‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 758 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

entreprend la continuation d'une histoire : la suite est plus ou moins intéressante , la continuation plus ou moins difficile.

SUPPOSITION, HYPOTHÈSE. Ce qu'on pose dessous [sub ponere, utto tiOévoci, poser sous ou dessous), ce qu'on avance arbitrairement pour servir de base à un raisonnement, à des inductions ou à des conséquences.

Supposition vient du latin suppositio, et hypothèse, du grec faoÇeccto D'où résulte entre les deux mots, pour première différence, que l'un est un mot du langage ordinaire , et l'autre un terme scientifique. Tout le monde sait que notre langue usuelle presque entière prend ses racines dans le latin , tandis que de tout temps les savants ont affecté d'employer des mots dérivés du grec. On se sert toujours de supposition dans le discours commun ou même familier; mais hypothèse doit être réservé pour le style des sciences exactes ou des sciences naturelles. Dites donc, si vous ne voulez passer pour pédant , la supposition, et non Yhypothèse, qu'il pleuvra demain; la supposition, et non l'hypothèse, que telle personne a été la dupe d'un imposteur; dans la supposition, et non dans Yhypothèse, qu'il agira comme vous le dites. a J'ai toujours agi d'après la supposition des sentiments de droiture et d'honneur innés dans les cœurs des hommes. » J. J. a Ne rangez pas la conspiration des poudres parmi les suppositions: elle n'est que trop véritable. » Yolt. a II faut vivre autrement dans le monde, selon ces diverses suppositioîis : si on pouvait y être toujours ; s'il est sûr qu'on n'y sera pas longtemps , et incertain si on y sera une heure. Cette dernière supposition est la nôtre. » Pasc. Mais il faudra dire Yhypothèse , et non la supposition , d'un polygone à mille côtés , de systèmes planétaires semblables au nôtre , d'esprits animaux ou d'un fluide nerveux. * Cela fournit une théorie appuyée sur des faits et indépendante de toute hypothèse. » Buff. « Telle est la méthode que suit l'esprit humain dans les arts. Il recueille des observations, il fait les hypothèses que ces observations indiquent, et il finit par les expériences qui confirment ou qui corrigent ces hypothèses.-» Cond. Lettre ou pièce supposée; syllogisme hypothétique. Selon le Dictionnaire de l'Académie , hypothèse est un terme de philosophie ; c'est un terme de science ou de spéculation.

D'autre part, la supposition est une chose qu'on donne comme possible ou même comme réelle; au lieu que Yhypothèse, en raison de son caractère scientifique ou spéculatif, est idéale , imaginaire , sans aucun rapport à la réalité. Prétendre que la lune est effectivement habitée, et fonder des inductions sur cette assertion , c'est une supposition, et cette supposition peut être combattue comme gratuite ou comme fausse ; mais si un astronome, imaginant que la lune est habitée, se borne à déduire les conséquences qui dérivent de sa conception, il fait une hypothèse, il n'y a rien à lui dire. La supposition est du domaine du jugement ou de la croyance, elle affirme que la chose est ou peut être; ce qu'on attaque en elle c'est le supposé lui-même : Yhypothèse est une idée , un fait de l'imagination ou de la concep-

tion; on ne l'attaque point en elle-même, mais comme insuffisante pour rendre raison des choses. L'opinion qu'il' y a eu un état de nature antérieur à l'état social est une supposition; le système des tourbillons de Descartes, et celui des monades de Leibnitz, sont des hijpothèses. Les suppositions sont de conséquence et graves ; « les hypothèses sont fort amusantes; elles sont sans conséquence. » Volt. La supposition a la valeur d'une proposition ordinaire, elle est susceptible d'être contredite; Yhypothèse ressemble à la définition, elle est libre et en elle-même inattaquable.

La supposition est relative à la pratique comme à la ïéalité : elle se prend dans une acception morale et en mauvaise part pour une allégation , une production fausse, pour une chose feinte ou controuvée afin de nuire. Vhypothèse, au contraire, est toute théorique, toute didactique, relative seulement à l'intelligence ou à l'explication des choses. L'honnête homme ne se permet ni suppositions, ni jugements téméraires ; la géométrie ne peut être sue que de ceux qui ont assez d'imagination pour en comprendre les hypothèses.

