‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 797 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

VOLONTAIREMENT , DE BON GRÉ : — VOLON- TIERS , DE BON COEUR ; — DE BONNE GRÂCE.

Toutes ces expressions servent à marquer qu'on fait quelque chose de soi-même , et non par nécessité.

Volontairement et de Ion gré ont rapport à la liberté. Qui agit volontairement ou de Ion gré suit ses résolutions, n'est assujetti à personne, mais maître de soi. Seulement volontairement exclut la contrainte , et de bon gré , la force ; on prend un parti , on porte son attention ici ou là volontairement ; mais une ville se rend à un vainqueur de Ion gré , sans attendre l'assaut , et dans le Mariage forcé de Molière , ce n'est pas de don gré que Sganarelle épouse Dorimène.

Volontiers et de bon cœur ont rapport à l'inclination. Ce qu'on fait volontiers ou de bon cœur, on aime à le faire , on le fait avec plaisir, et non pas avec peine ou à regret. C'est volontairement ou de bon gré qu'on subit une opération chirurgicale, quand on s'y détermine et qu'on s'y soumet librement; mais ce n'est ni volontiers ni de bon cœur. De leur côté , volontiers et de bon cœur signifient , le premier sans répugnance , le second avec plaisir : on voit volontiers une personne pour laquelle on se sent du goût; on s'emploie de bon cœur pour le salut de celle qu'on aime tendrement.

De bonne grâce a rapport aux manières. Qui agit de bonne grâce le fait sans rechigner , sans témoigner de mécontentement ou de dépit. C'est la seule de toutes ces locutions qui regarde l'extérieur. Mme de Sévigné dit d'une jeune personne qui avait quitté les plaisirs de la ville pour la venir voir à la campagne : ce Cela m'aurait inquiétée , si je ne voyais clairement qu'elle en est fort aise et que c'est d'aussi bon cœur que de bonne grâce qu'elle a fait cette expédition. »

Qui donne volontairement l'aumône la donne de son propre mouvement. Qui la donne de bon gré la donne sans qu'on la lui arrache. — Donner volontiers l'aumône, c'est la donner y étant porté par sa nature. La donner de bon cœur, c'est trouver ou mettre son plaisir à la donner , la donner avec affection. — Donner l'aumône de bonne grâce, c'est se montrer en la donnant gracieux , aimable, plein de politesse.

VOLONTÉ, INTENTION, DESSEIN (RÉSOLU- TION, PROPOS, PARTI). Détermination de l'âme relativement à quelque chose à faire. Telle est sa volonté ou son intention, tel est son dessein, c'est-à-dire ce qu'il désire, demande, ou ce qu'il a décidé qui soit; faire du mal sans en avoir la volonté, Y intention ou le dessein; se conformer aux volontés , aux intentions , aux desseins de quelqu'un.

Il y a d'abord une opposition manifeste entre la volonté et l'intention. La volonté est fixe et se rapporte à quelque chose de prochain ; au lieu que l'intention est vague et relative à quelque chose d'éloigné. Avec la volonté de faire le bien, on est tout prêt de le faire, on se porte aie faire; avec l'intention de faire le bien, on y tend seulement (in tendere , tendre vers) , on y incline ; ne dit-on pas que l'enfer est pavé de bonnes intentions ? Une femme , avant le mariage , a l'in-

tention de nourrir elle-même ses enfants , quand elle en aura ; une fois mariée et devenue mère , elle en a ou n'en a pas la volonté. Les volontés sont plus explicites, aussi peut-on les exécuter à la lettre , comme des ordres ; les intentions le sont moins, on les suit à peu près, autant que possible. On apprend ou on dicte ses volontés ; on laisse entrevoir , deviner ou pénétrer ses intentions.

De vos intentions je sais tout le mystère. Regn. — Ensuite, la volonté est un acte d'autorité, d'empire ; elle est absolue , ferme , inflexible : l'intention est de la conduite ce qui ne paraît pas , ce qui est dans l'âme et ce qui sert à caractériser ce qui paraît ou l'action ; elle est moralement bonne ou mauvaise. Il faut obéir à la volonté ou aux volontés de ceux dont on dépend; quand nous jugeons des actions , il faut regarder l'intention plutôt que le fait.

