‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 771 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

que ces morceaux sont bien touchants et bien pathétiques. » Volt. « Cette narration est touchante et pathétique. » Roll.

Ce qui est touchant ne laisse pas froid, indifférent, produit une émotion douce, intéresse et attendrit. « L'apostrophe soulage aussi la douleur plaintive et solitaire; et c'est l'expression la plus touchante de cette mélancolie qui se nourrit de souvenirs et de regrets.» Marm. « L'endroit d'Homère où Hector fait ses adieux à Andromaque, est un des plus beaux et des plus touchants de ce poëte. » Roll. a Rien n'est plus tendre ni plus touchant que l'histoire admirable de Joseph. » T^. « Il continua à traiter la même matière d'une manière douce et touchante . employant les prières plutôt que les reproches. » Id. « Le duc de Beauvilliers fit une peinture si touchante de l'état ou la France était réduite que le duc de Bourgogne en versa des larmes. » Volt. « Le public se laisse attendrir quand la pièce est touchante. 55 Id. — Ce qui est pathétique émeut fortement. , remue , renverse , enlève , entraîne. « Vous voulez des mouvements pathétiques, c'est-à-dire qui touchent et qui remuent les cœurs. 35 fèn. «Il faut que les orateurs deviennent puissants et pathétiques dans les endroits où le discours s'élève et s'échauffe. 35 Id. « Exhortations pathétiques et véhémentes , ferventes et pathétiques. » Bourd. « Cette pensée a je ne sais quoi de plus fort que les plus pathétiques exhortations. >> Id. a Dans aucun de ces écrits on n'emploiera ni métaphores hardies , ni exclamations pathétiques , ni expressions véhémentes. » Volt. « Lélius força ses parties à remettre leurs causes entre les mains de Galba, qui avait plu^ de véhémence et de pathétique que lui. » Roll.

Le touchant, dit Roubaud, est naturellemem simple ; il est doux , insinuant , affectueux , intéressant : le pathétique est assez naturellement sublime; il est fort, véhément, passionné, vainqueur, si je puis ainsi dire. « Le pastoral qui n'est point pathétique ne se peut soutenir qu'autant qu'il est gracieux et riant , ou d'une aménité touchante. 55 Marm. «. Démosthènes n'a point fait usage du pathétique touchant, comme Cicéron; mais il a supérieurement manié le pathétique véhément. •» Lah.

Ensuite, touchant est un mot du langage com • mun, et a plus de rapport aux choses; pathétique est un terme de rhétorique et se rapporte davantage à l'expression, au style, au ton, à l'accent. Une scène touchante est propre à émouvoir , et ce peut être une scène réelle ; une scène pathétique est rendue ou arrangée dans le discours de manière à émouvoir. L'action d'un comédien est pathétique , lorsque la situation du personnage est touchante. L'état de celui qui souffre est touchant, et ses accents sont pathétiques. Une pensée, une entrevue, un souvenir sont touchants , mais non point pathétiques. a Dans cette actrice, tout ce que la beauté a de plus touchant suppléait à la faiblesse de l'organe. 35 Marm.

Enfin , touchant venant d'un verbe marque un fait, quelque chose de passager; pathétique étaut un pur adjectif peut exprimer une qualité con-

stante. On dira qu'un orateur a fait un discours touchant ; mais on peut bien dire d'une manière absolue que c'est un orateur pathétique. « Vous autres, Italiens, êtes pathétiques. Employez à faire mes compliments tous les dons que la nature vous a donnés. 33 Montesq. Tancrède est une des pièces les plus touchantes de Voltaire, le plus pathétique de nos poètes (Marm.).

TOUCHER, ÉMOUVOIR, — REMUER. Produire sur l'âme un effet tel qu'elle ne reste pas indifférente.

Toucher , c'est atteindre jusqu'à une chose , y trouver accès, entrer en contact avec elle, la frapper. Émouvoir, c'est faire mouvoir, mettre en mouvement , soulever. Toucher marqué donc une modification passive, et émouvoir une modification active. Ce qui touche fait impression. «On ouvre un livre de dévotion, etil touche; on en ouvre un autre qui est galant, etil fait son impression. 33 Labr. Ce qui émeut provoque une réaction. On est touché par tout ce qui plaît, agrée, attire, par tout ce qui fait naître dans l'âme de purs sentiments ou des passions douces qui ne la transportent pas hors d'ellemême; on est ému par tout ce qui excite de véritables passions, par tout ce qui irrite, emporte ou entraîne. Le cœur est proprement touché , et la bile émue. On est touché de compassion, de douleur, de repentir; on est ému de pitié, de colère, de passion i,Laf.), d'indignation (Bourd.).

