‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 794 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

état d'avancer à Constantinople , on conseilla au j roi (François Ier) d'y envoyer Paulin, homme d'une condition médiocre, mais d'une grande capacité. » Id. « Il ne manquait pas de capacité pour l'emploi de premier ministre. » Roll. « Êpaminondas n'avait point encore été en situation de donner des preuves bien éclatantes de sa grande capacité pour commander des armées et pour manier les affaires publiques.» Id.

Disposition indique quelque chose de vague, une puissance éloignée , qui demande à être cultivée, et qui donne simplement des espérances de succès. Il suppose une application peu prochaine et se dit bien surtout par rapport aux enfants et à la manière dont ils répondent au soin qu'on prend de les instruire. « Helvétius affirme que tous les hommes sont nés avec les mêmes dispositions à tous les progrès de l'esprit. » Lah. ce II y a des enfants sans génie, qu'on voudrait former afin de les avancer , mais auprès de qui tous les soins qu'on prend sont inutiles par le peu de disposition qu'on y trouve. » Bourd. « Élevé avec Britannicus , Titus eut la même éducation et les mêmes maîtres; il montra de bonne heure des dispositions à tout. » Cond. « Christian IV avait de l'esprit, des connaissances, des dispositions heureuses pour tout et cultivées de bonne heure par des hommes célèbres. » Id. « On aurait pu faire de Denys le Jeune un assez bon prince , si d'abord on avait pris soin de cultiver les heureuses dispositions qu'il avait apportées en naissant. » Roll. a Cornélie éleva ses deux fils avec tant de soin que, quoiqu'ils fussent généralement reconnus pour être nés avec le plus heureux naturel et les meilleures dispositions du monde, on jugeait qu'ils devaient encore plus à l'éducation qu'à la nature. » Id. a Les dispositions sont plus passagères (que les habitudes) , et n'ont rien de fait ni de constant ; tels sont les commencements de la vertu et de la science. » Boss.

3° Aptitude, talent, — penchant, inclination , goût.

Tous ces mots marquent des spécialités; en cela ils diffèrent des deux précédents. La capacité et les dispositions sont générales; on peut avoir de la capacité et des dispositions pour tout. L'aptitude , le talent , le penchant , l'inclination et le goût sont particuliers; on n'en a que pour un certain genre d'actions. On dit absolument avoir de la capacité ou des dispositions ; et relativement, avoir de "aptitude, du talent, du penchant , de Vinclination, du goût, pour telle chose ou pour faire telle chose, ce Chaque grand homme , outre sa capacité générale, a encore un talent particulier dans lequel il excelle , et qui fait sa vertu distinctive. » Montesq.

Mais ensuite aptitude et talent ont rapport à l'homme intellectuel et aux ressources de l'esprit; penchant, inclination et goût, à l'homme sensible et aux attachements dont il est susceptible. Avec de l'aptitude et du talent pour une chose, on la fait facilement, on a par rapport à elle ce qu'on appelle aujourd'hui des moyens; avec du penchant, de Vinclination , du goût pour une chose, on s'y livre volontiers, on prend plaisir à la faire. « C'est dommage que je me

sois trouvé peu de talent pour l'art du dessin l'inclination y était tout entière. » J. J. a Cam pistron se livra à la poésie pour laquelle il se croyait du talent et se sentait du goût. » D'Al. a Le talent pour un ministère se manifeste souvent par le goût qui nous y détermine ; mais il ne faut pas que lui seul décide de nos choix. » Mass.

Aptitude, talent.

