DEUXIÈME PARTIE
indique la voie qu'a suivie un homme : être ou marcher sur les traces de quelqu'un. Lorsque la lionne qui a mis has craint d'être découverte, elle efface ses traces avec sa queue (Buff.). — « Un satyre , qui suivait une nymphe qui fuyait tout éplorée , s'arrêta et dit : Je passe ma vie sur les traces d'une bergère farouche, malheureux quand je la poursuis, plus malheureux encore lorsque je l'ai atteinte. » Montesq. — On reconnaît , on constate des vestiges; on suit une trace ou des traces. Ce qu'on considère dans le vestige , c'est son existence même ou sa forme ; dans la trace, c'est sa direction.
Vestige, qui désigne au propre une marque profonde et distincte , produite par l'impression d'un corps, signifie au figuré quelque chose de réel ou qui a de la consistance , un reste ou une partie qui reste d'un objet qui n'est plus. La trace est plus légère, plus superficielle, plus abstraite ; c'est un trait , une ombre ou je ne sais quoi de vague. Il ne reste d'une chose réelle aucun vestige, et de son existence aucune trace. « Les cailloux creux se forment, dit-on, autour d'un noyau. Mais on ne voit aucun débris , aucun vestige de cette prétendue matière du noyau.. .. Doit-on supposer qu'un aussi gros noyau se fût anéanti, sans laisser aucune trace de son existence? » Buff. « On fait semer du foin sur tous les endroits labourés, et l'herbe cache bientôt les vestiges du travail... ; et on ne voit nulle part la moindre trace de culture. » J. J. Un fait n'a laissé dans l'histoire aucun vestige , quand il n'est consacré par aucun monument historique ; il n'a laissé dans l'histoire aucune trace , quand rien d'historique n'y fait allusion. Il ne reste plus de vestige d'un édifice (Mass.) , d'un bourg (Laf.), d'une nation (Mass.), d'une couleur (Buff,); il ne reste plus de trace d'ordre (Fén.), de liberté (Gond.), de certaines doctrines (Id.), de certaines vérités (Boss.), d'une ' querelle (Volt.), on regarde les souvenirs comme des traces faites dans l'esprit ou dans la mémoire.
Du reste , comme vestige est le seul de ces deux mots qui reproduise exactement un mot latin de même signification , il ne diffère quelquefois de trace qu'en ce qu'il est plus noble : selon l'Académie, on l'emploie surtout dans le style soutenu. Massillon dit des croisés qu'ils allaient en terre sainte adorer « les traces des pieds du Sauveur, » et quelques lignes plus loin, «ses sacrés vestiges. »
VÊTEMENT, HABIT , HABILLEMENT, ACCOU- TREMENT. Ce qui sert à couvrir le corps.
Le vêtement ne se considère que par rapport à cette destination commune. 11 est commode ou gênant , large ou étroit , chaud ou léger , dur ou délicat. Et cette destination, le mot vêtement la marque bien d'une manière absolue. « Suivant les stoïciens, quand nous laissons notre corps, nous ne faisons que poser un vêtement incommode. » J. J. « Qu'était-ce que le vêtement de sainte Thérèse? un rude cilice. » Bourd. a Saint François Xavier était aussi peu attentif à sa nourriture , à sa demeure , à son vêtement. » Id. o Fournir à quelqu'un la nourriture et le vêtement, » Id. a Pourquoi vous mettez-vous en peine
pour le vêtement ? » P. R. « Le magistrat doit veiller à ce que l'esclave ait sa nourriture et son vêtement. » Montesq. « Les véritables pauvres sans vêtement et sans nourriture. » Volt. « On a trouvé dans plus d'une île des peuples qui ne connaissaient pas les vêtements. » Id. a De bonnes maisons , de bons vêtements , de la bonne chère , avec de bonnes lois et de la liberté. » Id. «En fait de religion on a eu une conduite directement contraire à celle qu'on a eue en fait de vêtement, de logement et de nourriture. » Id. « Les principales occupations de notre espèce sont le logement , la nourriture et le vêtement. » Id.
