‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 799 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ou une réponse sincère» Vauvenargues prétend que la franchise est une sincérité sans voiles. Sur quoi Suard remarque ce qui suit : « La franchise est sans réserve. La sincérité ne dit que ce qu'on lui demande; la franchise dit souvent ce qu'on ne lui demande pas. » Marmontel dit dans le même sens que « la sincérité observe les ménagements qu'on se doit et qu'on doit aux autres, au lieu que la franchise franchit, dès qu'on la presse , la barrière des égards. » — Enfin , la franchise ne trompe point sur ce qu'on pense , et la sincérité sur ce qu'on sent ou ce qu'on désire : l'homme franc ne dissimule pas ce qu'il a dans l'esprit, l'homme sincère ce qu'il a dans l'âme. On parle franchement, on a son franc parler; on aime une personne et on l'honore sincèrement. Ce qui est franc est énoncé librement, sans contrainte : ce qui est sincère part du cœur.

Cordial par conséquent se rapporte à sincère comme une espèce à son genre : il le remplace quand il s'agit d'affection. Sincère se dit bien 'd'autres choses, de la foi, de la pénitence, de l'humilité, par exemple; mais cordial ne convient qu'à l'égard de l'amitié. « Une sincère humilité, une tendre et cordiale charité. » Bourd. ce J'ai été reçue de M. de Grignan et de ma fille avec une joie et une reconnaissance sincères, avec une amitié cordiale. » Sév. D'ailleurs, même en parlant des sentiments de tendresse , il y a de la différence entre sincère et cordial : sincère marque seulement qu'ils ne sont pas feints, et cordial eu exprime la plénitude. a L'amour de Jésus-Christ pour nous est sincère comme l'amour d'un fidèle ami , cordial comme l'amour d'un bon frère. » Boss.

Ouvert , qui n'est pas fermé , indique une qua lité passive , qui consiste à se laisser pénétrer . et non pas à se faire connaître soi-même par ses discours. L'homme franc ou sincère aurait parfois besoin de retenue , et l'homme ouvert de défiance. Au reste, le mot ouvert est d'une application peu étendue; on ne l'emploie guère que dans un style voisin du familier , avec les mots d'air, de visage, de physionomie, de dehors , qui représentent en quelque sorte la porte de l'àme.

Rond est tout à fait familier. Gros-René dit dans le Dépit amoureux :

Je suis homme fort rond de toutes les manières. Et dans le Dépositaire de Voltaire , Mme Agnant appelle M. Garant, le marguillier,

Un homme franc, tout rond, a Maréchal était bon homme, et rondement homme de bien. » S. S.

3° Simple, naïf, ingénu , — candide , innocent.

Simple, naïf et ingénu ont un caractère esthétique, et regardent la forme; candide et innocent se rapportent uniquement à la morale et ne se disent que du fond, de l'âme, des sentiments. La simplicité, la naïveté et l'ingénuité plaisent, rendent aimable; aussi dit-on les charmes ou les grâces de la simplicité , de la naïveté, de l'ingénuité : la candeur et Vinnocence rendent moralement parfait. C'est simplement, naïvement, ingénument que s'expriment la candeur et ^innocence, c L'auteur du Cormo-Veidam rend

compte des lois les plus extravagantes avec la simplicité de la candeur. » Volt, a La candeur deLafontaine était égale à sa bonté; il fut toujours dans sa conduite et ses discours aussi naïf que dans ses écrits. » Lah. a Dans Esther tout est simple, tout est innocent. » Sév. C'est-à-dire que ni la critique ni la censure ne peuvent y relever de mauvaises finesses.

Simple , dans l'acception dont il s'agit ici , est général et vague. Aussi dit- on bien d'ordinaire simple et naïf (Acad.), simple et ingénu (Fis.); sans l'addition du second mot, on ne saur...t de quelle simplicité il est question.

