‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 769 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

volumes, et tant de tomes pour VEssai sur les mœurs.

Dans un sens dérivé , tome signifie partie d'un tout, et volume se dit des écrits et des lettres d'une longueur telle qu'on en pourrait faire un volume. «Croyait- on qu'on pût toujours ignorer le premier tome de la vie de Mme de Maintenon?» Sév. «Reposez-vous, ma fille, et ne vous amusez point à écrire des volumes. » Id. — « Voilà des réponses qui t'apprendront à respecter mon crédit renaissant. Je voulais te parler de ce pays et de ses habitants, mais il faut mettre fin à ce volume (très-longue lettre). Comme nous avons encore cinq ou six jours à rester ici, et que j'aurai le temps de mieux revoir le peu que j'ai vu, tu ne perdras rien pour attendre , et tu peux compter sur un second tome avant mon départ. » J. J.

En général , les tomes ont quelque rapport au contenu , au lieu que les volumes ne se considèrent qu'extrinsèquement , par rapport à la grosseur, au format, au nombre. « Honoré d'Urféfît de YAstrée quatre volumes.... Baro, son ami, en composa, sur ses mémoires (après sa mort) un cinquième tome , qui en formait la conclusion , et qui ne fut guère moins bien reçu que les quatre autres volumes. » Boil. « C'est bien dommage que ce qui arrive aujourd'hui en Italie ne soit pas arrivé quand vous y étiez. Vous auriez ajouté un tome bien curieux à vos huit volumes. » Volt. Un ouvrage qui a beaucoup de tomes pèche souvent par l'étendue , il est trop long à lire , il aurait besoin d'être réduit : un ouvrage qui est en beaucoup de volumes est parfois embarrassant pour la place ou pour le transport. Quand on cite, on indique le tome et la page : dans les catalogues des libraires on marque le nombre et le format des volumes. L'ouvrage de tel auteur sera considérable-, il en a déjà publié six volumes : les trois premiers tomes ne valent pas les suivants pour le style. « Vous vous applaudissez de votre livre, parce que vos bévues sont en deux volumes.» Volt, « Les derniers tomes de YHistoire ancienne de Rollin faits trop à la hâte , ne répondent pas aux premiers. » Id.

TONNERRE, FOUDRE. Ces mots représentent le phénomène électrique qui se produit dans certains orages.

Mais il y a d'abord entre eux une grande différence, déjà remarquée par Cicéron entre leurs correspondants latins, toniiru etfulmen. Le tonnerre est un bruit , une explosion terrible qui se fait dans les airs ; et la foudre est la matière enflammée, le feu du ciel qui s'échappe de la nue d'une manière rapide et impétueuse, et quelquefois tombe à terre où il embrase , tue et détruit. « La poudre exterminante imite parfaitement les éclairs et la foudre. Elle a même de bien plus terribles effets; elle embrase et elle détruit jusqu'aux plus solides remparts.... Célèbre-t-on les noces d'un prince , c'est au feu des éclairs et au retentissement du tonnerre. » Volt. Il tonne quand la foudre éclate : « Le tonnerre gronda, les foudres éclatèrent. » Les. Dieu fait gronder son tonnerre, et il lance la foudre. On entend un coup de tonnerre; on est atteint ou

frappé d'un coup de foudre. — Le bruit du tonnerre étonne, est effrayant; les effets de la foudre sont funestes, elle renverse et brûle. « Les prédicateurs doivent rechercher des éclairs qui percent , un tonnerre qui émeuve , une fou dre qui brise les cœurs. » Boss. « Épicure osa le premier lever contre la religion l'étendard de la guerre, sans que ni l'autorité des dieux, ni la crainte des foudres, ni le ciel, avec le bruit effrayant de ses tonnerres, fussent capables de l'arrêter. » Roll. — Le tonnerre est une voix par laquelle le ciel manifeste ses volontés. A la fin de YOEdipe de Voltaire , le grand prêtre fait connaître en ces termes la cessation de la peste :

La mort fuit, et le dieu du ciel et de la terre Annonce ses bontés par la voix du tonnerre. Le même poëte dit ailleurs :

Déclarez-vous, grands dieux, par la voix du tonnerre.

Écoutez : le ciel parle ; entendez son tonnerre. Id. Ses accents ressemblaient à ceux de ce tonnerre, Quand, du mont Sinaï, Dieu parlait à la terre. Id. «S'il a fallu effrayer les consciences criminelles, la parole de Jésus-Christ a été le tonnerre. » Boss. Un tonnerre effroyable déclara la volonté des dieux. » Fén. Mais la foudre est un fléau, un instrument de mort dont le ciel se sert pour nous châtier : le foudre punisseur (Mol.). » Les foudres de Dieu sont toujours prêts , et sa colère toujours enflammée. » Boss. « Revêtus des livrées de Marie , serons-nous à couvert de tous les arrêts de la justice divine et de tous les foudres du ciel? » Bourd. « Vos grâces, ô mon Dieu , sont tombées sur ceux sur qui vous ne deviez faire pleuvoir que vos foudres et votre indignation. » Mass. « Des malheurs soudains et inattendus, comme des coups de foudre multipliés, ont terrassé les méchants. » Id.

Dieux des infortunés, renversez nos tyrans Dans l'abîme où la foudre a plongé les titans !

Volt.