Enfin, par supposition on entend quelque chose de simple, qui peut s'exprimer en une seule proposition. Une hypothèse, comme une science ou une théorie , est quelquefois un ensemble ou un assemblage d'idées , un système. En ce cas on dit bien qu'une hypothèse repose sur des suppositions : a J'appellerai hypothèses les systèmes qui n'ont que des suppositions pour fondements. » CoNn.

SUPRÊME, SOUVERAIN. Qui est au-dessus de tout ou au plus haut point dans son genre.

Ces deux mots ont la même racine, le latin super ou supra , sur, au-dessus. Supra est devenu en italien sopra et sovra, d'où soprano et sovrano. Sovrano a évidemment servi à former le français souverain.

Toute la différence entre suprême et souverain tient donc à celle de leurs terminaisons.

Ème , latin émus , est la même chose qvYime , imus, et exprime le superlatif, le plus haut degré : extremus, extrême ; illustrissimus et reverendissimus , illustrissime et révérendissime. Ain, latin anus, marque primitivement l'origine, puis la profession ou l'exercice : l'homme hautain se montre haut , affecte la hauteur , la manifeste; le publicain fait une fonction relative au public , etc.

L'idée caractéristique de suprême est celle d'élévation ; ce qui est suprême a la prééminence sur tout le reste. L'idée essentiellement propre à • souverain est celle de puissance ou de valeur aussi grande que possible : ce qui est souverain a la supériorité, l'emporte sur tout le reste en force ou en efficacité. Tout est inférieur en rang à ce qui est suprême; tout est soumis à l'influence de ce qui est souverain. De là vient qu'on dit le rang suprême , et un remède souverain. De là vient que suprême , ayant rapport à la place seule, n'a pas donné naissance à un adverbe, comme souverain qui, étant relatif à l'action , à la force et au développement de la force ,

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

a produit souverainement : connaître et aimer souverainement le vrai Dieu-(FÉN.).

« Est-il possible de ne pas reconnaître ici les effets d'une providence particulière et le pouvoir souverain d'un Etre suprême? » Roll. « Dieu apprend aux rois leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui.... Il leur fait voir que, pour être assis sur le trône, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. » Ross. Rossuet appelle Dieu la nature invisible, la nature suprême, qui a tout tiré du néant par sa souveraine puissance. C'est l'Être ou la nature suprême t en tant qu'il est l'Être par excellence; c'est le souverain Seigneur de toutes choses, en tant qu'il peut tout, qu'il a tout créé et qu'il gouverne tout. En Dieu nous adorons la suprême majesté et la suprême sagesse (Bourd.); nous devons redouter sa justice souveraine, et par conséquent inévitable (Ross.).

Il y a une loi suprême à laquelle se rapportent toutes les autres comme à leur modèle; il y a dans la conscience de chacun une loi souveraine à laquelle obéit toujours l'homme de bien.

a II y a un genre qui n'est point espèce , savoir le suprême de tous les genres. » P. R. « Les consuls connurent , par leur expérience , que la majesté du rang suprême sans force est d'un faible secours. » Roll. « Être parvenu au suprême degré de la vertu , de la science. » Acad. —Voix souveraine (Fén. , Volt.), éloquence souveraine (Roll.), main souveraine (Ross.), et non pas suprême, c'est-à-dire voix, éloquence, main, très-puissante ou toute-puissante.

SURFACE, SUPERFICIE. Ces mots formés, le premier de deux autres mots français, sur et face; le second, de deux mots latins, super et faciès , correspondant exactement à sur et à face , signifient la face de dessus, le dessus des corps, ce par quoi ils se terminent.