Habit , du latin habitus , manière dont on a (habere) son corps, dont on se tient extérieurement , signifie le vêtement quant à sa forme et à son apparence : Yhabit est de telle ou telle couleur , riche ou pauvre , brillant ou modeste , à la mode ou suranné , long ou court. J. J. Rousseau , dans son Emile , recommande de tenir les enfants au îarge dans leur vêtement , et il reprend d'insensés gouverneurs qui menacent leurs élèves d'un habit plus grossier et plus simple comme d'un châtiment. C'est pourquoi, au lieu que le vêtement n'est que pour l'usage et la commodité, Yhabit est aussi pour l'ornement, et ce mot, comparé à celui de vêtement, est propre à désigner quelque chose de plus distingué ou de moins commun. Habit à la mode , à la française, à l'espagnole, à l'antique (Agad.). La vanité des habits (Bourd.). « Un ministre de Dieu qui n'a de sa profession que le caractère et Yhabit, sans en avoir la sainteté et le zèle.» Id. « Etre modeste dans ses habits. » Id. « Se montrer à l'église avec des habits magnifiques et brillants. » Id. a Un habit de bourgeois. » Boss. « La haine se cache souvent sous un habit de piété. » Id.
Et le poil et Yhabit déguisent grandement. Mol. « Dès l'âge de douze ans , Marc Aurèle prit Yhabit de philosophe. » Roll. « Aux xve et xvie siècles, le pourpoint et le petit manteau étaient Yhabit de toutes les cours. » Volt. « Le prince Edouard et ses compagnons erraient sur le rivage n'ayant pour habits que des lambeaux déchirés de vêtements à l'usage des montagnards. » Id. « Là vous changerez vos vêtements de sauvages en habits royaux. » Id. « Ulysse dit à Eumée : je vous demande que vous changiez ces vêtements délabrés en magnifiques habits. »
FÉN
Ensuite, comme habit se rapporte à l'extérieur, il exprime les diverses formes de vêtements que l'usage et la mode ont fait adopter suivant les temps, les lieux, les sexes, les conditions , les états , les saisons , ou pour certains exercices comme la chasse , ou pour certains divertissements, un bal , une noce , ou pour des fêtes et des cérémonies , ou pour témoigner son deuil à la mort d'un parent.
L'habillement, manière de s'habiller ou manière d' habit, est propre à une personne, et non pas distinctive d'une nation, d'un siècle, d'une condition ou d'un sexe. « Sous Simon le Macchabée la jeunesse prenait plaisir à se parer de riches habillements, et portait Yhabit militaire.» Boss. C'est souvent un habit de fantaisie. « Le
SYNONYMES Â RADICAUX DIVERS
portrait de Moto fait par lui-même est une grosse tête avec une barbe horrible, une physionomie fantasque et un habillement qui l'est encore plus. » Fén. « Au lieu de chapeau, il n'avait qu'un bonnet de nuit, entortillé de jarretières de différentes couleurs, et cet habillement de tête était une manière de turban. » Scarr. Bourdaloue , dans un de ses sermons , s'élève contre certains habillements immodestes, que ni la coutume ni la mode n'autoriseront jamais , suivant lui. V habit est réglé par l'usage , Yhabillement dépend du goût ou de la fantaisie de chacun. Deux personnes portant le même habit peuvent néanmoins différer par VhabiUement , suivant leur manière de s'ajuster , suivant qu'elles savent disposer leur habit avec plus ou moins de soin ou de négligence , ou suivant qu'elles emploient ou n'emploient pas, ou qu'elles emploient bien ou mal certains accessoires arbitraires , destinés à rehausser Yhabit sans en faire essentiellement partie, comme dentelles, rubans, manchettes, jabot , ornements de tête , colliers , boucles et différents bijoux placés sur différentes parties du corps. « Le jour de la représentation venu, chaque acteur ne s'occupa que de son habillement. » Les. « Pourquoi ne suis-je pas distinguée des autres par l'or et la pourpre que je suis en état de faire briller dans mon habillement? » Roll. Mme de Sévigné dit au sujet d'une femme qui ne savait pas s'ajuster : « Son habillement m'a paru une mascarade, »
Quelquefois l'habillement, au lieu d'être propre à une seule personne, convient à une espèce dans le genre : parmi les soldats qui tous portent Yhabit militaire , les hussards se distinguent par la richesse de leur habillement. La toge était Yhabit des Romains, et le laticlave (sorte de toge à large bordure de pourpre), Yhabillement des sénateurs (Roll.).
