DEUXIÈME PARTIE
cis * la poésie dramatique prenait en Espagne et en Angleterre , non pas encore un vol soutenu et bien réglé, mais un essor quelquefois très-élevé.» Lah.
1° VOLER, DÉROBEB ; — 2° DÉVALISER , DÉ- TROUSSER ; — 3° ATTRAPER, ESCAMOTER; — 4° ESCROQUER. Prendre à une personne ce qui lui appartient , pour se l'approprier.
Voler et dérober sont de tous les styles et s'emploient également avec le nom de l'objet ou celui de la personne pour régime direct : voler, dérober quelque chose ou quelqu'un. — Tous les mots suivants sont familiers , et , de plus , dévaliser et détrousser se disent uniquement des personnes, attraper et escamoter uniquement des choses , et , quant à escroquer , s'il se place aussi devant les noms des personnes ou ceux des choses indifféremment, il a cela de tout à fait particulier, qu'il signifie non pas précisément prendre, mais se faire donner.
1° Voler, dérober.
On vole de toutes les manières, et, par exemple , ouvertement , de force , par extorsion ou les armes à la main. Dans Amphitryon, Mercure vole à Sosie son nom impudemment, sans s'en cacher (Mol.). « Chacun de tes satrapes volait dans sa province plus d'or et d'argent que nous n'en avions dans toute notre république. » (Léonidas à Xerxès). Fén. <* On pend un pauvre malheureux pour avoir volé une pistole sur un grand chemin, dans son besoin extrême, et on traite de héros un homme qui subjugue injustement les pays d'un Etat voisin! » Id. Mais on ne dérobe que d'une seule façon, furtivement, en prenant soin d'échapper aux regards.
On dirait que pour plaire, instruit par la nature,
Homère ait à Vénus dérobé sa ceinture. Boil. Dans Y Avare, Harpagon, dont on a pris la cassette à la dérobée, clandestinement, s'écrie : « Au voleur! à l'assassin! Je suis perdu; on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. » Lui-même « fut surpris une nuit en venant dérober l'avoine de ses chevaux. » A Sparte , la loi voulait que les enfants s'exerçassent, non pas à voler, mais à dérober (Volt.) , et a on fouettait rudement ceux qui se laissaient surprendre. » Montesq. —Outre cela, voler, ainsi que vol, a toujours un sens rigoureux , et exprime une action criminelle ; au contraire, dérober, comme larcin, qui y correspond, s'entend parfois d'une manière affaiblie, et annonce quelque chose de moins grave ou même d'indifférent. Dérober' un baiser (Acad.); dérober à quelqu'un les rayons du soleil (Fén.). a La- pie a l'instinct de dérober tout ce qu'elle trouve à sa bienséance. » Buff. « Jean d'Alba, servant les jésuites, et n'étant pas satisfait de ses gages, déroba quelque chose pour se récompenser.... On l'accusa de vol domestique.... Il avoua qu'il avait pris quelques plats d'étain, mais il soutint qu'il ne les avait pas volés pour cela rapportant pour sa justification la doctrine du P. Bauny. » Pasc.
2° Dévaliser , détrousser.
Dévaliser, c'est enlever la valise; et détrousser, enlever la trousse. La valise (allemand, felleisen: malle de cuir et de fer) est '
une espèce de long sac de cuir, fermant avec une chaîne , dans lequel on met ses effets, principalement , mais non pas uniquement , quand on voyage. La trousse (allemand tross, bagage) est le faisceau de hardes ou le paquet que le cavalier porte en croupe ou derrière lui sur son cheval. Par conséquent on dévalise un homme partout où il peut se trouver avec ses effets, et, par exemple, chez lui. « Ce misérable (jardinier) nous dévalisait aussi aisément qu'effrontément ; et dans une seule nuit il parvint à vider ma cave. » J. J. a Mlle Levasseur, à Paris, ne manquerait pas d'être tyrannisée et dévalisée de nouveau par toute son avide famille. » Id. a Ne vas-tu pas encore me blâmer de m' être chargé d'un domestique qui, m'ayant déjà dévalisé, ne pouvait manquer de récidiver à la première occasion? » Les. Mais on ne détrousse que les voyageurs, a Mon guide indien eut l'adresse de me faire éviter la rencontre des nègres marrons , qui habitent les montagnes , et détroussent les voyageurs. *> Les. « Quelques jours avant, les mêmes voleurs , au même endroit , avaient arrêté le chariot de poste , et avaient détroussé de quarante mille florins divers voyageurs. » Beaum. Voilà peut-être de ces gens Qui vont par les forêts détrousser les passants.