— On dit d'un homme que c'est un tonnerre, quand il a une voix très-forte et très-é datante : mais on dit que c'est un foudre, un foudre de guerre , un foudre d'éloquence , si", dans les combats ou à la tribune , il agit ou il parle d'une manière forte, soudaine et victorieuse.

Toutefois , tonnerre se prend aussi abusivement dans le sens particulier de foudre, c'est-à-dire pour exprimer le fluide électrique et les effets qu'il cause. Mais ce n'est que dans le cas où cette idée n'est pas séparée ou séparable de celle de bruit.

Le bruit croît, il redouble, il vient comme un tonnerre,

Qui s'approche en grondant, et qui fond sur la terre.

Volt.

L'Académie prétend que les canons sont appelés poétiquement les foudres de la guerre ; Voltaire les a mieux dépeints en les appelant

Des tonnerres d'airain , grondants sur les remparts. Et il a dit en prose : « Les hommes savent détruire les villes avec un tonnerre artificiel plu? terrible que le tonnerre véritable. » — Le tj-alt étant la partie du fait la plus seUsi^ h plus

propre à faire impression, c'est surtout dans le peuple , ou quand on veut frapper l'imagination , qu'on dit tonnerre au lieu de foudre. « Suivant Epicure, ce n'est point du tout par mauvaise humeur que Dieu fait tomber la foudre à Babylone, tandis qu'il ne la lance jamais sur Memphis.... L'idée qu'un homme frappé du tonnerre .est puni par les dieux, n'est qu'une pusillanimité ridicule. » Volt. « Vos tonnerres sont bons à Grignan; ils ont un éclat et une majesté audessus de toutes les autres. Lucien n'aurait pas osé appeler cette foudre un* vain épouvantail de chènevière ; c'est un Jupiter tonnant. » Sév. « Dieu , armé de son tonnerre , se présentera luimême à nous comme un Dieu irrité , comme un Dieu ennemi , comme un Dieu vengeur. » Bourd.

TORT, INJURE, — GRIEF. Lésion, atteinte portée à autrui , action ou discours qui le blesse.

Le tort attaque la propriété et nuit; Yinjure attaque la personne et offense. L'un veut un dédommagement, l'autre une réparation. Qui fait tort ravit ce qui est dû ; qui fait injure ou une injure impute des défauts ou des vices. On est d'autant plus fâché d'un tort qu'on éprouve, qu'il est plus considérable et qu'on est plus attaché à ses intérêts; on est d'autant plus sensible à Yinjure , qu'elle est plus sanglante et qu'on a plus d'amour-propre et de fierté, ce Nous faisons à nos amis plus de tort que nous ne pensons . lorsque nous défendons leurs opinions sans discernement; nos applaudissements ne font que leur enfler le cœur et les confirmer dans leurs erreurs ; ils deviennent incorrigibles. » Mal. a Que vient* demander au juge le solliciteur? de l'attention? Ce serait une offense; de la faveur? Ce serait une injure. » Marm. — « Le mensonge est un mal en soi , non pas précisément par le tort qu'il fait à la société, mais par Yinjure qu'il fait à Dieu. » P. A.

Le grief, anciennement grevance suivant Nicot, est le tort éprouvé par un homme qu'on grève { de gravis , pesant ) , qu'un souverain charge ou foule , le tort qui est fait par un supérieur à un inférieur; et plus généralement le tort qui excite ou qui est propre à exciter des plaintes. On fait ou on reçoit un tort , une injure ; on a contre quelqu'un un grief ou des griefs , c'est-à-dire un motif ou des motifs de plainte. » Les mêmes griefs dont on s'était plaint sous la monarchie espagnole , renaquirent dans le sein de la liberté. » Volt. » Dites-moi s'il est possible de vivre parmi des gens qui veulent assommer un homme sans grief, sans motif, sans plainte contre sa personne. » J. J. « César mande Divitiacus, lui expose tous les griefs qu'il a contre son frère , et le prie de ne point trouver mauvais qu'il fasse lui-même ou fasse faire par la nation des Ëduens le procès à Dumnorix. » B.OLL. « Depuis que le bruit s'était répandu que ceux qui allaient à Rome porter des plaintes contre Philippe y étaient écoutés, grand nombre de villes y vinrent proposer leurs griefs, dans l'espérance d'être soulagées des torts qu'elles prétendaient avoir reçus. » Id.

TÔT , VITE , PROMPTEMENT. Dans peu de temps. jj.Ip.2 tôt^ vite, promptement.

Hé! parlez. Dépêchez, vite, promptement, tôt, Mol, Tôt diffère beaucoup de ses deux synonymes. Aujourd'hui on ne le dit plus absolument, allez tôt, mais on l'emploie en l'opposant à tard , tôt ou tard, ou avec un adverbe de quantité, assez tôt, trop tôt , plus tôt , bien tôt , si tôt , aussi tôt. — Mais ce qui le distingue surtout, c'est qu'il est relatif à l'époque, au lieu que vite et promptement se rapportent à la durée. On part ou on arrive plus tôt que les autres ; on marche plus vile ou on achève plus promptement un ouvrage. Si vous partez ou si vous arrivez trop tôt, le moment do votre départ ou de votre arrivée est inopportun; si vous allez trop vite, ou que vous exécutiez trop promptement quelque chose , vous n'y mettez pas assez de temps , vous vous précipitez.

CRISPIl*;

Y serons-nous bientôt?

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