Aptitude est un mot formé par les savants du latin aptus, auquel ils ont donné une terminaison imitée du latin. Aussi ne l'emploie-t-on guère que dans le didactique ou en parlant d'occupations scientifiques ou littéraires. C'est le mot qui convient le mieux dans les définitions ou quand on traite en métaphysicien des différentes propriétés de l'esprit. « Le goût est une aptitude à bien juger des objets du sentiment. » Vauv. ce La présence d'esprit se pourrait définir une aptitude à profiter des occasions. » Id. a L'aptitude à comparer des idées et à trouver des rapports. » J. J. « Il y a des singes, des éléphants, qui ont plus d'esprit que d'autres , c'est-à-dire plus de mémoire, plus d'aptitude à combiner un nombre d'idées. » Volt. « Le lama ressemble au chameau par la douceur du naturel , par l'esprit de servitude, par la sobriété, par l'aptitude au travail.» Buff. « Il ne faut pas juger de l'iîtilité du latin par ceux qui n'ont reçu de la nature aucune aptitude aux connaissances littéraires. » Lah. « Le talent est une disposition particulière et habituelle à réussir dans une chose; à l'égard des lettres il consiste dans Yaptitude à donner au sujet qu'on traite une forme que l'art approuve. » Marm. — Talent est un mot commun, de tous les styles , significatif d'une disposition à réussir dans un certain genre de travail, quel qu'il soit , ordinaire ou relevé.

Penchant, inclination, goût.

Le penchant est plus fort, plus décidé que l'inclination (voy. , p. 692 et 693 , Inclination , penchant, pente, propension). Le goût est plus faible que l'un et l'autre. Le penchant nous entraîne ; l'inclination nous pousse ; le goût nous détermine et nous incite.

VOIE , CHEMIN , ROUTE. Espace par où on va d'un endroit à un autre.

Voie, étant formé du latin via, ne se dit au propre que dans un petit nombre d'expressions consacrées. Il désigne d'abord les routes romaines, a Les voies de l'empire romain. » Volt. a Les voies militaires romaines n'étaient larges que de seize pieds. » Id. La voie Appienne, la voie Flaminienne (Id. , Acad.). « Le premier de tous les Romains qui s'est rendu célèbre par la construction d'un grand chemin est le censeur Appius Claudius. Ce chemin fut appelé, de son nom , la voie Appienne.... C'était la plus ancienne de toutes les voies romaines. » Roll. « Le consul M. /Emilius conduisit un grand chemin depuis Plaisance jusqu'à Rimini, et le joignit à la voie Flaminienne. » Id. — On s'en sert aussi en termes de jurisprudence dans les locutions , voie publique, via, publica, et voie privée, via privata, dont la première a passé dans le langage commun : n'embarrassez pas la voie publique (Acad.).

« Dans les Pays-Bas , on exige de toutes les voitures un péage modique pour l'entretien des voies publiques. » Volt. — En termes de l'Écriture et dans le langage de la dévotion , non-seulement il est d'un fréquent usage au figuré, mais encore on l'emploie quelquefois au propre, ce Les Israélites, échappés de la mer Rouge, trouvaient les voies arides du désert douces et agréables. » Mass. — Hors de ces cas particuliers et faciles à reconnaître, voie est inusité au propre, si ce n'est dans des acceptions étrangères aux deux autres mots. Ainsi il signifie l'espace qui est entre les deux roues d'une voiture, et, d'autre part, le mode de transport pour les voyageurs ou pour les marchandises : aller par la voie de terre, par la voie de mer. Il est vrai qu'on dit bien , dans un sens analogue à ce dernier , la route de terre , et la route par- eau ou par mer. Mais on emploie alors une expression moins propre et moins choisie.

Chemin et route sont vulgaires ; ils ne viennent pas d'un mot latin correspondant qui ait le même sens.

Chemin est plus général : il y a des chemins pour les gens de pied comme pour les voitures ; il n'y a de route (de rota , roue) que pour les voitures. Un sentier est un chemin , et non une route. La route est un chemin long, large , droit, fixe, tracé pour toujours, construit de main d'homme , et très - fréquenté , très - passant. « Faut-il de si grands talents et une si bonne tête à un voyageur pour suivre d'abord le grand chemin, et, s'il est plein et embarrassé, prendre la terre et aller à travers champs , puis regagner sa première route, la continuer , arriver à son terme?» Labr. Routes royales ou impériales; chemins vicinaux , chemins de traverse ; route d'Allemagne ou d'Italie, chemin du village. « N'y a-t-il pas dans leur pays de grandes routes et des chemins de traverse à construire ? » Volt. On dit la route, comme le cours, du soleil ou d'un fleuve ; c'est quelque chose de réglé et d'invariablement suivi. Mais un torrent s'ouvre un chemin et dans sa course renverse tout ce qu'il rencontre. « Toutes ces eaux sont d'abord descendues dans les plaines, sans tenir de routes fixes.... Elles se sont ouvert des chemins jusqu'à la mer.» Buff. — Ensuite, la route se considère plutôt d'une manière extrinsèque et abstraite , par rapport à sa direction , à son tracé, aux lieux qu'elle traverse; aller de Paris à Lyon par la route de Bourgogne ou par la route du Nivernais. Le chemin , au contraire , est considéré intrinsèquement, matériellement, par rapport à sa nature: chemin raboteux, ferré, solide, rompu, glissant, fangeux , gâté par les pluies ; chemin de fer.

Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire.

Laf.

On trace une route, et on fraye un chemin. Pendant la nuit , on s'écarte de sa route, parce qu'on ne voit plus le chemin (Boss.). On tombe malade en route (Acad.), au commencement de la route (Volt.); on trouve des pierres en son chemin (Acad.), à l'entrée du chemin, ou un précipice dans son chemin CBourd.). Une route est belle ou bonne à riison des agréments qui s'y offrent à la

vue et des commodités qu'on y trouve dans les hôtelleries ; un chemin est beau ou bon à raison de la facilité dont il est pour la marche. Chemin est tellement relatif à la matière qui le compose qu'il se dit pour la quantité qu'on en parcourt. Faire bien du chemin (Acad.). oc Sous nos premiers rois , les charrettes faisaient à peine en un mois le chemin qu'elles font aujourd'hui en une semaine. » Volt. Faire route est une locution tout abstraite qui signifie voyager ; faire chemin n'est pas usité. Mais on fait un chemin , c'est-àdire qu'on le construit, et on fait du chemin, c'est-à-dire qu'on parcourt une étendue de terrain plus ou moins longue.

Au figuré , dans le sens où ces trois mots expriment ce qu'on doit faire, la conduite qu'on doit tenir pour arriver à une fin, route et chemin rappellent le sens propre, savoir l'idée de quelque chose d'ordinaire, de tracé, de frayé, de battu, de déterminé, de connu , de fréquenté, qui mène à un but commun : le chemin ou la route de la vertu, de la gloire. Voie, inusité au propre, signifie un moyen particulier pour arriver à une fin particulière. On enseigne ou on suit le chemin ou la route qui conduit, qui a toujours conduit à tel but , la gloire , le bonheur , la fortune , la perfection : on ouvre à quelqu'un une voie pour réussir dans telle entreprise. On dit bien des voies indirectes, souterraines (Acad.), extraordinaires (Mass.), singulières (Id.); se frayera soi-même des voies selon sa vanité et son caprice ^Id.). « On cherche à vous tirer du grand chemin battu par nos pères , pour vous jeter dans les voies obliques et détournées de la séparation et du grand schisme. » Boss. « Du temps de Roger Bacon, on était sur la voie de cette horrible découverte (celle de la poudre à canon). » Volt. Dans cette phrase, chemin ou route ferait un contre-sens, puisque personne n'ayant encore trouvé la poudre, il n'y avait aucun sentier tracé ou frayé qui y conduisît.

Quant à chemin et à route, ils diffèrent comme au propre.

La route est plus grande et plus commune; c'est pourquoi ce mot a servi à former routine- Elle semble aussi plus certaine et plus sûre, ce Le chemin de la vertu n'est pas de ces grandes routes dans lesquelles on peut s'étendre avec liberté. » Boss. ce L'homme qui .nous montre le but, nous indique la véritable route, nous détourne des chemins trompeurs , nous marque les écueils ne rend-il pas un service important ? » Lah. ce L'amour règne au théâtre. Les femmes ont réduit tous les auteurs à ne marcher que dans ce chemin qu'elles leur ont tracé, et Racine seul est parvenu à répandre des fleurs sur cette roule trop commune. Il est à croire que le génie de Corneille aurait pris une autre voie , s'il avait pu secouer le joug. » Volt. — D'ailleurs, on suit la route et on marche dans le chemin, ce Remontrez-leur qu'ils suivent la même route que les réprouvés, qu'ils marchent dans le même chemin. » Bourd. ce Suivrez-vous une route plus solitaire ? Irez-vous sur le chemin de moins de gens? » J. J. Route a rapport à la direction uniquement, en même temps qu'au grand nombre

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