Regx.
3° Attraper , escamoter.
Attraper, prendre à une trappe ou dans un piège, dénote de la finesse, de la ruse. Escamoter, faire disparaître quelque chose à l'instant et par un tour de main , sans qu'on s'en aperçoive, marque de la subtilité. Celui qui attrape y met le temps , dresse un piège , prend des mesures , combine des moyens pour arriver à une fin. Dans YEtourdi de Molière, Mascarille ne peut venir à bout d'attraper de l'argent à Anselme par un stratagème. Dans Y Avare, La Flèche apportant la cassette qu'il a prise , dit : « J'ai guigné ceci tout le jour.... C'est le trésor de votre père que j'ai attrapé. » Celui qui escamote le fait avec vivacité , prestement , subito , de façon qu'on n'y voit que du feu , et l'adresse dont il use est celle la main plutôt que celle de l'esprit. « Je ne dis rien de l'argent qu'il escamote dans les payements qu'on lui fait. » J. J. « Un filou lui escamota sa bourse. » Acad.
4° Escroquer.
Ce n'est pas, comme voler, dérober, dévaliser, détrousser, attraper et escamoter, s'emparer d'une chose, c'est parvenir à se la faire donner, la tirer, l'extorquer, mais sans violence : escroquer un dîner (Acad.), des reconnaissances (SÉv.), des approbations (Id.). Un homme qui emprunte de l'argent avec promesse de le rendre ou de le faire valoir , et qui ensuite le garde ou nie de l'avoir reçu , escroque , est un escroc, « Je ne dis rien des écus qu'il escroque aux passants dans les tavernes , et qu'il nie ensuite d'avoir empruntés. » J. J. Outre l'idée d'injustice et d'usurpation , escroquer implique celle de fourberie, d'insigne mauvaise foi,,de moyens perfides et odieux par lesquels l'escroc cherche à capter la confiance avec l'intention d'en abuser. « Que dites-vous de ce petit Lamare qui est
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
venu escroquer de l'argent chez vous par un mensonge ? » Volt. Une infâme escroquerie (Acad.).
VOLEUR, BRIGAND, LARRON, FRIPON, ES- CROC, FILOU. Gens qui s'approprient ce qui appartient à autrui.
Voleur est le terme général : il se dit de quelque manière que l'action se commette , par force ou par ruse , ouvertement ou en secret, « L'injustice n'entrera point dans le royaume céleste.... Sans cet arrêt, le monde ne serait plus qu'une retraite de voleurs. » Bourd. «Lorsque le voleur était surpris avec la chose volée, cela était appelé chez les Romains un vol manifeste ; quand le voleur n'était découvert qu'après, c'était un vol non manifeste. » Montesq. « Que dites-vous de M. d'Albret, qui allait voir amoureusement et nocturnement Mme de Lameth à la campagne? On l'a pris pour un voleur , on l'a tué sur la place. » Sév.
Les voleurs ne sont pas Gens honteux ni fort délicats :
Celui-ci fit sa main. Laf.
Brigand annonce l'emploi de la force , un vol commis à main armée, et d'ordinaire par des malfaiteurs réunis en troupe, « Lycophron rapporte qu'une horde de voleurs, qui avait été injustement condamnée en Ethiopie à perdre le nez et les oreilles , s'enfuit jusqu'aux cataractes du Nil.... Il raconte que ces brigands élevèrent en une nuit une statue d'or à un dieu d'Egypte. » Volt. «Un chef de brigands tel que Déjocès, ou Cyrus, ou Romulus assassin de son frère, ou Clovis autre assassin, Genseric, Attila, se font rois. » Id, « Si on avait voulu écrire l'histoire d'un brigand, d'un voleur de grand chemin, on ne s'y serait pas pris autrement. » Id. « Un pirate disait : Parce que j'infeste les mers avec un petit navire , on m'appelle brigand , et Alexandre qui pille l'univers avec une grande flotte reçoit le nom de conquérant. » Roll. « A l'exemple et sous la sauvegarde de Viriathus, plusieurs troupes de brigands s'étaient mises à courir la Lusitanie. Brutus entreprit de leur donner la chasse, et ce ne fut pas sans peine qu'il en purgea la province. » Id. « Un autre objet bien digne de l'attention d'Auguste, c'étaient les compagnies de brigands qui s'étaient formées. à la faveur de la licence et du désordre des guerres. Elles faisaient presque de petites armées, qui exerçaient plutôt des hostilités que de simples vols. » Id.