La naïveté estime simplicité d'enfant : elle ne suppose ni réflexion ni expérience. On dit une saillie de naïveté (J. J.). V ingénuité , au contraire , est volontaire et éclairée : Une femme fait l'ingénue (Mol. , S. S.) , et non pas la naïve. « Tout le monde connaît la pupille de Grandisson, cette Emilie Jervins, si naïve, si tendre, si innocemment amoureuse de son tuteur; eh bien! j'ai trouvé dans le monde une seconde miss Jervins, plus vive, moins timide, plus animée que la jeune Anglaise, et un peu mieux instruite qu'elle de ce qui se passait dans son cœur, mais aussi ingénue que l'autre était naïve. » Marm. Il suit de là que la naïveté renchérit en quelque sorte sur l'ingénuité, 1 qu'elle est plus simple , puisqu'elle est indélibérée, sans conscience d'elle-même, l'effet pur du naturel. « La simplicité rend ouvert et ingénu jusqu'à la naïveté. » Fén. « Comment Racine, parmi des beautés si sévères, a-t-il pu placer la tendresse ingénue et naïve de deux jeunes amants tels que Britannicus et Junie? » Lah. — La naïveté ressemble plus à la franchise, elle prend l'initiative , elle est spontanée.

Sanchette prend feu promptement,

M'aime et le dit avec franchise.

Je crains plus sa naïveté

Que d'une femme bien apprise

Je ne craindrais la fausseté. Volt.

De son côté, Yingénuité exprime plutôt, comme la sincérité, une action secondaire, une réponse. a V ingénuité a cela de particulier, qu'elle suppose une question; est une réponse sincère, m Cond. a Quand vos supérieurs vous interrogent , vous n'avez qu'à leur dire avec ingénuité ce que vous pensez.» Fén. —Enfin, la naïveté est assez souvent familière. « La galanterie , les déclarations d'amour, la coquetterie, la naïveté , la familiarité , tout cela ne se trouve que trop chez nos héros et nos héroïnes de Rome et de la Grèce, dont nos théâtres retentissent. » Volt. a Naïveté familière. » le yingénuité, latin ingenuitas , est plus ordinairement noble. « Dans le siècle de nos pères une noble ingénuité tenait lieu d'art et de finesse. » Mass. a La jeunesse d'Alexandre fut noble, chaste, ingénue. » Fén.

Cet âge est innocent : son ingénuité

N'altère poinï encor la simple vérité.

(Athalie). Rac.

Candccr, latin candor, blancheur éclatante, est un terme figuré , qui signifie la pureté de l'innocence, Vinnocence considérée comme susceptible de modification ou d'altération, « Cette candeur

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

qui montrait votre âme tout entière ne laisse plus voir que des pensées noires et cachées. » Mass- « Que la candeur de votre innocence soit colorée par l'ardeur du zèle, et par la pudeur modeste et timide. » Boss. a Saint François de Paule conserve à la cour de Louis XI cette bonté si franche et si cordiale, et cette naïve enfance de son innocente simplicité. Chacun admire une si grande candeur, et tout le monde demeure d'accord qu'elle vaut mieux que toutes les finesses. » Id. — Candeur dit plus qu'innocence : avec de la candeur on est sans tache , irrépréhensible ou saint , on n'a pas la moindre malice , on ne soupçonne même pas le mal; avec de Yinnocence, on est sans faute ou irréprochable seulement, on n'a point de malice coupable ou criminelle , on n'a rien commis de grave. «L'apologie composée par Lysias était tournée d'une manière qui ne convenait point à la droiture et à la candeur de Socrate. » Fén.

VRAI, VÉRIDIQUE. Ennemi de l'erreur; qui se conforme à la vérité , à ce qui est.

Vrai, du latin verus, a une signification plus étendue : on est vrai dans ses actions, dans ses procédés, dans son air, dans son silence même ou au fond de son âme , comme dans ses paroles. a Je suis vrai dans tout ce que je dis et fais. » Beaum. Véridique , veridicus, de verum dicere . dire vrai , ne regarde que le discours : on est véridique dans une allégation , dans un rapport , dans un témoignage. L'homme vrai ne voudra point en imposer, paraître autre qu'il n'e-t, et, si quelqu'un lui dit ses vérités , il se taira , se laissera faire, ne réclamera point ; l'homme véridique n'avancera rien de fabuleux ou de mensonger.

