‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 795 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de ceux qui la suivent , et chemin est relatif à la facilité ou à la difficulté. « S'enrichir par une longue épargne ou par un travail assidu, c'était l'ancienne route que l'on suivait; mais de nos jours on a découvert des chemins raccourcis et plus commodes. » Bourd. On marque, on montre la route; on aplanit le chemin.

VOIE, MOYEN. Quelque chose à quoi on a recours pour accomplir un dessein, pour faire ce qu'on a en vue.

Voie, latin via, signifie au propre chemin, route, Moyen, du latin médium, ce qui est entre deux ou au milieu, exprime un intermédiaire, un instrument , une faculté, une aide. On suit les voies ; on se sert des moyens* On ouvre une voie ; on propose un moyen.

Par la voie on arrive : a On peut arriver à la gloire par plus d'une voie. ■» Rac. Par le moyen on. réussit : « C'est un excellent moyen pour réussir. » Acad. On prend une voie pour atteindre un hut ; on prend un moyen dans l'intérêt de la fin pour laquelle on agit. Qui entre dans la voie est gncore loin du but; qui veut la fin veut les moyens.

L'idée de marche, d'espace parcouru ou à parcourir, étant inséparable de voie, on dit bien une voie courte ; mais, comme moyen a rapport à une exécution , à la production d'un effet , on dit mieux un moyen prompt. La nature agit toujours par les voies les plus courtes (Volt.); le désintéressement est le plus prompt moyen pour concilier les cœurs (Bourd.).

Par la plus courte voie on y cherche une place (dans la grâce des rois) ;

Et le plus prompt moyen de gagner leur faveur,

C'est de flatter toujours le faible de leur cœur.

Mol. ■ a La voie de la vertu est longue et ennuyeuse ; les moyens légitimes ordinairement sont bien lents. »Boss.

La voie est ouverte, et elle conduit quelque part ; on a des moyens , c'est-à-dire des facilités pour agir, des ressources. « Rien n'est impossible : il y a des voies qui conduisent à toutes choses ; et si nous avions assez de volonté , nous aurions toujours assez de moyens. » Laroch. « Tout ce qui nous est possible , c'est d'apercevoir quelques effets particuliers, de les comparer, de les combiner. Puisque c'est la seule voie qui nous soit ouverte, puisque nous n'avons pas d autres moyens pour arriver à la connaissance des choses naturelles, il faut aller jusqu'où cette route peut nous conduire. » Buff.

La voie est plutôt quelque chose de général et le moyen, quelque chose de particulier. On s'engage dans la voie des armes ; on imagine on invente un moyen de faire telle chose. On dit la voie du salut, et un moyen de salut. « Les peines de notre état sont les voies de notre sanctification Faisons des peines attachées à notre état des

moyens de salut. » Mass. « Vous ne

prenez pas

les voies naturelles pour faire croire un point de fait.... Mais vous allez chercher des moyens si éloignés de cette simplicité, que cela frappe nécessairement les plus stupides. » Pasc.

La voie est une carrière ; elle suppose un plan ,

une suite d'actions, et se rapporte à la conduite; le moyen est la puissance appliquée pour faire une seule action, et il ne regarde que l'événement. « Hérode voulait qu'il ne fût point parlé de la naissance de Jésus-Christ; et la. voie qu'il prend pour cela (le massacre des innocents) est justement le moyen d'en faire parler par toute la terre. » Bourd. « La voie est droite ou oblique: le moyen est efficace ou insuffisant. La bonne voie est juste , légitime ; le bon moyen est sûr.

Enfin , parce que voie est relatif à la moralité , et moyen , à l'effet , à l'issue , au succès , le premier se prend de préférence en bonne part , et le second en mauvaise. « L'auteur n'a pas mis assez de distinction entre les princes qui ont acquis un État par des voies justes , et ceux qui l'ont usurpé par des moyens illégitimes. » Desc. « Sans doute que le clergé acquérait souvent par des voies honnêtes ; mais il est certain qu'il acquérait encore par toutes sortes de moyens. » Cond. «Scipion avertit Jugurtha de ne rechercher jamais l'amitié des Romains que par des voies d"honneur... ; que , s'il employait d'indignes moyens , il perdrait même l'argent qu'il emploierait à corrompre les suffrages. » Vert.