Voit-on les loups brigands, comme nous inhumains,
Pour détrousser les loups courir les grands chemins? Boil.
Larron désigne un voleur qui opère en cachette, furtivement, a Qui voudrait avoir un domestique aussi larron que Mercure? » Fén. Dans Y Avare, Harpagon dit de Valère, qu'il soupçonne d'avoir pris sa cassette : « Voilà un traître qui s'est coulé chez moi sous le titre de domestique pour me dérober mon argent et pour me suborner ma fille.... » Un peu auparavant il avait dit : « Allons, monsieur le commissaire, faites le dû de votre charge, et donnez-lui-moi son procès
comme larron et comme suborneur.» Mol. «Les Juifs auraient pu dire à Moïse : Vous nous avez fait sortir de l'Egypte en larrons et en lâches. » Volt. « Le larron a été découvert. » Acad.
Ils s'entendent tous deux comme larrons en foire.
Mol.
Messer loup attendait chape-chute à la porte....
Le larron commençait pourtant à s'ennuyer. Laf.
Fripon, escroc et filou signifient des voleurs adroits. Mais le fripon use proprement de tromperie , Yescroc de fourberie , le filou de subtilité. Les fripons sont des gens d'esprit , qui font de leur finesse un usage frauduleux; les escrocs sont des chevaliers d'industrie ; et les filous, des coupeurs de bourses.
Le fripon n'est pas de bonne foi , il vous dupe « Pour savoir mettre un fripon sur la scène , il faut un auteur bien honnête homme. » J. J. « Au pharaon, le banquier n'est qu'un fripon avoué, et le ponte une dupe. » Buff. Dans un des dialogues de Fénelon , le cardinal Balue dit à Louis XI : « Vous vouliez tromper tout le monde : qui vouliez -vous qui se livrât à vous de bonne foi? Aurait-on pu durer huit jours chez vous avec un cœur droit et sincère? N'était-on pas forcé d'être un fripon dès qu'on vous approchait? »
Le monde avec plaisir voit les dupeurs dupés.... Vouloir toujours tromper, c'est un malheureux lot : Bien souvent, quoi qu'on dise, un fripon n'est qu'un sot. Volt.
L'escroc vous dupe indignement, il tire quelque chose de vous par d'odieux artifices. « Molière oppose aux dupes des fripons adroits et souvent heureux.... Dorante du Bourgeois gentilhomme, un homme donné sans ménagement par Molière pour un fourbe, pour un escroc, pour un flatteur, pour un vil complaisant, c'est l'honnête homme de la pièce. » J. J. « De l'homme terrible et vigoureux qu'on avait d'abord peint on fit peu à peu un petit fourbe, un petit menteur, un petit escroc , un coureur de tavernes et de mauvais lieux. » Id. « H eût été honteux pour la France qu'une horde infâme d'usuriers escrocs eût accablé en justice la vertu d'un maréchal de camp. » Volt. « Un repaire d'usure et d'escroquerie. » Id. « Le prince d'Harcourt était grand menteur, grand libertin d'esprit et de corps, grand dépensier en tout, grand escroc avec effronterie. » S. S. « Il se produisit un de ces aventuriers escrocs , qui prétendait avoir le secret de faire de l'or. » Id.
Le filou vous surprend, vous enlève en un tour de main ce que vous avez sur vous, a On m'escamota le cordon du chapeau que je portais. Je ne sais comment se fit un tour si subtil.... Je reconnus qu'il y avait dans la galère des filous plus fins que moi. » Les. « Le roi des ribauds était un fou de cour qui prenait un droit sur les filous et sur les filles publiques. » Volt. Lucidor.
« Ordinairement les aventuriers sont de grands filous. »