‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 748 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

grandes peines : sur peine de la vie (Boss., Pasc, Sév., Mol., Volt.). « Est-ce un article de foi qu'il faille croire sur peine de damnation? » Pasc.

SOUVENT , FRÉQUEMMENT. Bien des fois.

Souvent , sans terminaison significative , est absolu et objectif. Fréquemment , d'une manière fréquente, avec la terminaison ordinaire des adverbes, laquelle est phénoménale et subjective, est relatif, a rapport à un sujet et lui attribue une habitude. Ce qui arrive souvent n'est pas rare , se voit de fois à autre : il arrive souvent qu'on se repent d'avoir trop parlé. Ce qui arrive fréquemment constitue une loi, un usage, une série d'actions auxquelles un sujet est accoutumé : il arrive fréquemment aux gens légers de trop parler. Vous voyez souvent une personne que ie hasard offre à vos yeux dans la rue ou ailleurs ; vous voyez fréquemment une personne auprès de laquelle vous êtes assidu, à laquelle vous avez coutume de rendre visite. Vous avez souvent occasion de rencontrer telle personne dans telle maison où vous allez fréquemment. — -

Par un prompt désespoir souvent on se marie,

Qu'on s'en repent après tout le temps de sa yie.

Mol.

a Comme les Romains ne connaissaient pas l'usage du linge, ils étaient dans la nécessité de se baigner fréquemment. » Cond.

Un homme parle plus ou moins souvent dans une certaine espèce d'assemblée, c'est là l'expression d'un fait, et non d'un acte habituel, revenant à certains intervalles réguliers; mais cette assemblée se tient plus ou moins fréquemment. « L'affaire du bonnet ne se suivait pas avec moins de chaleur. Les ducs s'assemblaient fréquemment, députaient au régent; et j'étais celui qui d'ailleurs lui parlait le plus souvent et avec le plus de force. » S. S. a Depuis le retour de mon mari, nous reprenons fréquemment ces entretiens en sa présence...; il nous donne souvent de bons conseils sur la manière dont nous devons raisonner avec lui. » J. J.

« Le cri du cravant est un son sourd et creux, que nous avons souvent entendu; c'est une sorte d'aboiement r&uque que cet oiseau fait entendre fréquemment.» Buff. a Comme ce canard siffle en volant et très-fréquemment, il se fait entendre souvent et reconnaître de loin. » Id. « Ce n'est pas que je croie que les régents doivent parler des mœurs et de la religion ni longuement ni fréquemment.... Ce n'est quelquefois qu'un mot ., dit, ce semble, au hasard; mais ce mot a souvent de grande suites. » Roll.

D'autre part, souvent étant absolu et objectif peut à cause de cela marquer le passif et indiquer un état; fréquemment, au contraire et par la raison contraire , ne s'emploie qu'en parlant d'action , de ce qui se fait. Une personne est souvent malade, et prend fréquemment des remèdes. 11 y a souvent du monde dans cette maison; parmi les personnes qui y viennent fréquemment on cite tels ou tels. On est souvent incommodé quand on ne se livre pas fréquemment à certains exercices. — a La calamine est souvent parsemée de petites veines ou filets de mine de plomb. »

Buff. Les enfants retombent fréquemment dans les fautes de légèreté (Roll.). — « Quelle difficulté n'imaginerait-on pas d'assembler fréquemment le peuple immense de cette capitale (Rome) et de ses environs ! Cependant il se passait peu de semaines que le peuple romain ne fût assemblé, et même plusieurs fois.... Tout ce peuple était sur la place publique presque aussi souvent magistrat que citoyen. » J. J.

Par cela seul , enfin , que souvent est absolu , il dit davantage, et se mettra 'plus volontiers après qu'avant son synonyme. « L'eucharistie est une nourriture dont nous devons user , non point rarement ni extraordinairement , comme l'on use des remèdes , mais fréquemment et souvent, comme nous prenons tous les jours les aliments qui nous entretiennent. » Bourd.

STATURE , TAILLE. Grandeur du corps d'un homme.

L'Académie définit stature, hauteur de la taille d'une personne; ce qui s'entend bien et paraît assez plausible. Mais elle définit ensuite taille, la stature du corps, comme si le mot stature se disait d'autre chose que du corps , et comme si la taille ne comprenait rien que la stature.