Du sein d'un prèlre, êmû d'une divine horreur,

Apollon par des vers exhala sa fureur. Boit.

Quoi ! malgré les transports dont mon âme est emuc^

Oses-tu bien encor te montrer à ma vue ? Reg>\ gexgis.

Eh bien ! vous avez vu ce mandarin farouche ?

OCTAR.

Nul péril ne Yèmeut, nul respect ne le touche.

Volt.

En touchant, vous adoucissez, vous calmez. vous portez à excuser, à pardonner; en émouvant, vous animez, vous piquez, vous indignez. La vue d'une personne charmante vous touche , vous blesse d'amour.

Il (Britannicus) a su me toucher....

J'aime Britannicus. Rac.

La rencontre d'un ennemi vous émeut. Un cœur dur n'est pas facile à toucher . ni une âme indolente, à émouvoir. Dans presque tous les genres de littérature et de poésie ,

Le secret est d'abord de plaire et de toucher. Boil. Mais dans la tragédie et en éloquence en particulier, comme il s'agit d'exciter des passions et de déterminer à prendre des partis, il ne suffit pas de plaire et de toucher, il faut échauffer, enflammer et émouvoir i^Roll.).

Il y a plus ; l'activité d' émouvoir va quelquefois jusqu'à se manifester au dehors par des signes ou par des actions , par une certaine conduite, a Edouard pénétré se livrait à ses transports; son âme émue et sensible s'exhalait dans ses regards, dans ses gestes. 33 J. J. Un homme touche de compassion est attendri , rendu bienveillant; un homme ému de compassion ou plutôt de pitié trouve dans son émotion un motif qui l'engage, qui le sollicite à soulager l'infortun-e,- il est

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

rendu bienfaisant, a Ému, ébranlé de tout cet appareil de religion, qu'attendez-vous (pour vous convertir) ? » Mass. « Les créatures nous excitaient toutes à l'amour de Dieu. Mais, après tout , cette voix des créatures ne louchait point encore assez nos cœurs, et rien, à ce qu'il semble, n'était capable de les émouvoir et de les engager, » Bourd.

D'ordinaire les choses nous touchent et nous émeuvent : en faisant impression sur nous , elles nous provoquent, nous excitent à réagir, nous mettent en mouvement. « Mon âme sera touchée et émue. » Mal. a Quand l'âme n'est touchée que par une partie insensible , rien n'est capable de l'émouvoir. Quand elle l'est par une partie sensible , tout est capable de la faire sortir hors d'ellemême. » Nie.

Remuer a même racine qu'émouvoir et presque le même sens. Seulement, la particule initiale re dans remuer annonce plus d'effort de la part de la personne qui agit, et plus de résistance de la part de celle sur laquelle on agit , ou de la part du sujet. On émeut plus facilement qu'on ne remue; aussi dit-on bien qu'un auditoire s'émeut . mais non pas qu'il se remue ; le remuer est l'affaire de l'orateur seul , et pour y parvenir il faul du talent, a Lorsqu'un acteur sent du vide ou de la faiblesse dans son sujet , et qu'il se représente une multitude attentive et impatiente d'être émue, il veut tâcher de la remuer par une véhémence , une force et une chaleur artificielles. * Marm.

Que dans tous vos discours la passion émue

Aille chercher le cœur, l'échauffé et le remue.

Boil.

D'autres fois remuer exprime une émotion extraordinaire, à laquelle on ne devait pas s'attendre selon l'ordre naturel des choses. « Quoi ! Pauline est mariée depuis quinze jours , et Sévère n'en a rien su ? Cela me paraît absurde. Cependant on se sent remué , attendri à la représentation; grande preuve qu'il ne s'agit pas au théâtre d'avoir raison , mais d'émouvoir. » Volt.