Mais superficie , venant du latin , étant latin , est un terme de science, de géométrie, d'arpentage , de mathématiques : il représente quelque chose d'idéal et d'abstrait, le dessus des corps quant à son étendue. Surface, au contraire, parce qu'il est tout français, appartient au langage commun, et désigne le dessus des corps quant à sa matière , à sa composition ou à ses qualités physiques. « L'Etna est un cône obtus dont la superficie n'a guère moins de trois cents lieues carrées : cette superficie conique est partagée en quatre zones. La ville de Catane se trouve dans la première enceinte dont la superficie est de plus de deux cents lieues carrées. Le fond du terrain n'est que de la lave; et la surface de cette lave mêlée avec les cendres du volcan s'est convertie en une bonne terre actuellement semée de grains. » Buff. « Les surfaces du cristal polies avec le plus grand soin ne laissent pas de présenter des sillons, c'est-à-dire des éminences et des profondeurs alternatives dans toute l'étendue de leur superficie. » Id. « Qu'on suppute la superficie de la main et des cinq doigts , on la trouvera plus grande que celle de toute autre partie du corps.... Les doigts peuvent s'étendre, se séparer, se joindre, et s'ajustera toutes sortes de surfaces. » Id.

On dit bien d'une manière purement indicative et sans aucune détermination , à la superficie : au lieu qu'on se sert rarement de surface sans avoir égard à la chose considérée matériellement. « Il y a du cristal irisé seulement à sa superficie , et cette iris superficielle s'y produit par l'exfoliation des petites lames de sa surface, x Ruff. — A la surface s'emploie bien aussi, mais on peut ajouter à cette expression des mots qui font connaître en elle-même et qualifient la surface. « Si nous considérons que les grands bancs et les montagnes de granit s'offrent à la superficie de la terre dans tous les lieux où les argiles les schistes n'ont pas recouvert l'ancienne surface du globe...., on ne pourra guère se refuser à croire qu'ils sont l'ouvrage de la dernière fonte qui ait eu lieu à sa surface encore ardente. » Id.

La différence est la même au figuré. Voy. Apparence, air, etc., p. 348.

SURPRENDRE, ÉTONNER (CONSTERNER). Une chose nous surprend ou nous étonne , nous cause de la surprise ou de Yétonnement, lorsqu'elle frappe inopinément notre âme ou notre esprit.

Mais surprendre et surprise sont plus relatifs à l'imprévu de la chose; étonner et étonnement le sont davantage à la force de l'impression. Surprendre, c'est prendre sur le fait, au dépourvu, lorsqu'on ne s'y attend pas; étonner, c'est produire l'effet du tonnerre, émouvoir, ébranler par un grand bruit. La nouveauté ou l'apparition subite d'une chose nous surprend; pour? nous étonner, il faut qu'une chose soit , de plus , grande , importante , extraordinaire , il faut qu'elle nous émeuve , qu'elle nous trouble beaucoup. Ce qui trompe l'attente , ce qui arrive tout à coup, sans qu'on s'en soit douté, surprend ; un événement imprévu nous étonne, quand il nous passe , quand il est au-dessus de notre intelligence et de nos forces.

Il y a des surprises agréables et légères, résultant d'accidents, de phénomènes, qui sont petits , réjouissants , sans conséquence grave , et partant incapables de nous remuer, de nous affecter violemment. Dans son Essai sur le goût, Montesquieu a consacré un article aux plaisirs de la surprise. Mme de Sévigné dit en parlant de Mme de Montespan : a C'est une chose surprenante que sa beauté. » a Tous les événements les plus fortuits en apparence, les plus surprenants , sont préparés dans les conseils de Dieu. » Mass.

Apprendre en voyageant des secrets surprenants.

Regn.

« Rien ne porte davantage à rire qu'une disproportion surprenante entre ce qu'on entend et ce qu'on voit. » Pasc.

Qu'est-ce donc que veut dire ce hai?

Et qu'a de surprenant le discours que je fai? Mol. « Puis-je prendre quelque assurance sur la nouveauté surprenante d'une telle conversion? » Id. « Ne restez point à la répétition de cette comédie : vous aurez plus de plaisir quand les choses vous surprendront. » Id. « Quelle aurait été la surprise des anciens, si on leur eût prédit qu'un jour leur postérité, par le moyen de quelques instruments , verrait une infinité d'objets qu'ils ne

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