‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 784 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

par l'atteinte qu'il porte. L'aspic a un organe par- ; ticulier rempli d'une humeur vénéneuse ; la mor- ' sure de l'aspic est venimeuse. Une langue qui répand ou distille le venin s'appelle, non pas vénéneuse , mais venimeuse ; on dit de même les traits venimeux de la médisance (Mass.).

En général, vénéneux se dit spécialement des plantes, et venimeux des animaux. Cela doit être. Les plantes renferment seulement en elles des principes mortels ou malins, il faut en éviter l'usage; tandis que les animaux piquent, mordent et déposent le venin dans la plaie, « C'est une observation du célèbre Linnée , que les plantes vénéneuses ont une couleur livide et un aspect repoussant. Elle peut s'étendre au règne animal. Tous les animaux venimeux ou féroces ont dans l'œil quelque chose qui inspire l'aversion ou la crainte. » Jouffroy , traduction de Reid.

Toutefois, on peut se servir de venimeux en parlant d'une plante considérée comme développant actuellement sa propriété délétère, et de vénéneux en parlant d'un animal qui a du venin , mais qui, en vertu de n'importe quelle circonstance, ne le communique pas. « Leurs flèches sont trempées dans le suc de certaines herbes venimeuses, dont le poison est mortel. » Fén. « Ces marécages , couverts de plantes aquatiques et fétides , ne nourrissent que des insectes vénéneux, et servent de repaire aux animaux immondes. » Buff.

VÉRIFIER, AVÉRER, CONSTATER. S'assurer de la certitude d'une chose.

Vérifier et avérer ont même radical. Maistîmfier signifie proprement reconnaître si une chose ou^ qu'une chose est véritable; et avérer, reconnaître si une chose ou qu'une chose est vraie. Vérifier s'applique à une allégation , à une assertion , à un récit ; avérer , à une chose considérée en soi, indépendamment de nous, de notre croyance et de nos discours. Une accusation est vérifiée (Lah.) , c'est-à-dire trouvée exacte, fidèle ; un crime est avéré (Rac), c'est-à-dire trouvé effectif ou réel. On dit d'une parole (Bourd.) , d^une prédiction (Roll.), d'un calcul (Volt.) , d'un oracle (Bourd.), qu'ils sont vérifiés; et d'une dette (Boss., Volt.), d'une qualité ou d'un défaut (Mass., Laf.), d'un miracle (Bourd.), qu'ils sont avérés. Vous vérifiez un rapport ; vous avérez un fait. L'écriture et la signature d'un billet étant vérifiées , reconnues conformes à la main du souscripteur, l'obligation est avérée , la conviction de sa valeur est établie. L'action de vérifier a pour effet de montrer qu'il n'y a point eu tromperie ; et l'action d'avérer fait voir que la chose est, que ce n'est point une chose en l'air, une imagination. « Elle me dit que son cœur lui battait aussi par la frayeur de tomber; c'était presque une invitation de vérifier la chose.» J. J.

Et j'ai su par mes yeux avérer aujourd'hui

Le commerce secret de ma femme et de lui. Mol.

Constater , s'assurer qu'une chose conste ou est constante, veut dire vérifier ou avérer d'une manière authentique et solide. Un fait constaté est devenu notoire par suite d'une enquête formelle, ce Les anecdotes de la vie privée des gens de lettres sont quelquefois ce qu'il y a de plus

difficile à vérifier et à constater dans leur histoire.» D'Al. a Tout étant ainsi avéré, et juridiquement constaté, on mène les deux coupables au For-i'Évêque. » Volt, ce II faut s'en tenir aux faits publics et constatés.-» Id. a Un conseil des mines fut établi pour constater si les exploitations donneraient plus de profit qu'elles ne coûteraient de dépense. » Id. ce Aratus accusé demandait qu'on n'omît aucun des moyens usités et prescrits pour constater un fait avant que de porter l'affaire au conseil public. » Roll. ce II ajoutait que dans la quinzaine- on devait donner une seconde représentation du Devin, qui constaterait aux yeux de tout le public le plein succès de la première. » J. J.

VERSER, RÉPANDRE. Faire sortir et transporter une liqueur hors du vase qui la contient.