1° TOUCHER, MANIER; — 2° TÂTER , PALPER. Ces mots expriment l'action, l'exercice du sens du tact, de celui de nos sens dont le principal organe est la main.

1° Toucher, manier.

Toucher est général : nous touchons par toutes les parties du corps, et même par l'intermédiaire d'un objet , tel qu'un bâton ou notre chapeau , et nous touchons de toutes les façons. Mais on ne manie qu'avec la main , ainsi que l'indique l'étymologie, et encore avec toute la main, de sorte qnelle embrasse la chose. Il se peut qu'on touche légèrement, du bout du doigt, avec le revers de la main; on ne manie qu'à pleine main , en pliant les parties de la main suivant la forme de l'objet et en les y appliquant. Je touche le papier sur lequel j'écris; un enfant manie de la mie de pain pour en faire une boulette. « C'est par le secours de ces premiers artistes que nos mains usent du pinceau , qu'elles manient le ciseau et le burin, qu'elles touchent des instruments. » Roll.

Le roi Midas changeait en or tout ce qu'il tou-

chait (J. J.); pour guérir des écrouelles, au moyen âge, on se faisait toucher par les prêtres (Volt.); le zèbre a les oreilles si sensibles, qu'il rue dès qu'on veut les toucher (Buff.). Mais il ne suffit pas ainsi d'un simple attouchement pour manier; il faut tenir la chose dans la main, ou passer et repasser la main dessus ; dans le Bas-Empire , ceux qui étaient accusés de magie n'avaient d'autre ressource que de manier un feT chaud sans se brûler (Montesq.); on caresse les chats, surtout les petits, en les manianf (Buff.). Un musicien touche bien le piano ; uc boulanger manie bien la pâte. Un orateur toucht une matière qu'il ne fait qu'effleurer ; il traite à fond celle qu'il manie. On retouche un ouvrage d'esprit par un seul coup de pinceau; le remanier suppose de grands changements, même une refonte. Toucher les esprits marque une impression partielle, qui a des degrés; les manier, c'est en disposer absolument, en maître. D'où il suit que manier est propre à enchérir sur toucher. « Quoiqu'on ait touché et manié les œufs des perroquets d'Amérique , ils ne se dégoûtent pas de les couver. » Buff. « L'enfant veut tout toucher, tout manier : ne vous opposez point à cette inquiétude. » J. J. Nous n'osons pas même (oucher les serpents que des charlatans de places publiques manient sans la moindre retenue.

2° Tâler, palper.

Tâter et palper sont par rapport à toucher et à manier comme regarder et écouter relativement à voir et à entendre. Ils impliquent l'idée d'attention , de direction volontaire du sens , afin de connaître , de découvrir par son moyen les qualités des choses. Mais tâter, d'une origine incertaine , est un mot commun ; au lieu que palper , latin palpare , est plutôt un terme de science. Ce n'est qu'à force de marcher^, de palper, de nombrer, de mesurer les dimensions, qu'on apprend à les estimer.» J. J. D'ailleurs, on tâte avec attention simplement , d'un seul coup; et on palpe avec une grande attention , à plusieurs reprises et d'une manière en quelque sorte passionnée. De là l'expression familière, palper de l'argent , c'est-à-dire le recevoir et le savourer , ou le toucher après une vive inquiétude. « Je tenais ce paquet avec une inquiète curiosité dont je n'étais pas le maître; je m'efforçais de palper à travers les enveloppes ce qu'il pouvait contenir. » J. J.

TOUJOURS , — CONTINUELLEMENT , — CON- STAMMENT , ASSIDÛMENT, — INCESSAMMENT , SANS CESSE, SANS RELÂCHE. Tous ces adverbes signifient qu'une chose est ou se fait d'une manière suivie, non interrompue.

Toujours se dit des choses qui sont : un homme est toujours à Paris, toujours malade, toujours chagrin. Ce mot s'emploie particulièrement bien avec le verbe être et ceux qui marquent repos, ainsi qu'avec les adjectifs et les adverbes.

Eludiez la cour, et connaissez la ville :

L'une et l'autre est toujours en modèles fertile.

Boit.

« Ce qui produit de toute éternité est toujours. » Boss* a Le sénat s'opposait toujours constam-

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