1° VOIR, REGARDER ; — 2° LORGNER, GUI- GNER. Avoir les yeux quelque part, appliqués à quelque objet.

1° Voir, regarder.

Voir est passif et involontaire , au lieu que regarder, comme ohserver , considérer, etc., dont il est synonyme, annonce un effort et désigne une action faite exprès. On voit un objet qui fait sensation sur l'œil; on regarde celui sur lequel on dirige ou on fixe ses yeux à dessein. «. Pour regarder , il faut que les yeux sachent se diriger sur un seul des objets qu'ils voient. » Cond. « Si vous ne regardez qu'une chose , vous en voyez plusieurs ; et il vous est même impossible de n'en pas voir beaucoup plus que vous n'en regardez.» Id. « On voit en même temps toutes les choses qui font à la fois impression sur la vue , et on regarde un objet sur lequel on dirige ses yeux pour le voir exclusivement. » Id. On voit plus ou moins clairement , on regarde plus ou moins attentivement. Ce que l'indifférent se contente de voir , le curieux ou l'amateur le regarde. La vue est large , pleine ; le regard, restreint et distinct. « Nous ne sommes pas assez détachés de nous pour nous regarder d'un regard distinct, et nous voir d'une pleine vue. » Boss.

Ensuite , voir exprime une action et le résultat de cette action , et de là vient que ce mot est synonyme d'apercevoir et de découvrir (voy. l'article suivant); regarder, au contraire, ne. signifie que l'action indépendamment de l'effet. Aussi, comme on voit quelquefois sans regarder , c'està-dire sans intention et sans attention, sans rien faire pour cela , de même il peut arriver qu'on regarde "sans voir, c'est-à-dire sans succès, ce Alors on regarde sans voir , on écoute sans entendre. » P. A. « On pourrait souvent dire de votre cousin qu'il écoute sans entendre et regarde sans voir. » Dudeff. ce Sans vouloir faire de votre fille un très-grand botaniste, je crois néanmoins

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

qu'il lui sera toujours utile d'apprendre à bien voir ce qu'elle regarde. » J. J.

2° Lorgner, guigner.

Lorgner et guigner sont familiers et veulent dire l'un et l'autre regarder du coin de l'œil , en tournant les yeux de côté. Mais à lorgner paraît convenir plus particulièrement l'idée du désir et du soin qu'on a de n'être pas vu. Les lorgnettes ont été dans le principe des éventails , au milieu desquels se trouvait une ouverture pour voir sans être vu. On lorgne en regardant à la dérobée , sans faire semblant de rien. « Je fis ce que je pus pour le lorgnera, sa fenêtre (un prisonnier), mais je ne pus l'y apercevoir. » S. S. Quant à guigner , qui se dit moins souvent et plus familièrement encore , il paraît marquer surtout l'envie de posséder ou la convoitise; c'est regarder non-seulement en coulisse, mais encore en fermant les yeux à demi, d'un air langoureux. Dans YAvare , La Flèche , apportant la cassette d'Harpagon qu'il vient de dérober, dit à Cléante : « J'ai guigné ceci tout le jour. » Mol. Dans Y Enéide travestie, Anne, sœur de Didon, lui dit au sujet d'Ënée , l'un de ses prétendants :

Mais pour celui-ci, qui vous touche,

Qui fait venir l'eau à la bouche,

Que vous ne faites que guigner,

Prenez-le-moi sans barguigner. Scarr.

VOIR, APERCEVOIR, DÉCOUVRIR. Saisir ou connaître par les yeux les choses qui tombent sous la prise de cet organe.

Voir, étant un verbe simple, n'ajoute à cette idée commune aucun accessoire particulier. Mais, parce que apercevoir et découvrir sont des verbes composés , ils représentent d'abord l'un et l'autre l'action dont il s'agit comme volontaire , comme résultant presque toujours d'un effort ou d'une recherche. Un homme qui a les yeux ouverts voit; un homme qui regarde ou qui observe aperçoit ou découvre. « Le guide nous dit : Voici le château. Nous eûmes beau regarder de tous nos yeux dans la campagne , nous fûmes longtemps sans Y apercevoir; nous ne le découvrîmes qu'en y arrivant. » Les.

D'un autre côté, les actions d'apercevoir et de découvrir, à la différence de celle de voir, sont remarquables chacune par un caractère distinct.