On est vrai , comme on est droit , essentiellement, en tout et partout. On est véridique en racontant avec une louable exactitude ce qu'on sait, ce qu'on a vu ou entendu. Nous avons confiance en l'homme vrai, à cause de son caractère ; nous croyons au récit de l'homme véridique. L'un a pour qualité éminente le vrai ;. l'autre dit vrai. Être vrai est une partie de la perfection morale. Dieu est vrai. « M. de Barillon ne parle que de M. de Turenne. Il nous contait la solidité de ses vertus, combien il élait vrai, combien il aimait la vertu pour elle-même. 5) Sév. Être véridique est une des conditions exigées par la critique historique pour que le témoignage des hommes ait toute sa valeur. Un historien (Volt.), un voyageur (BuFF.),un narrateur (Acad.) véridique ; des miracles rapportés par des auteurs vèridiques (J. J.).

VUE , ASPECT. Perception des objets à l'aide des yeux.

1° Vue rappelle voir , la faculté ou l'action de voir , celui qui voit. Aspect , latin aspectus , participe passé du verbe aspicere, voir, regarder, a rapport à ce qui est vu et à la manière dont il se montre.

J'entrai dans son vaisseau (d'Achille) , détestant sa

fureur, Et toujours détournant ma vue avec horreur.' Je le vis : son aspect n'avait rien de farouche. (Ériphile dans Iphigènie). Rac.

La vue d'une ville est une expression qui représente cette ville comme voyant, « La vue de Lausanne sur le lac de Genève. » Volt. L'aspect d'une ville désigne cette ville comme étant vue. « La maison est jolie et commode ; Yaspect en est charmant. » Id. Toute ville ou toute maison d'où on aperçoit de beaux sites, fût-elle vieille ou misérable , a une belle vue ; elle n'a un bel aspect que quand elle est elle-même belle à voir. — On dira plutôt repaître ses yeux de la vue du carnage ( Boss. ) , ce qui montre le sujet comme voyant, comme faisant l'action de voir; et être dégoûté de Yaspect du carnage, ne pouvoir le souffrir, ce qui fait moins songer au sujet qu'à l'objet, ce qui indique celui-ci comme étant de telle nature , comme se montrant ou agissant de telle manière. « Je ne puis plus sans horreur souffrir Yaspect d'une rue. » J. J. Cet aspect m'importune, m'alarme, m'effarouche, me fatigue (Regn.), me déchire le cœur (J. J.). — En conséquence, au figuré, fausse vue signifie de la part de l'esprit qui voit une mauvaise manière de voir, et faux aspect exprime de la part de l'objet vu une mauvaise manière d'être vu ou de se présenter.

2° Comme la faculté ou l'action de voir est toujours la même , au lieu que la manière de paraître des objets change continuellement, la vue, quand elle est prise passivement, dans le sens d'aspect , est invariable, la même pour tous, et de quelque côté qu'on regarde; et Yaspect, au contraire, est tel ou tel suivant les circonstances. La vue du ciel , de la mer, d'une montagne , c'est simplement la qualité de ces objets d'être aperçus: Yaspect du ciel, de la mer, d'une montagne, c'est leur qualité d'être aperçus avec te le ou telle manière d'être dans le moment , ou de tel côté. La vue d'une montagne n'est pas différente pour ceux qui viennent du nord et pour ceux qui viennent du midi; ils la voient tous, les uns aussi bien que les autres : mais son aspect varie suivant qu'on l'aperçoit de tel ou tel côté, a L'aspect de cette montagne est riant et agréable du côté du midi; du côté du nord, il est sauvage et affreux. » Barth. La vue de la mer donne l'idée de l'infini; Yaspect de la mer calme ou irritée inspire différentes idées au poète. La vue de la campagne réjouit toujours l'écolier et le citadin enfermés depuis longtemps ; Yaspect de la campagne , suivant les saisons et les divers effets de la lumière du soleil, doit être attentivement observé par le paysa-iste.

3° L'impression produite par la vue est ordinaire, douce, faible; mais celle qui résulte de Yaspect est extraordinaire , grande , forte , terrible. Vue se dit plutôt de ce qui paraît, et aspect de ce qui apparaît (voy. Paraître et apparaître, Ire partie, p. 132), de ce qui forme spectacle (de spicere, racine à'aspect). On emploiera de préférence vue en parlant d'un chat ou d'un rat (Pasc), et aspect s'il s'agit d'un lion (Boss.). Thésée qui, rendu à sa famille,

Vient se rassasier d'une si chère vue, dit à Hippolyte , qu'il croit incestueux :

De ton horrible aspect purge tous mes Etats. Rac.

Que Yeux-tu? Je ne sais si cette négligence,

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