PREMIÈRE PARTIE
le détail n'étant nécessaire que quand l'uniformité manque , le pluriel indique , par une conséquence assez analogue , que l'universalité n'est pas si entière qu'il ne puisse y avoir des exceptions. Ainsi, il faut dire, l'homme est raisonnable, pour faire entendre que la faculté de raisonner, qui est en effet de l'ordre des choses nécessaires , appartient à toute l'espèce humaine et en est un attribut essentiel. C'est comme si l'on disait : l'animal homme est un animal raisonnable , exclusivement à toute autre espèce du même genre. Mais on doit dire , les hommes sont raisonnables , si l'on veut parler d'un bon usage de la raison , parce que cet attribut est en matière contingente, et que, dans le détail des individus, plusieurs se trouveraient exceptés de l'universalité. Par la même raison, il y a de la différence entre ces deux phrases : Yhomme est mortel , les hommes sont mortels. La première annonce la certitude infaillible de la mort ; et c'est une vérité que l'on peut prendre comme principe dans un sermon ou dans un traité de morale. La seconde annonce l'incertitude du moment et de la manière de la mort; les uns mourant plus tôt , les autres plus tard; ceux-ci subitement , ceux-là par une maladie longue : c'est une vérité d'où l'on peut partir dans les traités, pour s'autoriser à prendre dans le moment même les précautions convenables. »
Ainsi , en résumé , de deux substantifs synonymes qui ne diffèrent que par le nombre , celui qui est au singulier marquera l'unité , l'être , le permanent , le complet , l'idéal , l'abstrait , l'absolu , le nécessaire ; tandis que celui qui est au pluriel exprimera la variété , le phénoménal , l'accidentel , l'incomplet , le réel , le concret , le relatif et le contingent.