DEUXIÈME PARTIE
Et qu'avec violence il veut ce qu'il désire!
Quoi ! de votre poursuite on ne peut se parer,
Et vous ne donnez pas le temps de respirer?
Sied-il bien de tenir une rigueur si grande,
De vouloir sans quartier les choses qu'on demande? (Elmire à Tartufe). Mol.
Qu'un amant pour un mot a de choses à dire !
Et qu'impatiemment il veut ce qu'il désire! Id. — Vouloir désigne un mouvement libre de la personnalité, auquel on se détermine d'une manière réfléchie ; désirer indique un entraînement fatal et passionné qu'on subit. On dit de la volonté qu'elle est plus ou moins éclairée ; du désir qu'il est plus ou moins violent, ce On désire nécessairement ; mais désir et volonté sont deux choses très-différentes, si différentes, qu'un homme sage veut et fait souvent ce qu'il ne désire pas. » Volt, a Non encore exercé à lutter contre lui-même, non encore accoutumé à désirer une chose et à en vouloir une autre, le jeune homme ne se rend pas; il résiste, il dispute....» J. J.
Souhaiter , c'est désirer vaguement , quelque chose de vague, ou désirer secrètement. Le rêveur souhaite; l'ambitieux qui poursuit une certaine place désire. Ce que nous souhaitons est l'objet de nos espérances ; la chose que nous désirons est l'objet de notre espoir. On souhaite le bonheur; on désire une chose qui doit ou qu'on suppose devoir rendre heureux. Dans la fable intitulée les Souhaits , Lafontaine dit que les hôtes du follet, qui avait promis d'accomplir trois souhaits formés par eux , furent Aussi chanceux Qu'ils étaient, et que sont tous ceux
Qui souhaitent toujours et perdent en chimères
Le temps qu'ils feraient mieux de mettre à leurs affaires.
« Pompée souhaitait avec passion le commandement que lui destinait la loi de Gabinius; mais il sentait qu'en témoignant désirer cet emploi, il s'attirait l'envie. » Roll. — Ensuite,. on souhaite plutôt pour les autres , ou on souhaite d'une manière moins forte. « Mme de Jonsac , je l'aime assez, parce qu'elle souhaite ce que je désire.» Dudeff. « Je n'ai d'attachement pour aucune femme de la cour. Je le veux croire , repartit la reine , parce que je le souhaite; et je le souhaite , parce que je désire que vous soyez entièrement attaché à moi. » Delaf. ce Si la conduite de votre fils est telle que vous le souhaitez et que je le désire (moi , son amante) , je partagerai ma fortune avec lui. » Marm.
Soupirer, c'est désirer avec langueur, en homme qui souffre de la privation. « Us pleurent dans le souvenir de leur chère patrie, de la Jérusalem céleste , après laquelle ils soupirent sans cesse dans la longueur de leur exil. » Pasc. a Mon ame désire , mon âme languit , mon âme tombe dans la défaillance, en soupirant après vos éternels tabernacles. » Boss. a Aimer Dieu c'est désirer d'aller à lui , c'est soupirer et languir après lui.» Fén. «Las des troubles de votre patrie, vous soupirez après la tranquillité.» J. J. « Tout cela me fera souvent tourner les yeux et soupirer vers cet agréable asile , si bien fait pour me rendre heureux. » Id.
Je ne me fierai point à des propos si doux, Qu'un peu de vos faveurs, après quoi je soupire. Ne vienne m'assurer tout ce qu'ils m'ont pu dire. (Tartufe). Mol.
Avoir envie , c'est désirer tout à coup , en passant , capricieusement. Il nous prend une envie , comme il nous prend une fantaisie ou une velléité, ce Les historiens racontent qu'il y eut des infidèles qui eurent envie de faire saint Louis leur empereur , tant sa réputation était établie parmi eux. » Boss. ce Pourquoi empêcher les gens de se battre quand ils en ont envie ? Les volontés sont libres; laissez-les faire. j> Volt, a Marie dit à Joseph : J'ai envie , si cela se pouvait , de manger du fruit de ce palmier. » Id. ce II t'est donc permis de cesser de vivre ? La preuve en est singulière , c'est que tu as envie de mourir. » J. J. « Il faut que les enfants sautent, qu'ils courent, qu'ils crient , quand ils en ont envie. » Id. ce Ne pourriez -vous pas m' aider à trouver quelque cadeau honnête à lui faire. Je sais qu'elle a envie d'avoir une tabatière. » Id.