Apercevoir , ad per capere, commencer à saisir à travers, marque proprement un commencement de connaissance, une connaissance imparfaite, obtenue avec peine, malgré les obstacles, l'éloignement ou la petitesse. Mais découvrir, voir à découvert , c'est connaître à plein , d'une manière facile et manifeste. Ce qui est aperçu n'est qu'entrevu-, ce qui est découvert est vu au grand jour, sans nuage , sans confusion, a La grotte de la déesse était sur le penchant d'une colline. De là on découvrait la mer.... on apercevait de loin des collines et des montagnes qui se perdaient dans les nues. » Fén. « Ouvrez les yeux dans un lieu sombre, vous n'apercevrez rien dans l'air; mais ouvrez-les près d'une fenêtre, aux rayons du soleil , vous y découvrirez jusqu'aux moindres atomes. » Id. « Les Hottentots ont la vue si longue, qu'ils découvrent des vaisseaux à une distance où nous ne les apercevons qu'avec des

lunettes, » Cond. « Les anciens s'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils nous ont portés , le moindre effort nous fait monter plus haut , et avec moins de peine et moins de gloire nous nous trouvons au-dessus d'eux. C'est de là que nous pouvons découvrir des choses qu'il leur était impossible d'apercevoir. » Pasc.

Apercevoir procure une idée des choses superficielle , comme toutes celles que donne un premier coup d'œil; mais découvrir exprime une manière de connaître plus approfondie. Un aperçu , en comparaison d'une découverte , est quelque chose de léger, d'indécis, d'incomplet, une première vue, une sorte d'esquisse. « Quoique vos yeux n'aperçoivent dans l'eucharistie qu'une apparence de pain, la foi néanmoins y découvre, sous cette apparence, le vrai corps de Jésus- Christ. » Fén. a Les déclamateurs ont dit cent fois tout cela ; mais ils le disaient en déclamant , et moi , je le dis sur des raisons : ils ont aperçu le mal, et moi , j'en découvre les causes. » J. J.

VOL, VOLÉE, —ESSOR. Mouvement ou allure des oiseaux au moyen de leurs ailes.

Vol et volée ont été distingués l'un de l'autre dans la Ire partie, p. 199. Us diffèrent tous deux d'essor de la manière suivante.

Essor vient du latin ex, hors de, et d'aura, l'air ou les airs : essorer signifie exposer à l'air pour faire sécher. Si bien que l'essor est un vol en l'air , dans les airs , en plein air , libre , hardi , haut, rapide. C'est surtout le vol de l'aigle et des autres oiseaux de proie. Un oiseau prend l'essor, c'est-à-dire le plein air, comme un vaisseau prend le large, c'est-à-dire la pleine mer; un oiseau ne prend pas le vol, mais son vol. « Les vautours sont obligés de s'essayer et de s'efforcer à trois ou quatre reprises , avant de pouvoir prendre leur plein essor. » Buff. a Les petits des oiseaux, des alouettes, par exemple, prennent leur vol bien avant de pouvoir prendre l'essor ou leur essor. » Id. « Si le corbeau s'aperçoit qu'un oiseau de proie s'approche de son nid, il prend son essor , gagne le dessus et se rabat sur l'ennemi. » Id. « Us ont voulu prendre l'essor, et porter plus haut leur vol. » Boubd. « Cet homme si simple et si doux , prenant tout d'un coup l'essor, s'éleva d'un vol rapide à une haute réputation. j> J. J.

Au haut des airs le vol de ma pensée Peut m'élever ; mais, sans le caducée De la raison, cet essor ne me sert Qu'à prolonger une erreur qui me perd.

Ensuite , comme ex marque un départ ou un point de départ , le commencement d'un mouvement, essor exprime quelquefois le début d'un vol, d'un vol élevé, audacieux, soutenu, en un mot un grand élan. « On a vu des bécasses renfermées dans une chambre prendre régulièrement un essor de vol tous les matins et tous les soirs , tandis que pendant le jour ou la nuit elles ne faisaient que pietter sans s'élancer ni s'élever. » Buff. a Si, en prenant leur essor non loin de la hutte du tireur , les tétras partent d'un vol rapide et soutenu , il peut conclure qu'ils iront en avant sans s'airêter. » Id. « Au temps des Médi-

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