C'est ce que verser exprime simplement. Répandre ajoute à cette idée celle de ce que devient la liqueur déplacée : elle s'étend , s'étale , se disperse. Verser marque effusion, et répandre diffusion. On verse en bas ; on répand de tous les côtés. « Si vous supposez que tous les hommes sont pauvres, en vain le ciel verse sur la terre ses influences, les fleuves en vain l'arrosent et répandent dans les diverses contrées la fertilité et l'abondance. » Labr. Ce que vous versez reste en corps, en amas, après l'action, ou est dirigé sur un seul point; ce que vous répandez se trouve , après l'action , éparpillé , disséminé , jeté çà et là. Aussi dit-on verser du vin dans un verre ; et à un homme' qui porte un vase plein , prenez garde de répandre.

On verse à dessein ; on répand plutôt sans le vouloir; l'eau ne se verse pas elle-même, mais elle se répand ou elle répand, a Ceux qui ont affaire de la lumière d'une lampe ont soin d'y verser de l'huile. » Roll. ce Si la femme de celui qui boit dans cette coupe est infidèle , tout le vin répand à terre. » Laf.

Au figuré, répandre s'applique seul à plusieurs choses non liquides , qu'on ne se représente pas comme découlant et tombant d'un vase penché ou incliné {versus) , mais comme s'étendant en tous sens, en différents points, en différents lieux, en différents temps, idée totalement étrangère au mot verser. Répandre ses émissaires de tous côtés; répandre partout la terreur; le soleil répand la lumière; une fleur répand de doux parfums dans la campagne ; un général répand ses troupes dans tous les villages des environs. On répand au loin une doctrine , une opinion , une hérésie , un bruit , une nouvelle ; un auteur répand dans son ouvrage des principes, des maximes , de la clarté , de l'agrément , de l'enjouement, etc. « Télémaque répandait sur le corps de Pisistrate des fleurs à pleines mains; il y ajoutait des parfums exquis, et versait des larmes amères. » Fén. « Les calamités horribles , dont cette religion a inondé si longtemps tous les pays où elle est parvenue , m'aifligent et me font verser des larmes; mais les horreurs infernales, qu'elle a répandues dans les trois royaumes, déchirent mes entrailles. •» Volt.

Lorsque les deux verbes se disent des mêmes choses , verser signifie les faire couler ou tomber

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

avec choix et mesure, ou bien sur un seul point, sur un seul objet; répandre, au contraire, annonce qu'on les fait couler ou tomber en plus grande abondance, avec moins de réserve, ou sur un certain nombre de points ou d'objets. «Il refuse de vendre son sang à un prince étranger, parce qu'il ne doit le verser que pour son pays, et il veut maintenant le répandre en désespéré contre l'expresse défense des lois. » J. J. — Le même auteur remercie le prince de Conti « des bienfaits qu'il a versés sur Mlle Levasseur, et des soins dont il a daigné l'honorer. 53 Ailleurs il écrit : « Les bienfaits du roi de Prusse , souvent répandus avec plus de générosité que de choix , ne sont pas une preuve bien sûre qu'on les mérite. » Les bienfaits versés sont des attentions, des distinctions , des faveurs spéciales ; les bienfaits répandus sont des largesses. — Dieu verse ses grâces sur ses élus ; il les répand sur tous les hommes. — On verse l'argent en petite quantité, ou par une continuité d'écoulement, une succession plus ou moins rapide de dons ou de dépenses pour le même objet ou pour un petit nombre d'objets considérés ensemble; répandre l'argent indique étendue et multiplicité de dépenses et de dons, çà et là dispersés sur plusieurs objets. — On voit une chose sans verser une larme , ou on ne peut la voir sans répandre bien des larmes : a Quoi I vous versez des larmes! Hélas! tout ce que je vous ai dit m'en fait bien répandre! » Volt. « Sans avoir presque versé une goutte de sang, ni répandu de larmes, la Grèce....» Roll. — Un assassin verse le sang d'un homme dont il a résolu la mort ; un prince conquérant répand le sang d'une foule d'inconnus , dont aucun n'est tué en conséquence d'un dessein spécial.

J'ai plongé dans son flanc (de Zopire) Ce glaive consacré qui dut verser son sang.