Stature, latin stalura, de stare, se tenir debout , désigne la grandeur du corps en pied seulement. 1 aille, de tailler, couper, donner une forme , comme le fait le sculpteur en taillant le marbre, a rapport à toutes les dimensions, à l'épaisseur comme à la hauteur. Taille, et non pas stature , épaisse (Acad., Buff.), grosse (Buff.) , ronde (In.) , carrée (Id.) , ramassée (Id.). a On dit que Commode, ayant vu passer un homme extrêmement gros , se donna le plaisir de lui ouvrir le ventre pour lui rendre la taille plus légère. » Volt. — A la rigueur, on devrait dire, une grande taille et une haute stature.

D'ailleurs., le mot taille n'est pas seulement relatif à la grandeur , comme stature , dont il diffère déjà sous ce rapport même ; il l'est aussi à la forme, à la coupe, à la manière dont on est taillé en quelque sorte. Une taille , et non pas une stature, aisée et bien prise (S. S.), bien prise et tout à fait régulière (Les.), bien formée (Volt.), dégagée (Acad., Buff.); une jolie taille (Buff.); d'une bonne taille et d'une jolie tournure (Id.) ; bien proportionné dans sa taille (Id.) ; la richesse, l'irrégularité de sa taille (Volt). — Or, comme c'est surtout depuis la ceinture jusqu'aux épaules que se montre la beauté ou la difformité du corps, le mot taille ne désigne quelquefois que cette partie : Taille fine, courte, svelte ou lourde.

Toutefois , lors même qu'il s'agit d'indiquer la hauteur seule du corps , on se sert ordinairement du mot commun taille , et non pas , comme on le devrait , du terme spécial de stature : taille de cinq pieds quatre pouces, a La taille de ces deux Lapons était de trois pieds et demi. » Volt.

Mais au moins stature , venant du latin , paraît généralement d'une nécessité indispensable, quand on veut exprimer une taille extraordinaire : stature colossale (Acad.); Goliath, ce Philistin d'une énorme stature (Bourd.). « Ces os rassemblés et arrangés représentaient un homme

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

d'une stature prodigieuse ou plutôt monstrueuse.» Buff. a Le roi Grandonio avait une stature gigantesque, avec un air à inspirer l'effroi. *> Les. « Si les dieux, dirent les Scythes à Alexandre, avaient proportionné ta stature à ton ambition , le monde ne te contiendrait pas. » Lah. « Ulysse , provoqué par Irus , dépouille la stature imposante et les membres nerveux d'un héros. » Marm. — On dira plutôt une petite taille. « Il y en avait qui se moquaient de Pépin et de sa petite taille. » Boss. « Physcon était de petite taille. » Roll. « Agésilas était d'une taille si petite , qu'à sa première vue les Egyptiens m purent s'empêcher de rire. » Id. « II reconnut Paul à sa taille courte. » Volt. «Ces histoires de géants vaincus par des hommes d'une taille médiocre sont très-communes dans l'antiquité. r> Id. « M. le duc d'Orléans était de taille médiocre au plus. » S. S. — « Harris dit que la tête d'un homme de taille moyenne de l'équipage de Magellan n'atteignait qu'à la ceinture d'un Patagon ; que Magellan les nomma Patagons, parce que leur stature était de cinq coudées ou sept pieds six pouces.» Buff. « Il est dit dans une relation que sur la côte de la Terre de feu on vit un homme d'une stature gigantesque ; mais que, quand on fut sur le rivage, on vit seulement des tombeaux contenant des cadavres de taille ordinaire. » Id.

Enfin stature ne s'emploie qu'en parlant de l'homme, le seul des animaux auquel convient l'attitude droite. Taille, au contraire, se dit par rapport à tous les animaux pour signifier leur grandeur en tous sens , et leur configuration. « La taille du lion n'est point excessive , comme celle de l'éléphant ou du rhinocéros; elle n'est ni lourde, comme celle de l'hippopotame ou du bœuf, ni trop ramassée, comme celle de l'hyène ou de l'ours, ni trop allongée, ni déformée par des inégalités , comme celle du chameau. » Buff. Ailleurs Buffon donne une taille au cheval , au castor, au chien, au lynx, et à tous les quadrupèdes en général, même à la chauve-souris.

STÉRILE ,— INFERTILE , INFÉCOND , (INFRUC- TUEUX, INGRAT). Une terre ou autre chose semblable, qui a le défaut de ne pas produire ou de ne pas rapporter, est dite stérile , infertile ou inféconde.