Convoiter implique un blâme : c'est désirer excessivement ou quelque chose de défendu. « Puissent les Suédois toujours mépriser les richesses que convoitent les autres puissances! » Cond. <c J'appris ainsi qu'il n'était pas si terrible de voler; et je tirai bientôt si bon parti de ma science , que rien de ce que je convoitais n'était à ma portée en sûreté. » J. J. Convoiter le bien d'autrui, la femme de son prochain (Acad.).
Avint qu'un jour, en un bourg arrêté,
Il vit passer une dame jolie ;
En la voyant, il en fut enchanté ,
La convoita. Laf.
De votre dot il convoite les charmes. Volt. VRAI, VÉRITABLE, AVÉRÉ, JUSTE. Qui n'est pas faux , qui est conforme à la vérité , à ce qui est, ou à la nature des choses.
C'est ce qu'exprime purement et simplement le mot vrai. Chacun des autres joint à cette idée un accessoire particulier.
Véritable a rapport à l'allégation , à l'affirmation, ou au récit qu'on fait d'une chose, ainsi qu'à l'effet produit sur l'esprit de ceux qui l'entendent. Une chose est vraie quand l'idée que nous en avons est conforme à la réalité, à ce qui est. Une chose est véritable quand on nous la représente ou qu'on nous la rapporte telle qu'elle est ou a eu lieu, de manière à ne point nous tromper. Un fait vrai est ou s'est passé tel que nous le concevons; l'idée que nous en avons n'est point fausse. Un fait véritable nous est attesté par un homme qui dit vrai , qui ne ment, pas ; son témoignage n'est pas faux (voy. I" partie, p. 240 et 241).
Avéré, vérifié, constaté, a rapport à un travail qui a eu pour but et pour effet de reconnaître la vérité. Les miracles les plus avérés (Boubd.). Il suppose des recherches, un examen, et s'emploie bien avec l'indication des moyens par lesquels on s'est assuré de la vérité. « Il est avéré par Tacite que.... » Volt, ce La chose est constante , trop avérée par les plus grands hommes de l'Église. » Id. « De plusieurs médecins appelés auprès d'un malade , celui qui fait le pro-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
nostic le plus avéré par l'événement est toujours réputé le plus savant dans son art. » Id. « II fut avéré par le compte des voix que.... » S. S. « Manlius dit que les sénateurs cachaient de grands trésors.... Il paraissait que, si le fait était avéré dans les recherches qu'on en ferait , le crédit de Manlius deviendrait sans bornes. » Roll. « C'est un fait avéré par l'histoire de M. de Thou. » Boss.
La chose (l'infidélité de sa femme) est acérée, et je tiens dans mes mains
Un bon certificat du mal dont je me plains.
(Sganarelle). Mol.
Juste signifie exactement vrai. « Les pensées sont plus ou moins vraies , dit Bouhours , selon qu'elles sont plus ou moins conformes à leur objet. Leur conformité entière fait ce que nous appelons la justesse de la pensée; de sorte qu'une pensée juste est une pensée vraie de tous les côtés , et dans tous les jours qu'on la regarde. » Condiliac indique une autre différence. Juste a rapport à la manière plutôt ou en même temps qu'au fond. Une réflexion ou une observation juste est non-seulement vraie, mais bien faite, bien appliquée. Un calcul vrai ne contient point d'erreur ; on peut s'y fier : un calcul juste est bien fait , bien déduit , exécuté selon les règles , sans faute ; il n'y a rien à corriger. Dans ce sens , un raisonnement très -juste , mais appuyé sur de mauvais principes, conduirait à une conséquence qui ne serait pas vraie.
y VRAI, DROIT, LOYAL-, — 2° FRANC, SIN- CÈRE , CORDIAL , OUVERT , ROND ; — 3° SIM- PLE , NAÏF , INGÉNU , CANDIDE , INNOCENT. Qui est de bonne foi , qui ne trompe point.
On est vrai par principes , a dit Mme de Staël , on est franc par caractère. Distinction d'une parfaite justesse qui, convenablement généralisée , offre pour tous les termes contenus dans le présent article un moyen de partage tout à fait sûr.
