évidemment sur servitude : s'affranchir de la servitude et de l'esclavage du monde (Bourd.), du corps (Id.). «Le caractère propre des peuples d'Asie était la servitude et Vesclavage. » Roll.

Il peut y avoir une servitude assez douce , une servitude qu'on aime ; au lieu que Vesclavage est toujours cruel et abhorré. Télémaque dit à Hazaël , le maître de Mentor : « Vous voyez le fils d'un roi qui est réduit à demander la servitude comme son unique ressource. Autrefois j'ai voulu mourir en Sicile pour éviter Vesclavage :

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

maintenant je crains de ne pouvoir être reçu parmi vos esclaves. » Fén.

La servitude peut être volontaire , mais jamais Yesclavage. « Ceux qui se sont soumis à une servitude volontaire et ceux qui gémissent sous Yesclavage forcé d'un tyran. » D'Al.

Quelquefois même servitude exprime un certain goût pour cet état de bassesse , une disposition à s'y mettre de soi-même. « Le maréchal de Noailles plaisait au roi par son extrême servitude. » S. S. « Les lois ne veulent pas que tant d'hommes servent, par leur misère et par leur servitude lâche , à flatter l'orgueil et la mollesse d'un seul homme. » Fén. « Un Grec , né libre , était ennemi de la hauteur des rois barbares, des servitudes et des vices des courtisans. »

ROLL

Leur prompte servitude a fatigué Tibère. Rac.

Enfin l'idée de l'action marquée par le verbe servir est naturellement reproduite par servitude plutôt que par esclavage : le premier de ces mots fait concevoir des services, des occupations, des travaux; le second signifie uniquement un état. « Pharaon et ses officiers , en poursuivant les Israélites , songeaient à les forcer de rentrer dans Yesclavage, et de retourner aux travaux publics de leur ancienne servitude. »

SEUL, UNIQUE. Sans autre ou sans d'autres.

Ces deux adjectifs sont assez faciles à distinguer, quand ils sont placés après le nom de la personne ou de la chose auquel ils se rapportent.

Ce qui est seul est sans compagnon; ce qui est unique est sans pair. Un homme seul est isolé , sans société, réduit à lui-même ; un homme unique est incomparable , singulier dans son genre. Robinsou vécut longtemps seul dans son île ; un enfant est unique , quand il n'y en a pas d'autre qui soit de sa race , qui soit son frère ou sa sœur. De même , une chose est seule , lorsqu'il n'y en a pas d'autre avec elle ; une chose est unique , lorsqu'il n'y en a pas d'autre comme elle : la première n'est point accompagnée, la seconde point commune. « L'ambition de Pompée fut satisfaite par cette distinction unique et sans exemple d'être créé seul consul , et mis ainsi seul à la tête de toute la république. » Roll.

Mais seul et unique semblent plus étroitement synonymes quand ils précèdent le nom qu'ils servent à déterminer, quand ils sont purement numériques et opposés à plusieurs : vous êtes mon seul ou mon unique soutien, mon seul ou mon unique héritier; Jésus-Christ est le seul Sauveur, Yunique Rédempteur de nos âmes (Boss.).

La différence consiste alors en ce que seul est relatif, et unique absolu.. On dit la seule ressource qui me reste ; et simplement , mon unique ressource. Vous dites la seule idée, et non l'unique idée d'un crime est répréhensible, et, par un rapport d'opposition, cette locution fait pensera l'exécution qu'elle exclut. En général, seul se rapporte à d'autres choses qu'il nie ou repousse : un seul regard suffit pour percer ce mystère; unique suppose qu'il n'en existe point d'autre : mon unique occupation. Mon seul moyen de succès est le seul qui m'ait été laissé, qui soit à ma

disposition dans les circonstances actuelles ; mon unique moyen de succès est le seul possible , le seul qu'il y ait. Pareillement, mon seul bien, mon seul ami , est le seul qui me reste , que le sort m'ait donné ou conservé ; mon unique bien , mon unique ami , est le bien ou l'ami pour moi essentiel , véritable : ce que j'ai sauvé de la ruine de ma fortune est mon seul bien; Dieu est notre unique bien (Pasc). Ce qui est seul l'est de fait; ce qui est unique l'est en soi. Seul convient mieux pour ce qui est, pour le réel, et unique pour ce qui peut ou doit être , pour l'idéal : mon seul habit, Yunique objet de mes soins. — Unique renchérit sur seul et veut dire absolument seul, a Je fus le seul, je dis exactement Yunique, qui continuai à voir M. le duc d'Orléans à mon ordinaire. » S. S. On dit seul et unique héritier (Acad.).

Je nomme, j'institue Éraste, mon neveu, Que j'aime tendrement, pour mon seul légataire, Unique, universel. Rjegn.

« La naissance de Jésus-Christ , sa vie , sa mort , sa résurrection, son ascension..., et sa présence dans l'Eucharistie , ne sont qu'un seul et unique sacrifice. » Pasc. « Ces passages montrent que Moïse n'a jamais parlé que d'un seul et unique Dieu. » Volt.

SILENCIEUX , TACITURNE. Qui ne parle pas. Silencieux a d'abord une plus grande étendue de signification. On le dit des lieux où règne le silence , paisibles, où l'on n'entend pas de bruit : bois silencieux, retraite silencieuse. On le dit des animaux qui poussent rarement des cris : l'hyène est une bête solitaire , silencieuse , très-sauvage (Buff.); le chien de berger est celui qui donne le moins de voix , il est sérieux et silencieux (Id.); Grillus, métamorphosé en cochon par Circé, se vante d'appartenir à une nation modeste et silencieuse (Fén.). On le dit enfin de choses relatives à l'homme , mais qui n'en font pas connaître le caractère : un silencieux tête à tête (J. J.). a Le juge, organe de la loi silencieuse, est impassible et froid comme elle pour les intérêts sur lesquels il va prononcer. » Beaum. — Taciturne n'est usité que par rapport à l'homme, et il en dépeint l'humeur.

Lorsque silencieux se prend aussi dans cette acception étroite , il n'a pas la même force que taciturne. Le silencieux ne parle guère , le taciturne ne parle point; l'un n'est pas babillard, l'autre est muet. Les Latins donnaient l'épithète de taciturne au silence profond ou obstiné (taciturna silentia). a En Angleterre, les deux sexes sont silencieux et taciturnes. » J. J. a Quoique les Français parlent beaucoup , il y a parmi eux une espèce de dervis taciturnes qu'on appelle chartreux. On dit qu'ils se coupent la langue en entrant dans le couvent. » Montesq. Le silencieux n'aime pas à parler , et ne sait pas entretenir la conversation ; le taciturne répugne à parler , on ne peut lui arracher un seul mot. L'homme silencieux est froid, retiré, recueilli; l'homme taciturne est mécontent, sauvage , sombre ; l'un n'a qu'un air sérieux, l'autre a l'air morne. La préoccupation, la timidité, le défaut d'usage rendent silencieux; un tempérament mélancolique

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