Stérile se distingue (L'infertile et ft infécond par deux caractères particuliers. D'abord il ex prime un défaut absolu : ce qui est stérile ne produit ou ne rapporte rien, au lieu que ce qui est infertile ou infécond produit ou rapporte peu. Ce mot vient du grec atepeoç, solide, ferme, dur.: la chose stérile est comme un rocher, elle n'ouvre pas son sein pour" en laisser ou pour en faire sortir des productions. Une femme stérile ne fait point d'enfant; un arbre stérile, comme un peuplier ou un saule (Fén.), ne donne jamais de fruit; un désert est stérile (Mass.), il n'y vient rien du tout. De même , au figuré, un esprit ou une matière stérile manque totalement de la qualité dont l'esprit ou la matière infertile possède une quantité insuffisante seulement. — Ensuite, stérile est, au figuré, d'un usage beaucoup plus étendu que les deux autres mots, il se détache plus aisément du sens propre. Ainsi 3 on

dit bien une année stérile , une saison stérile en nouvelles, mais on ne dirait point en pareil cas infertile ou inféconde , apparemment parce que les idées sensibles de fertilité et de fécondité sont peu compatibles avec l'idée abstraite de temps : on ne se représente guère le temps qui enfante, qui met hors de soi ou au jour, qui donne l'être par voie de génération.

Infertile et infécond diffèrent comme fertile et fécond (voy. p. 607 et 608).

L' infertilité est en fa.it, Y infécondité en puissance. V infertilité des terres amène la disette; leur infécondité les rend de leur nature improductives. Infertile est une qualification ordinaire: un champ infertile ne se couvre pas de moissons et de fruits. Infécond est plutôt une qualification donnée par un chimiste ou un naturaliste , par un homme qui considère dans les choses leurs principes, leurs facultés, ce qui en peut soriir. Infécond, quoi qu'en dise V Académie (1835), n'est pas, il s'en faut bien un terme poétique, en parlant des animaux, et, quand cela serait, l'exemple qu'elle cite n'en serait pas moins étrange : vache inféconde. Le mot vache poétique ! On appelle pays infertile (Acad.) celui où on fait de maigres récoltes; œufs (Buff.) ou germes (Acad.) , inféconds, ceux qui sont privés de la vertu productive. Un esprit infertile ne brille pas par l'abondance de ses œuvres ; un esprit infécond a peu de capacité ou de génie '.

I. STUPIDE (HÉBÉTÉ), IMBÉCILE, IDIOT, INEPTE. — II. SOT , INSENSÉ , FOU , DÉRAISON- NABLE, EXTRAVAGANT, ABSURDE.— III. NIAIS, NIGAUD, BENÊT, BADAUD, DADAIS, DANDIN.— IV. BÊTE (ABRUTI), ÂNE (IGNORANT), BUSE, BUTOR (BALOURD , LOURDAUD) , CRUCHE , MA- CHOIRE, GANACHE.

Tous ces mots qualifient en mal sous le rapport de l'esprit : ils signifient que le sujet auquel on les applique manque plus ou moins de quelqu'une des qualités mentales ou relatives à la pensée, dont les hommes sont doués à un plus haut degré que les autres animaux, ou même à l'exclusion des autres animaux.

Mais les qualités dont ces termes marquent le défaut ou la privation ne sont pas les mêmes. Les unes sont l'entendement, l'intelligence, la conception ou l'imagination ; elles font l'esprit brillant, vif pénétrant, habile : les autres sont le

\ . La définition de stérile , d'infertile et ^infécond s'applique également â infructueux et à ingrat : terre infructueuse , terre ingrate. — Mais infructueux marque proprement l'effet de la stérilité , de YinJértiUté et de Vinfècondité : aussi dit-on souvent stéi ile et infructueux (Pasc, P. R. , Mal.). Quand une femme est stérile, son union avec un homme est infructueuse : si une terre est stérile, infertile ou inféconde, elle est par cela même infructueuse , inutile; on n'en tire rien. — De son côté, ingrat, qui n'est pas reconnaissant, qui ne sait pas gré de ce qu'on a l'ait pour lui , a une nuance bien caractéristique , il implique l'idée des soins de la culture et de leur inefficacité : une terre ingrate ne récompense pas le laboureur de ses peines. « La terre n'est jamais ingrate, elle nourrit toujours de ses fruits ceux qui la cultivent soigneusement; elle ne refuse ses biens qu'à ceux qui craignent de lui donner leurs peines. » Fén.

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