DEUXIÈME PARTIE : SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Les ombres , les flambeaux , les cris et le silence , Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs Relevaient de ses yeux les timides douceurs : Quoi qu'il en soit , ravi d'une si belle vue , J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue.
(Néron à Narcisse au sujet de l'enlèvement de Junie). Id.
t Marie est si peu accoutumée à la vue des hommes qu'elle est même troublée à l'aspect d'un ange. » Boss. « La vue de son troupeau , l'aspect des campagnes, tout ce qui se présente à sainte Geneviève lui fait connaître Dieu et l'élève à Dieu. » Bourd. « La vue seule d'une plaie faisait
horreur à saint François Xavier. Retiré dans un hôpital, quel objet il aperçoit devant ses yeux! C'était un malade, disons mieux, c'était un cadavre vivant. Au premier aspect son cœur malgré lui se soulève. » Id. Le même Bourdaloue oppose la vue du fils de Dieu marchant dans Jérusalem, la veille de sa pa sion, bafoué , traîné avec violence de tribunal en tribunal comme un criminel, à Yaspect du Fils de Dieu marchant en triomphe dans une procession du saint sacrement. — La vue des merveilles de la nature nous révèle un Dieu bon et puissant (Boss. , Mass.).
De Yaspect du supplice effrayer l'insolence. Boil.
ZÉPHYRE, ZÉPHYR, vent doux et rafraîchissant.
Comme le martyre exprime l'idée dont un martyr désigne une application ou une réalisation particulière , de même le Zéphyr e signifie le type dont un zéphyr est une copie ou une image. Zéphyre est le nom propre du vent d'ouest, lequel est essentiellement doux et tiède, et ce mot ne s'emploie qu'au singulier. « Éole , roi et gardien des vents, les avait livrés tous à Ulysse, enfermés et liés dans une outre , excepté le Zéphyre. » Roll. On dit par extension un zéphyr et des zéphyrs en parlant d'un vent et de vents qui ressemblent à celui-là, qui sont doux et tièdes. « Dieu parle et d'un mot il change la tempête en un doux zéphyr. » Roll. «Il n'y a plus de glaces dans le nord, et vous n'y trouverez que des zéphyrs. » Volt.
Ensuite , Zéphyre est plutôt une personnification, le nom de la divinité qui était supposée présider au vent d'ouest ; et de là vient que ce mot commence toujours par une majuscule, et s'emploie d'ordinaire sans article. « C'est pour l'amante de Zéphyre , pour la divinité du printemps et des fleurs que je viens emprunter les traits de Lycoris. » Marm. « Les filles de Gnide parurent. On ne voyait sur leur tête que les présents de Flore; mais ils y étaient plus dignes des embrassements de Zéphyre. » Montesq. « Les flèches de l'Amour, son bandeau, son enfance, Flore caressée par Zéphyre , etc. , ne sont-ils pas les emblèmes sensibles de la nature entière? » Volt.
Si Zéphyre un moment plaît à Flore, Il flétrit les fleurs qu'il fait éclore ; Un seul jour les forme et les détruit. Id. Une onde arrosant des prairies Dont Zéphyre habitait les campagnes fleuries.
Laf.
Sans cesse vous allez de bergère en bergère : Zéphyre n'eut jamais d'ardeur si passagère. Id Plus on a de tourments soufferts , Pius douce est la fin du martyre ; Plus Borée a troublé les airs, Et plus le retour de Zéphyre Cause de joie à l'univers. Id.
Zéphyr, au contraire, s'écrit toujours par un petit z , ne peut se passer d'un article, et représente une chose physique. « Si l'air était d'un tiers moins dense au-dessus des plus hautes montagnes , tous les vents ne seraient que des Zéphyrs à une lieue de hauteur. » Buff.
Toutefois , le poëte personnifie aussi le zéphyr et surtout les zéphyrs. Mais les zéphyrs sont à Zéphyre comme les amours à l'Amour, c'est-àdire secondaires , tenant seulement de sa nature, troupe de ministres ou d'agents inférieurs, qui sont par emprunt et relativement ce que Zéphyre est par excellence et absolument. Une brigade de zéphyrs (Laf.). a Les zéphyrs secondés des amours enflent les voiles. » Regn.
Dieu sait si les zéphyrs , Peuple ami du démen, l'assistaient (le follet) dans sa tâche ! Laf.
« Le Marini peint la rose assise sur un trône épineux , ayant pour courtisans et pour ministres la famille lascive des zéphyrs. » Volt.