On est vrai, droit et loyal par principes : en cela consiste la différence qui sépare les trois premiers mots des suivants. Si l'homme vrai, droit, loyal, ne trompe point, ce n'est pas en vertu d'une disposition particulière de son caractère , mais parce qu'il le veut , parce qu'il l'a résolu. Semblable au virjustus acpropositi tenax du poëte , il est rigide , inflexible , il se conforme invariablement à ce que sa raison lui prescrit. Il y a dans sa manière d'agir plus de roideur et d'effort, mais aussi plus de fermeté et de constance , que dans celle de l'homme franc ou dans celle de l'homme simple. C'est un homme d'honneur qui sait un système de conduite , plutôt qu'une âme heureusement douée qui développe ses qualités naturelles. On a des principes de vérité , de droiture et de loyauté, comme on a des principes de vertu-, on a un fonds de franchise ou de simplicité (Roll.), comme on a un fonds de bonté.
1° Vrai, droit, loyal.
Vrai et droit se trouvent assez souvent ensemble et forment une opposition facile à saisir. « Je n'ai jamais pu croire qu'un homme droit et vrai comme ton père pût se résoudre à tromper
son gendre et son ami. » J. J. a Je vous crois vrai et droit d'une certaine façon ; mais il y a une vérité et une droiture que le monde ne connaît pas. » Fén. « Puységur était un homme droit et vrai. » S. S.
Vrai est théorique , et droit pratique : on doit croire aux assertions de l'homme vrai; on doit se fier à la pureté des intentions et à la probité de l'homme droit. Autant l'un est incapable de mensonge ou de fausseté , autant l'autre l'est d'injustice. C'est par respect pour l'ordre et pour sa dignité d'être raisonnable qu'on est vrai; c'est par équité, par respect pour autrui et pour son droit qu'on est droit. « S'il faut être ju^te pour autrui, il faut être vrai pour soi; c'est un hommage que l'honnête homme doit rendre à sa propre dignité. » J. J.
La loyauté consiste dans une droiture relevée par de hauts sentiments d'honneur, ou pleine de noblesse et de générosité , telle qu'était celle des chevaliers. « Il était muni de tous ces principes de loyauté chevaleresque. » Marm. «. Je publierai dans toute l'armée qu'il n'y a rien de plus noble et de plus généreux que ce qui a déterminé votre mariage , et que tout loyal gentilhomme eût fait à votre place ce que vous avez fait. » Id. « Henri IV est partout dans la Henriade ce qu'il était en effet, loyal autant que brave, ami sensible, bon maître, vainqueur généreux. » Lah. « Saint Louis, en mourant, recommanda à son fils qu'il fût loyal , libéral , et ferme en paroles à ses serviteurs. » Boss.
2° Franc , sincère , cordial , ouvert , rond.
Chacun de ces mots exprime la qualité de ne point tromper par déguisement ou par dissimulation ; au lieu que simple, naïf, ingénu, candide et innocent désignent celle de ne point tromper par artifice. Si vous êtes franc, on connaît votre intérieur , vous avez le cœur sur la main; si vous êtes simple, vous agissez bonnement, sans détours, sans malice. Autre chose est faire ou laisser ignorer ce qu'on pense ou ce qu'on est au fond; autre chose est ruser, former des intrigues, dresser des pièges. Aussi les qualités que nous comparons ici , aboutissent-elles à de tout autres défauts , quand elles sont portées à l'excès : la franchise devient indiscrétion , et la simplicité bêtise .
Franc et sincère se ressemblent beaucoup.
Cependant la franchise paraît être constante , habituelle, la sincérité, accidentelle ou passagère. « Il ne faut rien jouer : la fausse sincérité n'est qu'offensante, et quand elle pourrait s'imiter quelque temps, parce qu'elle ne consiste que dans des actes passagers , on n'atteindrait jamais à la franchise qui en est le principe , et qui est une continuité d i caractère. » Ducl. a 0 Montaigne , toi qui te piques de franchise et de vérité, sois sincère et vrai, et dis-moi s'il est quelque pays sur la terre où ce soit un crime de garder sa foi. » J, J. — Ensuite, la franchise est plutôt spontanée et sans réserve , intempérante pour ainsi dire ; la sincérité, au contraire, est sollicitée, provoquée et accompagnée de ménagements. On dira donc une confession , une déclaration, une confidence franche; et un aveu