Le dessein se distingue par autre chose : il est réfléchi et méthodique ; il suppose un arrangement de moyens , des dispositions , des mesures. « Les desseins médités longtemps avant l'exécution sont d'ordinaire sans effet. » Regn. ce Mon dessein , dont voici d'abord l'idée , est de vous représenter la différence de ces caractères.» Bourd. a Quand on songe combien de causes étrangères peuvent nuire aux meilleurs desseins et renverser les projets les mieux concertés. » J. J. ce Jamais homme ne fut si vaste dans ses desseins (que le baron de Goertz) ni si actif dans ses démarches ; nul projet ne l'effrayait , nul moyen ne lui coûtait. » Volt.

On fait une chose avec une volonté bien arrêtée, avec une intention pure ou droite, et de dessein prémédité. — Nous n'aimons pas qu'on s'oppose ou qu'on résiste à nos volontés > qu'on nous prête des intentions que nous n'avons pas , ni qu'on renverse nos desseins. La volonté de nuire en recherche l'occasion ; l'intention de nuire l'attend ; le dessein de nuire dresse son plan , se prépare , c'est un coup monté ou concerté , une ruse , un artifice , un piège '.

^ . L'Académie définit la résolution un dessein qu'on prend; le propos, une résolution formée; et le parti, une résolution, une détermination.

Le fait est que ces trois mots signifient une détermination de la volonté après délibération, et cette dernière circonstance est étrangère au dessein. On prend un dessein, volontairement, exprès, en connaissance de cause ; on prend une résolution, un parti, on fait un propos, après avoir balancé, après avoir été tiré en sens divers , et en faisant un libre choix.

La résolution suppose qu'on s'est fait violence, qu'on s'est vaincu; résolution veut dire dans une autre acception fermeté, courage , résolution inébranlable, la résolution de se tuer (Volt.).

Propos n'est guère usité qu'en termes de dévotion, et, alors même qu'il est joint à l'épithète afferme, il marque une fermeté moins forte et moins énergique que résolution, « En venant vous présenter au tribunal de la pénitence, vous formez de ces propos vagues et indéterminés de conversion qui n'ont jamais de suite. » Mass. a Des propos vagues et éloignés de changement. » Id. ce Des propos vagues de pénitence.»

FÉN

Que si la résolution est courageuse, et le propos mou, Yague, le parti est avantageux. On peut prendre la

1° VOUER , DÉVOUER ; — 2° CONSACRER , DE- DIER. Donner ou offrir à Dieu.

Vouer et dévouer marquent désappropriation : on voue et on dévoue ce qu'on abandonne , ce qu'on sacrifie. « C'est le religieux qui lui-même, dans la profession de ses vœux, fait la fonction de sacrificateuret.de prêtre; c'est lui-même qui s'oblige , qui se voue , qui se donne ; lui-même en un mot qui s'immole et se sacrifie. » Bourd.

ïl n'évitera pas le trait du médecin.

li garde le dernier, et ce corps cacochyme

Est à son art fatal dévoué pour victime. Regw. Consacrer et dédier indiquent plutôt appropriation à la divinité : on consacre et on dédie ce qu'on sépare des usages communs pour le faire passer au rang des choses saintes , ce qu'on sanctifie. « Il était écrit et ordonné dans la loi que tout premier-né d'entre les Juifs serait consacré au Seigneur , c'est-à-dire destiné comme Samuel à son culte , dédié au temple et à l'autel , séparé des usages profanes, en un mot saint. » Mass. « Rome se vantait d'être une ville sainte par sa fondation, consacrée -dès son origine par des auspices divins , et dédiée par son auteur au dieu de la guerre. » Boss. « Jésus-Christ se sanctifie , il s'offre , il se consacre , comme une chose dédiée et sainte, au Seigneur. » Id.

Ce que vous avez voué ou dévoué cesse d'être à vous ; ce que vous avez consacré ou dédié cesse d'être profane. Dans l'antiquité , on vouait aux dieux une partie du butin fait sur l'ennemi , et on dévouait des victimes; on consacrait et on dédiait des te^mples, des bois, des statues. L'homme dévoué à Dieu est le serviteur de Dieu , lui est soumis jusqu'à l'abnégation de soi-même ; l'homme consacré à Dieu est marqué du sceau de Dieu, il est dans les ordres ou dans le cloître , c'est un prêtre ou un religieux. Vouer ou dévouer sa vie annonce un renoncement , un dépouillement : consacrer sa vie signifie une destination , une application de son travail , de son temps , de ses talents à tel ou tel ouvrage. Vouer et dévouer ont rapport aux hommes, à leurs sentiments, à leurs dispositions ; consacrer et dédier conviennent mieux en parlant des choses , parce que les choses, incapables de dévotion, de privation volontaire , de sacrifice , sont seulement susceptibles de recevoir divers usages, ce Louis XIII consacra son royaume à la reine des vierges ; consacrez-\u\ vos familles et vos maisons : il lui dévoua sa personne ; dévouez-lm la vôtre et celle de vos enfants. » Bourd. « Autrefois dans l'ancienne loi on mettait la main sur la victime , en signe qu'on s'y unissait, et qu'on se dévouait à Dieu avec elle ; c'est ce que témoigne le prêtre en mettant ses mains sur les dons qu'il va consacrer. » Boss. a C'était principalement à la poésie que Lachaussée avait voué son ardeur et consacré son loisir.» D'Al. Une femme se consacre à Dieu par cela seul qu'elle prend le voile et fait profession; on dira qu'elle se voue à Dieu , si on veut faire en-