(Séide dans Mahomet). Volt.

« Que de peuples sacrifiés à l'idole de leur orgueil (des rois ambitieux) ! que de sang répandu qui crie vengeance contre leur tête ! » Mass. — On verse d'une main avare ou au moins avec retenue; on répand à pleines mains. Que si quelquefois on verse aussi à pleines mains , c'est sur un seul sujet, et non sur toute une classe de personnes ou de choses.

Les dons (de ce roi) , versés avec justice ,

Du pâle calomniateur

Ni du servile adulateur

Ne nourrissent point l'avarice.

klors sa juste renommée, Répandue au delà des mers , Jusqu'aux deux bouts de l'univers Avec éclat sera semée. J. B. Rouss.

VERSION, TRADUCTION. Reproduction dans une langue d'un discours premièrement énoncé dans une autre.

Version, du latin vertere, tourner, signifie proprement qu'un discours est tourné d'une langue dans une autre; et traduction, de traducere, transporter, marque qu'il est transporté d'une langue dans une autre. Or, comme il faut une moindre action pour tourner une chose d'un autre côté , que pour la faire changer de place, le

mot version annonce de la part de celui qui fait ce travail une participation moins grande que celle de l'auteur d'une traduction. La version est littérale ; celui qui la fait ne se permet d'altérer le sens en quoi que ce soit, ni même de changer l'ordre grammatical du texte et la construction des phrases; il se conforme au génie et reproduit les idiotismes de l'original, <* Le latin des Écritures n'est qu'une version littérale, où l'on a conservé par respect beaucoup de phrases hébraïques et grecques.» Fén. a Rédiger un abrégé de la Bible en meilleur latin que la Vulgate , dont les auteurs n'ont songé qu'à la littéralité de la version. •» Lah. Le mot version signifie par luimême, dans une autre acception, sens, opinion, manière de tourner ou d'interpréter : il y a sur ce fait différentes versions.

La traduction laisse au traducteur plus de liberté : et de là vient même qu'on dit , une traduction libre , et jamais une version libre. Si la version n'est qu'une copie, un calque, la traduction est une imitation plus ou moins approchée. Le traducteur y ajoute aux découvertes de la version le tour du génie de sa langue ; il s'y conforme aux lois de la correction et de l'élégance; en un mot, il cherche à rendre les pensées comme il les aurait rendues s'il les avait conçues de luimême. Aussi a-t-il son style à lui, et une bonne traduction peut être dans la langue du traducteur une belle œuvre littéraire : telle est la traduction française des Géorgiques de Virgile par Delille.

« Si le traducteur s'éloigne trop de l'original, il ne traduit plus, il imite; s'il le copie trop servilement , il fait une version. N'y aurait-il pas un milieu à prendre? » Marm. «Si la version (du Nouveau Testament) de Mons a quelque chose de blâmable, c'est principalement qu'elle affecte trop de politesse, et qu'elle veut faire trouver, dans la traduction, un agrément que le Saint- Esprit a dédaigné dans l'original. » Boss. a Quelque petit que soit le volume de Longin, je ne croirais pas avoir fait un médiocre présent au public , si je lui en avais donné une bonne traduction en notre langue. Je n'y ai point épargné mes soins ni mes peines. Qu'on ne s'attende pas pourtant de trouver ici une version timide et scrupuleuse des paroles de Longin. » Boil. Gueudeville, traducteur de l'Utopie de Th. Morus, dit, dans sa préface, qu'il a fait une traduction libre, et que, si on n'aime que les versions scrupuleuses, il ne conseille pas de lire son œuvre. Pour l'explication du latin, Dumarsais veut qu'on place a au-dessous du texte la version interlinéaire , et au-dessous de cette version la vraie traduction en langue française.... L'enfant passant de la version interlinéaire à une traduction libre , s'accoutumera insensiblement à connaître par le seul usage les façons de parler propres à la langue latine et à la langue française. » D'Al.

Au lieu de version interlinéaire (d'Al. , Lah.) , l'Académie dit traduction interlinéaire. C'est à tort : l'adjeCtif interlinéaire a plus d'analogie avec version qu'avec traduction; car il donne, comme version , l'idée d'un simple mot à mot , d'une fidèle littéralité.

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