JJ accoutrement est un habillement singulier, bizarre , ridicule. Voltaire dit au sujet des pénitents : ce Ce serait un beau spectacle que l'Europe en capuchon et en masque, avec deux petits trous ronds devant les yeux! Pense-t-on de bonne foi que Dieu préfère cet accoutrement à un justaucorps? » Il se peut aussi que Y accoutrement soit quelque chose de misérable. Sertorius s'attachait les barbares de l'Espagne en leur donnant des tuniques et des cottes d'armes des plus belles étoffes; « et cela charmait ces peuples, qui n'avaient jamais connu qu'une vie presque sauvage et les plus vils accoutrements. » Roll.
VÊTU , REVÊTU , HABILLÉ , AFFUBLÉ , FA- GOTÉ. Dont le corps est couvert ou enveloppé de certaines choses.
Têtu et revêtu ont été distingués l'un de l'autre dans la Ire partie, p. 111. On est vêtu de ce qu'on porte d'ordinaire pour le besoin et la commodité ; on est revêtu de ce qu'on porte par-dessus le vêtement comme un insigne, une marque d'honneur ou de dignité. Le prêtre et le magistrat, vêtus plus ou moins légèrement suivant la saison, se montrent dans l'exercice de leur charge revêtus de tels ou tels habits , comme il convient aux hommes de leur ordre.
Habillé, du latin habitus, extérieur, a rapport
à la forme, à l'air, à la manière dont on est mis , au point de vue du goût , de la mode , ou relativement à certaines circonstances, comme une cérémonie joyeuse ou funèbre, un bal, une noce, ou un enterrement. Vêtu ou revêtu, on est couvert ; habillé, on est ajusté ou mis de telle façon. « Par un progrès ultérieur et révolutionnaire, les femmes en sont venues à s'habiller sans se vêtir, grâce aux tissus légers qui, en dessinant les formes de leur sexe , ne refusent aux yeux que la nudité absolue. » Lah. Un homme bien vêtu , c'est-à-dire commodément , de façon à braver les intempéries, peut être mal habillé, c'està-dire sans élégance, comme on ne s'habille plus, ou comme on ne doit pas s'habiller dans le cas où il se trouve. On est différemment habillé chez les différentes nations , et dans une même nation suivant les caprices de la mode. Il y a des personnes toujours mal habillées faute de soin ou de goût pour la toilette.
Affublé et fagoté signifient étrangement habillé. Mais ce qu'il y a d'étrange dans Yaffublement, c'est la chose même , elle n'est point faite pour être portée par celui qui en est couvert ; ce qu'il y a d'étrange dans la personne fagotée , c'est la manière dont elle est ajustée. Aussi affublé ne se dit-il qu'avec indication de la chose, et fagoté, avec indication de la manière. « Le dronte a des ailes et une queue disproportionnées ; on le prendrait pour une tortue affublée de la dépouille d'un oiseau. » Buff.
Vous voilà fagoté d'une plaisante sorte.
(Mascarille à Lélie, déguisé en Arménien, dans V Étourdi). Mol.
— « Quelquefois les chasseurs , pour surprendre les oies sauvages, se présentent affublés d'une peau de vache et marchent en quadrupèdes. » Buff. «Ah ! mon Dieu! miséricorde ! Est-il temps d'aller en masque? Qui vous a fagoté comme cela?» (Mme Jourdain à M. Jourdain, habillé en Turc, dans le Bourgeois gentilhomme). Mol.