rèsolution ou faire le propos d'agir d'une certaine manière, parce que cela est beau ou juste ; on prend un parti, parce qu'on le juge utile. «Cratès résolut de se faire cynique.... Ses parents vinrent le prier de changer de résolution, et de prendre un autre para'.» fès.

tendre qu'elle donne à Dieu son cœur et tout son être , après lui avoir immolé ses plus chères affections.

1° Vouer, dévouer.

Vouer et dévouer ont été distingués l'un de l'autre dans la Ire partie, p. 123.

2° Consacrer, dédier.

Consacrer et dédier diffèrent en ce que l'un dit plus que l'autre. On ne consacre qu'à Dieu ou aux dieux; on dédie à la Vierge, aux saints ou à des demi-dieux : les Athéniens dédièrent une chapelle à Socrate (Roll.), et les habitants de Pirène un temple à Bias (Fén.). On dédie même à un homme ordinaire , à un ami ou à un protecteur, un livre dont on lui fait publiquement hommage.

D'ailleurs , ce qui est consacré est affecté à Dieu d'une manière plus particulière ou plus solennelle, ce Le roi Antiochus dit que , quoique ce lustre (volé par Verres) fût déjà consacré à Jupiter, cependant il l'offrait, le donnait, le dédiait, le consacrait tout de nouveau à ce dieu. » Roll. ce Je dédie et consacre cet autel, dit Virginia, à la chasteté plébéienne. » Id. ce Le mot de sanctifier se prend pour tout ce qui est dédié aux saints usages. ...Ainsi le pain de l'eucharistie, dès qu'on l'a béni, cesse d'être regardé comme profane, encore qu'il n'ait pas encore été consacré pour être le corps de Notre-Seigneur. Mais outre cette sanctification plus générale, où les choses de profanes deviennent saintes ou sacrées, il y a une autre sanctification du pain et du vin, lorsqu'ils sont consacrés et sanctifiés pour être le corps et le sang de Notre-Seigneur.» Boss. ce Lorsqu'on découvrit la statue de Louis XIV qu'on avait placée dans la place Vendôme , ]e' duc de Gesvres, gouverneur de Paris , y fit les tours . les révérences et les autres cérémonies , tirées et imitées de la consécration de celles des empereurs romains.... Monseigneur avait été spectateur de la dédicace de la statue de la place des Victoires. » S. S. Massillon s'adressant à une femme qui allait prendre le voile dans une église nouvellement bâtie , lui dit : ce Dans ce temple nouveau , vous allez être la première victime qui s'offre sur l'autel , et votre sacrifice va lui servir de consécration et de dédicace solennelle. »

VOULOIR , DÉSIRER , SOUHAITER , SOUPIRER , AVOIR ENVIE , CONVOITER. Tous ces mots expriment le mouvement par lequel l'âme se porte vers quelque chose.

Mais d'abord vouloir diffère de désirer en ce que l'un est relatif à l'action , et l'autre au sentiment. Qui veut se porte à agir ou ordonne qu'on agisse ; qui désire éprouve le besoin d'avoir. Qui veut en vain s'efforce ou commande inutilement ; qui désire en vain fait des vœux inutiles , ne sort pas de peine, n'obtient pas satisfaction. Vouloir est pratique ou impératif; désirer est optatif, appétitif : un homme résolu à faire une chose , ou un maître , veut ; un homme qui aspire par sa sensibilité à posséder une certaine chose, désire. On veut promptement ou absolument ; on désire ardemment.

Mon Dieu! que votre amour en vrai tyran agit !

Que sur les cœurs il prend un furieux empire ;

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